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Élisabeth-Charlotte d’Orléans dite Mademoiselle de Chartres plus tard Mademoiselle

vendredi 25 décembre 2020, par ljallamion

Élisabeth-Charlotte d’Orléans dite Mademoiselle de Chartres plus tard Mademoiselle (1676-1744)

Petite-fille de France

Aînée des petites-filles du roi Louis XIII, fille de Monsieur duc d’Orléans et frère de Louis XIV, et d’Élisabeth-Charlotte de Bavière, princesse Palatine. Elle épousa le duc de Lorraine [1] et de Bar [2] Léopold 1er.   Elle assuma la régence des Duchés pour son fils retenu à Vienne de 1729 à 1737 puis fut investie à titre viager de la principauté de Commercy [3].   Si elle ne put marier sa fille Élisabeth-Thérèse de Lorraine à Louis XV , elle est, par son fils François (futur François Ier (empereur du Saint-Empire), époux de Marie-Thérèse d’Autriche , la grand-mère de Marie-Antoinette et l’ancêtre de tous les Habsbourg-Lorraine [4] actuels.   Son enfance se passa sans incident notoire. Sa sœur aînée, reine d’Espagne, la seconde, duchesse de Savoie, et le roi n’ayant pas de fille survivante, celle que l’étiquette nommait Mademoiselle depuis le mariage de ses sœurs pouvait s’attendre à une union prestigieuse. C’était une enfant vive qui avait adopté le franc-parler de sa mère.   Le roi essaya bien de marier Mademoiselle avec Louis Auguste de Bourbon, duc du Maine, fils légitimé qu’il avait eu de la marquise de Montespan tout comme il avait réussi à marier le duc de Chartres, frère de la princesse, avec une de ses bâtardes. Cependant, il dut compter avec sa belle-sœur.   En revanche, elle se battit bec et ongles pour que sa fille, issue du sang légitime de France, ne soit pas rétrogradée au rang de princesse légitimée. Il lui était déjà suffisamment insupportable que la nouvelle duchesse de Chartres voulût traiter sa jeune belle-sœur comme une servante. Craignant le scandale, le roi renonça à ce projet.   Madame pensa donner sa fille au roi d’Angleterre, Guillaume III, son cousin, veuf depuis 1694 de la reine Marie II d’Angleterre , bien que celui-ci ait 25 ans de plus qu’Élisabeth-Charlotte et soit notoirement homosexuel. Il est vrai que le mari de Madame avait les mêmes penchants.

Madame oubliait quelques éléments d’ordre politique. Le roi d’Angleterre était protestant et ni sa cour, ni ses sujets n’accepteraient une reine catholique venant en plus du pays des dragonnades. Ensuite l’Angleterre de Guillaume III était la plus acharnée des ennemis de la France de Louis XIV. Enfin, les deux pays étaient en guerre ouverte depuis 1688.   Un autre parti, plus prestigieux encore, fut proposé par le pape Innocent XII en la personne du roi des Romains, Joseph 1er , fils aîné et héritier désigné de l’empereur. Le futur empereur Joseph 1er n’avait que 2 ans de moins que Mademoiselle et sa famille était solidement catholique. Par ce mariage, le pape désirait réconcilier les deux grandes dynasties catholiques, ennemies héréditaires depuis 200 ans, encore une fois en guerre et sceller la paix entre les Habsbourg et les Bourbons. Sa Sainteté se heurta au refus respectueux mais ferme des 2 maisons. Le pape était pourtant visionnaire, cette réconciliation interviendra en 1756 et se concrétisera par le mariage du futur Louis XVI , descendant de Louis XIV, avec Marie-Antoinette, petite-fille de Mademoiselle.   La paix de Ryswick [5] donna un époux à Mademoiselle.

Voyant que la guerre s’enlisait, Louis XIV dut faire des concessions et rendre les territoires qu’il occupait depuis plusieurs années. Il rendit donc la Lorraine et le Barrois à leur duc légitime, Léopold 1er qui, âgé de 18 ans, était né en exil et ne connaissait pas sa patrie. Cependant, se méfiant de ce neveu et filleul de l’empereur, le roi voulut se l’attacher en lui faisant épouser sa nièce.

