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Séleucos 1er Nicator

mardi 1er août 2017 (Date de rédaction antérieure : 24 juillet 2011).

Séleucos 1er Nicator (vers 358-281 av.jc)

Roi Séleucide de 305 à 281 av.jc

Buste de Séleucos, musée national archéologique de Naples

Fils d’Antiochos, général de Philippe II, il accompagna Alexandre dans la conquête de l’Asie en qualité d’officier dans la cavalerie des Compagnons [1], après s’être notamment distingué en Inde en 326.

Lors des noces de Suse [2] en 324, Séleucos épousa, selon la volonté d’Alexandre, la fille de Spitaménès, Apama. Elle donna naissance à deux filles et à deux garçons, Antiochos, héritier du trône, et Achaios.

Il est nommé, à la mort d’Alexandre en 323, hipparque [3] de la cavalerie. Membre de l’entourage du chiliarque [4] Perdiccas dont il commande la cavalerie, il fait partie, avec Peithon, du complot des officiers qui l’assassinent en 321 lors de la campagne en Égypte contre Ptolémée. Les satrapes se retrouvent à Triparadisos [5] avec Antipater. À l’occasion de ce second partage de l’empire qui s’ensuit la même année, il reçoit la satrapie de Babylonie [6], succédant à Archon en place depuis les accords de Babylone en 323 [7].

En 318-317, il prend parti pour Antigone le Borgne dans le conflit qui l’oppose à Eumène de Cardia, stratège [8] du régent Polyperchon. Eumène lui livra bataille sur les rives de l’Euphrate et s’empara de la citadelle de Babylone. Eumène tenta par la suite de traverser le Tigre mais Séleucos fait inonder le passage en rompant les digues d’un canal. Craignant que sa satrapie ne soit occupée, il finit par proposer une trêve à Eumène. Vainqueur de ce dernier, Antigone occupe la Babylonie en 316, affichant l’ambition de reconstituer à son profit l’empire d’Alexandre. Chassé de sa province en 316 par Antigone Monophtalmos, il se réfugia en Egypte et forme une coalition avec Ptolémée, Cassandre et Lysimaque. La défaite infligée par Ptolémée à Démétrios, fils d’Antigone, à Gaza en 312 [9], lui permet de reconquérir sa satrapie et de se lancer dans la conquête des provinces iraniennes. Rentré à Babylone en 312 après la victoire de Ptolémée à Gaza, il entreprit de reconstituer à son profit l’ancien empire Perse, mais se heurta, en Inde, à l’empereur Chandragupta Maurya. Il s’était proclamé roi vers 305, fondant ainsi la dynastie des Séleucides, déplaça le centre de gravité de son empire vers Antioche [10], à proximité de la méditerranée, sur laquelle il entendait établir son hégémonie.

Il dut abandonner les satrapies indiennes de l’empire, ainsi que les parties orientales de l’Arachosie [11] et de la Gédrosie [12], mais il parvient à conserver la Bactriane [13]. Cet échange de territoires s’accompagne d’une alliance scellée par un mariage entre une princesse séleucide et l’empereur maurya. Séleucos envoie également Mégasthènes en ambassade à la cour de Pataliputra [14] sur le Gange et reçoit un contingent de 500 des éléphants de guerre.

Vers 300 à la mort de son épouse Apama, il épouse Stratonice, fille de Démétrios Poliorcète, alors âgée de 17 ans. De cette union naît une fille, Phila II. Apprennant par le médecin Érasistrate que son fils se meurt d’amour pour Stratonice, Séleucos s’en sépare et laisse Antiochos l’épouser en 294.

Dès 304, il se joint à la coalition réunissant Ptolémée, Lysimaque et Cassandre contre Antigone qui entend établir sa domination sur la Grèce et la Mer Égée. En 301, il parvient à regrouper ses forces avec celles de Lysimaque en Phrygie [15]. Antigone est vaincu à la bataille d’Ipsos [16]. Le royaume d’Antigone est partagé entre les vainqueurs à l’exception de quelques places demeurées dans les mains de Démétrios, fils d’Antigone, Séleucos reçoit la partie orientale de l’Asie Mineure et surtout la Syrie. Ce partage est à l’origine des guerres de Syrie entre lagides et séleucides pour la possession de la Cœlé-Syrie [17]. Séleucos, devenu Nikatôr, est alors avec Ptolémée le Diadoque le plus puissant. Il crée un gouvernement général des satrapies orientales dont il confie la direction à son fils Antiochos, qu’il nomme vice-roi en 294, à l’occasion du mariage de son fils avec Stratonice.

