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Antigone II Gonatas

samedi 28 septembre 2013 (Date de rédaction antérieure : 24 juillet 2011).

Antigone II Gonatas (vers 320 av.jc-239 av.jc)

Roi de Macédoine de 277 à 239

Antigone II Gonatas Roi de Macédoine de 277 à 239

Fils de Démétrios 1er Poliorcète et de Phila 1ère, petit-fils d’Antigone le Borgne et d’Antipater, 2 des diadoques [1] d’Alexandre le Grand.

À la mort de son père, alors qu’il ne disposait plus que d’une flotte et de quelques possessions en Grèce, il fit une première tentative pour s’emparer de la Macédoine. Il fut repoussé par Sosthène et se replia vers la Thrace [2]. Mais après une victoire retentissante contre une bande de Galates [3] près de Lysimacheia [4] en 277, il en tire un prestige suffisant pour s’imposer comme roi d’une Macédoine bien affaiblie par 2 décennies de guerres civiles et de pillages.

Rejetant les politiques asiatiques ambitieuses mais aussi aventureuses de ses prédécesseurs, il se consacra à renforcer le royaume, désormais à l’écart des grands conflits. Il n’y a guère qu’en mer Égée et en Grèce du Sud qu’il se heurta à la puissance lagide [5]. Symbole de son retour à la tradition, il ramena la capitale royale à Pella [6] de Cassandréia [7] et Démétrias [8] où elle avait été successivement déplacée, hors du cœur historique du royaume.

Son pouvoir fut menacé une première fois par le roi d’Épire Pyrrhus rentré d’Italie en 275 pour reconstituer son armée. Celui-ci envahit la Macédoine et Antigone dut se replier sur la côte, à Thessalonique, où mouillait sa flotte.

Pyrrhus s’aliéna toutefois rapidement les Macédoniens en laissant ses mercenaires galates piller la nécropole royale d’Aigéai [9] et lorsqu’il quitte la Macédoine, laissé à la garde de son fils Ptolémée, pour aller guerroyer dans le Péloponnèse, Antigone reprend vite l’offensive. Battu une première fois par Ptolémée, il finit par le chasser de Macédoine en 272 et envoie des secours à Sparte menacée par Pyrrhus. Celui-ci renonce alors à prendre la cité et se replia vers le Nord et Argos où Antigone arriva avant lui, bien qu’ayant dû contourner par la mer les territoires de la Ligue étolienne qui lui était hostile. Dans la bataille d’Argos en 272, Pyrrhus fut tué, et son fils et successeur Alexandre II dut abandonner pour un temps toute ambition sur la Grèce.

La domination macédonienne sur la Grèce fut toutefois rapidement menacée. Un des chefs du parti antimacédonien à Athènes, Chrémonidès, manœuvra avec succès pour rapprocher Athènes de Sparte en 268. La première chercha à expulser les Macédoniens de l’Attique [10], la seconde à asseoir sa domination sur le Péloponnèse. De nombreuses cités du Péloponnèse et de Crète se rallièrent à cette alliance, qui jouissait de surcroît du soutien de Ptolémée II Philadelphe, allié de Sparte. C’est la Guerre chrémonidéenne, dont les opérations ont lieu essentiellement autour de Corinthe, le point fort du dispositif macédonien en Grèce, tenu par le demi-frère du roi, Cratère, et en Attique [11]. Sparte tente par 3 fois entre 267 et 265 de prendre Corinthe [12] en vain, et le roi spartiate Areus 1er trouve la mort dans la dernière tentative. Antigone assiégea Athènes qui trouva un bref répit dans une diversion causée par l’attaque en Macédoine du roi d’Épire Alexandre II en 262. Antigone dut mener une campagne rapide pour le chasser de Macédoine et d’Épire, avant de revenir mettre le siège devant Athènes qui, affamée, capitule en 261.

