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Boson V de Provence

jeudi 15 août 2013, par ljallamion (Date de rédaction antérieure : 10 octobre 2011).

Boson V de Provence (vers 844-887) Comte de Troyes en 870-Gouverneur du Lyonnais et du Viennois en 871-Comte du Berry en 872

Boson V de Provence, gravure par Nicolas Claude Fabri de Peiresc 1612. C'était la première statue reliquaire connue. On voit les mots REX et BOSO

Fils de Bivin de Gorze, il épousa en 876 Ermengarde, fille de l’empereur Louis II le Jeune. Sa sœur Richilde d’Ardennes fut la concubine et la seconde épouse du roi des Francs Charles II le Chauve, lequel accorda à son nouveau beau-frère l’abbaye de Saint-Maurice d’Agaune [1], qui avait été détenue par son oncle maternel Hucbert.

À l’automne 870, il est l’exécuteur testamentaire du duc Girart de Roussillon, en compagnie du marquis Bernard de Gothie et du comte Eudes d’Orléans . Charles le Chauve lui confie l’administration du comté de Troyes. En janvier 871, Charles II le Chauve le nomme gouverneur du Lyonnais et du Viennois, en succession de Girart de Roussillon. En 872, Charles le Chauve le nomme conseiller et chambrier de son fils Louis le Bègue, roi d’Aquitaine depuis 867. Il reçoit aussi le comté du Berry. et les fonctions du comte Gérard d’Auvergne, déposé par le roi.

En 875, à la mort de l’empereur Louis II le Jeune, il accompagne le roi Charles le Chauve qui part en Italie pour recevoir le titre d’empereur du pape Jean VIII. Le nouvel empereur, le nomme, duc en Italie, et duc de Provence. En février 876, à Pavie, Charles le Chauve avant de repartir pour le royaume de France, nomme Boson vice-roi du royaume d’Italie. Cette même année il épouse Ermengarde, la fille unique de l’empereur décédé Louis II le Jeune.

En mars 877, il retourne en France, rappelé par Charles le Chauve. Ce dernier confie alors le royaume d’Italie et le duché de Provence à Hugues dit l’Abbé, fils de Conrad 1er de Bourgogne. Charles le Chauve a soin d’associer Richard le Justicier, frère de Boson à Hugues. Cette même année, à la mort de son oncle, le comte Ecchard, il reçoit le comté de Mâcon et le comté de Chalon. Avec ses 2 nouveaux fiefs, il est désormais possesseur de la quasi-totalité de la vallée du Rhône, de la vallée de la Saône et de la Provence. De plus, Charles le Chauve, avant sa mort, signe le capitulaire [2] de Quierzy [3], qui rend héréditaire les charges comtales, ce qui est le véritable acte de naissance de la féodalité.

En mai 878, le pape Jean VIII menacé par les Sarrasins et des nobles italiens, vient se réfugier à Arles auprès du duc Boson et de sa femme Ermengarde. Celui-ci l’accompagne à Troyes où est organisé un grand concile pour statuer sur les troubles dans l’empire et notamment la révolte de Bernard de Gothie et les ambitions du bâtard Hugues qui veut reconquérir la Lotharingie [4]. Le pape propose à Louis le Bègue de l’accompagner à Rome où il pourra le couronner empereur, mais le roi déjà très malade, et craignant de mourir en route, se voit obligé de refuser cet honneur. Boson, toujours vice-roi d’Italie, passe un accord secret avec le pape, et le raccompagne dans le but de se faire reconnaître roi d’Italie, mais la manœuvre échoue devant la mauvaise volonté des évêques et des grands seigneurs italiens.

Dès la mort de Louis II le Bègue, les droits de succession de ses fils Louis III et Carloman II sont sérieusement contestés. Le 15 octobre 879, des grands ecclésiastiques et seigneurs se réunissent en concile au château de Mantaille [5], entre Anneyron et Châteauneuf-de-Galaure dans la Drôme afin de choisir l’homme le plus apte à protéger l’Église et le pays. Ils choisissent Boson comme roi et décident de la restauration du royaume de Burgondie [6] constitué des vastes possessions de Boson, mais aussi des diocèses des religieux présents Aix, Arles, Autun, Avignon, Beaune, Besançon, Chalon, Dijon, Genève, Grenoble, Langres, Lausanne, Lyon, Macon, Marseille, Tarentaise, Tonnerre, Troyes, Valence, Vienne.

