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Robert II de Beaumont dit le Bossu

mardi 26 avril 2016

Robert II de Beaumont dit le Bossu (1104-1168)

Deuxième comte de Leicester-Baron anglo-normand-Justicier d’Angleterre

Fils de Robert de Beaumont, comte de Meulan [1] et 1er comte de Leicester [2], et d’Élisabeth de Vermandois, fille d’Hugues le Grand. Il est le frère jumeau de Galéran IV de Meulan, et le demi-frère utérin de Guillaume III de Warenne , le 3ème comte de Surrey [3].

Adolescents, les deux frères sont adoptés par la cour royale peu après la mort de leur père en 1118. Le roi confie leurs terres à un groupe de gardiens, notamment leur beau-père Guillaume II de Warenne et Néel d’Aubigny. Ils accompagnent le roi Henri 1er Beauclerc en Normandie, à l’occasion d’une rencontre avec le pape Calixte II, en 1119. Les deux frères engagèrent un débat philosophique avec les cardinaux, preuve de leur haute éducation sous la tutelle d’Henri.

En 1120, les frères sont adoubés, et Robert reçoit son héritage. Il rentre en possession des possessions anglaises et du titre de comte de son père, soit essentiellement le comté de Leicester, et Galéran des possessions et titres franco normands, notamment le titre de comte de Meulan.

En 1121, la faveur royale apporte à Robert l’honneur [4] de Breteuil sur Iton [5], par le mariage avec Amicie de Montfort, fille de Raoul II de Gaël. Le protégé d’Henri 1er passe la décennie à essayer d’intégrer les turbulents et indépendants seigneurs de l’honneur normand dans le grand complexe de ses États.

Robert ne se joint pas à la rébellion de son frère Galéran contre Henri 1er en 1123/1124. Au contraire de son frère, tout au long du règne d’Henri 1er, il se comporte comme un courtisan et reste loyal au roi. Il apparaît par intermittence à la cour royale malgré l’emprisonnement de son frère, mais il faut préciser que leur sœur Isabelle était à cette époque la maîtresse du roi.

Galéran est libéré en 1129, et par la suite on retrouve fréquemment ensemble les jumeaux à la cour royale. Robert est alors en très haute faveur auprès du roi.

En 1135, les deux frères sont au chevet d’Henri 1er lors de sa mort. La succession est promise à Mathilde l’Emperesse, la fille du roi, mais Étienne de Blois usurpe le trône en prétendant que le roi a changé d’avis sur son lit de mort. Il s’ensuit une guerre civile pour la couronne d’Angleterre. Les jumeaux se rallient au nouveau roi. Pendant les deux premières années du règne, Robert doit protéger l’honneur de Breteuil en Normandie contre Guillaume de Pacy qui s’est allié au mari de Mathilde, Geoffroy Plantagenêt, pour récupérer son héritage qu’il a perdu en 1118. En juin 1136, il persuade son frère d’attaquer Pont Saint-Pierre [6], le centre des possessions de son rival Roger III de Tosny . La place est capturée. Il retourne en Angleterre avec Étienne, après la visite de ce dernier en Normandie en mars 1137.

Durant son absence, sa ville de Breteuil est mise à sac par les Tosny, et ses vassaux entrent en conflit. Il revient en Normandie avec son frère en mai 1138, et ensemble ils capturent Roger III de Tosny. Le conflit entre les deux camps est arrangé avec un mariage de leurs enfants.

L’importance des deux Beaumont à la cour ne cesse de grandir. En 1139, ils convainquent le roi de se débarrasser du justicier [7] Roger, évêque de Salisbury [8]. Le roi Étienne manque d’autorité, ce qui précipite, en septembre 1139, le royaume dans un état « d’anarchie » comme dans le duché de Normandie.

Robert entre en conflit avec Robert de Gloucester, le fils bâtard d’Henri 1er et principal soutien de l’Emperesse à partir de 1138. Son port de Wareham [9] et ses possessions dans le Dorset [10] sont saisis par Gloucester lors de la première campagne de la guerre. En 1140, le roi donne à Robert la ville et le château d’Hereford [11], peut-être en compensation, peut-être aussi pour que le comte y fasse respecter l’autorité du roi. Probablement, à la fin 1139, Robert refonde la collégiale de son père, l’église Sainte-Marie de Castro à Leicester [12] comme une abbaye augustinienne. À la fin de l’année 1140, Robert est en Normandie, essayant de contenir les incursions angevines sur le centre de la Normandie, avec l’aide du comte Rotrou III du Perche.