La nouvelle fut accueillie avec joie par la promise qui craignait de rester vieille fille. La duchesse d’Orléans était aux anges mais constatait avec réalisme la pauvreté du futur époux. L’alliance était brillante mais le duc n’avait pas un sou et la Lorraine, comme le Barrois, était ruinée par près de 80 ans de guerres et d’occupations diverses et notamment française.   Le roi ouvrit largement sa cassette pour sa nièce. Tant d’honneurs excitèrent la jalousie des autres membres de la famille royale : prenant pour prétexte la mort en bas âge d’un enfant du duc du Maine, certaines princesses prétendirent assister aux cérémonies du mariage par procuration en habit de deuil. De même, les duchesses s’émurent en apprenant que, pour honorer le futur époux, les princesses de la maison de Lorraine demeurant à la cour danseraient avant elles.   Le roi se fâcha et tout se déroula selon ses ordres. Le duc Henri d’Elbeuf ou Henri de Lorraine , aîné des princes de la branche française de la Maison de Lorraine représenta le jeune duc et épousa Mademoiselle par procuration.   Inhabituellement et à la surprise de tous, ce mariage politique se mua en mariage d’amour. Dès l’année suivante, le couple ducal vient à Versailles où Léopold doit rendre hommage à Louis XIV pour la rive gauche de la Meuse. Les Lorraine retrouvent les Orléans et le bonheur du jeune couple éclate aux yeux des courtisans ébahis.   Élisabeth est bientôt enceinte et sa mère la voudrait visiter mais d’insurmontables problèmes d’étiquette rendent le voyage impossible.

En 1700, elle assiste au mariage de Pierre de Montesquiou d’Artagnan au Plessis-Picquet [6], avec beaucoup d’autres personnalités de la cour.

En 1701, Monsieur meurt et Madame souhaite s’installer auprès de sa fille mais le roi de France ne peut permettre que sa belle-sœur termine ses jours en territoire étranger. Mère et fille resteront unies par leur correspondance qui, malheureusement, sera détruite dans l’incendie du château de Lunéville [7] le 4 janvier 1719.   Après 10 ans de mariage et de nombreuses grossesses de la duchesse, Léopold, toujours ardent, s’éprit de la princesse Anne Marguerite Gabrielle de Beauveau-Craon qui avait 10 ans de moins que son épouse.   Cette liaison fit souffrir la duchesse, qui, sur les conseils de sa mère se réfugia dans une dignité silencieuse. Le duc n’en continuait pas moins à fréquenter sa couche et à faire des enfants dont un grand nombre moururent en bas âge. Élisabeth-Charlotte eut 16 grossesses en 19 ans mais n’accoucha que de 14 enfants.   Original pour l’époque et dans le monde curiale, la duchesse voulut élever elle-même ses enfants, ce que critiqua sa mère pourtant non dépourvue d’instinct maternel.   En 1711, la variole s’étend sur l’Europe emportant le jeune empereur Joseph 1er et le Grand Dauphin mais aussi en quelques jours 3 enfants de la duchesse dont le prince héritier Louis. La duchesse enceinte pour la 11ème fois est anéantie. Sur les 10 enfants qu’elle a mis au monde, il ne lui en reste que 2. Elle donnera encore le jour à quatre enfants dont trois parviendront à l’âge adulte.   Des peintres, musiciens, architectes italiens et parisiens appelés par Léopold introduisirent à la cour de Lorraine les reflets de l’art baroque et versaillais, renforcé par les goûts de la duchesse Élisabeth-Charlotte, qui avait vécu à la cour de France. La position “d’entre-deux” des duchés contribua à développer l’art et les influences de la France et de l’Empire, permettant ainsi à faire de ce territoire un carrefour d’influence. Les décors des appartements ducaux témoignèrent de ce style qui alliait à la fois le goût français dû à la duchesse et l’inspiration Lorraine. Léopold et son épouse désiraient un cadre et un rythme de vie dignes de leur rang.   Parmi les plaisirs appréciés à la cour, le théâtre tient une place de choix : les pastorales, les comédies-ballets, les farces italiennes, mais aussi les œuvres de Corneille, Racine et Molière, ainsi que les opéras de Quinault et Lully.   Au début du règne de Léopold, il n’y avait ni salle de spectacle, ni artistes de métier, attachés à la cour : une scène provisoire était installée à chaque représentation. Le duc, qui aimait profondément le faste de Versailles, décida peu après l’arrivée de Henry Desmarest de construire à côté du palais de Nancy une salle d’Opéra, inaugurée le 9 novembre 1709, avec comme spectacle “Le Temple d’Astrée”.

