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L’histoire pour le plaisir

Lucius Licinius Sura

dimanche 3 juin 2018

Lucius Licinius Sura (vers 40-108)

Sénateur romain de Tarraco-Consul ordinaire en 102 et 107

Homme riche et influent des règnes de Domitien à Trajan, et ami personnel le plus proche de l’empereur Trajan. Il est trois fois consul, la première fois suffect [1], puis consul ordinaire en 102 et 107.

Sa famille vient a priori de la vallée de l’Èbre [2], et est sûrement d’origine indigène, recevant la citoyenneté au 1er siècle av. jc lors de la fondation de la colonie de Celsa [3]. Elle émigre à Tarraco [4] au début de l’époque augustéenne où un de ses ancêtres fait ériger ou restaurer l’arc de Berà [5].

Il possède une position éminente à Rome dès le début des années 80 où il officie comme avocat réputé, puis est jugé comme étant un grand orateur par Martial vers 90.

La date de son premier consulat, suffect, est sujet à caution : dès les années 80, probablement 85 ou 86, ce qui expliquerait que son nom soit cité si souvent par Martial et qu’il ait occupé plusieurs charges importantes ainsi que sa position éminente.

Il est possible qu’il soit legatus augusti pro praetore [6] de Germanie supérieure [7] ou de Belgique [8], entre 89 et 92.

Il est sodalis augustalis [9] et fait pontife [10], peut-être dès le règne de Domitien.

En 92, Martial, dont il serait le protecteur, loue son érudition et son rétablissement après une grave et longue maladie.

Il est, lors du règne de Nerva, l’un des sénateurs de Rome les plus influents et peut-être joue-t-il un rôle de premier plan sur le choix de Nerva quant à son successeur. En effet, il est probable que la décision d’adopter Trajan soit celle de Nerva seul, mais il est possible qu’il ait été guidé dans son choix par Licinius Sura, qui encourage Trajan à s’emparer du pouvoir impérial pour éviter une crise.

Au début du règne de Trajan, il est l’un des plus proches et des plus modérés conseillers militaires de l’empereur, surtout homme de confiance et diplomate.

Trajan lui confie peut-être la Germanie inférieure [11] lors qu’il devient empereur, laissant la Germanie supérieure à Lucius Iulius Ursus Servianus. Ensuite, il est peut-être proconsul [12] en Asie [13] en 100/102.

Il est présent lors des deux guerres daciques [14] menées par l’empereur en 101-102 et 105-106 et est choisi par l’empereur comme intermédiaire, avec le préfet du prétoire [15] Tiberius Claudius Livianus , pour rencontrer Décébale lors de la première guerre. Il sert de conseiller proche de Trajan lors de la deuxième.

Son apport, bien que méconnue, dans ces deux guerres, semble primordial pour l’empereur puisque Licinius Sura occupe à chaque fois le consulat ordinaire les premières années qui suivent la fin des campagnes en Dacie [16], dans une période où trois consulats sont très rares pour ceux qui ne sont pas des membres de la famille impériale.

La première fois il officie aux côtés de Lucius Iulius Ursus Servianus, la deuxième fois auprès de Quintus Sosius Senecio, deux autres proches de Trajan. Il est probablement un des conseillers les plus influents et un des artisans de la politique générale menée par l’empereur. Par ailleurs, il compose les messages et les discours de Trajan.

Dion Cassius mentionne également un possible complot dirigé contre Trajan. L’empereur, évidemment insouciant du danger ne réagit aucunement au murmure qui font état d’un possible complot, va déjeuner près de Lucius Licinius Sura, mange tout ce qui lui est servi et offrit même sa gorge au rasoir du coiffeur personnel de Lucius Licinius Sura pour se faire raser.

Il fait édifier un gymnase public à Rome sur ses propres fonds, preuve de sa très grande richesse. Il garde une très grande influence en Tarraconaise [17] et devient le patron de la cité de Barcino [18].

Il soutient Hadrien très tôt sous le règne de Trajan, lui annonçant même que Trajan songerait à l’adopter.

Pline le Jeune, dont il est l’ami, lui écrit pour lui soumettre un problème sur un phénomène autour d’un lac ou encore pour lui demander son opinion sur l’existence des fantômes en lui rapportant plusieurs anecdotes. Pline loue la “prodigieuse érudition” de son correspondant. Il est aussi protecteur du poète Martial qui lui dédie plusieurs épigrammes.

