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Eumène 1er de Pergame

dimanche 14 janvier 2018

Eumène 1er de Pergame

Roi de Pergame de la dynastie des Attalides de 263 à 241 av. jc

Son règne est animé par ces deux principaux objectifs : l’affranchissement définitif de la tutelle séleucide [1] et l’augmentation du territoire de Pergame [2].

Fils aîné d’Eumène et de Satyra, fille de Poséidonios, il succède à son oncle et père adoptif Philétairos en 263 av. jc, mais n’est cependant pas investi par le roi séleucide Antiochos 1er Sôter, dont la tutelle sur Pergame est jusqu’alors admise.

Peu après son avènement, Eumène doit ainsi faire face à une expédition punitive du roi Antiochos 1er Sôter et le bat près de Sardes [3] entre 262 av. jc et 261 av. jc. L’indépendance de fait de ce qui n’est encore qu’une "principauté" se confirme alors et va se consolider progressivement.

Eumène remplace le nom de Séleucos 1er par celui de Philétairos sur les monnaies de Pergame et gouverne de 263 à 241 av. jc sans cependant prendre le titre de basileus [4]), se contentant de celui de dynaste [5].

Poursuivant l’œuvre de Philétairos, il s’attache à organiser l’administration, entame un programme d’embellissement de la cité de Pergame et se montre généreux envers les sanctuaires. Il apporte son aide aux écoles philosophiques d’Athènes [6] et invite à sa cour le philosophe Arcésilas de Pitane, contribuant ainsi à favoriser le prestige international de Pergame.

Le jeune État ascendant semble pourtant encore fragile et le pouvoir d’Eumène dépend pour l’essentiel de la fidélité de ses soldats et mercenaires, avec lesquels il devra d’ailleurs trouver un accord après une révolte de deux colonies militaires [7] vers 260 av. jc.

Le territoire de Pergame, augmenté notamment au détriment des Séleucides, s’étend alors sur la vallée du Caïque [8], le sud du massif forestier de l’Ida [9] ainsi que vers la côte avec le contrôle de Gryneion [10] et d’Elaea [11], futur grand port de Pergame.

Au nord-ouest, au pied du Mont Ida, Eumène établit la colonie militaire et garnison de Philetaireia et, à l’est, celles d’Apollonis et d’Attaleia, près des sources du Caïque. Vers 258 av. jc, il perdit une partie des territoires récemment conquis sur les Séleucides, à la suite d’un conflit avec le roi séleucide Antiochos II mais, entre 246 av. jc et 241 av. jc, son successeur Séleucos II lui céda par un accord légal le territoire du port de Pitanè. La relative petite superficie du domaine pergaménien est alors compensée par une importante et riche production agricole, minière et de bois d’œuvre, source de lucratifs revenus d’exportation.

On ne sait rien de son attitude dans la deuxième guerre de Syrie [12] ni dans la guerre laodicéenne mais il apparaît qu’Eumène entretint de bonnes relations avec les Lagides [13]. Dès le début de son règne, il eut à résister aux raids des Galates [14] et dut leur verser tribut.

Son cousin germain et fils adoptif Attale 1er lui succède en 241 av. jc.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Laurent Capdetrey, Le pouvoir séleucide. Territoire, administration, finances d’un royaume hellénistique (312-129 av. J.-C.), Presses Universitaires de Rennes, 2007, (ISBN 978-2-7535-0524-7)

Notes

[1] Les Séleucides sont une dynastie hellénistique issue de Séleucos 1er, l’un des diadoques d’Alexandre le Grand, qui a constitué un empire formé de la majeure partie des territoires orientaux conquis par Alexandre, allant de l’Anatolie à l’Indus. Le cœur politique du royaume se situe en Syrie, d’où l’appellation courante de « rois de Syrie ». Les Séleucides règnent jusqu’au 2ème siècle av. jc sur la Babylonie et la Mésopotamie dans la continuité des Perses achéménides.

