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Isocrate

jeudi 22 novembre 2018, par ljallamion (Date de rédaction antérieure : 25 juillet 2011).

Isocrate (436-338 av jc)

Isocrate par Pierre Granier (jardins de Versailles)Il fut le fondateur d’une école de rhétorique [1] célèbre, qui forma nombre d’orateurs. Son idéal de culture, qu’il appela "philosophie", enseignait que l’art de bien parler passait par l’art de bien penser. Il s’opposa aux sophistes [2] et à Platon. Toute sa vie, il n’eut de cesse d’appeler les Grecs à l’union pour lutter contre l’ennemi héréditaire que représentaient les Barbares, à savoir les Perses. Souvent comparé à Lysias, il a su donner à la prose une valeur artistique, comparable à celle de la poésie, qui a servi de modèle à l’ensemble des orateurs antiques, aussi bien de langue grecque que latine.

Né dans le dème [3] d’Erchia [4], en Attique [5], fils de Théodoros et d’Hédyto. Son père possédait des esclaves qui fabriquaient des flûtes et son commerce lui assura une fortune qui le faisait appartenir à la classe moyenne. Plus tard, des comiques, dont Aristophane, le raillèrent au sujet du commerce de son père. Il reçue une éducation de qualité. Il assista à Athènes aux cours de Prodicos, de Tisias, de Théramène, de Gorgias entre 415 et 403, lors d’un voyage en Thessalie [6], et assista aux discussions de Socrate.

Cependant, si ses études le destinaient à la carrière politique, sa timidité et la faiblesse de sa voix l’empêchèrent de se présenter devant l’assemblée du peuple. En effet, Isocrate ne prononça jamais aucun discours. Pour pallier ses difficultés à s’exprimer en public, Isocrate se lance alors dans une carrière de logographe [7], il écrit des discours judiciaires sur demande. Il s’adonna à ce métier pendant une dizaine d’années, y gagnant une grande renommée, qui dépassa le territoire de l’Attique, puisque un Siphnien [8] qui plaidait à Égine [9] fit appel à lui. Mais son activité de logographe ne répondait pas à ses ambitions politiques : il abandonna alors sa carrière, et parla par la suite de l’éloquence judiciaire avec beaucoup de mépris.

A défaut de pouvoir s’adresser directement au public à cause de sa timidité, il décida alors de fonder une école de rhétorique en 393, école dont la notoriété fut immense. Désormais, il se consacra pendant les 50 dernières années de sa vie à l’enseignement. Ses élèves furent nombreux, célèbres et vinrent de tout le monde grec pour assister à ses cours. On compte parmi ses élèves le stratège Timothée d’Athène, les historiens Théopompe de Chios et Éphore de Cumes, Asclépiadès, Nicoclès, le roi de Chypre et fils d’Évagoras, Théodecte de Phasélis , Léodamas d’Acharnes , Lacritos, les orateurs Hypéride, Isée, Lycurgue et Python de Byzance , orateur de Philippe.

Parallèlement à son activité d’enseignement, Isocrate se lance dans le discours épidictique [10], c’est-à-dire dans l’éloquence d’apparat, pour diffuser ses idées politiques. Mais comme sa timidité l’empêchait d’intervenir directement dans les affaires politiques, il a recours au discours fictif.

Ses idées politiques sont fixées depuis “le Panégyrique” [11], dès 380 : “il est impossible d’avoir une paix assurée si nous ne faisons pas en commun la guerre aux Barbares”. Cette phrase résume à elle seule ce qui fut son leitmotiv, l’union de tous les Grecs, et la lutte contre l’ennemi commun que représente la Perse. Seul a varié le personnage chargé de coordonner cette union panhellénique. L’hellénisme est pour l’orateur une communauté de civilisation, dont les intérêts sont également communs. Ces idées, relativement simples, sont inspirées par le siècle précédent. Pour Isocrate, le bonheur et la paix dépendent de l’union des Grecs, mais les cités doivent toutefois garder leur indépendance.

Il a défendu ces idées inlassablement pendant 50 ans. Cependant, il est conscient des changements de son époque. En effet, le choix d’une puissance directrice, qui puisse coordonner l’union de tous les Grecs, est la condition nécessaire à la victoire sur les Barbares. Or, en fonction des événements, il modifie le choix de la puissance directrice, il propose d’abord Athènes, dès le Panégyrique, en 380, avant de se tourner vers Sparte et Archidamos, vers Jason de Phères et la Thessalie, Denys le Jeune et la Sicile ou Nicoclès… Ses démarches se solvant par des échecs, il se retourne finalement vers Athènes en 356. En 346 av. jc, grâce à la paix de Philocrate [12], Philippe intervient dans les affaires de la Grèce, il croit alors trouver l’homme qui pourra être à la tête de tous les Grecs. Il cherche la collaboration plutôt que la domination macédonienne.

Pour ce qui est de sa vie privée, Isocrate a vécu avec une courtisane, Lagiské, avant d’épouser Plathané, veuve du rhéteur Hippias, dont il adopta un fils, Aphareus . Il mourut en octobre 338 à 98 ans, sous l’archontat [13] de Chérondas, après la nouvelle de la bataille de Chéronée [14], lors des funérailles des morts. Il fut enterré aux frais de l’État, au sud-ouest d’Athènes, près du gymnase du Cynosarge [15].

P.-S.