Mais il se posait en rival des Ptolémées d’Egypte. Il fit prisonnier Démétrios Poliercète, venu se réfugier en Asie après ses échecs en Egée en 286, occupa la plus grande partie de ses possessions d’Asie. En 282, il entre en guerre contre Lysimaque, encouragé par Ptolémée Kéraunos, réfugié à la cour séleucide depuis le meurtre d’Agathoclès. Séleucos redoute en effet les ambitions de Lysimaque qui occupe la Macédoine depuis 288 et forme une alliance avec Ptolémée II Philadelphe. Séleucos envahit l’Asie Mineure et obtient le ralliement de Philétairos, gouverneur de Pergame. Séleucos vainc Lysimaque qui trouve la mort à la bataille de Couropédion [18] au début de l’année 281 et se proclama roi de Macédoine. Il résolut alors de conquérir la Grèce mais fut assassiné par Ptolémée Kéraunos.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Encyclopædia Universalis/ SÉLEUCOS Ier NICATOR

Notes

[1] La cavalerie lourde, dite cavalerie des Compagnons, est recrutée parmi la noblesse de Macédoine. Elle compte 3 000 cavaliers au début de la campagne d’Alexandre, dont 1 500 l’accompagnent en Asie. Elle est divisée en 12 escadrons, dont le premier est l’escadron royal qui constitue l’avant-garde. Cet escadron a un effectif de 300 cavaliers, tandis que les autres comportent 250 lances. C’est Alexandre qui aurait étendu le nom de Compagnons à l’ensemble de la cavalerie lourde macédonienne. L’unité de base de la cavalerie est l’ilè, un escadron de 250 cavaliers commandé par un ilarque et divisée en deux lochoi, eux-mêmes divisés en deux tétrarchies de 60 cavaliers commandés par un tétrarque.

[2] Dans le cadre de ses conquêtes de territoires orientaux, Alexandre le Grand ordonne en 325 av jc des noces, entre ses troupes macédoniennes et des femmes perses ou iraniennes. Ces noces ont pour but de rapprocher les populations et ainsi légitimer l’unité du royaume. Il épouse alors Stateira, une fille de Darius III. Celui-ci avait été tué 5 ans auparavant. Alexandre se marie aussi, lors de ces noces, avec Parysatis, une fille du roi de Perse Artaxerxès III.

[3] Hipparque est le nom donné au général commandant une hipparchie (division de cavalerie grecque).

[4] Le terme chiliarque, à l’origine un commandement de mille hommes) désigne une fonction militaire et/ou administrative, d’abord dans l’Empire perse, puis dans le royaume de Macédoine et les monarchies hellénistiques.

[5] Les accords de Triparadisos sont conclus en 321 en vue de réorganiser le commandement et les satrapies de l’ancien empire d’Alexandre le Grand, mort en 323. Cette réorganisation a lieu au nord de la Syrie après la campagne malheureuse de Perdiccas en Égypte. Les diadoques qui ratifient cet accord sont Antipater et Antigone le Borgne. Antipater est confirmé comme régent de Macédoine. Il est aussi attentif à contenir les ambitions d’une autre femme, l’épouse de Philippe III, Eurydice. Le principal bénéficiaire de cet accord est Antigone le Borgne. Il y a de rares Orientaux présents à ce traité : le nord de l’Inde, les Paromisades, sont, par exemple, laissés à l’aristocrate bactrien Oxyartès, père de Roxane, elle-même épouse d’Alexandre le Grand.

[6] La Babylonie était une satrapie centrale de l’Empire perse, abritant d’importantes villes comme la capitale de l’empire, Babylone, depuis le 6ème siècle av. .jc. C’est dans sa capitale qu’a eu lieu le premier partage de l’empire d’Alexandre après sa mort en 323. Elle est une région située dans le sud-est de l’Asie Mineure. Selon Strabon, la Babylonie a pour bornes la Susiane à l’est, la péninsule arabique à l’ouest et la Mésopotamie au nord. La Babylonie est traversée par l’Euphrate du nord au sud, jusqu’au Golfe Persique, ce qui correspond au sud de l’Irak actuel. La capitale de cette satrapie est Babylone.

[7] Les accords de Babylone ou partage de Babylone ou partition de Babylone désignent l’attribution des territoires d’Alexandre le Grand à ses généraux après sa mort en juin 323 av.jc.

[8] Un stratège est un membre du pouvoir exécutif d’une cité grecque, qu’il soit élu ou coopté. Il est utilisé en grec pour désigner un militaire général. Dans le monde hellénistique et l’Empire Byzantin, le terme a également été utilisé pour décrire un gouverneur militaire. Dans la Grèce contemporaine (19ème siècle jusqu’à nos jours), le stratège est un général et a le rang d’officier le plus élevé.

[9] La bataille de Gaza oppose en 312 av. jc Ptolémée, satrape d’Égypte, à Démétrios, fils d’Antigone le Borgne, maître de l’Asie, dans le contexte des guerres des diadoques. Il est très probable que Séleucos a participé à cette bataille du côté de Ptolémée.

[10] Antioche est une ville de Turquie proche de la frontière syrienne, chef-lieu de la province de Hatay. Elle est située au bord du fleuve Oronte. Antioche était la ville de départ de la route de la soie.