La décennie suivante le voit assuré de la domination sur la Grèce centrale, mener une politique agressive dans les îles et se mêler aux guerres entre Séleucides [13] et Lagides, en allié fidèle des premiers. Il remporta une victoire importante à Cos [14], probablement en 258 dans le cadre de la Seconde guerre syrienne. Vers 250, une flotte lagide défait néanmoins de façon décisive les Macédoniens et remet en cause leur influence dans les Cyclades jusqu’à une nouvelle victoire d’Antigone, au large d’Andros [15] en 245 dans le cadre de la guerre qui oppose les 2 nouveaux rois Ptolémée III Évergète et Séleucos II à partir de 246.

La domination macédonienne sur la Grèce centrale fut sérieusement compromise une première fois en 249 avec la révolte d’Alexandre, le fils de Cratère, à qui Antigone avait pourtant confirmé son commandement de la garnison de Corinthe, il se rebella et entraîna avec lui les cités d’Eubée [16] en échange de leur liberté. Antigone dut attendre la mort impromptue d’Alexandre en 245 pour reprendre le contrôle de l’isthme à la faveur des préparatifs d’un mariage politique entre la veuve d’Alexandre, Nicée, et son fils Démétrius II. Les cités d’Eubée rentrèrent également dans le rang.

La fin de son règne est marquée par la montée en puissance de la Ligue achéenne [17], Aratos de Sicyone réussit à s’emparer de l’Acrocorinthe par un coup de main audacieux en 243, et les cités de Mégare [18], d’Épidaure [19] et de Trézène [20] rejoignirent ses rangs. Antigone resta étonnamment passif après ce revers, et se contenta de faire la paix avec la Ligue étolienne, qu’il poussa ensuite à attaquer les Achéens, entre 243 et 240.

Malgré les revers en Grèce des dernières années, son règne se caractérisa par un retour à la stabilité et à la paix pour la Macédoine, qui, sans atteindre la puissance des grands États hellénistiques asiatiques, demeura l’État le plus puissant de la péninsule balkanique. Il n’exerça toutefois plus d’influence en Thrace et dans la vallée du Danube. En Grèce, il ne chercha pas à s’opposer frontalement à la Ligue étolienne, mais se contenta d’assurer son contrôle sur une série de garnisons portuaires qui lui assuraient une route maritime vers le Sud, Chalcis, le Pirée et Corinthe. La révolte d’Alexandre et la perte de Corinthe représentaient un coup important à ce système défensif. Il s’appuya, surtout sur la fin de son règne, sur des tyrans locaux pour contrôler les cités d’Argos, Mégalopolis, Phlius et Hermione. D’autre part, il mena délibérément une politique épargnant les levées militaires à la population macédonienne, ayant recours à la place aux mercenaires, galates, illyriens [21] ou grecs. Il meurt au printemps 239 et son fils Démétrius II lui succède.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de section Histoire du site ATRIUM /Les Grands Noms de l’Histoire Antigone II Gonatas/ petit mourre dictionnaire d’histoire universelle édition Bordas 2004 p 78

Notes

[1] En grec ancien diádokhos, qui veut dire successeur . C est le nom donné aux généraux successeurs d Alexandre le Grand, qui se partagèrent son empire à sa mort en 323 av jc.

[2] La Thrace désigne une région de la péninsule balkanique partagée entre la Grèce, la Bulgarie et la Turquie ; elle doit son nom aux Thraces, la peuplade qui occupait la région dans l’Antiquité. Au 21ème siècle, la Thrace fait partie, à l’ouest, de la Grèce, Thrace occidentale, au nord, de la Bulgarie et, à l’est, de la Turquie, Thrace orientale.