À sa mort, en 108, Trajan ordonne en son honneur des funéraires d’état, en plus de la commande d’une statue à l’image du défunt. Il fait aussi édifier, sur le lieu de la villa de Licinius Sura, des thermes appelés Surianae en l’honneur de son ami disparu.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Françoise Des Boscs-Plateaux, Un parti hispanique à Rome ?, Casa de Velazquez, 2006

Notes

[1] Parfois, un consul décède ou démissionne avant la fin de son mandat de douze mois. Le consul restant rétablit la collégialité par l’élection intermédiaire si le délai restant le permet ou par la désignation directe d’un consul suffectus (du participe passé du verbe sufficere, « remplacer »). Ce consul entre en fonction immédiatement, il a les mêmes privilèges et les mêmes pouvoirs que le consul remplacé mais il n’est en charge que pour la durée du mandat qui reste à couvrir. Enfin, le consul suffect ne donne pas son nom à l’année, à l’inverse du consul dit ordinaire.

[2] L’Èbre est le plus puissant des fleuves espagnols. Sa longueur est de 928 km et son bassin versant a 85 550 km² de superficie.

[3] La colonie de Celsa disparut en l’an 68

[4] Tarraco est le nom antique de la cité de Tarragone (en Catalogne, Espagne). Elle fut la capitale de l’Hispanie citérieure sous l’Empire romain, et l’une des principales cités de la péninsule Ibérique. C’est à l’origine une petite place militaire abritant une petite garnison romaine des frères Cn Scipion au cours de la deuxième guerre punique en 218 av. jc. Ce premier établissement était situé à côté d’un oppidum ibérique, probablement Cesse. Il est vite devenu une importante base militaire d’où est née la ville de Tarraco. C’était la principale base d’hiver pour les troupes romaines en Hispanie, et qui permit un processus long et complexe d’intégration du nouveau territoire péninsulaire, aux plans culturels et économiques et religieux pour la diffusion du catholicisme.

[5] L’arc de Berà est un arc de triomphe construit probablement en 13 av. jc par les Romains à environ vingt kilomètres au nord-est de Tarraco (aujourd’hui Tarragone en Catalogne), près de la localité de Roda de Barà

[6] gouverneur

[7] La Germanie supérieure, Germanie première ou Haute Germanie selon les auteurs et en latin Germania superior ou Germania prima est une province romaine établie en 84 par Domitien après les deux campagnes victorieuses autour de la haute vallée du Rhin, de la Nahe au lac de Constance, une grande partie de la Suisse, le Jura, la Franche-Comté et une partie de la Bourgogne. À l’est du Rhin se trouvaient les Champs Décumates, qui ne seront conquis que sous Domitien. Auparavant, la frontière entre res publica et barbaricum se situait sur le Rhin et le Danube.

[8] La Gaule belgique était une des trois provinces (avec la Gaule aquitaine et la Gaule lyonnaise) créées par Auguste au début de son principat à partir des conquêtes effectuées par Jules César en Gaule entre 58 et 51/50 av. jc. Le Sud de la Gaule et la vallée du Rhône, jusqu’à Vienne, sont alors déjà romains, depuis leur conquête effectuée antérieurement entre 125 et 121 av. jc. Cette dernière région constitue une province distincte, de rang sénatorial, la Narbonnaise, tandis que les Gaules belgique, lyonnaise et aquitaine sont des provinces impériales. Ces trois dernières provinces issues du découpage augustéen se trouvaient cependant réunies, à travers les notables gaulois à la tête des cités, dans le cadre d’une assemblée commune, à vocation politique et religieuse, liée au culte impérial, le Sanctuaire fédéral des Trois Gaules, et dont le siège se situait face à la colonie romaine de Lugdunum (Lyon). La province de Gaule belgique a compté au moins 18 peuples dont les Rèmes.

