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Cimon

vendredi 30 septembre 2016 (Date de rédaction antérieure : 20 septembre 2012).

Cimon (510-vers 450 av. jc)

Homme d’État et stratège athénien

Membre de la famille des Philaïdes [1], c’est le fils de Miltiade et d’une Thrace, Hégésipylé, fille d’un roi Thrace [2] du nom d’ Oloros .

Après une jeunesse tapageuse, où Cimon traîne une réputation de buveur et de débauché, il se distingue à Salamine [3] et entame sa carrière politique peu après 480 av. jc. Il est suffisamment important en 479 pour faire partie de l’ambassade qu’Athènes envoya à Sparte [4].

Il est stratège [5] à plusieurs reprises, pour la première fois en 478. Il dispose à la fois du soutien populaire mais aussi de l’appui des grandes familles nobles dont le poids restait important dans les campagnes.

Partisan du développement de l’empire athénien, il n’estime pas nécessaire la rupture avec Sparte. Il pense au contraire que l’alliance spartiate peut contrebalancer le développement des idées démocratiques auxquelles il est hostile. C’est en cela qu’il s’oppose à Thémistocle.

Il aide Aristide le Juste à obtenir le soutien des Grecs d’Asie Mineure et des îles à Athènes plutôt qu’a Sparte, et commande la plupart des opérations militaires de la ligue de Délos [6] de 477 à 473. Il oblige Pausanias à quitter Byzance en 477, s’empare d’Eion [7] en 476, conquiert la vallée du Strymon [8] en Thrace en 475, puis l’île de Skyros [9], dont il chasse les pirates qui rançonnent la mer Égée. Il aurait également rapporté les ossements supposés de Thésée , que l’on disait inhumé à Skyros.

Il contribue, vers 472–471 à l’ostracisme de Thémistocle, et devient après la mort d’Aristide le Juste en 467, le chef du parti aristocratique. Sa popularité est, à ce moment, à son comble à Athènes où ses largesses, ses excès et aussi son humanité sont appréciés.

La plus grande victoire de Cimon fut sa victoire sur la flotte perse, à l’embouchure de l’Eurymédon en 468. Il s’empare d’environ de 200 vaisseaux de la flotte ennemie dirigée par Tithrautès puis, ayant débarqué son infanterie, il défait complètement l’armée ennemie dirigée par Phérendates. Ayant appris l’arrivée d’une flotte de renfort, il part à sa recherche et s’empare de tous les navires ennemis. À la suite de cette victoire, il impose au roi des Perses Artaxerxès 1er un traité de paix qui reconnaît la liberté des Grecs d’Asie Mineure et interdit aux navires perses l’accès à cette région.

La prépondérance d’Athènes et les opérations militaires sans fin lassent certains alliés qui vont jusqu’à la sécession comme Naxos [10] en 470 et Thasos [11] en 465. En 463, après un siège de 2 ans, Cimon réduit Thasos.

Avec le butin de toutes ses campagnes, il va embellir Athènes en achevant les Longs Murs et la citadelle.

Lors de son retour à Athènes en 463, il est accusé par Périclès et Éphialtès de n’avoir pas été plus sévère, mais il est finalement acquitté.

En 462, il obtient des Athéniens que lui soit confiée une armée afin de venir en aide à Sparte, en proie à une révolte des hilotes [12], mais Sparte, méfiante à l’égard d’Athènes, refuse son aide. Cet échec contribue à discréditer tous les partisans de Sparte et entraîne la chute de Cimon d’autant que les pouvoirs de l’Aréopage [13], son principal soutien, ont été réduits par les réformes d’Éphialtès en son absence. À son retour en 461 il réclame l’abrogation des mesures d’Éphialtès mais il est frappé d’ostracisme.

Rappelé vers 451 par Périclès, Cimon dirige une dernière campagne contre les Perses afin de reprendre Chypre, après une première victoire en Cilicie [14] sur Mégabaze , dont il s’empare et où il meurt en faisant le siège de Cition [15].

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de histoire de CIMON - Encyclopædia Universalis/Edmond Lévy, La Grèce au Ve siècle de Clisthène à Socrate, Paris, Seuil, coll. « Points Histoire / Nouvelle histoire de l’Antiquité », 1995 (ISBN 2-02-013128-5)

Notes

[1] Les Philaïdes sont une famille eupatride aristocratique. Au 5ème siècle av. jc, la famille des Alcméonides est en concurrence avec les autres familles eupatrides de la cité, comme les Eumolpides ou les Céryces. Ces familles nouent parfois des alliances matrimoniales, mais elles se livrent également à de féroces luttes politiques pour le pouvoir et le prestige ; ces luttes auront une grande importance sur la vie et la carrière de Périclès

[2] La Thrace désigne une région de la péninsule balkanique partagée entre la Grèce, la Bulgarie et la Turquie ; elle doit son nom aux Thraces, la peuplade qui occupait la région dans l’Antiquité. Au 21ème siècle, la Thrace fait partie, à l’ouest, de la Grèce, Thrace occidentale, au nord, de la Bulgarie et, à l’est, de la Turquie, Thrace orientale.

[3] La bataille de Salamine est une bataille navale qui opposa le 29 septembre 480 av. jc (22 du mois Boédromion dans l’antique calendrier athénien) la flotte grecque menée par Eurybiade et Thémistocle à la flotte perse de Xerxès 1er.

