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Gaius ou Caius Cornelius Gallus dit Gallus

lundi 20 septembre 2021, par ljallamion

Gaius ou Caius Cornelius Gallus dit Gallus (69 av. jc-26 av. jc) 

Homme politique romain-Premier préfet d’Égypte-Poète

Ami de Virgile et connu pour avoir introduit le genre de l’élégie [1] à Rome, mais dont l’œuvre est presque entièrement perdue.

Les deux inscriptions sauvegardées qui évoquent le personnage étaient inaccessibles aux contemporains d’Auguste. La première est celle de l’obélisque du Vatican [2]. Elle était formée de lettres de bronze fixées par des tenons dans le socle, et qui furent arrachées probablement après la condamnation de Gallus.

Les références littéraires contemporaines sur la carrière de Gallus sont inexistantes à une seule exception : Strabon mentionne son expédition à Heroopolis [3] et en Thébaïde [4], mais se tait sur les événements postérieurs. La figure de Gallus est évoquée ultérieurement par Plutarque et Suétone, puis par Dion Cassius, Ammien Marcellin et enfin saint Jérôme. Le poète échappa à l’oubli grâce aux Bucoliques de son ami Virgile et au souvenir de ses successeurs élégiaques, principalement Ovide.

D’extraction assez modeste, Gallus fait ses premiers pas dans la carrière militaire et politique auprès d’Asinius Pollion, qui le mentionne comme son ami dans une lettre à Cicéron, en 44 av. jc. Les sources sont muettes quant à l’évolution de sa carrière durant près de 10 ans.

Au lendemain de la bataille d’Actium le 2 septembre 31 av. jc [5], Octave Auguste conduit l’offensive vers l’Égypte à partir de la côte syrienne. Il délègue à Gallus la branche occidentale de son dispositif : ce dernier doit rejoindre l’Égypte à partir de la côte de la Cyrénaïque [6]. Il rallie aux forces d’Octavien un des généraux de Marc Antoine, Lucius Pinarius Scarpus , avec ses 4 légions. La prise de Paraetonium [7] prive Marc-Antoine d’un débouché occidental sur la mer. Gallus garde ce port malgré une contre-attaque de l’armée d’Antoine. Il gagne Alexandrie [8], où il défait l’armée de l’ancien triumvir devant Pharos [9].

Alors que Cléopâtre se réfugie dans son tombeau, après la mort d’Antoine, Gallus est chargé d’une diversion : il parlemente avec la reine vaincue pendant que Proculeius investit son refuge. Après la mort de la reine, Gallus prend Heroopolis qui s’était soulevée et, dans la foulée, soumet la région de Tanis [10]. Il mène ensuite une expédition en Thébaïde et en Nubie [11] pour garantir la frontière sud de la conquête romaine au niveau de la première cataracte.

L’imperator Octavien ne peut pas permettre aux sénateurs de Rome de mettre la main sur l’Égypte : c’est une région hautement stratégique, riche, d’où il prélève un tribut considérable, et c’est aussi une importante réserve d’hommes, c’est-à-dire de soldats. Octavien assigne à Gallus un poste créé de toutes pièces : celui de préfet d’Égypte [12], délégué personnel de l’empereur pour Alexandrie et pour l’Égypte. Ce dignitaire est un chevalier romain muni de l’imperium [13], avec le statut proconsulaire [14]. Il a rang de roi.

Gallus revient à Rome entre 29 et 27 av. jc. Nous ne connaissons pas les conditions de son retour ni les raisons qui le poussent à protéger et accueillir chez lui le grammaticus [15] Quintus Caecilius Epirota après la disgrâce de celui-ci, accusé de relations trop intimes avec une de ses étudiantes qui se trouvait être la fille d’Atticus et l’épouse d’Agrippa. Il est vraisemblable que l’objectif réel d’Octave-Auguste a été de neutraliser le trop ambitieux gouverneur d’une province romaine stratégique, pour éviter qu’il devienne un rival.

À son tour, Gallus est donc accusé par l’un de ses anciens compagnons et confidents, Valerius Largus. Cette dénonciation amorce une succession d’accusations et de condamnations par le Sénat. Cette assemblée confisque tous ses biens et, par habileté politique, les attribue à Auguste. Ce dernier ne le soutient pas. Gallus est exclu de l’ordre équestre [16] et de la maison d’Auguste. Il est interdit de séjour dans toutes les provinces impériales.