[9] Les Sodales Augustales étaient une sodalité créée par l’empereur Tibère pour présider au culte d’Auguste divinisé et prendre la succession de la gens Julia dans les sacrifices qu’elle avait à célébrer. Les premiers membres du collège furent tirés au sort au nombre de 21 parmi les membres de la haute aristocratie, en 14 ap. jc. On ne connaît pas le nom de ces premiers Augustales. Tibère, Drusus, Claude et Germanicus leur furent adjoints, ce qui porta le nombre total à 25

[10] Dans la Rome antique, pontifex maximus (grand pontife) est le titre donné au grand prêtre à la tête du collège des pontifes. Ce titre est le plus élevé de la religion romaine. Les pontifes sont chargés de l’entretien du pont sacré (pont Sublicius) et de surveiller la bonne observance des pratiques religieuses. Ils s’occupent aussi des temples ne disposant pas de clergé propre. Le recrutement des pontifes se fait par cooptation et la charge de pontife est exercée à vie. Cette fonction a varié selon les époques. Dans la plupart des cas, le grand pontife n’a d’autre insigne qu’un simpulum ; cependant, quelquefois une securis ou une secespita s’y ajoute, c’est-à-dire les instruments pour le sacrifice rituel.

[11] La Germanie inférieure, Germanie seconde ou Basse-Germanie selon les auteurs, est une province romaine établie vers 90 par Domitien autour de la vallée de la Meuse, à l’ouest du Rhin, dans ce que sont aujourd’hui le sud des Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg, une partie du nord-est de la France (Ardennes), et du nord-ouest de l’Allemagne. La capitale de la Germanie inférieure est Colonia Claudia Ara Agrippinensium l’actuelle ville de Cologne, également la capitale du peuple des Ubiens.

[12] La fonction de proconsul dans la Rome antique correspond à la notion actuelle de gouverneur. Étymologiquement, ce terme vient du préfixe latin pro, à la place de, et consul. Le premier cas de proconsulat historiquement cité par Denys d’Halicarnasse date de 464 av. jc, lorsque Titus Quinctius Capitolinus Barbatus reçut le pouvoir de diriger une armée (imperium) pour aller au secours d’un consul assiégé. Il s’agit alors d’une solution improvisée sous la pression des événements. La fonction réapparaît avec l’agrandissement de la République romaine au 4ème siècle av. jc, lorsqu’un consul doit finir une campagne militaire ou doit gouverner un territoire au-delà de la durée normale de son mandat de consul (un an). Son pouvoir (imperium consulaire) est alors prolongé, en général pour une durée d’un an et toujours sur un territoire précis, le plus souvent une province. Le terme « proconsul » tient au fait que son titulaire exerçait un pouvoir consulaire ; cependant, tous les proconsuls n’étaient pas forcément d’anciens consuls.

[13] La province romaine d’Asie comprenait plusieurs des royaumes antiques d’Anatolie : la Carie, la Lydie, la Mysie, la Phrygie et la Troade. Elle avait une superficie de environ 78 000 Kilomètres carrés. Les villes étaient nombreuses : Pergame, Smyrne, Éphèse, Milet… Bien que le royaume de Pergame ait été légué par Attale III en 133 av. jc, elle ne fut organisée par Manius Aquilius qu’en 129 av. jc, après la guerre causée par la révolte d’Aristonicos. La province d’Asie couvre alors l’ancien royaume de Pergame, à l’exception de quelques districts de Phrygie et de Lycaonie, confiés au roi du Pont, Mithridate V, et de Cappadoce, Ariarathe VI. De 56 à 49 av. jc, les trois districts orientaux de Cibyra, Synnada (Şuhut) et d’Apamée (Dinar) en sont détachés au profit de la Cilicie. Jules César les lui rend et lui rattache la Pamphylie. En 36 av. jc, Marc Antoine en détache celle-ci au profit du royaume galate d’Amyntas. Sous l’Empire, devenue province sénatoriale, elle connut une période faste.

[14] Les guerres daciques de Trajan sont deux campagnes militaires de l’empereur romain Trajan contre le royaume dace de Décébale en 101-102 et 105-106. Elles aboutissent, en l’an 106, à l’annexion du royaume dace et à la création d’une nouvelle province, la Dacie romaine.

[15] Le préfet du prétoire (præfectus prætorio) est l’officier commandant la garde prétorienne à Rome, sous le Haut-Empire, et un haut fonctionnaire à la tête d’un groupe de provinces, la préfecture du prétoire, dans l’Antiquité tardive.

[16] La Dacie est, dans l’Antiquité, un territoire de la région carpato-danubiano-pontique correspondant approximativement à ceux des actuelles Roumanie, Moldavie et des régions adjacentes.

[17] La Tarraconaise (Hispania Tarraconensis) est une province romaine qui couvre le nord et l’est de l’Espagne et qui correspond aujourd’hui à peu près à l’Aragon, la Catalogne et les Asturies. Elle est issue de l’ancienne Hispanie citérieure.

[18] aujourd hui Barcelone