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Philétairos ou Philétaire

lundi 17 février 2020, par lucien jallamion (Date de rédaction antérieure : 9 janvier 2011).

Philétairos ou Philétaire (vers 343 av. jc-263 av.)

Buste de Philétairos ou PhilétaireIl naît à Tieion, une petite ville située sur la côte anatolienne de la mer Noire, entre la Bithynie [1] à l’ouest et la Paphlagonie [2] à l’est. Son père, Attalos, était probablement macédonien et sa mère, Boa, était paphlagonienne.

Après la mort d’Alexandre le Grand en 323 av. jc, Philétairos s’implique dans la lutte pour la suprématie appelée guerre des Diadoques [3] avec les gouverneurs régionaux d’Alexandre, Antigone le Borgne en Phrygie [4],Lysimaque en Thrace [5] et Séleucos à Babylone [6]. Vers 302, à l’instar du stratège en charge de la Phrygie, Antigonos Dokimos, au service duquel il se trouve, il fait défection à Antigone le Borgne pour rejoindre Lysimaque. Après la mort d’Antigone à la bataille d’Ipsos en 301 [7], Lysimaque lui confie la garde de la citadelle de Pergame [8] et de son considérable trésor de 9 000 talents d’argent, avec le titre de “gazophylax” ou préposé au trésor. En 283 ou 282, la mise à mort d’Agathoclès de Thrace, fils aîné et successeur pressenti de Lysimaque, provoquée par sa belle-mère la reine Arsinoé, mais aussi la profonde et menaçante inimitié de celle-ci à son égard, incitent Philétairos à rallier Séleucos. Après l’assassinat de ce dernier parPtolémée Kéraunos en 281, il lui achète sa dépouille pour en remettre les cendres à Antiochos, fils et successeur du défunt, et s’assure ainsi la bienveillance du Séleucide.

Profitant de la rivalité entre les descendants des diadoques et du bénéfice politique à retirer de la lutte contre les Galates [9] dans tout l’Ouest anatolien, fort de son armée expérimentée, de son trésor, de la position imprenable de l’acropole fortifiée de Pergame et de la richesse de son territoire immédiat, il manœuvre habilement et prudemment et s’engage ainsi dans une indépendance de fait. En 276, il repousse avec succès une attaque des Galates, victoire célébrée sur une inscription de Délos [10]. Peu après d’ailleurs, se positionnant désormais clairement plus en dynaste qu’en simple gouverneur local, il fait frapper pour la première fois des monnaies à son nom mais tout en laissant l’effigie de Séleucos et sans s’octroyer le titre basileus [11].

Sur l’acropole de Pergame, il fait construire le temple d’Athéna, le premier palais et, en contrebas, le temple de Déméter. Mais il fait également preuve de prodigalité à l’extérieur, au profit des sanctuaires de Grèce et des cités grecques d’Asie Mineure [12]. Il jette ainsi les bases du prestige de Pergame au-delà de son territoire et se pose en protecteur des arts et des lettres, initiant une longue tradition d’accueil des artistes, notamment sculpteurs et architectes. Il se présente également comme le défenseur de l’hellénisme, des cités et des campagnes voisines de Pergame face aux raids des Galates, ce qui lui procure une nécessaire légitimité.

Dans le désordre des affaires internationales de l’époque, il fut d’une loyauté distante envers le roi séleucide Antiochos, dont l’autorité théorique sur Pergame semble s’être accommodée de son indépendance de fait.

A sa mort, le territoire de Pergame, malgré de possibles fondations de colonies militaires sur ses franges, reste cantonné à la moyenne vallée du Caïque [13] et n’atteint pas encore la mer. Sans descendant, son neveu et fils adoptif Eumène lui succède.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de histoire de Claire Préaux, Le Monde hellénistique. La Grèce et l’Orient, 323-146 av. J.-C., tome 1, coll. « Nouvelle Clio », Presses Universitaires de France, 6e édition, 2003, (ISBN 2-13-042619-0)