Madame vint à Nancy le 9 novembre pour en voir jouer toutes les machines. La construction fut confiée à l’architecte italien Francesco Bibiena, issu d’une famille bolonaise spécialisée dans la construction et la décoration des théâtres.

LorsqueBoffrand dessina les plans du château de Lunéville, aucune salle de spectacle n’avait été prévue, et il faudra attendre 1733, pour que la régente fasse édifier une salle de comédie, dans le prolongement des appartements ducaux, au sud-est du château. Elle y fit transporter dès 1735 une partie des décors de l’Opéra de Nancy réalisés par Bibiena. Étant réservée à l’usage exclusif de la cour, elle fut édifiée dans la continuité du château et reliée par une galerie aux appartements réservés à la famille ducale. Avant la construction de ce premier théâtre, les représentations théâtrales avaient lieu sur une scène démontable installée dans les jardins.   Le couple ducal, souhaitant une vie musicale plus conforme à leurs ambitions, confia la partie musicale des représentations théâtrales au surintendant de la musique, Henry Desmarets, secondé de Jean Gréneteau premier valet de chambre du duc et maître d’instruments de Lorraine, de Regnault maître de musique, et de François Mathias organiste de la chapelle ducale.   Henry Desmarest, qui entra comme page à la Chapelle Royale, y resta jusques 1678, et fut entouré par des musiciens comme Du Mont et l’abbé Robert, Nivers. En 1683, il se présenta au fameux concours de recrutement des quatre sous-maîtres de chapelle qui devaient remplacer Du Mont et Robert nommés 20 ans auparavant. Le roi reconnaissant son talent lui accorda une pension à vie, malgré son jeune âge. Il fut l’un des quatre maîtres de la musique royale de Louis XIV, puis surintendant de la musique du roi d’Espagne pendant 14 ans, et enfin se mit au service de Léopold en tant que surintendant de la musique.   Lorsqu’il arriva en Lorraine en avril 1707, il s’agissait d’un pays d’expression française, ouvert à tous les courants artistiques. Sa réputation l’ayant précédé, le couple ducal l’accueillit à la cour, où la duchesse, qui avait écouté ses œuvres à la chapelle de Versailles ou à l’opéra, lui confia la mission de rassembler et de diriger un corps de musique. Il fut aussi engagé afin d’enseigner la musique aux enfants du couple ducal : la princesse Gabrielle joua du clavecin devant la cour de Lunéville lors de sa fête le 24 mars 1711.   De 1707 à 1711, Desmarest et le danseur Magny montèrent une quantité de grandes pièces de Lully, sûrement sous l’impulsion de la duchesse Élisabeth-Charlotte qui appréciait ces deux arts : danse et théâtre, et voulut peut-être faire revivre en Lorraine des œuvres qu’elle avait appréciées et aimées en France, à moins que ce ne soit Desmarest qui fit ce choix, de par l’admiration qu’il vouait à Lully.   Si Élisabeth-Charlotte aimait les distractions de la cour, elle se réfugia dans ses petits appartements pour s’adonner à la broderie, à discuter des caprices de la mode avec sa dame d’honneur, la princesse de Craon, mais passa également du temps dans les jardins à se promener ou à s’occuper de sa ménagerie située au sud-ouest du château, et à faire des parties de pêche sur le canal.   L’état de santé du duc se dégradant dès 1720, les fêtes à la cour devenaient de plus en plus rares. Le testament de Léopold du 8 septembre 1719 affirmait le caractère inaliénable du domaine ducal, l’exclusion des filles de la succession et fixait les pensions des princes et princesses de Lorraine. Un codicille, en date du 16 décembre 1726, prévoyait de remettre la régence à un Conseil, composé de quelques grands officiers de la couronne, du maréchal de Lorraine, du garde des sceaux, des premiers présidents de la Cour souveraine et de la Chambre des comptes, du secrétaire d’État et du maître des requêtes qui seraient de quartier.   Léopold glissa dans un ruisseau au retour de sa visite de la maison du prince de Craon à Ménil ;5 jours plus tard, le 27 mars 1729, il rendit son dernier souffle. La mort de Léopold survint alors que son fils François-Étienne séjournait à la Cour de Vienne, depuis l’âge de 15 ans. Alors qu’Élisabeth-Charlotte était écartée du conseil de régence, elle réunit au lendemain de sa mort un conseil, et fut déclarée pour seule et unique régente des duchés avec pouvoir de les régir, gouverner et administrer ; d’établir tel Conseil qu’elle jugera à propos et d’exercer en toutes choses les droits de la souveraineté.

