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Servius Sulpicius Rufus

jeudi 7 novembre 2019, par ljallamion

Servius Sulpicius Rufus (vers 105 av. jc-43 av. jc)

Sénateur-Consul en 51 av. jc

la Res Publica Romana Devise : Senatus PopulusQue RomanusPrésent au jugement de Cicéron, son contemporain et son ami. C’est aussi un sénateur qui participe à la vie politique de la Rome antique à la fin de la période républicaine et exerce le consulat en 51 av.jc . Fils de Quintus, de la tribu Lemonia [1], il tire son origine de l’antique famille patricienne des Sulpicii [2]. Il ne semble pas pourtant que les père et grand-père de Servius Sulpicius aient exercé de charges publiques importantes.

Il a avec sa femme Postumia un fils dont Cicéron faisait grand cas et qu’il pensa même un moment choisir pour gendre.

Il étudie la rhétorique [3] aux côtés de Cicéron et ils se rendent ensemble à Rhodes [4] vers 78 av. jc pour écouter les plus grands rhéteurs et philosophes grecs de l’époque.

Mais Sulpicius s’aperçoit vite que son éloquence ne sera jamais comparable à celle de Cicéron : aussi préfère-t-il se consacrer au droit pour être le meilleur dans son domaine.

Il fut cependant un orateur estimé à la fin du premier siècle, sous  [5], Quintilien pouvait encore lire trois de ses discours dont il loue la finesse. En droit il eut à Rome pour professeurs Lucius Lucilius Balbus et Caius Aquilius Gallus qui étaient eux-mêmes des élèves de Quintus Mucius Scaevola.

Servius Sulpicius est souvent cité dans le Digeste de Justinien [6] et on ne lui attribue pas moins de 180 volumes traitant de questions juridiques. De cette œuvre immense seules deux très courtes citations nous sont parvenues par l’intermédiaire du compilateur érudit Aulu-Gelle. À peine connaissons-nous quelques titres, un livre sur les dots, un autre réfutant les principales erreurs qu’il avait trouvées chez son grand prédécesseur Mucius Scaevola.

Surtout il fut le premier à écrire un commentaire de l’Édit du préteur [7], qui à cette époque était la source du droit appliqué par les tribunaux romains et avait complété voire remplacé la vénérable Loi des Douze Tables [8], tombée en désuétude sans avoir jamais été abrogée.

Toutefois son principal mérite, d’après Cicéron, serait d’avoir appliqué au droit une nouvelle méthode d’analyse, qui n’est autre en fait que la dialectique enseignée par les philosophes grecs. Sulpicius aurait ainsi divisé sa matière au moyen de définitions et de distinctions rigoureuses, la répartissant en catégories et en espèces, alors que ses prédécesseurs accumulaient les cas particuliers et pratiquaient une casuistique [9].

Servius est d’abord questeur [10] à Ostie [11] en 74. En 65, il est élu préteur [12] ; mais quand, au terme de l’intervalle consacré de 3 ans entre les deux magistratures, il se présente en 63 aux élections pour être consul en 62, il est battu par Lucius Licinius Murena , qui toutefois s’était rendu coupable de corruption électorale de manière assez voyante.

Aussi Sulpicius, soutenu par l’un des jeunes leaders du parti des Optimates [13] connu pour son rigorisme moral intransigeant, Caton le Jeune, n’hésita-t-il pas à poursuivre son concurrent devant les tribunaux en vertu de la loi sur la brigue ou Lex Cornelia Baebia, loi promulguée en 181 av. jc et à demander l’annulation des élections. Il croyait pouvoir compter sur son vieil ami Cicéron qui était alors consul et venait justement de faire voter une loi renforçant les peines en cas de corruption électorale. Mais l’on était alors au plus fort de la crise ouverte par la conjuration de Catilina [14] et Cicéron voulait à tout prix éviter une vacance du pouvoir ou un blocage institutionnel qui aurait donné de nouvelles opportunités aux conjurés qui venaient de perdre les élections. Aussi choisit-il de défendre Muréna et son discours le Pro Murena se lit encore aujourd’hui avec intérêt : l’orateur réussit à faire acquitter son client en invoquant la raison d’état. Ainsi dans la vie politique romaine l’art oratoire remportait la victoire sur la science juridique.

