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Antigone Monophtalmos dit le Borgne

mercredi 8 avril 2015 (Date de rédaction antérieure : 24 juillet 2011).

Antigone Monophtalmos dit le Borgne (vers 380-301 av.jc)

Général macédonien Roi d’Asie en 306

Officier dans l’armée macédonienne depuis le règne de Philippe II, il commande au départ de l’expédition d’Alexandre le corps des alliés grecs de la ligue de Corinthe [1]. Il reçoit en 333, suite à la victoire du Granique [2] et à la conquête qui en suit, la satrapie de Grande-Phrygie [3] avec pour mission de pacifier la région. Pendant l’hiver 333–332, il fut chargé de réduire en Cappadoce [4] et en Paphlagonie [5] les troupes perses rescapées de la bataille d’Issos [6].

Il fit partie des diadoques qui se partagèrent l’empire à la mort d’Alexandre. Il reçut la Lycie [7] et la Phrygie, dont il était déjà gouverneur. Peu satisfait de la part qui lui échut, il tenta de reconstituer l’empire à son profit.

Dès 323, il encourt l’hostilité de Perdiccas en refusant d’aider Eumène de Cardia à entrer en possession de la satrapie de Cappadoce qui lui a été attribuée. Il s’enfuit avec son fils, le futur Démétrios Poliorcète, auprès d’Antipater, régent de Macédoine. Au printemps 321, il débarque en Asie Mineure afin de mener avec Cratère la guerre contre Eumène, allié de Perdiccas. La mort de Perdiccas en 321 lors de la campagne d’Égypte entraîne un nouveau partage de l’empire. Lors du conseil de Triparadisos [8] en Syrie, Cratère ayant également été tué, il se voit confier le commandement de la guerre contre Eumène qui doit se réfugier dans la forteresse de Nora en Cappadoce [9], où une armée qui marche pour lui venir en aide est défaite par Antigone.

En 319, la mort d’Antipater modifie la donne. Polyperchon lui succède comme régent de Macédoine, au détriment de son propre fils Cassandre. Il s’institue comme le maître de toute l’Asie mineure et, de concert avec Cassandre et Ptolémée, il refuse de reconnaître l’autorité de Polyperchon. Il entame des négociations avec Eumène ; mais celui-ci reste fidèle à la cause de l’unité impériale et reçoit de Polyperchon le commandement de l’armée royale. Parvenant à quitter Nora, Eumène lève une armée et forme une coalition avec les satrapes des provinces orientales.

Antigone livre contre lui 2 grandes batailles aux confins de la Perse et de la Médie [10], d’abord en Paraitacène [11] en 317 où il remporte une victoire à la Pyrrhus, puis en Gabiène [12] en 316 où il parvient à le vaincre, profitant des dissensions entre Eumène et ses généraux. Suite à la trahison des Argyraspides [13] dont le train de bagages a été saisi à l’issue de la bataille, il capture Eumène et le fit mettre à mort.

Il réclame de nouveau l’autorité sur la plus grande partie de l’Asie, il saisit les trésors de Suse et entre dans Babylone, dont Séleucos est le satrape [14]. En 315, Séleucos se réfugia en Égypte et forma une alliance avec Ptolémée, Lysimaque et Cassandre contre Antigone. Les coalisés adressèrent à Antigone un ultimatum lui enjoignant de remettre en place les satrapes qu’il avait évincé et de partager le trésor pris à Eumène. Antigone envahit alors la Syrie, qui dépend de Ptolémée, et assiégea Tyr [15] pendant plus d’une année. Afin d’affaiblir la position de Cassandre en Grèce et de Lysimaque en Thrace [16] et dans l’Hellespont [17], il annonça sa volonté de rendre leur autonomie aux cités grecques dans la proclamation de Tyr en 315 [18]. Mais son fils Démétrios est défait à la bataille de Gaza [19] par Ptolémée en 312 et perd la Babylonie [20] au profit de Séleucos.

Alors que la guerre connaît des fortunes diverses depuis 315 av. jc, une paix est conclue en 311, elle laisse à Antigone le gouvernement de l’Asie Mineure et de la Syrie alors que la liberté des cités grecques est proclamée sous son impulsion. Il reprit bientôt la lutte à la fois contre Séleucos en Asie, contre Ptolémée à Chypre et contre Cassandre en Grèce. En 306, il prit le titre de roi d’Asie et accorde à son fils la même dignité, se posant ainsi comme l’héritier d’Alexandre. Dans ce même souci de suivre le modèle du Conquérant, il fonda sur le fleuve Oronte [21] la cité d’Antigonie [22] et l’a fit peupler de colons gréco macédoniens.