Pendant huit mois elle géra les duchés, s’occupant tout d’abord de rééquilibrer les finances, car Léopold avait beaucoup emprunté et beaucoup donné. La duchesse prit des décisions pour asseoir son autorité, et supprima les lettres d’expectative ou de survivance qui permettaient aux titulaires des charges les plus importantes de les conserver pour leurs descendants.   François-Étienne, qui, âgé de 20 ans, préférait rester à Vienne, n’arriva à Lunéville que le 29 novembre 1729, et fut immédiatement considéré comme un étranger, austère et guindé.

Après avoir rendu hommage pour le Barrois mouvant à Louis XV, il se consacra à la réorganisation administrative et monétaire, poursuivant la politique que la régente avait menée en son nom. Il réorganisa en 1730 la maréchaussée, la milice bourgeoisie de Nancy, la maison de force où l’on enfermait les mendiants, les quarteniers de Nancy, les postes et messageries.

Il quitta Lunéville le 25 avril 1731 pour ne plus jamais y revenir, après avoir confié la régence à sa mère. La régente eut à gérer tout d’abord l’occupation des duchés par les troupes françaises dès 1733, mais surtout la cession des duchés de Lorraine et de Bar et le mariage de son fils François III. Concernant l’occupation française des duchés, engendrée par la guerre de Succession de Pologne [8] en septembre 1733, elle fit tout son possible pour épargner ses sujets. Mais la suite des événements affecta davantage les duchés.   Le duc de Lorraine, François III, était sur le point d’épouser l’archiduchesse Marie-Thérèse, fille de l’empereur. Tout le monde était conscient, et surtout la France, que par cette alliance, François III serait appelé un jour à être le successeur de l’Empereur et réunirait ainsi au sein de la même famille, la couronne ducale et impériale.   Au même moment éclata la Guerre de succession de Pologne, commencée en 1733 et touchant à sa fin aux approches de 1736, par le traité de Vienne [9] négocié en secret en 1735, et ratifié en 1738.   Durant la guerre, la France occupe à nouveau les Duchés, malgré les protestations de la duchesse et la promesse de la France. La France avait échoué dans sa tentative de replacer sur le trône de Pologne Stanislas Leszczynski, le beau-père de Louis XV, qui à la suite d’une élection nationale avait été déchu.   Après de longues négociations diplomatiques, où la question du mariage de François III fut greffée à celle de la succession de Pologne, la décision fut prise lors des « Préliminaires de Vienne » signé le 3 octobre 1735, il fut convenu que le roi Stanislas renoncerait au trône de Pologne au profit d’ Auguste III , tout en conservant le titre de “roi de Pologne et grand duc de Lituanie”, et recevrait à titre viager les duchés de Bar et Lorraine ; alors que François III deviendrait grand duc de Toscane [10] à la mort de Jean Gaston de Médicis, duc régnant, permettant ainsi à la France de s’emparer des Duchés.   L’idée d’une cession des duchés n’était pas neuve puisque le duc Charles IV en 1645/1646, avait déjà essayé de les céder contre le Luxembourg ; puis au printemps 1700 lorsque le roi Louis XIV proposa à Léopold de troquer la Lorraine contre le Milanais.   Dès 1734, la duchesse Élisabeth-Charlotte d’Orléans, bien que princesse française d’origine, alerta à maintes reprises son fils des menaces reposant sur les Duchés, tentant de l’influencer et le suppliant à travers ses très nombreuses lettres, de ne jamais renoncer à la Lorraine.   