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L’histoire pour le plaisir

Jean Chrysostome

lundi 5 octobre 2020 (Date de rédaction antérieure : 7 septembre 2011).

Jean Chrysostome (vers 344-407)

Archevêque de Constantinople

C’est un saint de l’Église catholique romaine, de l’Église orthodoxe et de l’Église copte [1]. Sa famille, chrétienne, appartient à la bourgeoisie d’Antioche [2]. Son père, officier dans l’armée syrienne, trouve la mort alors qu’il est encore enfant. Il est alors élevé par sa mère. Devenu adolescent, il aurait reçu, selon certains auteurs chrétiens du 5ème siècle, l’enseignement du célèbre orateur et professeur de rhétorique Libanios.

À 18 ans, il demande le baptême, après avoir rencontré l’évêque Mélèce Ier d’Antioche. Il commence alors à suivre des cours d’exégèse [3] auprès de Diodore de Tarse.

Après avoir terminé ses études supérieures, il reçoit les ordres mineurs, puis s’installe en ermite [4] aux portes d’Antioche [5], et se consacre à la théologie. Il compose alors son traité “Du Sacerdoce”, influencé par les idées de Grégoire de Nazianze.

Durant l’hiver 380/381, il est ordonné diacre [6] par Mélèce à Antioche. Quelques années plus tard, il est ordonné prêtre. Il devient alors prédicateur et directeur spirituel. Il poursuit son travail d’écriture, et rédige de nombreux traités. Il acquiert une certaine célébrité pour son talent d’orateur.

En 397, Nectaire archevêque de Constantinople , trouve la mort. Au terme d’une bataille de succession acharnée, l’empereur Arcadius choisit Jean. Il s’élève alors avec une grande force contre la corruption des mœurs et la vie licencieuse des grands, ce qui lui attire beaucoup de haines violentes.

Il destitue les prêtres ou les évêques, qu’il juge indignes, parmi lesquels l’évêque d’Éphèse [7], et ramène de force à leur couvent les moines vagabonds. Il s’attaque également aux hérétiques, aux Juifs et aux païens. Il tient un langage ordurier à l’égard des Juifs, les traitant de porcs.

Il impose son autorité aux diocèses d’Asie Mineure [8] alentour. Répugnant à ses devoirs de représentation, il prend seul ses repas et impose un mode de vie frugal et austère à son entourage.

S’il jouit au départ de la faveur du couple impérial, il s’attire rapidement l’inimitié des classes supérieures et des évêques. Lorsque il ordonne le retour des reliques de Phocas de Sinope , l’impératrice Eudoxie, épouse d’Arcadius, se charge en personne de porter la châsse à travers la ville, ce dont Jean la remercie ensuite vivement dans une homélie.

En 399, son influence parvient à sauver l’eunuque Eutrope, disgracié et réfugié dans la cathédrale, et qui avait pourtant été un temps parmi ses adversaires. Cependant, l’inimitié de la cour impériale va croissant.

Il finit par blesser vivement Eudoxie en lui reprochant l’accaparement d’une somme appartenant à la veuve Callitrope et des biens d’une autre veuve. Il aurait comparé l’impératrice à l’infâme reine Jézabel de l’Ancien Testament [9].

En 402, il est pris dans l’affaire de Théophile, patriarche d’Alexandrie [10], accusé publiquement de tyrannie et d’injustice par un groupe de moines, accusés d’êtres disciples d’Origène. Ces derniers font appel à Jean, qui tente de se récuser, mais doit finalement accepter de présider un synode, convoqué par l’empereur, devant lequel Théophile est censé se présenter.

Théophile engage alors la lutte contre son juge, en rassemblant tous les mécontents. Arrivant finalement à Constantinople [11] en juin 403, Théophile est accompagné de 29 évêques égyptiens. L’affaire se retourne alors contre Jean. Il est convoqué par ces évêques pour répondre des accusations formulées contre lui à un concile qui a lieu dans la villa du Chêne près de Chalcédoine [12]. Il est alors déposé et condamné, condamnation ratifiée par Arcadius.

Il est aussitôt rappelé à la demande de l’impératrice qui, à la suite d’un mystérieux accident y voit un avertissement du Ciel. Cependant, les accusations reprennent contre lui. Il se montre peu diplomate, commençant un sermon par une allusion à Hérodiade réclamant la tête de Jean le Baptiste. Finalement, il est une 2ème fois condamné et exilé à Cucusus [13], en Arménie. Il est remplacé au siège du patriarcat le 26 juin 404 par un vieillard, Arsace , auquel succède très vite Atticus, un ennemi de Jean.