[11] L’Arachosie est une région antique située au sud-ouest de l’Afghanistan, ancienne satrapie de l’empire perse achéménide. Après la chute de la dynastie achéménide, Alexandre le Grand l’occupe en 330 av.jc et fonde Alexandrie d’Arachosie (actuelle Kandahar) qui en devient la capitale. Elle fait ensuite partie du royaume gréco-bactrien de 250 à 130 av. jc environ, avant d’être conquise par le deuxième empire perse sassanide.

[12] La Gédrosie est le nom antique d’une région qui correspond aujourd’hui au Balouchistan pakistanais. Elle est située au sud de l’Arachosie et de la Drangiane, à l’est de la Carmanie et à l’ouest de l’Indus. La Gédrosie a été une satrapie de l’empire perse achéménide, avec pour capitale Pura (« la Ville » en sanskrit), site de l’actuel Iranshahr. En 325 av. jc, Alexandre le Grand, de retour d’Inde, a traversé la Gédrosie par le désert côtier du Makran, région particulièrement inhospitalière, couverte de marécages salés et comptant peu d’oasis. Cette terrible traversée, qui dure 2 mois de la vallée du Purali jusqu’à Pura, aurait tué la moitié de ses effectifs soit 6 000 personnes. Les combats contre les habitants de la région sont d’une violence extrême. Alexandre divise ses troupes en 3 corps, un dirigé par Ptolémée, un autre par Léonnatos et le troisième par lui-même, et ravage la région.

[13] La Bactriane ou Bactrie est une région à cheval sur les États actuels d’Afghanistan, du Pakistan, de la Chine, du Tadjikistan, de l’Ouzbékistan et aussi un peu du Turkménistan, située entre les montagnes de l’Hindū-Kūsh et la rivière Amou-Daria. Elle était beaucoup plus grande autrefois. Elle avait pour bornes : au sud les Paropamisades et l’Inde ; au nord, la Sogdiane ; à l’est, la Scythie extra Imaum ; à l’ouest, l’Hyrcanie, et contenait, entre autres contrées, la Margiane, la Guriane, la Bubacène, le pays des Tochares et des Marucéens.

[14] Patna est la capitale de l’État du Bihar, dans le nord-est de l’Inde. La ville était auparavant connue sous les noms de Kusumpura, Pushpapura, Pâtaliputra, et Azeemabad. Patna était, au 3ème siècle av. jc, la capitale du royaume Magadha et la résidence de l’empereur indien Ashoka. À la fin de son règne, l’empire s’est désintégré et la ville a commencé à se détériorer, elle n’a pas été restaurée jusqu’à ce que les Moghols commencent à l’utiliser comme un important centre commercial au 16ème siècle.

[15] La Phrygie est un ancien pays d’Asie Mineure, situé entre la Lydie et la Cappadoce, sur la partie occidentale du plateau anatolien. Les Phrygiens sont un peuple indo-européen venu de Thrace ou de la région du Danube. Ils ont occupé vers 1200 av.jc la partie centrale et occidentale de l’Asie Mineure, profitant de l’effondrement de l’Empire hittite.

[16] La bataille d’Ipsos se déroule en Phrygie (Turquie actuelle) en 301av.jc et s’inscrit dans la troisième guerre des Diadoques. Elle est remportée par les forces coalisées de Séleucos (roi de Syrie, de Babylonie et des satrapies orientales) et de Lysimaque (roi de Thrace) face à Antigone le Borgne et son fils Démétrios Poliorcète qui regroupent l’Asie Mineure, la Syrie, le Levant et la Grèce (la ligue de Corinthe est reconstituée en 302). La bataille d’Ipsos peut être considérée, avec la bataille de Raphia (217 av.jc), comme l’une des plus grandes batailles de la période hellénistique et comme la plus grande bataille d’éléphants de l’histoire « occidentale ».

[17] La Cœlé-Syrie, littéralement la « Syrie creuse », désigne dans l’Antiquité la Syrie intérieure, ou plus exactement toute la Syrie à l’exception de la Phénicie. Cette région est disputée par les Diadoques après la mort d’Alexandre le Grand, puis, après le partage qui suit la bataille d’Ipsos en 301 av. jc, entre la dynastie des Séleucides et celle des Ptolémées pendant les guerres de Syrie. Au sens large, ce terme désigne tout le territoire allant jusqu’à à la frontière nord de l’Égypte ptolémaïque, y compris la Phénicie et le Levant-Sud. Au fil du temps le terme de Cœlé-Syrie reçoit cependant des acceptions différentes. Ainsi, sous l’Empire romain à l’époque des Sévères, la province romaine de Syrie, qui prend le nom de Syrie-Cœlé, est centrée autour d’Antioche, au nord ; la région de Tyr, au sud, appartient à la province de Syrie-Phénicie.

[18] Dernière bataille des diadoques, la bataille de Couroupédion s’est déroulée en 281 avant jc en Lydie. Elle oppose l’armée de Lysimaque, roi de Thrace, à celle de Séleucos, roi de Syrie.