Or, François III promit de signer la renonciation pour pouvoir épouser Marie-Thérèse. Il put ainsi faire sa demande officielle le 31 janvier 1736 et le mariage fut célébré le 12 février suivant en l’Église des Augustins à Vienne, alors que Jean-Gaston de Médicis était encore en vie. François III fut dès lors, considéré comme destiné à succéder à Charles VI comme empereur germanique, sous le nom de François 1er.   Bien que le château de Lunéville eût été donné en douaire à la duchesse par son époux en 1719 pour le cas où elle lui survivrait, elle en fut évincée, après que André Hercule de Fleury dit le cardinal de Fleury lui eut assuré qu’elle ne souffrirait pas de cette décision dans une lettre du 15 août 1736.   La veuve de Léopold, qui avait trouvé chez son fils peu de soutien, n’avait aucune raison de le suivre en Italie ou en Allemagne, se considérant comme trop vieille pour apprendre l’allemand. Elle ne retourna d’ailleurs dans les terres de l’Empire que pour la grossesse de sa belle-fille en juin 1739 où elle revit ses deux fils François et Charles-Alexandre. Alors que son départ était imminent, elle garda tout de même espoir de rester à Lunéville.   Désormais, Stanislas élirait résidence à Lunéville et la duchesse serait envoyée dans l’ancien fief seigneurial de Commercy, construit par Jean-François Paul de Gondidit le cardinal de Retz , puis réaménagé à partir de 1708 par le cousin par alliance de la princesse, le prince Charles-Henri de Vaudémont, fils naturel de Charles IV. La duchesse quitte effectivement Lunéville le 6 mars 1737. La nouvelle demeure de la duchesse dut être remeublée, puisque le château fut inoccupé pendant une quinzaine d’années. Le mobilier provenait des appartements de la princesse à Lunéville, et peut-être dans les salons de réception ou les anciens appartements du duc Léopold.   Désespérée de la perte de la nationalité lorraine, amère et furieuse contre son fils, Élisabeth-Charlotte se résigna à céder la place à Stanislas et consentit à l’échange le 4 juillet 1737. Elle n’obtint cependant, ni le titre de gouvernante de Lorraine qu’elle avait réclamé, ni l’érection du bailliage de Lunéville en souveraineté, ni même la libre disposition du château et du parc pour pouvoir recevoir l’ambassadeur du roi de Sardaigne chargé de lui demander, au nom de son maître Charles-Emmanuel III , la main de l’aînée de ses filles, Élisabeth-Thérèse. Toutes ces faveurs lui furent refusées, alors qu’elle vivait à Lunéville depuis près de 40 ans, dans le seul but d’écarter la princesse qui incarnait l’antique indépendance des duchés.   La duchesse abandonna Lunéville, pour se rendre d’abord à Haroué accompagnée de la princesse Anne-Charlotte, d’Élisabeth-Thérèse, de la princesse d’Armagnac et de la duchesse de Richelieu ; puis, le 14 mars, ce fut seule qu’elle vint résider au château de Commercy. Sa fille Anne-Charlotte se dirigeait vers Remiremont [11], où son élection comme abbesse devait avoir lieu ; tandis que son aînée Élisabeth-Thérèse était en route pour Turin [12].   Alors que la régente se dirigea vers sa nouvelle résidence, la population se lamenta et se jeta au-devant de sa voiture pour l’empêcher de partir, comme en témoignent les écrits de l’époque. À son arrivée à Commercy, la duchesse put jouir en usufruit seulement, du château et principauté de Commercy et d’Euville, avec les lieux et villages, leurs territoires et dépendances, ainsi qu’un revenu de 600 000 livres. Même si elle conserva son honneur de souveraine, son pouvoir n’était qu’illusoire, puisqu’elle était soumise au bon vouloir de la Cour française, qui notifia sous forme de 13 articles la vie, la justice et le commerce de la principauté de Commercy, rendant la duchesse impuissante.

