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Lucius Vibullius Hipparchus Tiberius Claudius Atticus Herodes dit Hérode Atticus

lundi 29 septembre 2014, par ljallamion

Lucius Vibullius Hipparchus Tiberius Claudius Atticus Herodes dit Hérode Atticus (101-177)

Rhéteur grec

Buste d'Hérode Atticus, vers 161 Provenant De Probalinthos, Attique, Grèce, musée du Louvre.Né à Marathon sous le règne de Trajan. Sa famille, Céryce [1] athénienne, est immensément riche et prétend descendre de Miltiade et Cimon. Depuis l’époque julio-claudienne, elle jouit également de la citoyenneté romaine.

Son grand-père, Tiberius Claudius Hipparchus, était un banquier renommé pour sa richesse, estimée à 100 millions de sesterces. Il avait été condamné au suicide et à la confiscation de ses biens par l’empereur Vespasien. Il avait néanmoins réussi à en dissimuler la plus grande partie, qui fut retrouvée par son fils, Tiberius Claudius Atticus Herodes , après l’accession de Nerva. L’empereur lui permit de conserver ce trésor. Il accrut encore la fortune familiale en épousant la riche Vibullia Alcia Agrippina. Il fut coopté au Sénat romain avec le rang d’ex-préteur par Trajan et nommé archiereus [2].

À une date indéterminée, il accompagne à Rome son père, nommé consul suffect, ce qui lui permet d’apprendre le latin. De retour à Athènes, il apprend la philosophie auprès d’un platonicien, Taurus de Tyr. Il est destiné très jeune à une carrière de rhéteur. Atticus fait appel à Secundos d’Athènes pour enseigner l’art oratoire à son fils. Il invite également le célèbre sophiste Scopélianos à démontrer son art dans sa résidence de campagne. Le jeune Hérode parvient si bien à imiter son invité que son père lui offre la somme considérable de 50 talents contre 15 à l’orateur. Il étudie aussi avec Favorinus d’Arles et le critique Munatius de Tralles, qui resteront des amis proches. . En 117, Trajan meurt et Hadrien, accède au trône impérial. Hérode Atticus, âgé d’à peine 17 ans, est envoyé en délégation auprès du nouvel empereur alors que celui-ci hiverne avec ses troupes en Pannonie.

Hérode obtient sa première charge publique en 122. Il est agoranome [3]. En 126-127, il est élu archonte éponyme [4]. L’année suivante, Hadrien effectue une seconde visite à Athènes. Son lieu de résidence n’est pas connu avec certitude, mais il est probable que l’empereur ait séjourné chez les Hérodiens. À cette date, ce dernier a reçu le rang sénatorial et figure officiellement parmi les amis de l’empereur [5].

Vers 131, il débute le cursus honorum romain par la charge de questeur de l’empereur. Trois ans plus tard, il devient préteur. Parallèlement, Hérode commence à se faire connaître comme orateur et comme professeur de rhétorique. Il compte notamment parmi ses élèves Marc Aurèle, le futur empereur.

En 135, il est nommé corrector [6] des cités libres d’Asie mineure. Il en profite pour visiter à Smyrne l’orateur Polémon de Laodicée , qui déclame devant lui et reçoit en récompense la généreuse somme de 250 000 drachmes.

Il se consacre particulièrement à Alexandrie de Troade [7], dépensant plus du double du budget approuvé par Hadrien pour la construction d’un aqueduc. Alors que l’empereur se plaint à Atticus de ces dépenses, ce dernier répond qu’il n’y a pas lieu de s’en faire et prend en charge la différence. Au sortir de sa charge, Hérode se consacre de nouveau à la rhétorique.

En 137/138, le père d’Hérode meurt. Il laisse derrière lui un testament qui octroie à chaque citoyen athénien mâle une rente annuelle d’une mine, ce qui représente, pour 12 000 bénéficiaires, un capital de 24 millions de drachmes investies à 5 %. Hérode conteste aussitôt le testament, se fondant sur le fait qu’une donation faite par un citoyen romain à un non citoyen doit revêtir la forme d’un fidéicommis, que l’exécuteur testamentaire a au reste le droit d’ignorer. Fort de ce point de droit, il propose un compromis, un versement unique de 5 mines en lieu et place de la rente annuelle.