[2] Pergame est une ancienne ville d’Asie Mineure, en Éolide située au nord de Smyrne, au confluent du Caïque et du Cétios, à environ 25 km de la mer Égée. À l’heure actuelle, son nom est Bergama (Turquie, province d’Izmir).

[3] Sardes est une ancienne ville d’Asie Mineure, capitale de la Lydie, sur la rivière Pactole, dans la vallée de l’Hermos.

[4] roi

[5] Un petit souverain régnant sous la dépendance d’un souverain plus puissant.

[6] L’académie est l’école philosophique fondée dans Athènes par Platon vers 387 av. jc. Elle dure jusqu’en 86 av. jc. L’académie tire son nom du domaine dans lequel elle est située, fait de jardins et de portiques et qui se trouve près du tombeau du héros Académos. Platon et Aristote ont enseigné dans cette école.

[7] Philetaireia et Attaleia

[8] Le Bakırçay ou Caïque est un fleuve de Turquie qui prend sa source dans la plaine de Kırkağaç à l’est du mont Temnos dans la province de Manisa.

[9] Le mont Ida, actuel Kaz Dag, est une chaîne montagneuse (1774 m d’altitude au point culminant) de Mysie, en Asie mineure, délimitant la région de Troie. Ses plus hauts sommets sont le Cotyle et le Gargare. Ce dernier est souvent enneigé. Le promontoire qui s’avance en Troade est nommé le Lectos.

[10] Gryneion, est une ville ancienne près d’ Aliağa, dans la province d’ Izmir en Turquie, dans l’ouest de l’ Anatolie. C’est sur la côte égéenne et très proche de la ville moderne de Yeni Şakran. Gryneion était l’une des 12 villes importantes d’ Aeolis. Elle était bien connue à cause de son temple d’Apollon. La ville était un centre de prophétie.

[11] Elaea était une ancienne ville d’ Aeolis, en Asie, le port de Pergame. Selon l’ Atlas Barrington du monde grec et romain, il était situé près de la ville moderne de Zeytindağ, province d’Izmir, en Turquie.

[12] Les guerres de Syrie correspondent à une série de six conflits qui opposèrent les royaumes lagides et séleucides durant la période hellénistique pour la domination de la région appelée Cœlé-Syrie, une des voies permettant l’accès à l’Égypte.

[13] Les Lagides ou Ptolémées sont une dynastie pharaonique issue du général macédonien Ptolémée, fils de Lagos (d’où l’appellation « lagide »), qui règne sur l’Égypte de 323 à 30 av. jc.

[14] Les Galates sont des peuples celtes qui, dans l’Antiquité, ont migré dans le centre de l’Asie Mineure. De Gaule cisalpine, des troupes celtes ont pris la route des Balkans, ils ont traversé la Macédoine et gagné la Grèce, pillant au passage le temple de Delphes, lors de la Grande expédition. À ce moment ils se divisent, certains d’entre eux retournant en Gaule dans les Cévennes et autour de Toulouse où ils sont désormais désignés comme Volques Tectosages. Les autres, ayant franchi l’Hellespont, les Galates, commandés par Lutérios et Léonorios, arrivent dans ce pays vers 278 av. jc à l’invitation du roi Nicomède 1er de Bithynie afin de combattre Antiochos 1er, roi séleucide. Leur appui lui assura le trône, et il leur donna en récompense des terres situées au sud de son royaume, sur les bords du Sangarius. Avant de s’y établir, les Gaulois dévastèrent toute la partie de l’Asie Mineure baignée par la mer Egée, depuis la Troade jusqu’à la Carie. Vaincus par Antiochos 1er, roi de Syrie en 277 et par Attale 1er, roi de Pergame en 241, ils se concentrèrent dans la partie nord de la Grande Phrygie, lui donnèrent le nom de Galatie, et reçurent eux-mêmes le nom de Gallo-Grecs, parce qu’ils se mêlèrent à la population grecque et phrygienne du pays. Géographiquement, leur implantation est délimitée par le royaume du Pont et la Paphlagonie au nord, la Cappadoce à l’est, le royaume de Pergame au sud et la Bithynie à l’ouest.