[3] Les Galates sont des peuples celtes qui, dans l’Antiquité, ont migré dans le centre de l’Asie Mineure. De Gaule cisalpine, des troupes celtes ont pris la route des Balkans, ils ont traversé la Macédoine et gagné la Grèce, pillant au passage le temple de Delphes, lors de la Grande expédition. À ce moment ils se divisent, certains d’entre eux retournant en Gaule dans les Cévennes et autour de Toulouse où ils sont désormais désignés comme Volques Tectosages. Les autres, ayant franchi l’Hellespont, les Galates, commandés par Lutérios et Léonorios, arrivent dans ce pays vers 278 av. jc à l’invitation du roi Nicomède 1er de Bithynie afin de combattre Antiochos 1er, roi séleucide. Leur appui lui assura le trône, et il leur donna en récompense des terres situées au sud de son royaume, sur les bords du Sangarius. Avant de s’y établir, les Gaulois dévastèrent toute la partie de l’Asie Mineure baignée par la mer Egée, depuis la Troade jusqu’à la Carie. Vaincus par Antiochos 1er, roi de Syrie en 277 et par Attale 1er, roi de Pergame en 241, ils se concentrèrent dans la partie nord de la Grande Phrygie, lui donnèrent le nom de Galatie, et reçurent eux-mêmes le nom de Gallo-Grecs, parce qu’ils se mêlèrent à la population grecque et phrygienne du pays. Géographiquement, leur implantation est délimitée par le royaume du Pont et la Paphlagonie au nord, la Cappadoce à l’est, le royaume de Pergame au sud et la Bithynie à l’ouest.

[4] Lysimacheia était une cité et une ville grecque hellénistique de Thrace, située à l’extrémité nord-ouest de la Chersonèse dont subsiste des remparts byzantins, connus sous le nom d’Eksamil, près du village de Bolayır dans la province turque de Çanakkale. Fondée par le roi Lysimaque en 309 av.jc comme capitale de son royaume de Thrace à proximité de l’Hellespont, elle fut plusieurs fois détruite par des séismes et par les populations thraces indigènes et souffrit des vicissitudes des conflits hellénistiques et de l’expansion romaine. Elle disparaît après une restauration de l’empereur Justinien au vie siècle de l’ère chrétienne.

[5] On désigne traditionnellement par ce terme en français la dynastie d’origine macédonienne qui a régné de -305 à -30 sur l’Égypte et durant son apogée sur Chypre, la Cyrénaïque, la Syrie et quelques possessions plus ou moins éphémères dans la Mer Égée et en Asie Mineure, avec Alexandrie pour capitale. Le terme Lagide vient du fait que le général d’Alexandre, Ptolémée, qui se proclame roi en -305, soit le fils d’un aristocrate macédonien appelé Lagos. Il fonde une dynastie dont les rois se sont tous appelés Ptolémée ; ce qui explique que dans les autres langues on parle de la dynastie ptolémaïque ou des Ptolémées, termes qui s’imposent aussi en français de nos jours. Les reines ont porté les noms de Bérénice, Arsinoé ou Cléopâtre. En -30, Cléopâtre VII qui régne avec son tout jeune fils Ptolémée César (fils de Jules César) se suicide pour ne pas être traînée en captive à Rome dans le cortège triomphal de son vainqueur Octave, le futur Auguste, qui annexe l’Égypte et les autres possessions de la reine.

[6] Pella est une ville antique de la plaine centrale de Macédoine, entre le Loudias et l’Axios, sur une colline surplombant dans l’Antiquité un lac marécageux : cette cité de peuplement mixte gréco-barbare passe sous le contrôle des rois téménides dès le début du 5ème siècle, mais ne sort de l’obscurité qu’en devenant leur résidence habituelle, à une époque où le royaume est en pleine expansion vers l’Est aux dépens des Thraces et de la Ligue de Chalcidique. Elle devient ainsi la capitale du royaume de Macédoine à partir du début du 4ème siècle av. jc en supplantant Aigéai, et conserve ce rôle à l’époque hellénistique, pour le royaume antigonide.

[7] Cassandréia ou Cassandrée est une des plus importantes cités de Macédoine antique, fondée par le diadoque Cassandre en 316 av. jc par synœcisme sur l’emplacement de la cité grecque de Potidée en Chalcidique. Le territoire de la cité comprenait les régions voisines d’Olynthe et de Mékyberna au nord-est, la Bottidée au nord-ouest, et la presqu’île de la Pallène au sud.

[8] Démétrias est une ancienne cité grecque de Magnésie, dans la partie orientale de la Thessalie, fondée par Démétrios Poliorcète près d’Iolcos, à proximité de la ville moderne de Volos.

[9] Aigéai fut la première capitale du royaume de Macédoine, avant d’être supplantée par Pella.