Connue sous le nom de Madame Royale désormais, elle devait soustraire sa principauté à la juridiction de la Lorraine, passant ainsi les dernières années de sa vie dans la précarité et la maladie. Fleury refusa même de lui venir en aide financièrement, ne lui accordant que l’autorisation d’établir une loterie   Étant donné l’état de santé fragile de la duchesse tout au long de sa vie, elle fut entourée constamment de médecins, de chirurgiens qui ne purent éviter l’attaque d’apoplexie après les divertissements organisés pour la fête de Sainte-Anne, le 8 juillet 1743. Le rétablissement de la duchesse suscita un tel enthousiasme qu’il témoignait de sa popularité et de l’affection que lui portèrent ses sujets.   Elle assista cependant aux réjouissances données en novembre 1744, en l’honneur du mariage de son fils François III, où elle distribua la médaille frappée à Vienne à l’occasion de la cession de la principauté de Commercy. En mi-décembre, elle fut frappée par une nouvelle attaque d’apoplexie. Elle rendit son dernier souffle le 23 décembre 1744 à huit heures du matin, entourée des anciens serviteurs de son mari   Commercy fut attribuée naturellement à Stanislas qui en fit une de ses plus belles résidences. Les gens de la Maison de la duchesse se mirent alors au service de ses fils François 1er duc de Toscane et empereur du Saint Empire ou de Charles-Alexandre, gouverneur des Pays-Bas et époux de Marie-Anne, sœur de Marie-Thérèse.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Gaffiot, Jean-Charles, Lunéville, Fastes du Versailles lorrain, Paris, Ed. Carpentier, 2003 (ISBN 9782841674053)

Notes

[1] Le duché de Lorraine est né du partage de la Lotharingie en 959 par le duc Brunon de Cologne, qui confia la Haute Lotharingie au vice duc Frédéric de Bar. Celui-ci prit le titre de duc de Haute Lotharingie en 977. Au fil du temps, le duché de Haute Lotharingie deviendra le duché de Lorraine, mentionné comme tel en 1067. Les ducs (pour les descendants de Gérard d’Alsace et ceux des Maisons de Vaudémont et d’Anjou jusqu’en 1737) se succédèrent jusqu’en 1766, date de l’annexion par la France où le trône ducal fut occupé par Stanislas Leszczynski, souverain polonais détrôné profitant de la vacance du trône lorrain à la suite du mariage du dernier duc de la maison de Lorraine, François III, avec l’archiduchesse régnante d’Autriche Marie-Thérèse. Ce François III a été élu par la suite roi des Romains et couronné comme Saint Empereur Romain sous le nom de François (premier de ce nom), de sorte qu’on parle de sa femme comme l’Impératrice Marie-Thérèse.

[2] Relevant à la fois du Saint Empire romain germanique mais aussi du domaine royal de France (partie du duché située à l’ouest de la Meuse), le comté, puis duché de Bar, fut formé au 10ème siècle par Ferry d’Ardennes, frère de l’évêque de Metz Adalbéron. Il fut annexé par la France en 1766. Ses villes principales étaient Bar-le-Duc, la capitale, Pont-à-Mousson sur la Moselle, au pied du château de Mousson, Briey et Longwy. Ses frontières bordaient le comté de Champagne, la principauté épiscopale de Verdun, le comté puis duché de Luxembourg, la principauté épiscopale de Metz, le duché de Lorraine et la principauté épiscopale de Toul.

[3] La Principauté de Commercy ou Principauté de Commercy et Euville, est une ancienne principauté ayant pour chef-lieu Commercy. Le duc de Lorraine Léopold 1er acquiert cette principauté en 1707 ; il l’échange ensuite contre les seigneuries de Fénétrange et de Falkenstein. À la suite de la mort de Charles-Henri de Lorraine-Vaudémont en 1723, il est créé le bailliage de Commercy ; à partir de cette date la principauté et le bailliage de Commercy existent conjointement. La duchesse douairière Élisabeth-Charlotte d’Orléans, après la renonciation de son fils François III à la Lorraine en 1737, reçoit la principauté de Commercy. À la mort de cette dernière le 23 décembre 1744, le nouveau duc Stanislas Leszczynski, ayant déjà reçu les duchés de Lorraine et de Bar, prend possession de Commercy