Source : wikipedia.org Portail:Grèce antique/ Philosophe de la Grèce antique

Notes

[1] La rhétorique est l’art ou la technique de persuader, généralement au moyen du langage. Ce mot provient du latin rhetorica, emprunté au grec ancien rhêtorikê tekhnê, qui se traduit par « technique, art oratoire », et désigne au sens propre « l’art de bien parler », d’après le nom rhêtôr, « orateur ». Elle est née au 5ème siècle av. jc en Sicile, selon la légende, puis fut introduite à Athènes par le sophiste Gorgias, où elle se développa dans les activités judiciaires et politiques.

[2] Un sophiste désigne à l’origine un orateur et un professeur d’éloquence de la Grèce antique, dont la culture et la maîtrise du discours en font un personnage prestigieux dès le 5ème siècle av. jc en particulier dans le contexte de la démocratie athénienne, et contre lequel la philosophie va en partie se développer. La sophistique désigne par ailleurs à la fois le mouvement de pensée issu des sophistes de l’époque de Socrate, mais aussi le développement de la réflexion et de l’enseignement rhétorique, en principe à partir du 4ème siècle av. jc, en pratique à partir du 2ème siècle ap. jc. dans l’Empire romain.

[3] Le dème est une circonscription administrative de base instaurée lors de la révolution isonomique de Clisthène, laquelle eut lieu de 508 ou 507 à 501 av. jc à Athènes. Le dème est directement lié à la marche d’Athènes vers la démocratie.

[4] Erchia est un dème de l’Athènes antique, situé au sud de l’actuelle localité de Spata. Xénophon et Isocrate y sont nés. À la fin du 5ème siècle av. jc, Alcibiade y avait une grande propriété

[5] L’Attique est la région qui entoure Athènes. L’Attique est découpée en 139 dèmes et parallèlement, en trois grands secteurs : la ville (asty), la côte (paralia) et l’intérieur (mésogée). Les dèmes sont regroupés en trittyes qui elles-mêmes sont regroupées trois par trois, une de chaque secteur, pour constituer une tribu. L’Attique compte dix tribus

[6] La Thessalie est une région historique et une périphérie du nord-est de la Grèce, au sud de la Macédoine. Durant l’antiquité cette région a, pour beaucoup de peuples, une importance stratégique, car elle est située sur la route de la Macédoine et de l’Hellespont. Elle possédait un important port à Pagases. Le blé et le bétail sont les principales richesses de la région et une ressource commerciale vitale. La Thessalie est aussi l’une des rares régions de Grèce où l’on peut pratiquer l’élevage des chevaux, d’où l’importante cavalerie dont disposaient les Thessaliens.

[7] Le terme de logographe désigne deux catégories distinctes de personnes : en Grèce antique, les chroniqueurs antérieurs à Hérodote ou Thucydide ; les rédacteurs professionnels de discours judiciaires.

[8] habitants de l île de Siphnos, une île des Cyclades

[9] Égine est une île grecque du golfe Saronique. Ses habitants sont les Éginètes. L’île est célèbre pour son temple d’Aphaïa, un des trois temples du triangle sacré Parthénon, Sounion, Aphaïa. Elle fut longtemps une grande rivale d’Athènes, dans l’Antiquité comme au début du 19ème siècle. Égine fut une des premières cités maritimes et commerçantes de la Grèce antique : elle eut la première marine de Grèce et fut la première cité à battre monnaie.

[10] Le discours épidictique est un registre qui fait partie des trois genres de discours, judiciaire, délibératif et épidictique ou démonstratif distingués par Aristote. Le discours épidictique loue ou blâme, distingue ce qui est noble de ce qui est vil, « le beau et le laid moral ». Il se déploie essentiellement au présent, même si les faits exposés sont au passé, dans un éloge funèbre, par exemple.

[11] Éloge. Parole, écrit à la louange de quelqu’un. Le panégyrique signifie notamment un discours flatteur visant à défendre, à justifier une personne ou une doctrine. S’oppose à la condamnation.

[12] La paix de Philocrate est un traité de paix entre Athènes et la Macédoine signée en 346 av. jc. Dès 357, Les Athéniens, dont les positions sont affaiblies par les conquêtes de Philippe en Thrace et sa présence renforcée en Thessalie, trouvent nécessaire de négocier. En 347 av. jc, Démade, Démosthène, Phocion, Eschine et Philocrate se rendent en ambassade auprès de Philippe à Pella. Ils rédigent alors un traité selon lequel Athènes et la Macédoine conserveront les possessions acquises. Avant que le traité ne soit ratifié, et malgré les promesses, Philippe continue ses opérations en Thrace. Après bien des lenteurs, le traité est signé au cours d’une seconde ambassade : c’est la Paix de Philocrate

[13] L’Archontat est la période pendant laquelle un archonte était en fonction. À Athènes, l’archontat fut d’abord une transformation de la royauté, entourée de détails légendaires. En 683 av.jc, est institué un collège annuel de neuf archontes, dont les trois premiers se partageaient les anciennes prérogatives de la royauté.

[14] La première bataille de Chéronée, en août 338 av. J.-C., est une victoire de Philippe II de Macédoine sur une coalition de cités grecques menée par Athènes.

[15] En Grèce antique, le Cynosarge ou Cynosarges est un gymnase dédié à Héraclès, situé dans l’Athènes antique non loin du dème d’Alopèce, de la tribu Scambonide.