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Proclus de Constantinople

mardi 16 février 2021, par ljallamion

Proclus de Constantinople (av. 390-446)

Patriarche de Constantinople de 434 à 446

Né avant 390, il fut fait lecteur assez jeune, peut-être par Chrysostome. Attique, dont il fut le secrétaire, le consacra diacre [1], puis prêtre à Constantinople [2].   En 426, il est nommé évêque de Cyzique [3] dans l’Hellespont [4] par Sisinios 1er de Constantinople  ; charge qu’il ne put exercer : les habitants de la ville ne reconnaissant pas la juridiction de Constantinople refusèrent de le recevoir et se choisirent pour évêque le moine Dalmace.   Proclus porta cependant ce titre, qui fut d’ailleurs invoqué à deux reprises comme un empêchement canonique à ce qu’il soit nommé archevêque de Constantinople, quoiqu’il n’ait pu exercer réellement d’épiscopat à Cyzique.

Ainsi, après avoir été un candidat malheureux au patriarcat face à Sisinnios, puis contre Nestorius imposé par l’empereur Théodose II, puis enfin, après la déposition de Nestorius, face à Maximien de Constantinople . Il est nommé au patriarcat dès le lendemain du décès de son prédécesseur.   Avant cela, en 429, il prononça, en présence de l’archevêque Nestorius, une homélie qui choqua ce dernier par l’emploi qu’il faisait du terme Théotokos  [5] appliqué à Marie.   En 434, il est nommé archevêque de Constantinople. Nous sommes à peine un an après la signature du "Symbole d’union" qui permit de ramener peu à peu le calme après les remous qui entourèrent le Concile d’Éphèse [6], et le premier geste de Proclus est d’envoyer une lettre synodique à Cyrille d’Alexandrie et à Jean d’Antioche, deux protagonistes importants du Concile d’Éphèse, pour leur signifier qu’il était en communion avec eux.   En tant qu’évêque, il défendit fermement la christologie orthodoxe et s’opposa aux dérives nestorianisantes [7] contemporaines, sans toutefois tomber jamais dans les excès contraires des monophysites [8] qui commençaient à se faire jour.   En 435, à la demande de deux prêtres de Grande-Arménie [9], Leontius et Abel, demandant des précisions sur la christologie des deux natures, sur laquelle le débat fait encore rage, il publie un texte nommé Tome aux Arméniens, dans lequel il expose sa théologie. Ce texte est, par la suite, abondamment commenté et cité lors de la Querelle des Trois Chapitres [10] au siècle suivant.   Il écrivit en outre au clergé et au peuple de Marcianople en Mésie [11] contre l’évêque Dorothée qui avait anathématisé [12] le terme même de Theotokos ainsi qu’à Jean d’Antioche et aux évêques d’Orient sur le même sujet. D’une manière générale, son propos est d’exposer une théologie orthodoxe, dût-il au passage contrer les affirmations erronées ou excessives des divers courants hétérodoxes, et non pas pourchasser les "hérétiques", ce qui lui épargna de tomber dans la hargne qui caractérisa certains des controversistes.   C’est durant son épiscopat, à l’occasion d’un tremblement de terre qui ébranla Constantinople et sa région, que s’introduisit l’usage de chanter le Trisagion [13]. Dans sa Chronographie [14], Théophane le Confesseur rapporte que tandis que le peuple et le clergé allait en procession, implorant la miséricorde divine, un enfant fut élevé très haut dans les airs puis, lorsqu’il en redescendit, répondit à ceux qui le questionnaient qu’il s’était trouvé en présence des anges et qu’il les avait entendu chanter "Saint Dieu, saint Fort, saint Immortel aie pitié de nous !". Le peuple en procession entonna alors ce chant, et le tremblement de terre cessa promptement.   Enfin, on ne saurait parler de Proclus sans mentionner saint Jean Chrysostome puisqu’en 438, Proclus fait ramener les restes de son illustre prédécesseur à Constantinople, en accord avec l’empereur Théodose II. Il s’était écoulé 34 ans depuis l’exil de Chrysostome et 31 ans depuis sa mort à Comane [15].

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de J.-M. Le Mayeur et al., Histoire du Christianisme, tome 3 : Les Églises d’Orient et d’Occident, Desclée, 1998

Notes

[1] Fonction créée par les Apôtres pour se décharger des soucis matériels. Ainsi, le diacre est chargé de distribuer les aumônes à leur place. Peu à peu, il assiste le prêtre dans des tâches spirituelles telles que la distribution de l’eucharistie et le baptême. Saint Etienne a été le premier diacre.

[2] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[3] Cyzique était une cité grecque de Mysie, sur la Propontide (l’actuelle mer de Marmara).

[4] Les anciens grecs désignaient le détroit sous le nom d’Hellēspontos qui fut latinisé en Hellespont. Le détroit des Dardanelles est un passage maritime reliant la mer Égée à la mer de Marmara. Originellement, le terme de Dardanelles et d’Hellespont désignait les régions situées de part et d’autre du détroit. Par extension, le mot désigne aujourd’hui le détroit lui-même. La possession de ce détroit, comme de celui du Bosphore, permet le contrôle des liaisons maritimes entre la mer Méditerranée et la mer Noire. Le détroit est long de 61 km, mais large de seulement 1,2 à 6 km, avec une profondeur maximale de 82 m pour une moyenne de 55 m.