[4] Seule branche légitime actuellement subsistante de la maison de Lorraine, les membres de la maison impériale et royale de Habsbourg-Lorraine sont issus du mariage de François III, duc de Lorraine et de Bar, et de Marie-Thérèse de Habsbourg, « roi » de Hongrie et de Bohême et archiduchesse souveraine d’Autriche, célébré à Vienne le 12 février 1736. Les membres de cette branche, héritant des possessions patrimoniales des Habsbourg et de leur vocation à l’Empire, mais descendant en ligne mâle de la maison de Lorraine, accolent les deux noms. Ainsi, à l’ouverture de son procès, la reine de France Marie-Antoinette d’Autriche se présente comme « Marie-Antoinette de Lorraine d’Autriche ».

[5] Les traités de Ryswick signés les 20-21 septembre 1697 à Ryswick, ville hollandaise des faubourgs de La Haye, mirent fin à la guerre de la Ligue d’Augsbourg entre Louis XIV et la Grande Alliance.

[6] Le Plessis-Robinson est une commune française du département des Hauts-de-Seine en région Île-de-France, dans l’arrondissement d’Antony, au sud-ouest de Paris. En 1407, le village s’appelle Plessis-Picquet du nom de son nouveau seigneur Jean de La Haye dit Picquet

[7] Le château de Lunéville, possession des ducs de Lorraine depuis le 13ème siècle, a été construit pour le compte du duc Léopold 1er entre 1703 et 1720 sur des plans de Pierre Bourdict, Nicolas Dorbay et Germain Boffrand. Léopold 1er, né en exil pendant l’occupation française, ne prit possession de ses duchés qu’avec la signature du traité de Ryswick en 1697. Il découvrit alors Nancy, sa capitale et son palais datant du Moyen Âge, en piteux état, et dont la rénovation dépassait de beaucoup ses capacités financières.

[8] La guerre de Succession de Pologne eut lieu de 1733 à 1738. À la mort d’Auguste II en 1733, son fils, Auguste III, et Stanislas 1er, ancien roi de Pologne déchu en 1709, beau-père de Louis XV, se disputent le trône.

[9] L’Autriche, vaincue, demande la paix, dont les préliminaires sont signés à Vienne en 1735, trois ans avant le traité final (troisième traité de Vienne). S’ensuit alors une sorte de chassé-croisé sur les trônes européens, favorable à la politique de la France. Ces articles préliminaires sont suivis d’une convention franco-autrichienne signée à Vienne le 28 août 1736 relative aux modalités de la cession de la Lorraine, acceptée par une déclaration de François III de Lorraine du 13 décembre 1736. En retour, Louis XV reconnaît enfin la Pragmatique Sanction de l’empereur Charles VI

[10] La Toscane, dirigée d’abord par des margraves et des marquis aux 9ème et 10ème siècles, devint un ensemble de cité-États à statut républicain-oligarchique. Au 15ème siècle, avec Cosme de Médicis, elle est progressivement réunifiée dans une seule entité politique et passe entre les mains de la famille des Médicis, l’une des plus puissantes durant la Renaissance. Cette famille a gouverné la Toscane du 15ème au 18ème siècle.

[11] L’abbaye de Remiremont dite Insigne Église collégiale et séculière de Saint-Pierre est une ancienne abbaye bénédictine puis séculière (chapitre impérial de chanoinesses ou de dames nobles), établie à Remiremont dans les Vosges de 620 à 1790. Elle fut également une principauté ecclésiastique du Saint Empire romain germanique, donc l’un de ces micro états caractéristiques du Saint Empire avec droit de haute, moyenne et basse justice. Avant de devenir principauté impériale, l’abbaye de femmes comme celle des hommes était sous la tutelle de l’évêché de Toul et du métropolite, l’archevêque de Trèves.

[12] Turin est une ville italienne, chef-lieu de la province du même nom et de la région du Piémont. Turin fut la capitale des États de Savoie de 1563 à 1720, du royaume de Piémont Sardaigne de 1720 à 1861 et du royaume d’Italie de 1861 à 1865.