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Pierre de Celle ou Pierre de la Celle

samedi 22 août 2020, par ljallamion

Pierre de Celle ou Pierre de la Celle (mort en 1183)

Moine bénédictin

Né à Troyes [1] au début du 12ème siècle. En 1145, il devient abbé du monastère de La Celle [2], près de Troyes, puis en 1161 ou 1162 abbé de Saint-Remi à Reims [3], où il rencontre Jean de Salisbury. Il succède à ce dernier comme évêque de Chartres [4] en 1181.

Pierre de Celle naquit dans la famille noble des seigneurs d’Aulnoy-les-Minimes [5] près de Provins [6], lointainement apparentée à la maison royale de France. Encore jeune homme, il choisit d’entrer au cloître et se décida pour les Clunisiens de Saint-Martin-des-Champs à Paris [7]. C’est là qu’il fit connaissance de Jean de Salisbury, futur évêque de Chartres, ils étudièrent ensemble sur la Montagne Sainte-Geneviève [8] et restèrent amis toute la vie.

Après quelques années d’études, Pierre se rendit aux arguments des partisans de la réforme grégorienne [9], il renonça à l’école de Paris devenue trop mondaine et devint moine. À cette époque, précisément, Pierre de Celle se liait aussi d’amitié avec Gossuin d’Anchin , élève et futur adversaire d’Abélard.

Après son temps d’étude à Paris, Pierre entra au couvent bénédictin de Montier-la-Celle, à quelques kilomètres au sud-ouest de Troyes en Champagne, couvent où probablement il avait déjà passé son enfance et auquel il dut le surnom qu’il porterait plus tard de Cellensis ou de Celle.

Vers 1145 il en devint l’abbé et c’est à l’époque de son abbatiat qu’il entra en relation avec les plus grandes figures de son temps. Entre autres il se lia également d’amitié avec Bernard de Clairvaux dont l’ordre cistercien [10] suscita chez lui une grande admiration, et par la suite les deux couvents collaborèrent dans des entreprises communes. Pour l’évêque Thibaud de Paris, qu’il avait connu en personne au temps où il était prieur de Saint-Martin-des-Champs, il composa à sa demande certains sermons.

En 1148, Jean de Salisbury rendit visite à son ami à Montier-la-Celle, et y resta pendant un bon moment après avoir abandonné son poste d’enseignant en arts libéraux à Paris ; il fut ordonné prêtre en 1147.

Avec l’aide de Bernard de Clairvaux, Pierre s’entremit en faveur de Jean auprès de l’archevêque de Cantorbéry [11], Thibaut du Bec, qui le prit immédiatement à son service. Les lettres de Pierre qui datent de cette époque nous donnent une image vivante de ses diverses activités et de ses contacts variés : il ne cessait de correspondre avec Jean de Salisbury, Thomas Becket, l’archevêque Eskil de Lund , sans parler des papes Eugène III et Alexandre III.

Parmi ceux qui lui étaient les plus proches on compte aussi l’évêque de Beauvais Henri de France . C’était là aussi une connaissance qui remontait au temps où il avait fait ses études à Paris. Henri était le propre fils du roi Louis VI et de la reine Adèle de Savoie ; il avait été dès son enfance préparé à une haute carrière ecclésiastique. Il avait commencé son ascension dans la hiérarchie de l’église comme chanoine du chapitre de la cathédrale Notre-Dame de Paris [12], à laquelle il appartint comme sous-diacre jusqu’en 1136.

En 1145, il devint archidiacre [13] de la cathédrale Sainte-Croix d’Orléans [14], puis abbé titulaire de tous les monastères dépendant en propre du roi, qui étaient au nombre de 7. Un cours intermède s’ensuivit comme moine cistercien sous Bernard de Clairvaux ; c’est à cette occasion qu’il fit la connaissance du pape Eugène III. En 1147 selon certaines sources seulement en 1149 il fut élu évêque de Beauvais [15] par le clergé local. Cet épiscopat fut troublé par de graves querelles avec le peuple et le chapitre de Beauvais et avec son frère monté entre-temps sur le trône. À ce moment Pierre de Celle était aux côtés de son ami Henri pour le conseiller.