[10] Dans l’antiquité l’Attique est découpée en 139 dèmes et parallèlement, en trois grands secteurs : la ville (asty), la côte (paralia) et l’intérieur (mésogée). Les dèmes sont regroupés en trittyes qui elles-mêmes sont regroupées trois par trois, une de chaque secteur, pour constituer une tribu. L’Attique comptait dix tribus

[11] L’Attique est la région qui entoure Athènes

[12] Corinthe était l’une des plus importantes cités de la Grèce antique, située dans les terres au pied de son acropole, l’Acrocorinthe. Elle abritait autrefois un célèbre temple d’Aphrodite.

[13] Les Séleucides sont une dynastie hellénistique issue de Séleucos, l’un des diadoques d’Alexandre le Grand, qui constitue un empire syro-iranien formé de la majeure partie des territoires orientaux conquis par Alexandre, allant de la Syrie à l’Indus. Le cœur politique de l’empire se situe en Syrie antique. Les Séleucides règnent jusqu’au iie siècle av. J.‑C. sur la Babylonie et la Mésopotamie, dans la continuité des Perses achéménides. La dynastie séleucide a régné de 305 à 64 av. J.-C.

[14] Kos ou Cos est une île grecque faisant partie de l’archipel du Dodécanèse, dans la mer Égée.

[15] Andros est une île grecque de l’archipel des Cyclades en mer Égée. Située entre l’Eubée et Tinos, c’est l’île la plus septentrionale de l’archipel, et aussi l’une des plus vastes.

[16] L’Eubée est la deuxième plus grande île de la mer Égée, située en face de l’Attique et de la Béotie, dont elle est séparée par le détroit de l’Euripe. Elle est longue de 180 km. Avec l’île de Skyros, ainsi qu’une partie continentale (Anthidona et Avlida), l’île d’Eubée appartient à la périphérie de la Grèce-Centrale, et forme le nome d’Eubée.

[17] La Ligue achéenne est une confédération de villes d’Achaïe, sur la côte nord-est du Péloponnèse. À son apogée, la ligue contrôle tout le Péloponnèse à l’exception du sud de la Laconie. La montée de l’impérialisme romain dans la région conduit finalement à sa dissolution en 146 av.jc, à la suite de la guerre d’Achaïe.

[18] Mégare est une ville de la banlieue d’Athènes en Grèce. Située à l’extrémité est de l’isthme de Corinthe, à mi-chemin entre Corinthe et Athènes, elle était connue à l’origine sous le nom de Nisée, d’après le roi éponyme légendaire Nisos.

[19] Épidaure figure dans le Catalogue des vaisseaux comme « Épidaure aux bons vignobles » (L’Iliade, II, 561). Au 7ème et 6ème siècle av. jc, elle appartient à l’amphictyonie dite « des Minyens », dont le siège est situé sur l’île de Calaurie. À la fin du 6ème siècle, elle est gouvernée par le tyran Proclès, qui donne sa fille Mélissa en mariage à Périandre, tyran de Corinthe.

[20] Trézène est une ancienne cité grecque du Péloponnèse, sur la côte nord de l’Argolide. Elle a donné son nom à un village, appelé Damalas ou Damala jusqu’en 1929, date à laquelle il a été rebaptisé du nom de la ville antique dont les ruines se trouvent à proximité.

[21] L’Illyrie est un royaume des côtes de la rive orientale de l’Adriatique, correspondant à peu près à l’Ouest de la Croatie, de la Slovénie et de l’Albanie actuelle. Les Illyriens apparaissent vers le 20ème siècle av. jc. C’est un peuple de souche Indo-Européenne qui comprenait des Dalmates et des Pannoniens. Vers -1300 ils s’établissent sur les côtes Nord et Est de l’Adriatique. Les Illyriens sont les premiers avec les Grecs, à s’installer dans les Balkans et constituent un immense Royaume. Au VIIe siècle av. J.-C. et VIe siècle av. J.-C., l’Illyrie subit une forte héllénisation du fait de ses relations avec les Grecs, qui y ont fondé des comptoirs.