Finalement, Gallus se suicide à l’épée, comme l’avait fait Marc Antoine. Seul Proculeius, intime d’Auguste, ose publiquement déplorer le sort de son ami. Le nom et la carrière de Gallus semblent bien avoir été frappés d’une sorte de damnatio memoriae [17], qui explique le silence des auteurs augustéens

Cependant Suétone, dans sa “De vita duodecim Caesarum”, écrit qu’Auguste pleura à la mort de Gallus.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Luciano Nicastri, Cornelio Gallo e l’elegia ellenistico-romana. Studio dei nuovi frammenti. Napoli, M. D’Auria, 1984.

Notes

[1] L’élégie fut une forme de poème dans l’Antiquité, avant de devenir un genre poétique à partir de la Renaissance. Dans l’Antiquité, était appelé « élégie » tout poème alternant hexamètres et pentamètres en distiques : ce sont les vers élégiaques. De nos jours, l’élégie est considérée comme un genre au sein de la poésie lyrique, en tant que poème de longueur et de forme variables caractérisé par un ton plaintif particulièrement adapté à l’évocation d’un mort ou à l’expression d’une souffrance due à un abandon ou à une absence.

[2] L’obélisque du Vatican est un obélisque égyptien, transporté à Rome par Caligula pour orner la spina de son nouveau cirque du Vatican. Il est érigé au centre de la place Saint-Pierre, depuis le 10 septembre 1586, sur ordre du pape Sixte-Quint.

[3] Heroon-polis ou Héroopolis, aujourd’hui Tell er-Retabeh dans l’oued Tumilat, était la capitale du huitième nome de Basse-Égypte.

[4] La Thébaïde, était une région méridionale de l’Égypte antique. Son nom provient de sa capitale Thèbes. On comprend sous cette appellation, tantôt seulement les sept nomes de la Haute-Égypte (Tentyra, Coptos, Thèbes, Hermonthis, Latopolis, Apollinopolis Magna, Ombos), tantôt les huit qui forment la partie sud de la Moyenne-Égypte (Diospolis Parva, Abydos, This, Chemmis, Aphroditopolis, Antaeopolis, Hypselis, Lycopolis), ainsi que la Grande Oasis, qui sous les Romains formait aussi un nome. Sous les Ptolémées, la Thébaïde forma un district administratif dirigé par l’Épistratège de Thèbes, qui avait également la responsabilité de la navigation sur la mer Rouge et l’océan Indien. Sous l’Empire romain, Dioclétien créa la province de Thébaïde, contrôlées par les légions. Elle fut ultérieurement divisée en Thébaïde supérieure pour la moitié méridionale avec Thèbes pour chef-lieu, et Thébaïde inférieure pour la moitié septentrionale avec pour chef-lieu Ptolémaïs. La partie habitée de la Thébaïde était entourée à l’est et à l’ouest de déserts dans lesquels se retirèrent les premiers ermites et anachorètes chrétiens, comme saint Macaire, saint Pacôme, saint Antoine l’Ermite ; cela explique le sens de « lieu isolé et sauvage », servant de retraite, que le mot a pris en français dans la langue littéraire.

[5] Le 2 septembre de l’an 31 av. jc pendant la Dernière Guerre civile de la République romaine, qui suit l’assassinat de Jules César, une grande bataille navale se déroule près d’Actium, sur la côte occidentale de la Grèce, dans le golfe Ambracique, au sud de l’île de Corfou. Elle met aux prises les forces d’Octave et celles de Marc Antoine et Cléopâtre. Elle voit la victoire d’Octave et marque la fin de la guerre civile. Par son ampleur et ses conséquences, la bataille d’Actium est généralement considérée par les historiens comme l’une des batailles navales les plus importantes de l’histoire.

[6] La Cyrénaïque est une région traditionnelle de Libye dont le nom provient de la Cyrénaïque antique, province romaine située autour de l’ancienne cité grecque de Cyrène. Ce territoire fait aujourd’hui partie de la Libye.