Par la suite, en 1162, Henri fut, sans qu’on s’y attendît, choisi comme nouvel archevêque de Reims [16]. Cette même année, il emmena avec lui Pierre de Celle et lui donna l’abbatiat le plus renommé de la ville. Pierre devint abbé du vénérable monastère de Saint-Rémi à Reims ; c’est là que jadis le premier roi mérovingien, Clovis, avait été baptisé et avait été oint avec l’huile légendaire de la Sainte Ampoule. Pierre de Celle dirigea le couvent en tant qu’abbé pendant 19 ans jusqu’en 1181. En sa qualité de vicaire, il remplaçait le métropolitain de Reims pendant son absence.

Même en cette époque Jean de Salisbury rendait encore visite à son ami l’abbé. C’est là, à Reims, qu’il aurait écrit son “Historia Pontificalis” avant d’être élu à l’évêché de Chartres en 1176 à l’instigation de l’archevêque Guillaume de Sens et du roi Louis VII.

Sous l’égide de Pierre de Celle eut lieu la réorganisation architecturale et l’agrandissement du cloître Saint-Rémi à Reims. Afin de créer de la place pour accueillir les nombreux groupes de pèlerins, le vieux portail roman fut démoli et remplacé par un nouveau, de style gothique. La nef fut prolongée en outre de deux travées voûtées.

En 1182 la vie du vieil l’abbé connut une nouvelle fois une tournure surprenante ; depuis plusieurs années déjà il souffrait de graves maladies : des calculs rénaux accompagnés de goutte - il n’en fut pas moins appelé à succéder sur le siège de Chartres à son ami Jean de Salisbury qui était mort en octobre 1180 et le pape Lucius III approuva la nomination. Ce choix surprenait, puisque dès 1178, Pierre n’avait pas été inclus dans la nouvelle promotion de cardinaux : la maladie l’avait empêché de participer au 3ème concile du Latran [17].

Après son élection comme évêque de Chartres, cependant, Pierre se mit au travail avec énergie : à ses frais il fit entourer Chartres d’un mur fortifié, ce qui lui a valu la reconnaissance des habitants. Mais il ne lui fut pas permis de rester longtemps comme primat de la cathédrale de Chartres. Le 19 ou 20 février 1183 (1182 si l’on fait commencer l’année à Pâques), l’ancien abbé mourut des suites d’une brève maladie.

Il fut enterré dans l’abbaye Saint-Josaphat [18] aux côtés de Jean de Salisbury.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en allemand intitulé « Petrus Cellensis »

Notes

[1] Troyes est une commune française, située dans le département de l’Aube dont elle est la préfecture. Ce n’est qu’en 524, à la suite de la mort du roi d’Orléans qu’elle rejoint l’Austrasie jusqu’en 558, année où Clotaire 1er est proclamé roi des Francs. En 567, la cité de Troyes est placée dans le royaume de Bourgogne. Entre 592 et 613, elle rejoint à nouveau l’Austrasie. À la mort de Clotaire II en 629, la ville dépend de nouveau de la Bourgogne. La ville est contrôlée et pillée par les Sarrasins d’Espagne en 720. La Vita Sancti Fidoti, abbatis Trecensis, vie de Fidolin, captif libéré par Eventinus, un prêtre de Troyes, semble indiquer qu’à cette époque, on y pratique le commerce des esclaves

[2] L’abbaye Saint-Pierre de Montier-la-Celle est une ancienne et importante abbaye bénédictine mérovingienne du comté de Champagne, de style mérovingien, à Saint-André-les-Vergers (actuelle commune du Grand Troyes) dans l’Aube. Fondée au 7ème siècle par l’abbé Frobert de Troyes, confirmée par charte du roi Clotaire III en 657 et dédiée à saint Pierre apôtre du Christ, elle est considérée jusqu’au 12ème siècle comme une des plus illustres de Champagne, du Royaume de France et de l’occident chrétien. Elle est supprimée en 1770.