[4] Sparte ou Lacédémone est une ancienne ville grecque du Péloponnèse. Située sur l’Eurotas, dans la plaine de Laconie, entre le Taygète et le Parnon, elle est l’une des cités États les plus puissantes de la Grèce antique, avec Athènes et Thèbes.

[5] Un stratège est un membre du pouvoir exécutif d’une cité grecque, qu’il soit élu ou coopté. Il est utilisé en grec pour désigner un militaire général. Dans le monde hellénistique et l’Empire Byzantin, le terme a également été utilisé pour décrire un gouverneur militaire. Dans la Grèce contemporaine (19ème siècle jusqu’à nos jours), le stratège est un général et a le rang d’officier le plus élevé.

[6] À la suite de ses victoires sur les Perses au cours des guerres médiques, Athènes devient la puissance dominante du monde grec durant toute la période du 5ème siècle av. jc. En effet la Ligue de Délos, alliance militaire initialement créée pour repousser l’ennemi perse, évolue d’une coordination de forces armées grecques sous l’égide des Athéniens vers une confédération étatique soutenue militairement, financièrement, et culturellement par Athènes. Les liens qu’entretient cette cité avec ses alliés sont donc à partir du milieu du siècle des rapports de cité mère à cités vassales. Ainsi en 454 le trésor de Délos est transféré à Athènes. L’union entre la nouvelle métropole et ses provinces est passée de mutuellement consentie à maintenue par la force.

[7] Eion est une ville du nord-est de la Grèce.Elle se situe à l’embouchure du fleuve Strymonas qui se jette dans la Mer Égée. Thucydide s’y réfère dans la Guerre du Péloponnèse comme étant une place stratégique pour Athènes durant la guerre du Péloponnèse. Elle fut occupée en 476 av. J.-C. par les Perses durant les guerres entre Perses et Grecs puis conquise en 475 av. J.-C. par la ligue de Délos sous le commandement d’Athènes par le général Cimon. La prise de la ville fut le début d’une campagne militaire pour la nouvelle ligue de Délos dont le but était de contrôler la mer Égée. Durant la guerre du Péloponnèse, Aristide y intercepta un message perse adressé aux spartiates indiquant leurs positions. Plus tard, les spartiates du général Brasidas prirent, avec l’aide des Thraces, Amphipolis, citée grecque située à côté d’Eion où étaient postées les défenses athéniennes qui furent détruites.

[8] Le Strymon est un fleuve coulant en Bulgarie et en Grèce. Il est nommé Strouma en bulgare, Strimonas en grec moderne et Karasu en turc. Sa source est située dans les montagnes Vitocha, en Bulgarie, et coule sur environ 400 kilomètres pour se jeter dans la mer Égée, dans le golfe Strymonique.

[9] Skyros ou Scyros est une île grecque de la mer Égée, appartenant à l’archipel des Sporades. Elle est rattachée au nome d’Eubée.

[10] Naxos est une île grecque de la mer Égée appartenant aux Cyclades. C’est la plus grande et la plus haute île de l’archipel. Elle est située pratiquement au cœur de l’Égée, à approximativement 140 km de la Grèce continentale et de la Turquie continentale. La plus grande ville et port principal est Náxos, aussi appelée Chóra

[11] Thasos ou Thásos, est une île montagneuse de l’archipel grec, à 8 km de la Thrace continentale et à l’ouest de l’île de Samothrace.

[12] Dans la Grèce antique, les Hilotes ou Ilotes sont une population autochtone de Laconie et de Messénie asservie aux Spartiates, qu’ils font vivre. Leur statut s’apparente à celui des serfs du Moyen Âge : attachés à la terre, ils sont la propriété de l’État lacédémonien. Ils ne sont donc pas des esclaves-marchandises, qui existent par ailleurs mais qui sont plutôt rares. L’hilotisme se rencontre également dans d’autres sociétés grecques, comme la Thessalie, la Crète ou la Sicile.

[13] L’aréopage avait un pouvoir judiciaire à Athènes lors de la démocratie (-500 à -300) il était formé de 9 anciens archontes. Originellement, l’Aréopage était un conseil puissant, composé des citoyens ayant rempli avec le plus de brio les magistratures les plus importantes. Cependant, une réforme de 461 av.jc limita très fortement son pouvoir en le circonscrivant au domaine judiciaire (on parla alors du tribunal de l’Aréopage). Toutefois, de temps à autre, il pouvait retrouver son rôle de conseil, mais simplement sur un plan moral. Il n’est pas étonnant que, dans les débats politiques sur le meilleur gouvernement qui fleurissent dès la fin du 5ème siècle, de nombreux auteurs opposés à la démocratie pure (Platon, Thucydide, Aristote) aient voulu valoriser le rôle de cette institution plutôt oligarchique. L’Aréopage siégeait la nuit : on n’y permettait aucun artifice oratoire pour émouvoir ou attendrir les juges.

[14] La Cilicie est une région historique d’Anatolie méridionale et une ancienne province romaine située aujourd’hui en Turquie. Elle était bordée au nord par la Cappadoce et la Lycaonie, à l’ouest par la Pisidie et la Pamphylie, au sud par la mer Méditerranée et au sud-est par la Syrie. Elle correspond approximativement aujourd’hui à la province turque d’Adana, une région comprise entre les monts Taurus, les monts Amanos et la Méditerranée.

[15] aujourd’hui Larnaka