Sulpicius est-il pour autant déçu par la politique ? En tout cas il attend 51, pour devenir enfin consul. À cette époque Pompée était le maître à Rome et ses rapports avec César se détérioraient rapidement : dans ce contexte particulier Servius Sulpicius soutient la politique de Pompée sans rompre avec César, ce qui le conduit à s’opposer aux mesures résolument anti-césariennes que son collègue Claudius Marcellus cherche à faire adopter. Et lors du déclenchement de la guerre civile en 49 [15], il se montre très hésitant sur l’attitude à adopter comme le prouve la Correspondance de Cicéron. Mais après la bataille de Pharsale [16] et la mort de Pompée, Sulpicius se rallie à César et accepte de gouverner au nom du dictateur la province d’Achaïe [17] en 46/45 av.jc.

Il ne participe pas à la conjuration des Ides de mars et après la mort du dictateur reste un Césarien modéré, partisan de la concorde et de la réconciliation. Aussi en janvier 43 le sénat le choisit-il en raison de son autorité morale et de son âge, malgré un état de santé défaillant, pour faire partie de l’ambassade chargée de négocier la paix avec Marc Antoine qui assiégeait Decimus Junius Brutus dans Modène [18]. À bout de forces, Servius Sulpicius meurt avant d’atteindre le camp d’Antoine.

Le consul Caius Vibius Pansa Caetronianus prononce son éloge funèbre au sénat et propose de lui ériger une statue à la tribune des Rostres [19]. Mais le consulaire Servilius Isauricus objecte alors que Sulpicius était certes mort en mission, mais de maladie. Cicéron se lève alors et prononce la neuvième Philippique. Il obtient pour son vieil ami une statue en pied aux Rostres et un tombeau public aux Esquilies en reconnaissance de ses services à la patrie.

Servius Sulpicius était un homme d’études d’une grande intégrité. En particulier il aimait à cultiver les devoirs de l’amitié. De tant d’écrits divers il ne nous reste de lui que deux lettres adressées à Cicéron ; dans l’une d’elles, il cherche avec beaucoup de délicatesse à le consoler de la mort de sa fille Tullia.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en latin intitulé « Servius Sulpicius Rufus »

Notes

[1] La tribu Lemonia est l’une des 31 tribus rurales de la Rome ancienne. Elle fait partie des 21 premières tribus rurales, créées au tout début du 5ème siècle av. jc.

[2] les Sulpicii qui au premier siècle avant notre ère était divisée en deux branches principales les Galba (ancêtres de l’empereur de 68) et les Rufus

[3] La rhétorique est d’abord l’art de l’éloquence. Elle a d’abord concerné la communication orale. La rhétorique traditionnelle comportait cinq parties : l’inventio (invention ; art de trouver des arguments et des procédés pour convaincre), la dispositio (disposition ; art d’exposer des arguments de manière ordonnée et efficace), l’elocutio (élocution ; art de trouver des mots qui mettent en valeur les arguments → style), l’actio (diction, gestes de l’orateur, etc.) et la memoria (procédés pour mémoriser le discours).

[4] Rhodes est une île grecque, la plus grande île du Dodécanèse. Elle est située au sud-est de la mer Égée, à 17,7 km de la Turquie, entre la Grèce et l’île de Chypre. Le colosse de Rhodes, l’une des sept merveilles du monde, était une statue gigantesque, traditionnellement située à l’entrée du port de la ville de Rhodes.