Après l’échec de l’expédition de son fils Démétrios devant Rhodes [23] en 305, il se vit menacé en Asie même par l’armée de Lysimaque, et finit par être vaincu et tué à la bataille d’Ipsos [24] en 301.

Le royaume d’Antigone est partagé, la plus grande partie tombe entre les mains de Lysimaque et de Séleucos. Ptolémée établit sa domination sur la Cœlé-Syrie [25], tandis que Cassandre maintient pour un temps sa présence en Macédoine et en Grèce.

P.-S.

Histoire du monde / Antiquité/ Personnages et peuples antiques /Alexandre le grand/ Antigone le Borgne/ Le petit mourre dictionnaire d’histoire universelle édition Bordas 2004 p 78

Notes

[1] Sous le nom de Ligue de Corinthe on désigne dans la Grèce antique plusieurs confédérations. La plus importante d’entre elles est celle qui fut créée à Corinthe en 337 av.jc et qu’on appelle également ligue des Hellènes. Après la défaite de la vaste coalition initiée par Athènes contre Philippe II, roi de Macédoine, le vainqueur imposa une alliance à laquelle toutes les villes grecques furent contraintes d’adhérer à l’exception de Sparte. Cette alliance donnait une forme stable à l’hégémonie de la Macédoine sur la Grèce ; il s’agissait au départ d’un simple traité de paix commune auquel toutes les cités grecques sauf Sparte adhérèrent

[2] La rivière Biga Çayi ou Kocabaş Çayi est l’antique Granique est un fleuve côtier dans la province de Çanakkale. Il prend sa source sur les flancs du Mont Ida. Elle a son embouchure dans la mer de Marmara, à proximité de Karabiga

[3] La Phrygie est un ancien pays d’Asie Mineure, situé entre la Lydie et la Cappadoce, sur la partie occidentale du plateau anatolien. Les Phrygiens sont un peuple indo-européen venu de Thrace ou de la région du Danube. Ils ont occupé vers 1200 av.jc la partie centrale et occidentale de l’Asie Mineure, profitant de l’effondrement de l’Empire hittite.

[4] La Cappadoce est une région d’Asie Mineure située dans l’actuelle Turquie. Elle se situe à l’est de la Turquie centrale, autour de la ville de Nevşehir. La notion de « Cappadoce » est à la fois historique et géographique. Les contours en sont donc flous et varient considérablement selon les époques et les points de vue. Hérodote considérait qu’elle était délimitée par le Taurus, l’Euphrate, le lac Salé et la mer Noire. Aujourd’hui, on désigne généralement par ce nom une région entre Kayseri et Aksaray.

[5] La Paphlagonie est une ancienne région de l’Asie Mineure, sur la côte nord, entre la Bithynie et le Pont, bornée au sud par la Galatie, qui avait pour capitale Amastris (Amasra) et comme villes principales Gangra (Çankırı) et Sinope (Sinop). Selon Hérodote, la Paphlagonie est au 6ème siècle av jc sous la domination de Crésus, roi de Lydie. En 480 av jc, elle envoie un contingent, dirigé par un certain Dotos, fils de Mégasidrès à Xerxès 1er pour son invasion de la Grèce. Après Alexandre le Grand, la Paphlagonie devint un royaume, dont le dernier roi Pylémène II, légua à sa mort, en 121 av jc, son territoire au père de Mithridate VI. Ce pays devint dès lors un sujet de guerre entre les rois du Pont et ceux de Bithynie. Les Romains, vainqueurs de Mithridate, la réduisirent en province romaine, et la réunirent à la province du Pont en 63 av jc. Elle en fut séparée et fit partie sous Dioclétien du diocèse du Pont.

[6] La bataille d’Issos s’est déroulée en novembre 333 av. jc dans l’antique Cilicie. Elle oppose l’armée d’Alexandre le Grand à celle de Darius III. L’armée macédonienne remporte une victoire décisive sur l’armée perse pour la première fois commandée par Darius en personne. Le lieu de la bataille se situe près de l’actuel İskenderun en Turquie, aux abord d’un petit fleuve côtier appelé Pinaros durant l’Antiquité, à 10 km environ au sud d’Issos.

[7] La Lycie est située au sud de la Lydie, bordée à l’est par la Pamphylie, au nord par la Phrygie et la Carie et au sud et à l’ouest par la mer Méditerranée. La région est essentiellement montagneuse, les plaines côtières sont rares et la culture se fait surtout dans l’arrière pays. La Lycie ne possède qu’un seul fleuve, le Xanthos ou Xantos. La région est peuplée dès le 3ème millénaire, mais nous n’avons à ce jour que très peu de connaissance sur le début de son histoire. Elle est mentionnée ensuite dans les textes hittites du 15ème siècle av. jc, puis après, beaucoup plus tard, lors de la domination Perse Achéménide.