[5] Mère de Dieu

[6] Le concile d’Éphèse, 3ème concile œcuménique de l’histoire du christianisme, est convoqué en 430 par l’empereur romain de Constantinople Théodose II. Le concile condamne le 22 juin 431 le nestorianisme comme hérésie, et anathématise et dépose Nestorius comme « hérésiarque ». À l’inverse des conciles de Nicée en 325 et de Constantinople en 381 dont les questions théologiques portaient principalement sur l’unicité de Dieu, le concile d’Éphèse marque un tournant dans le dogme en définissant l’union hypostatique des deux natures, humaine et divine, du Christ. Le concile d’Éphèse marque donc pour l’Église l’explicitation et la proclamation du Christ homme et Dieu. Il fixe également le dogme de la Vierge Marie Théotokos (« Mère de Dieu »).

[7] Doctrine hérétique de Nestorius qui reconnaissait les deux natures du Christ, humaine et divine, mais en niait la consubstantialité ; de ce fait même, l’hérésie niait que la Vierge puisse être appelée « Mère de Dieu ». Malgré sa condamnation par le concile d’Éphèse (431), le nestorianisme gagna la Perse, puis l’Asie, jusqu’à l’Inde et la Chine. Au 12ème siècle époque de son apogée, l’Église nestorienne comptait quelque 10 millions de fidèles. Aujourd’hui, seuls subsistent quelques dizaines de milliers de fidèles, principalement en Iraq et aux États-Unis, la majorité des nestoriens ayant rallié l’Église catholique à partir du 18ème siècle

[8] Le monophysisme est une doctrine christologique apparue au 5ème siècle dans l’Empire byzantin en réaction au nestorianisme, et ardemment défendue par Eutychès et Dioscore d’Alexandrie.

[9] Le royaume d’Arménie ou Grande-Arménie (par rapport à l’Arménie Mineure) est fondé en 190 av. jc par Artaxias 1er, fondateur de la dynastie artaxiade. Connaissant son apogée sous le règne de Tigrane le Grand, il devient ensuite un enjeu entre Romains et Parthes, puis entre Romains et Sassanides. Au 1er siècle, son trône passe aux Arsacides, qui le conservent jusqu’en 428, date de l’abolition de la monarchie et du début du marzpanat.

[10] L’affaire dite des Trois Chapitres s’inscrit dans les efforts de Justinien pour réconcilier sur le plan religieux les parties orientale et occidentale de son empire en les persuadant que les décisions du concile de Chalcédoine de 451 étaient conformes à la christologie de l’école d’Alexandrie. En 544, il publia un édit en trois chapitres, le premier condamnant Théodore de Mopsueste, les deux autres condamnant les écrits jugés pro-nestoriens de Théodoret de Cyr et la lettre adressée par l’évêque d’Édesse, Ibas, à Mari. Cet édit n’eut d’autre résultat que de mécontenter à la fois Rome, les milieux chalcédoniens et les monophysites. Devant l’échec de ses tentatives de persuasion, Justinien convoqua un concile œcuménique (le cinquième) qui, sous la pression de l’empereur, finit par condamner les Trois Chapitres.

[11] La Mésie est une ancienne région géographique et historique située au sud du cours inférieur du Danube, dans les actuelles Serbie, Bulgarie (nord) et Roumanie (extrémité sud-est).

[12] Le mot anathème désigne une réprobation. Cette réprobation peut concerner une mise à l’index, une personne ou une idée. Ce mot est notamment utilisé en rhétorique dans des expressions telles que « lancer l’anathème » et « frapper d’anathème », pour ajouter de l’emphase. L’origine de ce mot est religieuse et selon les époques désigne une offrande ou un sacrifice, comme chez les Grecs et les Romains. Dans le Christianisme, il signifie généralement une sentence de malédiction à l’égard d’une doctrine ou d’une personne, spécialement dans le cadre d’une hérésie.

[13] Le trisagion est une série de trois invocations dans la liturgie byzantine utilisée par l’Église orthodoxe, les Églises des trois conciles et les Églises catholiques orientales, utilisée plus rarement dans le rite romain. Elle consiste en la répétition de la phrase :: Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel, aie pitié de nous.

[14] La chronographie, est une nature de document historique qui correspond aux termes de chronique et d’annales. Il est l’équivalent en la langue grecque de chronologie. La chronographie est un genre intermédiaire, ni aussi succincte que la chronologie, ni aussi développée que l’annale, dans la narration année par année des événements historiques.

[15] Comana ou Comana du Pont est une ancienne cité de la région du Pont, que l’on dit colonisée depuis Comana en Cappadoce. Elle était située au bord de la rivière Iris (l’actuelle rivière Yeşilırmak), et sa situation centrale en faisait, selon l’historien antique Strabon, un lieu de commerce très apprécié des Arméniens et des commerçants venus d’ailleurs. Les habitants de la ville vénéraient la déesse de la Lune avec une pompe et une cérémonie comparables à celles qui avaient lieu dans la ville de Cappadoce. Il n’y avait pas moins de 6 000 esclaves rattachés au seul temple. Jean Chrysostome y mourut lors de son exil de Cocysus dans le massif de l’Anti-Taurus pour rejoindre Constantinople. On peut toujours voir quelques restes très réduits de la ville de Comana près d’un village nommé Gümenek sur le Yeşil, à une dizaine de kilomètres de Tokat : un tertre, et quelques inscriptions sur un pont franchissant la rivière, sur la route de Niksar à Tokat.