La bataille de Lincoln [13] le 2 février 1141 voit la capture et l’emprisonnement du roi Étienne. Bien que Galéran continue vaillamment le combat royaliste durant l’été, il finit par capituler devant l’Emperesse et part en Normandie faire la paix avec le mari de Mathilde, Geoffroy Plantagenêt, le comte d’Anjou.

Quant à Robert, il était déjà en Normandie depuis 1140 essayant de contenir l’invasion angevine. C’est lui qui négocie les termes de la reddition de son frère mais dès qu’il quitte la Normandie pour rejoindre l’Angleterre, ses possessions normandes sont confisquées et servent à récompenser les fidèles normands de l’Emperesse.

Le comte de Leicester reste dans son comté anglais le reste du règne d’Étienne, consacrant son énergie à étendre son contrôle dans les Midlands [14] par les armes ou par des alliances. Dans son comté, il s’approprie notamment les terres appartenant au diocèse de Lincoln [15] et se débarrasse de la présence du comte de Chester dans la vallée de la Soar [16] et à Charnwood [17].

Quand Robert de Gloucester meurt en 1147, Robert de Leicester conduit le mouvement parmi les plus grands barons du royaume pour négocier des traités privés dans le but d’établir la paix dans leurs régions.

Cette démarche est accélérée par le départ de Mathilde l’Emperesse en Normandie, et terminée en 1149. Il conclut donc des traités avec ses voisins pour se protéger, et même des traités de non-agression avec les leaders du parti angevin Guillaume 2ème comte de Gloucester et Roger FitzMiles , le 2ème comte d’Hereford, dans le but de protéger les possessions de son frère dans le comté de Worcester [18]. En 1151, il intervient pour faire échouer la tentative du roi de s’emparer de la ville de Worcester.

Bien qu’il ait été officiellement un soutien du roi, il semble qu’il y ait peu de contact entre Étienne et lui, et qu’il soit détaché de son parti. En janvier 1153, la venue en Angleterre du duc de Normandie, Henri Plantagenêt, fils de Mathilde, est une grande opportunité pour le comte Robert. Ils négocient probablement un accord : le comte le soutiendra si le duc le restaure dans ses biens normands. En juin 1153, ils célèbrent la Pentecôte ensemble au château de Leicester. En juin 1153, Robert est déjà l’un des principaux conseillers du duc. Il joue très probablement un rôle important dans les négociations qui aboutissent en novembre 1153 au traité de Wallingford [19] entre les deux camps. Il retourne ensuite en Normandie avec le duc, et quelques mois plus tard la mort d’Étienne est annoncée.

Henri Plantagenêt devient roi d’Angleterre en octobre 1154. Robert est nommé aux fonctions de sénéchal [20] héréditaire d’Angleterre et de Normandie et de co-justiciar [21] du royaume. Ce dernier office donne au comte le contrôle de l’administration, que le roi soit présent ou non dans le royaume. À ce poste, il s’entoure d’un jeune collègue Richard de Lucy , un autre ancien serviteur du roi Étienne. Le comte remplit sa fonction pendant 14 ans et gagne le respect de l’émergente bureaucratie angevine.

Ses avis sont repris par les clercs érudits et son propre savoir est hautement loué. Il joue quasiment le rôle d’un vice-roi, pendant les absences du roi entre décembre 1158 et janvier 1163, puis encore en 1165. Son nom apparaît en haut de la constitution de Clarendon [22], et c’est lui qui annonce à Thomas Becket sa sentence par la cour royale au concile de Northampton en 1164. Il réussit à échapper à l’excommunication probablement parce que Becket le voit comme un possible médiateur.

Sa famille reçoit d’autres récompenses pour ses services, notamment son fils et héritier Robert III obtient l’autorisation d’épouser Pétronille, l’héritière de la famille de Grandmesnil, qui a d’importants domaines dans le Leicestershire.

Il meurt le 5 avril 1168 à Leicester. Sur son lit de mort, il est reçu chanoine de Leicester et son enterrement à donc lieu dans le chœur de l’abbaye. Son cœur embaumé est enterré à l’hôpital de la ville de Brackley [23].