Notes

[1] La Bithynie est un ancien royaume au nord-ouest de l’Asie Mineure, actuellement situé en Turquie. Située au bord du Pont-Euxin, elle était limitée par la Paphlagonie à l’est, la Galatie et la Phrygie au sud, la Propontide et la Mysie à l’ouest. Les Bithyniens sont, selon Hérodote et Xénophon, d’origine thrace. Ils forment d’abord un État indépendant avant d’être annexés par Crésus, qui ajoute leur territoire à la Lydie. Ils passent ensuite sous domination perse, où la Bithynie est incluse dans la satrapie de Phrygie. Mais dès avant Alexandre le Grand, la Bithynie retrouve son indépendance. Nicomède 1er est le premier à se proclamer roi. Durant son long règne de 278 à 243av jc, le royaume connaît la prospérité et jouit d’une position respectée parmi les petits royaumes d’Asie Mineure. Cependant, le dernier roi, Nicomède IV, échoue à contenir le roi Mithridate VI du Pont. Restauré sur le trône par l’Empire romain, il lègue par testament son royaume à Rome en 74 av jc. La Bithynie devient alors province romaine. Sous Auguste elle devient province sénatoriale en 27av jc puis province impériale en 135.

[2] La Paphlagonie est une ancienne région de l’Asie Mineure, sur la côte nord, entre la Bithynie et le Pont, bornée au sud par la Galatie, qui avait pour capitale Amastris (Amasra) et comme villes principales Gangra (Çankırı) et Sinope (Sinop). Selon Hérodote, la Paphlagonie est au 6ème siècle av jc sous la domination de Crésus, roi de Lydie. En 480 av jc, elle envoie un contingent, dirigé par un certain Dotos, fils de Mégasidrès à Xerxès 1er pour son invasion de la Grèce. Après Alexandre le Grand, la Paphlagonie devint un royaume, dont le dernier roi Pylémène II, légua à sa mort, en 121 av jc, son territoire au père de Mithridate VI. Ce pays devint dès lors un sujet de guerre entre les rois du Pont et ceux de Bithynie. Les Romains, vainqueurs de Mithridate, la réduisirent en province romaine, et la réunirent à la province du Pont en 63 av jc. Elle en fut séparée et fit partie sous Dioclétien du diocèse du Pont.

[3] Les guerres des Diadoques sont les conflits qui interviennent pour le partage de l’empire d’Alexandre le Grand, mort en 323 av. jc, entre ses successeurs ou Diadoques. Elles se déroulent de 322 à 281 (bataille de Couroupédion) avec des périodes de trêve. Elles opposent dans un premier temps le régent Perdiccas aux « forces centrifuges » dont Ptolémée, Séleucos et Antigone, les principaux satrapes macédoniens. Elles opposent ensuite les Antigonides, candidats à un empire eurasiatique, à une coalition regroupant Ptolémée, Séleucos, Lysimaque et Cassandre, bientôt devenus rois, tandis que les héritiers légitimes d’Alexandre sont éliminés. En Europe, elles mettent en jeu la succession d’Antipater, alors que certaines cités grecques luttent toujours contre l’hégémonie de la Macédoine. Les guerres des Diadoques aboutissent finalement à une division de l’empire d’Alexandre entre les dynasties antigonide, lagide et séleucide.

[4] La Phrygie est un ancien pays d’Asie Mineure, situé entre la Lydie et la Cappadoce, sur la partie occidentale du plateau anatolien. Les Phrygiens sont un peuple indo-européen venu de Thrace ou de la région du Danube. Ils ont occupé vers 1200 av.jc la partie centrale et occidentale de l’Asie Mineure, profitant de l’effondrement de l’Empire hittite.

[5] La Thrace désigne une région de la péninsule balkanique partagée entre la Grèce, la Bulgarie et la Turquie ; elle doit son nom aux Thraces, la peuplade qui occupait la région dans l’Antiquité. Au 21ème siècle, la Thrace fait partie, à l’ouest, de la Grèce, Thrace occidentale, au nord, de la Bulgarie et, à l’est, de la Turquie, Thrace orientale.

[6] Babylone était une ville antique de Mésopotamie. C’est aujourd’hui un site archéologique majeur qui prend la forme d’un champ de ruines incluant des reconstructions partielles dans un but politique ou touristique. Elle est située sur l’Euphrate dans ce qui est aujourd’hui l’Irak, à environ 100 km au sud de l’actuelle Bagdad, près de la ville moderne de Hilla. À partir du début du 2ème millénaire av. jc, cette cité jusqu’alors d’importance mineure devient la capitale d’un royaume qui étend progressivement sa domination à toute la Basse Mésopotamie et même au-delà. Elle connaît son apogée au 6ème siècle av. jc durant le règne de Nabuchodonosor II qui dirige alors un empire dominant une vaste partie du Moyen-Orient. Il s’agit à cette époque d’une des plus vastes cités au monde