[3] L’abbaye Saint-Remi est une ancienne abbaye bénédictine de Reims, devenue aujourd’hui le musée Saint-Remi de Reims. Vers 760, Tilpin, archevêque de Reims, fonde l’abbaye Saint-Remi et y installe une communauté religieuse bénédictine qui y restera jusqu’à la Révolution française. L’abbaye connut un développement économique et spirituel remarquable au Moyen Âge, et une renaissance tout aussi importante aux 17ème et 18ème siècle. Pour l’Onction des rois, qui s’effectuait dans la cathédrale de Reims, l’ampoule contenant le chrême, ou huile sainte, était apportée de l’abbaye de Saint-Remi.

[4] Le diocèse de Chartres est un diocèse de l’Église catholique romaine en France couvrant le département d’Eure-et-Loir (et desservant quatre communes situées dans le département de l’Eure), et rattaché à la province ecclésiastique de Tours. Un siège épiscopal aurait été fondé à Chartres dès le 3ème siècle

[5] Courchamp est une commune française située dans le département de Seine-et-Marne. Le village s’appelait anciennement Aulnoy-les-Minimes ou Aulnoy-en-Brie avant d’être nommé Courchamp en 1676 pour Jean Guillemin de Courchamp, fermier général et baron du lieu. Celui-ci entendait se rattacher aux Guillemin de Bretagne, famille d’ancienne extraction qui avait possédé la paroisse de Courchamp en Touraine. Pour donner plus de vraisemblance à ses prétentions, il débaptisa la baronnie d’Aulnoy qu’il avait acquise et la fit appeler Courchamp.

[6] Provins est une commune française située à 77 kilomètres au sud-est de Paris, sous-préfecture du département de Seine-et-Marne. Ancienne capitale des comtes de Champagne. Témoignant déjà d’une certaine importance, dès le début du 9ème siècle, Charlemagne y envoie ses missi dominici. Autre preuve d’un rôle majeur : Provins frappe sa propre monnaie, le denier provinois. Provins est devenue à cette époque la 3ème ville de France, après Paris et Rouen. Provins fut au Moyen Âge l’une des villes abritant les plus grandes foires de Champagne, lorsque la ville était sous la protection des comtes de Champagne. C’est sûrement cette période qui laissa le plus de traces sur Provins.

[7] Le prieuré Saint-Martin-des-Champs est un ancien prieuré catholique romain situé dans le 3e arrondissement de Paris, au 270–292, rue Saint-Martin. Fondé en 1079, il devient rapidement la principale dépendance de la puissante abbaye de Cluny dans le nord de la France. Grâce à la protection des rois et aux nombreux dons que le prieuré Saint-Martin-des-Champs reçoit, il peut créer une trentaine de filiales réparties sur dix diocèses, et ses possessions s’étendent jusqu’en Angleterre.

[8] La montagne Sainte-Geneviève est une colline de la Rive gauche de Paris (située sur les rives gauches de la Seine et de la Bièvre, non loin de leur confluence). Elle occupe une grande partie du 5ème arrondissement et du Quartier latin. C’est sur le sommet de cette colline que Clovis et son épouse Clotilde firent édifier le monastère des Saints-Apôtres où Geneviève avait coutume de monter prier en empruntant un chemin devenu la rue de la Montagne Sainte-Geneviève. Le monastère fut ensuite appelé abbaye Sainte-Geneviève et abrita par la suite les tombeaux respectifs de Clovis, de Clotilde et de la sainte. Au sommet de la montagne Sainte-Geneviève s’élève le Panthéon.

[9] La réforme grégorienne est une politique menée durant le Moyen Âge sous l’impulsion de la papauté. Si les historiens admettent que le pape Léon IX a commencé le redressement de l’Église, c’est pourtant le pape Grégoire VII qui a laissé son nom à la réforme. De plus, les efforts pour sortir l’Église catholique d’une crise généralisée depuis le 10ème siècle se poursuivent bien après le pontificat de Grégoire VII. Ainsi l’expression « réforme grégorienne » peut paraître impropre puisqu’elle ne s’est pas limitée à quelques années mais concerne au total près de trois siècles.