En plus de l’abbaye Sainte-Marie de Pré à Leicester, le comte fonde l’abbaye cistercienne de Garendon en 1133, le prieuré de Nuneaton entre 1155 et 1160, le prieuré de Luffield et l’hôpital de Brackley. Il recrée la collégiale de Saint-Marie de Castro comme dépendance de l’abbaye de Leicester autour de 1164, après l’avoir supprimée en 1139. Vers 1139, il refonde la collégiale de Wareham comme prieuré de son abbaye normande de Lyre. Ses fondations principales en Normandie sont le prieuré du Désert dans la forêt de Breteuil et un grand Hôtel-Dieu à Breteuil-sur-Iton. Enfin, il dote généreusement l’abbaye bénédictine de Lyre, le plus ancien monastère de l’honneur de Breteuil.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Robert de Beaumont, 2nd Earl of Leicester »

Notes

[1] Le comté de Meulan était au Moyen Âge un comté d’Île-de-France. Le comté était à l’origine une vicomté qui s’est peut-être émancipée du comté de Vexin. Peu avant 1015, son titulaire, Galeran est nommé dans une lettre de Fulbert de Chartres, comte alors que son père Hugues possédait le titre de vicomte à la fin du 10ème siècle. Assis de part et d’autre de la Seine, le comté était minuscule, s’étendant essentiellement de cinq kilomètres autour de sa capitale. Toutefois, il occupait une situation stratégique entre Mantes et Poissy. À Meulan, une île enserrée par la Seine avait facilité la création d’un pont qu’un château défendait. Les voisins s’intéressèrent donc à ce modeste territoire. Les comtes basculèrent souvent dans leurs alliances, privilégiant d’abord la maison de Blois puis alternant entre le soutien au duc de Normandie et au roi de France.

[2] Le titre de comte de Leicester fut créé au 12ème siècle dans la pairie d’Angleterre (aujourd’hui éteinte), et est dorénavant un titre de la pairie du Royaume-Uni, créée en 1837. Le siège du comte est à Holkham Hall, près de Wells-next-the-Sea (Norfolkshire).

[3] Le Surrey est un comté du sud-est de l’Angleterre au sud du Grand Londres, qui fait partie des Home Counties et avoisine aussi le Kent, le Sussex de l’Est, le Sussex de l’Ouest, le Hampshire et le Berkshire. Sa capitale traditionnelle est la ville de Guildford, bien que son conseil de comté se trouve à Kingston upon Thames.

[4] Un honneur est une composante de la féodalité ; il s’agit au Moyen Âge en France et en Grande-Bretagne d’un fief possédé à l’origine par l’un des barons d’un prince ou d’un roi. Il comprend généralement un domaine principal, qui donne son nom à l’honneur, et plusieurs « extensions » plus petites généralement dispersées dans la principauté ou royaume du suzerain dont il dépend. D’une manière générale, le terme d’honneur désignait l’ensemble des terres d’un puissant seigneur

[5] Breteuil, dite aussi Breteuil-sur-Iton, est une commune française située dans le département de l’Eure en région Normandie. La commune est située à environ 100 km à l’ouest de Paris, 80 km au sud de Rouen et à 80 km au nord-ouest de Chartres.

[6] Pont-Saint-Pierre est une commune française située dans le département de l’Eure en région Normandie. Au Moyen Age, la baronnie de Pont-Saint-Pierre se trouve être la "première" de Normandie et est détenue par la famille de Hangest.

[7] Historiquement, un justicier était investi des pouvoirs de justice. Il avait alors le pouvoir de juger toutes les affaires, qu’elles soient civiles ou pénales, et pouvait condamner à la peine capitale. On distinguait alors la basse, moyenne et haute justice, la haute justice étant réservée aux seigneurs.

[8] L’évêque de Salisbury est à la tête du diocèse anglican de Salisbury, dans la province de Cantorbéry. Cet évêché trouve ses origines dans le diocèse de Sherborne, créé en 705 et définitivement installé à Salisbury en 1227.

[9] Wareham est une ville du Dorset (Angleterre) qui se trouve à 13 km au sud-ouest de Poole. Wareham est située entre les rivières Frome et Piddle et est au sud-ouest du port de Poole.