[8] Les accords de Triparadisos sont conclus en 321 en vue de réorganiser le commandement et les satrapies de l’ancien empire d’Alexandre le Grand, mort en 323. Cette réorganisation a lieu au nord de la Syrie après la campagne malheureuse de Perdiccas en Égypte. Les diadoques qui ratifient cet accord sont Antipater et Antigone le Borgne. Antipater est confirmé comme régent de Macédoine. Il est aussi attentif à contenir les ambitions d’une autre femme, l’épouse de Philippe III, Eurydice. Le principal bénéficiaire de cet accord est Antigone le Borgne. Il y a de rares Orientaux présents à ce traité : le nord de l’Inde, les Paropamisades, sont, par exemple, laissés à l’aristocrate bactrien Oxyartès, père de Roxane, elle-même épouse d’Alexandre le Grand.

[9] Nora Kodja ou Hassan-Dagh dans l’actuelle Turquie est un bourg fortifié situé au sud de la Cappadoce durant l’Antiquité. Les fortifications ont sans doute été érigées au 6ème siècle av. jc sous le règne de Cyrus II, fondateur de l’empire perse. C’est à Nora qu’Eumène de Cardia se réfugie entre 320 et 319 av. jc pour se protéger d’Antigone le Borgne durant les guerres des diadoques.

[10] À l’époque hellénistique, la Médie tombe sous le contrôle des Grecs, et est incluse après les conflits opposant les Diadoques dans les territoires contrôlés par les Séleucides, après avoir été un temps dominée par Antigone le Borgne. L’ancien général Atropatès qui dirigeait le contingent mède de l’armée perse à la bataille de Gaugamèles, se rallie par la suite à Alexandre le Grand et devient satrape du nord de la Médie, qui devient la Médie Atropatène, futur Azerbaïdjan, qu’il parvient à rendre autonome du pouvoir séleucide. La capitale de ce royaume se trouvait à Gazaca. Après plusieurs décennies d’indépendance, le roi Artabanzanes doit conclure un traité de vassalité avec Antiochos III en 220 av.jc. Cette région reste peu hellénisée, à la différence du sud de la Médie, centré autour d’Ecbatane. Plusieurs villes nouvelles y sont fondées par les souverains séleucides, et l’ancienne Rhaga est renommée Europa. Un satrape local, Molon, se révolte en 220 contre Antiochos III, qui le défait. Entre 163 et 160, c’est un autre satrape de Médie, Timarque, qui se révolte contre Démétrios 1er Sôter, et réussit à prendre le pouvoir en Babylonie, avant d’être finalement soumis. Les révoltes qui secouent le royaume séleucide vers 150 profitent au roi parthe Mithridate 1er qui prend alors la Médie, ainsi que l’Atropatène. Après plusieurs décennies de luttes, le pouvoir des Arsacides est finalement assuré en Médie, en dépit des attaques des nomades orientaux, Scythes ou Tokhariens. La région est réorganisée administrativement, et la ville de Rhaga/Europa est renommée Arsacia.

[11] La Bataille de Paraitacène fut une des batailles lors des Guerres des diadoques qui firent suite à la mort d’Alexandre le Grand et opposa Antigone le Borgne et Eumène de Cardia. Cette bataille fait partie des premières confrontations entre deux diadoques parmi les plus emblématiques, Antigone le Borgne et Eumène, qui s’était auparavant défait de Cratère. Ces deux diadoques s’affrontèrent lors d’une succession de batailles en Anatolie et en Perse. Lors de l’été 317, Eumène marcha vers l’armée d’Antigone, afin de mettre à profit une victoire antérieure. Les deux armées se rencontrèrent sur les terres de Paraitacène, au nord-est de Suse.

[12] La bataille de Gabiène fit suite à la Bataille de Paraitacène et fut la seconde grande confrontation entre Antigone le Borgne et Eumène de Cardia, anciens généraux d’Alexandre le Grand, dans le contexte des Guerres des diadoques. La seule trace écrite sur cette bataille provient des récits de Diodore, à partir du point de vue de Hiéronymos de Cardia, aide personnel d’Eumène à l’époque avant de faire allégeance à Antigone.

[13] Les Argyraspides, sont un corps de fantassins d’élite au temps des conquêtes d’Alexandre le Grand et de l’empire séleucide.

[14] Un satrape est le gouverneur d’une satrapie, c’est-à-dire une division administrative de l’Empire perse.