[7] La bataille d’Ipsos se déroule en Phrygie (Turquie actuelle) en 301 av.jc et s’inscrit dans la troisième guerre des Diadoques. Elle est remportée par les forces coalisées de Séleucos (roi de Syrie, de Babylonie et des satrapies orientales) et de Lysimaque (roi de Thrace) face à Antigone le Borgne et son fils Démétrios Poliorcète qui regroupent l’Asie Mineure, la Syrie, le Levant et la Grèce (la ligue de Corinthe est reconstituée en 302 av.jc). La bataille d’Ipsos peut être considérée, avec la bataille de Raphia (217 av.jc), comme l’une des plus grandes batailles de la période hellénistique et comme la plus grande bataille d’éléphants de l’histoire « occidentale ».

[8] Pergame est une ancienne ville d’Asie Mineure, en Éolide située au nord de Smyrne, au confluent du Caïque et du Cétios, à environ 25 km de la mer Égée. À l’heure actuelle, son nom est Bergama (Turquie, province d’Izmir).

[9] Les Galates sont des peuples celtes qui, dans l’Antiquité, ont migré dans le centre de l’Asie Mineure. De Gaule cisalpine, des troupes celtes ont pris la route des Balkans, ils ont traversé la Macédoine et gagné la Grèce, pillant au passage le temple de Delphes, lors de la Grande expédition. À ce moment ils se divisent, certains d’entre eux retournant en Gaule dans les Cévennes et autour de Toulouse où ils sont désormais désignés comme Volques Tectosages. Les autres, ayant franchi l’Hellespont, les Galates, commandés par Lutérios et Léonorios, arrivent dans ce pays vers 278 av. jc à l’invitation du roi Nicomède 1er de Bithynie afin de combattre Antiochos 1er, roi séleucide. Leur appui lui assura le trône, et il leur donna en récompense des terres situées au sud de son royaume, sur les bords du Sangarius. Avant de s’y établir, les Gaulois dévastèrent toute la partie de l’Asie Mineure baignée par la mer Egée, depuis la Troade jusqu’à la Carie. Vaincus par Antiochos 1er, roi de Syrie en 277 et par Attale 1er, roi de Pergame en 241, ils se concentrèrent dans la partie nord de la Grande Phrygie, lui donnèrent le nom de Galatie, et reçurent eux-mêmes le nom de Gallo-Grecs, parce qu’ils se mêlèrent à la population grecque et phrygienne du pays. Géographiquement, leur implantation est délimitée par le royaume du Pont et la Paphlagonie au nord, la Cappadoce à l’est, le royaume de Pergame au sud et la Bithynie à l’ouest.

[10] Délos est l’une des îles des Cyclades, en Grèce. Minuscule (3,5 km²), aride, inhabitée depuis longtemps, elle se situe en face de l’île de Rhénée (14 km², inhabitée) et à proximité de Mykonos. Ses pentes sont douces et le mont Cynthe ne dépasse pas 113 m. Le port a toujours été exposé aux vents qui, dès qu’ils se lèvent, rendent l’île inaccessible. Dans la partie basse se trouvait jadis un lac sacré d’eau douce, aujourd’hui à sec. Elle a joué un rôle considérable en Grèce antique, lorsqu’elle avait de l’eau potable, tant sur le plan commercial que religieux, et son rayonnement a connu son apogée sur le plan religieux au 6ème siècle av. jc.

[11] Basileus signifie « roi » en grec ancien. L’étymologie du mot reste peu claire. Si le mot est originellement grec mais la plupart des linguistes supposent que c’est un mot adopté par les Grecs à l’âge du bronze à partir d’un autre substrat linguistique de Méditerranée orientale, peut-être thrace ou anatolien.

[12] L’Anatolie ou Asie Mineure est la péninsule située à l’extrémité occidentale de l’Asie. Dans le sens géographique strict, elle regroupe les terres situées à l’ouest d’une ligne Çoruh-Oronte, entre la Méditerranée, la mer de Marmara et la mer Noire, mais aujourd’hui elle désigne couramment toute la partie asiatique de la Turquie

[13] Le Bakırçay ou Caïque est un fleuve de Turquie qui prend sa source dans la plaine de Kırkağaç à l’est du mont Temnos dans la province de Manisa.