[7] Marsa Matrouh

[8] Alexandrie est une ville en Égypte. Elle fut fondée par Alexandre le Grand en -331 av. jc. Dans l’Antiquité, elle a été la capitale du pays, un grand centre de commerce (port d’Égypte) et un des plus grands foyers culturels hellénistiques de la mer Méditerranée centré sur la fameuse bibliothèque, qui fonda sa notoriété. La ville d’Alexandrie est située à l’ouest du delta du Nil, entre le lac Maréotis et l’île de Pharos. Cette dernière était rattachée à la création de la ville par l’Heptastade, sorte de digue servant aussi d’aqueduc, qui a permis non seulement l’extension de la ville mais aussi la création de deux ports maritimes.

[9] actuelle Hvar en Croatie

[10] Tanis est le nom grec de l’antique Djanet, un important site archéologique au nord-est de l’Égypte sur la branche tanitique du Nil. La ville fut longtemps considérée comme la capitale de Ramsès II, il n’en est rien, même si certaines traces le laissent paraître notamment au vu des innombrables blocs inscrits aux noms du célèbre pharaon. Elle est surtout connue pour les trésors funéraires issus de la nécropole royale des rois tanites de la XXIème dynastie

[11] La Nubie est aujourd’hui une région du nord du Soudan et du sud de l’Égypte, longeant le Nil. Dans l’Antiquité, la Nubie était un royaume indépendant dont les habitants parlaient des dialectes apparentés aux langues couchitiques. Le birgid, un dialecte particulier, était parlé jusqu’au début des années 1970 au nord du Nyala au Soudan, dans le Darfour. L’ancien nubien était utilisé dans la plupart des textes religieux entre les 8ème et 9ème siècles.

[12] Le préfet d’Égypte est un haut fonctionnaire désigné par l’empereur romain, son délégué personnel, pour diriger Alexandrie et l’Égypte. Il s’agit donc du gouverneur impérial de la province, poste réservée aux chevaliers romains. L’intitulé latin complet est praefectus Alexandriae et Aegypti.

[13] pouvoir de commandement suprême

[14] La fonction de proconsul dans la Rome antique correspond à la notion actuelle de gouverneur. Étymologiquement, ce terme vient du préfixe latin pro, à la place de, et consul. Le premier cas de proconsulat historiquement cité par Denys d’Halicarnasse date de 464 av. jc, lorsque Titus Quinctius Capitolinus Barbatus reçut le pouvoir de diriger une armée (imperium) pour aller au secours d’un consul assiégé. Il s’agit alors d’une solution improvisée sous la pression des événements. La fonction réapparaît avec l’agrandissement de la République romaine au 4ème siècle av. jc, lorsqu’un consul doit finir une campagne militaire ou doit gouverner un territoire au-delà de la durée normale de son mandat de consul (un an). Son pouvoir (imperium consulaire) est alors prolongé, en général pour une durée d’un an et toujours sur un territoire précis, le plus souvent une province. Le terme « proconsul » tient au fait que son titulaire exerçait un pouvoir consulaire ; cependant, tous les proconsuls n’étaient pas forcément d’anciens consuls.

[15] Grammairien

[16] Les chevaliers sont un groupe de citoyens de la Rome antique appartenant à l’ordre équestre (equester ordo), sous la Royauté, la République et l’Empire. Choisis par les censeurs, ce sont les plus fortunés (au moins 400 000 sesterces du 2ème siècle av. jc, jusqu’au début de l’Empire) et les plus honorables des citoyens (en dehors des sénateurs). Cette appartenance pouvait être théoriquement remise en cause à chaque censure. En pratique elle était héréditaire. Le chevalier se reconnaît à la bande de pourpre étroite cousue sur sa tunique (tunique dite angusticlave), et au port de l’anneau d’or. Les chevaliers se virent attribuer un poids politique supplémentaire au motif qu’ils étaient capables financièrement de s’équiper pour servir dans l’armée à cheval. De plus l’appartenance à l’ordre équestre était nécessaire pour accéder aux postes d’officier dans l’armée.

[17] La damnatio memoriae (littéralement : « damnation de la mémoire ») est à l’origine un ensemble de condamnations post mortem à l’oubli, utilisée dans la Rome antique. Par extension le mot est utilisé pour toutes condamnations post mortem. Son exact contraire est la consécration ou apothéose, jusqu’à la divinisation.