Peu de temps après, il doit se réfugier au château d’Arabisse pour fuir une incursion des Isauriens [14]. En 407, sur ordre impérial, il est envoyé à Pithyos [15], sur la mer Noire [16], aux confins de l’empire. Affaibli par la maladie, il meurt au cours du voyage près de Comana [17] dans le Pont [18].

L’Église romaine est toujours restée fidèle à l’évêque Jean. Le pape Innocent 1er lui écrivit dans son exil pour le consoler. Il condamna le concile du Chêne [19] qui l’avait déposé.

En 438, l’empereur Théodose II fait rapatrier les restes de Jean à Constantinople, qui sont déposés dans l’église des Saints Apôtres [20].

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Rudolf Brändl, Gilles Dorival, Charles Chauvin, Jean Chrysostome : Saint Jean Bouche d’or, 349-407, Cerf, 2003 (ISBN 2204070238)

Notes

[1] L’Église copte orthodoxe est une Église orthodoxe orientale, autocéphale. Elle fait partie de l’ensemble des Églises des trois conciles. Son chef porte le titre de pape d’Alexandrie et patriarche de la Prédication de saint Marc et de toute l’Afrique, avec résidence au Caire.

[2] Antioche est une ville de Turquie proche de la frontière syrienne, chef-lieu de la province de Hatay. Elle est située au bord du fleuve Oronte. Antioche était la ville de départ de la route de la soie.

[3] L’exégèse biblique est une exégèse, étude approfondie d’un texte et en particulier d’un texte sacré, appliquée à la Bible. On appelle exégète une personne qualifiée pour ce type de travail. Le Talmud, qui regroupe la Michna (les lois) et la Guemara (commentaires exégétiques) fait lui-même l’objet d’études et d’analyses, c’est-à-dire d’exégèse. L’exégèse juive ne s’arrête donc pas avec la rédaction du Talmud, mais continue pendant le Moyen Âge et la Renaissance.

[4] L’ermite ou l’anachorète est une personne (le plus souvent un moine) qui a fait le choix d’une vie spirituelle dans la solitude et le recueillement. Les ermites étaient à l’origine appelés anachorètes, l’anachorétisme (ou érémitisme) étant l’opposé du cénobitisme. L’ermite partage le plus souvent sa vie entre la prière, la méditation, l’ascèse et le travail. Dans l’isolement volontaire, il est à la recherche ou à l’écoute de vérités supérieures ou de principes essentiels.

[5] Antioche est une ville de Turquie proche de la frontière syrienne, chef-lieu de la province de Hatay. Elle est située au bord du fleuve Oronte. Antioche était la ville de départ de la route de la soie.

[6] Fonction créée par les Apôtres pour se décharger des soucis matériels. Ainsi, le diacre est chargé de distribuer les aumônes à leur place. Peu à peu, il assiste le prêtre dans des tâches spirituelles telles que la distribution de l’eucharistie et le baptême. Saint Etienne a été le premier diacre.

[7] Éphèse est l’une des plus anciennes et plus importantes cités grecques d’Asie Mineure, la première de l’Ionie. Bien que ses vestiges soient situés à près de sept kilomètres à l’intérieur des terres, près des villes de Selçuk et Kuşadası dans l’Ouest de l’actuelle Turquie, Éphèse était dans l’Antiquité, et encore à l’époque byzantine, l’un des ports les plus actifs de la mer Égée, situé près de l’embouchure du grand fleuve anatolien Caystre.

[8] L’Anatolie ou Asie Mineure est la péninsule située à l’extrémité occidentale de l’Asie. Dans le sens géographique strict, elle regroupe les terres situées à l’ouest d’une ligne Çoruh-Oronte, entre la Méditerranée, la mer de Marmara et la mer Noire, mais aujourd’hui elle désigne couramment toute la partie asiatique de la Turquie

[9] L’Ancien Testament, aussi appelé Ancienne Alliance, Écrits vétérotestamentaires, Premier Testament ou Bible hébraïque, désigne l’ensemble des écrits de la Bible antérieurs à Jésus-Christ. L’Ancien Testament est donc la Bible juive, le Tanakh. Pour les chrétiens, il forme la première partie de la Bible

[10] Le titre de patriarche d’Alexandrie est traditionnellement porté par l’évêque d’Alexandrie (en Égypte). L’Église d’Alexandrie est l’une des plus anciennes de la Chrétienté. Aujourd’hui, trois chefs d’Église, dont une catholique, portent le titre de patriarche d’Alexandrie. Le chef de l’Église catholique copte qui réside au Caire, le chef de l’Église copte orthodoxe qui réside à Alexandrie et le primat de l’Église grecque-catholique melkite, résidant à Damas en Syrie qui porte le titre de Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient, d’Alexandrie et de Jérusalem des Melkites.