Les Athéniens acceptent, mais pour voir défalquer du montant promis les dettes qu’eux-mêmes et leurs ancêtres ont contractées vis-à-vis de la banque hérodienne. Au final, très peu de citoyens bénéficient du testament de feu Atticus. Il semblerait même que, dans la foulée, Hérode annule des legs prévus par son père pour diverses liturgies. Philostrate souligne que les Athéniens « eurent le sentiment d’avoir été spoliés de leur héritage et ne cessèrent jamais de haïr Hérode ». Un procès est même intenté à Rome contre lui. Hérode est finalement acquitté, peut-être grâce à ses liens avec Marc Aurèle, fils adoptif du nouvel empereur Antonin le Pieux.

En 139, toutefois, Hérode est choisi pour présider la commission des Grandes Panathénées, sans doute parce que les Athéniens ne pouvaient se permettre d’évincer un homme aussi riche des liturgies. À cette occasion, il fait rénover le stade panhellénique en marbre blanc, ce qui fait dire à certains citoyens que le nom est bien mérité, puisque le bâtiment a été financé avec l’argent de tous les Athéniens. Dans le même temps, il épouse Appia Annia Regilla, apparentée aux Antonins ; il en aura 5 enfants, dont 2 fils.

En 143, Hérode est nommé consul ordinaire, peut-être en remerciement pour l’éducation de Marc Aurèle. À sa sortie de charge, il assiste aux Grandes Panathénées dans son nouveau stade panhellénique. En 147, Hérode reconstruit de même le stade des jeux Pythiques. En remerciement, la cité de Delphes consacre des statues à toute sa famille.

Ses discours reçoivent un accueil enthousiaste lors des Jeux olympiques de 153 : la foule l’acclame comme un second Démosthène. Sa femme reçoit la prêtrise de Déméter Chamyne, qui lui permet d’être la seule femme mariée à pouvoir regarder les Jeux. Ravi, il finance la construction d’un aqueduc reliant l’Alphée à Olympie, ainsi que d’un nymphée. Le reste de la décennie est plus sombre, son fils aîné Regillus et sa fille Athenais meurent, suivis par sa femme Regilla, tuée par l’un de ses affranchis. Il fait bâtir en l’honneur de cette dernière l’odéon qui porte aujourd’hui son nom à Athènes, le Triopion [8] de la via Appia, ainsi que la fontaine Pirène à Corinthe. Malgré tout, la rumeur l’accuse d’avoir fait tuer sa femme.

Hérode meurt de la tuberculose à la fin de 177. L’un de ses disciples, Adrien de Tyr , est chargé de prononcer son oraison funèbre.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia Hérode Atticus/ Portail de la Grèce antique/ Rhétorique grecque

Notes

[1] Les Céryces sont une famille d’eupatrides aristocratique sacerdotale descendante de Cécrops par Pandrose, et Céryx, fils d’Hermès. Au 5ème siècle av. jc, les familles des Philaïdes et des Alcméonides sont en concurrence avec les autres familles eupatrides de la cité, comme les Céryces ou les Eumolpides. Ces familles nouent parfois des alliances matrimoniales, mais elles se livrent également à de féroces luttes politiques pour le pouvoir et le prestige

[2] c’est-à-dire grand-prêtre du culte impérial

[3] c’est-à-dire chargé de la surveillance des prix des denrées agricoles

[4] L’archonte éponyme est, dans l’Athènes antique, le magistrat suprême, et le magistrat principal dans de nombreuses cités de la Grèce antique. Athènes comportait toutefois un conseil d’archontes formant une sorte de gouvernement exécutif. L’archonte éponyme, ou tout simplement l’archonte sans autre précision, préside les réunions de la Boulè, de l’ecclésia, anciennes assemblées athéniennes ; l’instruction des procès de droit privé incombe également à l’archonte. Il reste le chef de l’État nominal même sous la démocratie, qui réduit cependant son importance politique.

[5] inter amicos, titre donné aux conseillers impériaux

[6] inspecteur des finances impériales

[7] Alexandrie de Troade est une cité portuaire de l’antiquité située en Mysie, au nord-ouest de l’Asie Mineure. Située à une quinzaine de kilomètres de l’antique Troie, elle se trouve dans la province actuelle de Çanakkale en Turquie en face de l’île de Bozcaada (ancienne Ténédos). Dans les écrits néotestamentaires de la Bible la ville est simplement appelée Troas.

[8] sanctuaire à Déméter