[15] Tyr est une ville du Sud du Liban. C’est le chef-lieu du Caza de Tyr dans la Mouhafazah du Sud-Liban. Tyr se situe dans la Phénicie méridionale, à un peu plus de 70 km au sud de Beyrouth (appelée Béryte ou Bérytos dans l’antiquité) et à 35 km au sud de Sidon, presque à mi-chemin entre Sidon au nord et Acre au sud, et à quelques kilomètres au sud du Litani.

[16] La Thrace désigne une région de la péninsule balkanique partagée entre la Grèce, la Bulgarie et la Turquie ; elle doit son nom aux Thraces, la peuplade qui occupait la région dans l’Antiquité. Au 21ème siècle, la Thrace fait partie, à l’ouest, de la Grèce, Thrace occidentale, au nord, de la Bulgarie et, à l’est, de la Turquie, Thrace orientale.

[17] Le détroit des Dardanelles, est un passage maritime reliant la mer Égée à la mer de Marmara. Originellement, le terme de Dardanelles est Hellespont désignait les régions situées de part et d’autre du détroit. Par extension, le mot désigne aujourd’hui le détroit lui-même. La possession de ce détroit, comme de celui du Bosphore, permet le contrôle des liaisons maritimes entre la mer Méditerranée et la mer Noire.

[18] Dans ce texte, mélange de mauvaise foi et parfois de mensonges, Antigone accuse Cassandre d’avoir tué Olympias, de maintenir prisonniers à Amphipolis Roxane et son fils, d’avoir contraint Thessaloniké à l’épouser, bref d’être en train d’usurper la royauté macédonienne. Il lui reproche aussi de rétablir les habitants d’Olynthe, vieux adversaires des Macédoniens, dans leur cité en créant Cassandréia. Il condamne sa décision de faire reconstruire Thèbes, détruite par Alexandre. Il fait donc voter par ses troupes un décret aux termes desquels Cassandre est déclaré ennemi à moins qu’il ne détruise les cités en question, ne reconnaisse son titre de « stratège d’Asie ». Enfin Antigone s’attribue pour la première fois le titre de régent (« épimélète »).

[19] La bataille de Gaza opposa Ptolémée 1er satrape d’Égypte et Démétrios 1er Poliorcète roi de Macédoine et fils d’Antigone le Borgne dans le contexte des guerres entre diadoques. Ptolémée, ayant décidé d’envahir la Syrie, arriva à Gaza avec 18 000 soldats d’infanterie et 4 000 cavaliers au début de l’année 312. Démétrios décida de l’affronter mais son armée fut mise en déroute, et se mit en retraite vers Tripoli en Phénicie.

[20] Le royaume de Babylone s’est épanoui en Mésopotamie du sud du début du 2ème millénaire avant jc jusqu’en 539, date de la prise de sa capitale par le roi Cyrus II de Perse. Durant sa longue histoire, il a connu des périodes fastes et d’autres plus difficiles, et plusieurs dynasties se sont succédé à sa tête.

[21] L’Oronte, en arabe Nahr al-`Assi est un fleuve du Proche-Orient. Il prend sa source au centre du Liban, traverse la Syrie occidentale et se jette dans la Méditerranée près du port de Samandağ, dans la région de Hatay, au sud-est de la Turquie. Il est long de 571 km et son débit naturel au nord de la vallée de la Bekaa est de 420 millions de m³/an.

[22] Antigonie est une cité de la Syrie antique, située sur le fleuve Oronte, dans la province d’Hatay, actuelle Turquie. La cité est fondée par Antigone le Borgne en 307 av. jc peu avant sa prise du titre royal. Il la fait peupler avec des colons gréco macédoniens, déplacés par les conquêtes d’Alexandre. La cité, à peine érigée, est détruite par Séleucos 1er qui en transporte les habitants à Antioche, fondée vers 300 à 9 km en aval de l’Oronte.

[23] Rhodes est une île grecque, la plus grande du Dodécanèse. Bordée au nord-ouest par la mer Égée et au sud-est par la mer Méditerranée, elle est située entre l’île de Karpathos (Grèce) et les côtes turques, à 17,7 km de ces dernières.

[24] La bataille d’Ipsos se déroule en Phrygie (Turquie actuelle) en 301av.jc et s’inscrit dans la troisième guerre des Diadoques. Elle est remportée par les forces coalisées de Séleucos (roi de Syrie, de Babylonie et des satrapies orientales) et de Lysimaque (roi de Thrace) face à Antigone le Borgne et son fils Démétrios Poliorcète qui regroupent l’Asie Mineure, la Syrie, le Levant et la Grèce (la ligue de Corinthe est reconstituée en 302). La bataille d’Ipsos peut être considérée, avec la bataille de Raphia (217 av.jc), comme l’une des plus grandes batailles de la période hellénistique et comme la plus grande bataille d’éléphants de l’histoire « occidentale ».

[25] Syrie méridionale et la Palestine