[5] Domitien

[6] Le Digeste sont une œuvre juridique ordonnée par l’empereur byzantin Justinien 1er en 530 et publiée le 16 décembre 533 avant d’entrer en vigueur le 30 décembre de la même année, consistant en un recueil de citations de jurisconsultes romains. Le Digeste forme la deuxième partie du Corpus iuris civilis, dont l’étude est importante dans l’histoire du droit.

[7] L’édit permanent du préteur (en latin : Edictum perpetuum praetoris) est une compilation de tous les édits rendus précédemment par les préteurs, qu i fut faite sous Hadrien, en131, par Julien, pour servir de règle à l’avenir. Il en reste des fragments. Il a servi de modèle pour l’élaboration du Digeste de l’empereur Justinien, publié en 533.

[8] La Loi des Douze Tables constitue le premier corpus de lois romaines écrites. Leur rédaction est l’acte fondateur du ius scriptum, le droit écrit. Le corpus est rédigé par un collège de décemvirs entre 451 et 449 av. jc. L’apparition de ces lois écrites marque une certaine laïcisation du droit romain, par rapport au ius oral pratiqué auparavant.

[9] La casuistique est une forme d’argumentation utilisée en théologie morale, en droit, en médecine et en psychologie. Elle consiste à résoudre les problèmes pratiques par une discussion entre, d’une part, des principes généraux (règles) ou des cas similaires (jurisprudence) et, d’autre part, la considération des particularités du cas étudié (cas réel). De la confrontation entre les perspectives générales, passées et particulières est censée émerger la juste action à mener en ce cas-ci.

[10] Dans la Rome antique, les questeurs sont des magistrats romains annuels comptables des finances, responsables du règlement des dépenses et de l’encaissement des recettes publiques. Ils sont les gardiens du Trésor public, chargés des finances de l’armée et des provinces, en relation avec les consuls, les promagistrats et les publicains. Maintenue sous le Haut Empire avec son rôle comptable, cette fonction se réduit sous le Bas-Empire à une magistrature honorifique et coûteuse exercée uniquement à Rome.

[11] Par le port d’Ostie, transitaient les marchandises nécessaires à la population romaine, qui comptait le million d’habitants sous l’Empire au 2ème siècle. Ostie compta jusqu’à 50.000 habitants : armateurs, marchands, artisans, fonctionnaires, marins...

[12] Le préteur est un magistrat de la Rome antique. Il était de rang sénatorial, pouvait s’asseoir sur la chaise curule, et porter la toge prétexte. Il était assisté par 2 licteurs à l’intérieur de Rome, et 6 hors du pomerium de l’Urbs. Il était élu pour une durée de 1 an par les comices centuriates. La fonction de préteur fut créée vers 366 av. jc pour alléger la charge des consuls, en particulier dans le domaine de la justice. Le premier préteur élu fut le patricien Spurius Furius, le fils de Marcus Furius Camillu. Égal en pouvoir au consul, auquel il n’a pas de compte à rendre, le préteur prêtait le même serment, le même jour, et détenait le même pouvoir. À l’origine, il n’y en avait qu’un seul, le préteur urbain, auquel s’est ajouté vers 242 av. jc le préteur pérégrin qui était chargé de rendre la justice dans les affaires impliquant les étrangers. Cette figure permit le développement du ius gentium, véritable droit commercial, par contraste avec le ius civile applicable uniquement aux litiges entre citoyens romain. Pour recruter, pour former ou pour mener des armées au combat ; sur le terrain, le préteur n’est soumis à personne. Les préteurs ont aussi un rôle religieux, et doivent mener des occasions religieuses telles que sacrifices et des jeux. Ils remplissent d’autres fonctions diverses, comme l’investigation sur les subversions, la désignation de commissionnaires, et la distribution d’aides. Lors de la vacance du consulat, les préteurs, avant la création des consuls suffects, pouvaient remplacer les consuls : on parle alors de préteurs consulaires.