[10] Le Dorset auparavant nommé aussi Dorsetshire est un comté en grande partie rural dans le sud-ouest de l’Angleterre, situé sur la Manche. Le Dorset touche le Devon à l’ouest, le Somerset et le Wiltshire au nord et le Hampshire à l’est. La moitié de la population du Dorset se concentre dans l’agglomération de Dorchester.

[11] Hereford est une cité historique de l’Ouest de l’Angleterre située sur la Wye, près de la frontière galloise, dans le comté de Herefordshire.

[12] Fondée en 1107, St Mary de Castro se trouve dans l’enceinte du Château Royal de Leicester, d’où il tire son nom et dont elle était autrefois la chapelle

[13] La bataille de Lincoln ou première bataille de Lincoln se déroule le 2 février 1141. Cet événement est un épisode important d’une période sombre de l’Histoire de l’Angleterre, la guerre civile entre Étienne d’Angleterre et Mathilde l’Emperesse. À l’issue de cette bataille, le roi Étienne est capturé, puis emprisonné et déposé.

[14] Les Midlands forment une région géographique du centre de l’Angleterre. Elles sont divisés administrativement entre Midlands de l’Est et Midlands de l’Ouest. Historiquement, les Midlands correspondent au territoire du royaume anglo-saxon de Mercie. Il n’y a pas des frontières précises de la région des Midlands, mais les comtés suivants sont considérés comme parties de la région : le Derbyshire, le Herefordshire, le Leicestershire, le Lincolnshire, le Nottinghamshire, le Rutland, le Shropshire, le Staffordshire, le Warwickshire et le Worcestershire.

[15] Le diocèse de Lincoln est un diocèse anglican de la Province de Cantorbéry. Son siège est la cathédrale de Lincoln. C’est l’un des plus anciens diocèses d’Angleterre, fondé en 678. Il se divise en 23 archidiaconés.

[16] La Soar est la principale rivière des Midlands de l’Est, et un affluent de la Trent.

[17] Charnwood est un district non-métropolitain du Leicestershire, en Angleterre. Il doit son nom à la forêt de Charnwood qui s’y trouve

[18] Worcester est une ville d’Angleterre (Royaume-Uni), chef-lieu du comté du Worcestershire. La région est progressivement absorbée par le royaume de Mercie à la fin du 8ème siècle, puis par le Wessex au début du 10ème siècle.

[19] Le traité de Wallingford est un accord conclu le 6 novembre 1153 entre le roi Étienne d’Angleterre et Henri Plantagenêt, duc de Normandie, comte d’Anjou et du Maine, fils de Mathilde l’Emperesse et futur Henri II d’Angleterre. Le traité mit fin à la guerre civile créée par la dispute pour la couronne d’Angleterre qui durait depuis 1135. Il est parfois aussi appelé traité de Winchester ou traité de Westminster, car bien qu’initié à Wallingford, il a été formellement écrit à Winchester (Angleterre) et finalisé à l’abbaye de Westminster.

[20] Un sénéchal est un officier (au sud) au service d’un roi, prince ou seigneur temporel. Le mot sénéchal est d’origine francique et est issu du germanique commun sini-skalk, qui signifie « doyen des serviteurs, chef des serviteurs ». Il peut être aussi, comme dans le Saint Empire romain germanique, au service d’une abbaye, souvent immédiate, où cette fonction devient un titre honorifique héréditaire par la suite. Il existait plusieurs rangs de sénéchaux, sans lien juridique entre eux, dans les institutions féodales européennes d’origine médiévale.

[21] Dans l’Angleterre et l’Irlande médiévales, le Chief Justiciar (appelé plus tard Justiciar) occupait des fonctions semblables à celle du premier ministre du Royaume-Uni en tant que ministre en chef du roi.

[22] Les Constitutions de Clarendon sont un ensemble de procédures juridiques promulguées par le roi Henri II d’Angleterre le 30 janvier 1164 qui contrôle l’élection de nouveaux prélats et se donne le droit de traduire des clercs devant ses tribunaux royaux. Elles déterminaient les domaines des compétences des cours temporelles et des juridictions ecclésiastiques qui se virent attribuer compétence sur les affaires du clergé. Elles sont composées de seize articles, qui ont pour objet de restreindre les principaux privilèges acquis par le clergé anglais et limiter la mainmise de la papauté dans les affaires anglaise.

[23] Brackley est une ville anglaise, située au sud du comté de Northampton, à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Londres.