[10] L’ordre cistercien est un ordre monastique de droit pontifical. C’est une branche réformée des bénédictins dont l’origine remonte à la fondation de l’abbaye de Cîteaux par Robert de Molesme en 1098. L’ordre cistercien joue un rôle de premier plan dans l’histoire religieuse du 12ème siècle. Restauration de la règle bénédictine inspirée par la réforme grégorienne, l’ordre cistercien promeut ascétisme, rigueur liturgique et érige, dans une certaine mesure, le travail comme une valeur cardinale, ainsi que le prouve son patrimoine technique, artistique et architectural. Outre le rôle social qu’il occupe jusqu’à la Révolution, l’ordre exerce une influence de premier plan dans les domaines intellectuel ou économique ainsi que dans le domaine des arts et de la spiritualité. Il doit son considérable développement à Bernard de Clairvaux

[11] L’archevêque de Cantorbéry est, après le Gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre (c’est-à-dire le monarque du Royaume-Uni), le chef de l’Église d’Angleterre et de la Communion anglicane.

[12] La cathédrale Notre-Dame de Paris, communément appelée Notre-Dame, est l’un des monuments les plus emblématiques de Paris et de la France. Elle est située sur l’île de la Cité et est un lieu de culte catholique, siège de l’archidiocèse de Paris, dédiée à la Vierge Marie. Commencée sous l’impulsion de l’évêque Maurice de Sully, sa construction s’étend sur plus de 2 siècles, de 1163 au milieu du 14ème siècle.

[13] Dans l’Église catholique, un archidiaconé est une circonscription religieuse, subdivision d’un diocèse. Placée sous l’autorité d’un archidiacre nommé par l’évêque pour le représenter. Dans l’ancien diocèse de Paris, on disait archidiaconat. C’est dans ce ressort que l’archidiacre effectuait ses visites archidiaconales dans les paroisses, accomplissant ainsi sa fonction de contrôle des curés par délégation de l’évêque.

[14] La cathédrale Sainte-Croix est une cathédrale catholique romaine de type gothique située à Orléans dans le département du Loiret. Elle est le siège épiscopal du diocèse d’Orléans. La cathédrale est dédiée à la Sainte Croix

[15] Depuis qu’il a été érigé au 3ème siècle, le diocèse de Beauvais a connu plusieurs évêques. À l’occasion du concordat de 1801, le diocèse fut supprimé le 21 novembre 1801 et regroupé avec celui d’Amiens, mais, reconstitué le 6 octobre 1822, le diocèse est depuis la réforme des circonscriptions françaises de 2002 appelé « diocèse de Beauvais, de Noyon et de Senlis ».

[16] Le premier texte précis concernant le diocèse de Reims date du concile d’Arles en 314 : parmi les 16 évêques figurant à ce concile se trouvaient ceux de Reims (Bétause) et de Trèves, provinces de la Gaule belgique. D’après la tradition, l’évêché de Reims fut fondé vers 250 par les saints Sixte et Sinice. Aucun de leurs successeurs ne fut plus célèbre que saint Remi, mort en 533, après 74 ans d’épiscopat. Une des prérogatives des archevêques de Reims fut de sacrer les rois de France, avec l’huile de la Sainte Ampoule. Dans la cathédrale de Reims actuelle, de Louis VIII à Charles X, vingt-cinq rois de France furent sacrés. L’archevêque reçut le titre de primat de Gaule belgique en 1089. En 1023, l’archevêque Ebles acquit définitivement le comté de Reims, qui fut érigé en duché-pairie entre 1060 et 1170.

[17] Le troisième concile du Latran est le 11ème concile œcuménique de l’Église catholique. Il se tient à Rome en mars 1179, à la suite de la paix de Venise conclue entre l’empereur Frédéric Barberousse et la Ligue lombarde fomentée par le pape Alexandre III. Il met fin au schisme survenu au moment de l’élection d’Alexandre III en 1159.

[18] L’abbaye Notre-Dame de Josaphat (Beata Maria de Josaphat) est une abbaye bénédictine fondée à Lèves (Eure-et-Loir) en 1117 par le chanoine Geoffroy de Lèves, évêque de Chartres et son frère Goslein, seigneur de Lèves, sur leurs terres ancestrales