[13] Optimates, tendance politique aristocratique et conservatrice qui marqua le dernier siècle de la République romaine, par son opposition aux populares. Ce ne fut pas un parti politique au sens moderne, mais un clivage majeur dans les luttes politiques et sociales romaines, permettant aux acteurs politiques de se situer face au réformisme et au populisme des populares au sein d’alliances personnelles souvent mouvantes.

[14] La conjuration de Catilina est un complot politique visant la prise du pouvoir à Rome en 63 av. jc par le sénateur Lucius Sergius Catilina. Devenue la capitale d’un empire en croissance rapide, la Ville est alors depuis longtemps à l’abri d’une attaque ennemie, mais depuis la Guerre sociale (de 91 à 88), elle doit faire face à de nombreux troubles qui mettent à mal les institutions de la République romaine et sa population. Le complot ourdi par Catilina et ses partisans ne ressemble pourtant en rien à ce que la République romaine a connu jusqu’alors. Déçu par un double échec lors de l’élection au consulat, Catilina organise secrètement une conjuration qui vise à éliminer une partie de l’élite politique romaine et à s’emparer du pouvoir politique suprême en s’appuyant sur les frustrations d’une partie de la nobilitas romaine et de certains notables italiens. Sur sa route, le conspirateur voit ses visées contrecarrées par la détermination du consul Cicéron, dont le mandat touche à sa fin au moment des faits. En bon orateur, Cicéron dénonce Catilina publiquement et avec virulence, puis conduit la contre-offensive militaire qui met finalement la conjuration en déroute. Catilina meurt au combat au début 62, tandis que Cicéron, salué du titre de « Pater patriae », connaît d’abord la gloire pour avoir sauvé la République, avant que cette même affaire ne le contraigne à l’exil en 58.

[15] La guerre civile de César, appelée aussi guerre civile romaine de 49 av. jc ou guerre civile entre César et Pompée, est un des derniers conflits intérieurs de la République romaine, et fait partie de la liste des nombreuses guerres civiles romaines. Elle a consisté en une série de heurts politiques et militaires entre Jules César, ses alliés politiques et ses légions d’une part, et la faction conservatrice du Sénat romain, appelée aussi optimates, épaulée par les légions de Pompée d’autre part.

[16] La bataille de Pharsale est un affrontement se déroulant en Thessalie, près de la ville du même nom, le 9 août 48 av. jc, pendant la guerre civile romaine. Il oppose les troupes de César à celles de Pompée. En gagnant cette bataille avec des troupes très inférieures en nombre, Jules César prit un avantage décisif sur le camp adverse.

[17] L’Achaïe est une ancienne région de la Grèce antique, située au nord-ouest de la péninsule du Péloponnèse. C’est aussi un actuel district régional de la périphérie de Grèce-Occidentale dont le chef-lieu est Patras. Cette région s’étend sur plus de 6 000 km², depuis le cap Avgo à l’est jusqu’au cap Araxos à l’ouest, du golfe de Corinthe jusqu’à la frontière avec Élis et l’Arcadie d’une part, et Sicyone d’autre part.

[18] Modène est une ville italienne, chef-lieu de la province du même nom située en Emilie Romagne. La ville se situe sur la Via Emilia, route romaine qui relie Piacenza jusqu’à Rimini sur la côte Adriatique. Au cœur de la vallée du Pô, la ville est entourée de deux rivières, la Secchia et le Panaro qui sont deux affluents du Pô, le plus important fleuve du territoire italien. La ville s’élève à 34 mètres d’altitude au-dessus du niveau de la mer, dans une zone complètement plate. Au sud de la province de Modène se trouve le parc régional de l’Appennino modenese, au cœur de la chaîne de montagne des Appennini.

[19] Les Rostres sont dans la Rome antique des tribunes aux harangues qui servent aux magistrats et aux orateurs pour s’adresser aux assemblées et à la foule.