Il est couronné quelques jours plus tard à Lyon, par Aurélien, l’archevêque de cette ville. Il installe sa capitale à Vienne, ancienne capitale de la Gaule romaine, et se dote d’une chancellerie.

Dès 879, la nouvelle administration du royaume se met en place comme l’attestent les nombreux actes concernant les comtés. En juillet 880, Boson, nomme un abbé de confiance, Gilon de Tournus , comme évêque de Langres.

Cependant, l’ambition dévoilée de Boson et son couronnement, ont pour effet de créer contre lui une nouvelle alliance des rois carolingiens Louis III de France, Carloman II et leurs cousins Charles III le Gros et Louis le Jeune, qui vont se rencontrer en juin 880 à Gondreville [7] en Lorraine.

Fin 880, les troupes de l’alliance, après avoir repris Autun, Besançon, Chalon, Mâcon et Lyon, se trouvent devant Vienne. Boson se réfugie avec la plus grande partie de ses troupes dans les montagnes, laissant la défense de la ville sous le commandement de son épouse. Alors que Charles III le Gros est parti recueillir la couronne d’Italie, Louis III et Carloman II abandonnent le siège de la ville et permettent ainsi le retour de Boson dans sa capitale.

Charles III le Gros, nouvellement élu empereur d’Occident, fait reprendre la guerre dès le mois d’août 881. Les troupes du roi Carloman II entament à nouveau le siège de Vienne, mais apprenant la mort de son frère le roi Louis III, survenue le 5 août, il lève aussitôt le siège pour aller recueillir la succession. Cependant les troupes de l’empereur Charles III le Gros arrivent à leur tour et réussissent à prendre la ville qui est pillée et incendiée. Richard le Justicier, frère de Boson, prend sous sa protection sa belle-sœur et sa nièce Engelberge et les emmène à Autun. Boson se réfugie en Provence.

En 884, à la mort de Carloman II, qui n’a pas de fils, l’empereur Charles III le Gros est appelé pour assurer la régence du royaume de France. Il propose à Boson de le reconnaître comme roi de Provence sous la simple condition d’un hommage au royaume des Francs.

Boson, sort honorablement de sa lutte contre les Carolingiens, et meurt le 10 janvier 887. Il est inhumé dans la cathédrale Saint-Maurice de Vienne [8].

À sa mort, son fils unique Louis est dans le plus tendre enfance. Sa 2ème épouse Ermengarde, secondée par Aurélien, l’archevêque de Lyon et Barnoin, l’évêque de Vienne, assure la régence du royaume de Provence. Son beau-frère, Richard II de Bourgogne dit Richard le Justicier qui a hérité des « honneurs » de Boson, n’hésite pas à se déclarer le protecteur naturel de son neveu Louis, et se saisit du gouvernement des états de Boson. L’empereur Charles III le Gros est le seul prince régnant en position de contester les droits de Louis à l’héritage paternel. Pour prévenir toute opposition de sa part, Ermengarde, se rend en 887, auprès du monarque pour lui présenter Louis et implorer sa protection. Privé d’héritier légitime, Charles III le Gros comble les espérances de la reine. Il adopte Louis comme son fils, et lui confère le titre de roi ce qui lui permet de retourner régner en Provence sous la régence de sa mère.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de histoire de l’Europe/ Boson V de Provence et Le petit mourre dictionnaire d’histoire universelle édition Bordas 2004 p 173

Notes

[1] L’abbaye territoriale de Saint-Maurice d’Agaune est une abbaye située dans le canton du Valais en Suisse. Elle a été fondée en 515 par le futur roi burgonde saint Sigismond à l’emplacement d’un sanctuaire plus ancien abritant les restes de Maurice d’Agaune, martyr du iiie siècle, érigé par Théodore, premier évêque connu du Valais.

[2] Le capitulaire est un acte législatif de l’époque carolingienne. Il est divisé en petits chapitres nommés capitula, d’où le nom de capitulaire. Ces lois reprenaient les décisions prises lors du Champ de mai, assemblée d’hommes libres aussi appelée plaid.