[11] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[12] Chalcédoine est une cité grecque de Bithynie (actuellement en Turquie), située sur la mer Propontide, à l’entrée orientale du Bosphore, face à Byzance et au sud de Chrysopolis (Scutari, actuellement Üsküdar). Elle s’appelle aujourd’hui Kadıköy et est devenue une banlieue (résidentielle et plutôt aisée) d’Istanbul, dans le prolongement d’Üsküdar.

[13] Göksun ou Cucusus est une ville et un district de la province de Kahramanmaraş dans la région méditerranéenne de la Turquie, près de l’une des sources de la rivière Ceyhan (ancienne pyramide), dans l’ancienne région de Cataonia. Cucusus a une histoire ancienne, d’abord incluse en Cataonia, puis en Cappadoce, puis dans la province romaine d’Arménie Secunda. Les évêques byzantins, Paul le Confesseur, Jean Chrysostome et l’empereur Basiliscus sont morts ou ont été exilés dans cet endroit reculé.

[14] L’Isaurie est une ancienne région d’Asie Mineure, située entre la Phrygie au nord, la Cilicie au sud, la Lycaonie à l’est et la Pisidie à l’ouest. Elle était située sur ce qui forme maintenant les monts Taurus en Turquie. Région rebelle à l’autorité grecque d’Alexandre le Grand, des Séleucides et du royaume de Pergame, l’Isaurie est conquise en 76 av jc par le Romain Publius Servilius Vatia Isauricus et fut définitivement incorporée à l’Empire romain en 279/280, sous Probus. Héritée par l’Empire byzantin, dont elle devient une région frontalière avec le monde musulman, elle est le berceau des empereurs byzantins Zénon et Léon III. Elle est conquise par les Turcs Seldjoukides au 11ème siècle et fait successivement partie des sultanats de Roum, de Karaman et de l’Empire ottoman.

[15] Pitsounda est une ville et une station balnéaire de la république d’Abkhazie, région séparatiste de la Géorgie. Pitsounda est située sur l’emplacement de la colonie grecque de Pityus (ou Pityos), fondée au 5ème siècle av. jc au bord du Pont-Euxin. Elle fut comprise dans le royaume de Colchide. Saint Jean Chrysostome y fut exilé et y mourut en 407. Elle fait partie de l’Empire byzantin jusqu’au 9ème siècle, puis est rattachée au royaume d’Iméréthie.

[16] La mer Noire est située entre l’Europe, le Caucase et l’Anatolie. Principalement alimentée par le Danube, le Dniepr et le Don, elle est issue de la fermeture d’une mer océanique ancienne, l’océan ou mer Paratéthys. Elle est bordée au nord par la steppe pontique, en Crimée, à l’est et au sud par des chaînes issues de l’orogénèse himalayo-alpine : respectivement monts de Crimée, Caucase et chaîne pontique. Les pays riverains sont (dans le sens des aiguilles d’une montre) : l’Ukraine au nord-ouest, la Russie au nord-est, la Géorgie à l’est, la Turquie au sud, la Bulgarie et la Roumanie à l’ouest.

[17] Comana ou Comana du Pont est une ancienne cité de la région du Pont, que l’on dit colonisée depuis Comana en Cappadoce. Elle était située au bord de la rivière Iris (l’actuelle rivière Yeşilırmak), et sa situation centrale en faisait, selon l’historien antique Strabon, un lieu de commerce très apprécié des Arméniens et des commerçants venus d’ailleurs.

[18] Le Pont est une région historique actuellement située dans le territoire de la Turquie et, selon les limites que lui accordent certains, de la Géorgie. Sa ville principale est, historiquement Trabzon, aussi connue sous le nom de Trébizonde ou de Trapézonte

[19] Petit concile organisé par Théophile d’Alexandrie dans la riche villa du préfet Rufin (Ad Quercum), dans la banlieue de Chalcédoine. Des moines origénistes du désert de Nitrie (Égypte), pourchassés par Théophile, avaient, au nombre d’une cinquantaine, été accueillis, en 401, par l’évêque de Constantinople, Jean Chrysostome.

[20] L’église des Saints Apôtres également connue sous le nom de Polyandrion (cimetière impérial) ou Myriandrion, est une église byzantine de Constantinople aujourd’hui disparue. Elle fut terminée par Constance II, fils de Constantin 1er, dans les années 350 à partir d’un mausolée construit par Constantin. Reconstruite et agrandie dans la première moitié du 6ème siècle sous Justinien, elle était la deuxième église de Constantinople en taille et en importance après la basilique Sainte-Sophie