[3] Le capitulaire dit de Quierzy fut promulgué lors d’une assemblée tenue à Quierzy-sur-Oise entre le 14 juin et le 16 juin 877.

[4] La Lotharingie désigne le royaume de Lothaire II du latin Lotharii Regnum, arrière-petit-fils de Charlemagne. Il fut constitué en 855. Après sa mort, elle fut l’enjeu de luttes entre les royaumes de Francie occidentale et de Francie orientale, avant d’être rattachée au Saint Empire romain germanique en 880. Il devint un duché au début du 10ème siècle. Dans la deuxième moitié du 10ème siècle, le duché fut scindé en un duché de Basse Lotharingie et un duché de Haute Lotharingie, qui deviendra la Lorraine.

[5] Le hameau de Mantaille est rattaché à la commune d’Anneyron dans la Drôme depuis 1809. Il se trouve de l’autre côté du col de Barbe-Bleue dans la vallée du Bancel, autre affluent du Rhône.

[6] D’abord cantonnés en Sapaudia les Burgondes commencèrent par grignoter le territoire gaulois vers l’ouest. En 457, Gondioc et Chilpéric Ier saisirent une première occasion de pousser leurs frontières. A l’été 457 le Valais, la Tarentaise, les villes de Besançon, Chalon sur Saône, Langres, Autun, Grenoble ainsi que Lugdunum, la vieille capitale des Gaules, se livrèrent pacifiquement aux Burgondes. Egidius, le généralissime de Majorien en Gaule reprit aussitôt la capitale des Gaules mais il abandonna aux rois Burgondes leurs nouvelles terres. Lugdunum reviendra aux Burgondes vers 467 lorsque Chilpéric 1er s’en empara, comme il s’empara également à la même époque de la ville de Vienne. Il profita probablement des troubles qui secouèrent entre 469 et 475 un Empire d’Occident, alors à l’agonie, pour porter jusqu’à la Durance les limites de son royaume. Les villes de Viviers, Gap, Embrun, Die, Sisteron, Orange, Apt, Cavaillon, Avignon devinrent villes burgondes. L’empereur Népos reconnut leurs conquêtes. Dès ce moment le royaume burgonde eut, ou peu s’en faut, les limites qu’il conserva dès lors. Ce territoire ne comprenait pas moins de 25 diocèses ou anciennes cités romaines : Auxerre, Langres, Besançon, Chalon sur Saône, Autun, Lugdunum, Genève, Windisch, Octodurum actuellement Martigny, en Suisse, Vienne, Valence, Carpentras, Orange, Avignon, Cavaillon, Vaison, Gap, Embrun, Sisteron, Grenoble, Aoste, Die, Viviers, Saint-Paul-Trois-Châteaux, Apt. Mais les Burgondes gagnent ou perdent incessamment du terrain. Marseille et son port, Arles et la Provence gagnés vers 484, et perdus après la guerre contre les Francs, conquêtes éphémères, auront un moment fait partie de leur territoire. À son apogée, les contours du royaume burgonde touchaient, au nord, la ligne des Vosges et la Durance au midi ; d’orient en occident, ils s’étendaient de l’Aar à la Saône et la Haute-Loire. Ce fut le territoire soumis à cette royauté qui prit, une première fois, le nom de Burgondia dans une correspondance de Cassiodore et rédigée en 507 au nom de Théodoric le Grand.

[7] Gondreville est une petite ville située à 5 km à l’est de Toul et à 17 km à l’ouest de Nancy. En 880, une entrevue eut lieu à Gondreville entre Louis III, Carloman et Charles de Germanie ; la récente conquête de Charles le Chauve y est abandonnée par ses fils à la Germanie. Gondreville fut racheté par l’évêque de Toul à Henri Ier de Germanie en 928.

[8] L’église Saint-Maurice de Vienne est l’ancienne cathédrale du diocèse de Vienne, mentionné dès 3141 et supprimé à la Révolution en 1790. Jusqu’à cette date, la cathédrale était également le siège de la Primatie des Sept Provinces. L’église fait actuellement partie du Diocèse de Grenoble-Vienne.