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Rollon ou Robert 1er le Riche dit Rollon le Marcheur

vendredi 10 octobre 2014, par ljallamion (Date de rédaction antérieure : 11 octobre 2011).

Rollon ou Robert 1er le Riche dit Rollon le Marcheur (né vers 860-vers 926)

Statue de Rollon. Elle se trouve dans le parc de l'abbaye Saint-Ouen de RouenChef viking à l’origine du duché de Normandie. En 911, en contrepartie de l’arrêt de ses pillages, il reçoit du roi Charles le Simple un territoire autour de Rouen. Environ 100 ans plus tard, cette concession deviendra le duché de Normandie.

Selon toute vraisemblance, il prend la tête d’une bande de Vikings, essentiellement des Danois et quelques Norvégiens, il s’attaque principalement aux côtes de la Mer du Nord et de la Manche. Il noue des contacts avec les représentants du pouvoir carolingien et de l’Église. Il épouse Poppa, la fille du comte de Bayeux Bérenger II de Neustrie, après la prise de la ville et après avoir tué celui-ci.

En 910-911, l’armée de Rollon échoue à prendre Chartres suite à l’intervention conjointe des grands aristocrates du royaume, Robert, duc des Francs, Richard le Justicier, duc de Bourgogne et Manassès, comte de Dijon. C’est le moment que choisit le roi carolingien Charles le Simple pour négocier avec le puissant chef scandinave. Les négociations aboutissent au traité de Saint-Clair-sur-Epte en 911 [1]. Le roi cède à Rollon une partie de la Neustrie [2], certainement le comté de Rouen, base du futur duché de Normandie. En échange, Rollon s’engage à bloquer les incursions vikings menaçant le royaume franc. Il se fait baptiser en 912 en la cathédrale de Rouen sous le nom de Robert, du nom du duc Robert, son parrain de baptême et ancêtre des futurs rois capétiens.

Considéré par les historiens comme le premier duc de Normandie et le fondateur du duché normand, il ne porte pourtant pas le titre de duc de Normandie mais seulement celui de “jarl des Normands”, l’équivalent du français prince. Il hérite aussi de la charge carolingienne de “comites Rothomagenses”, comte de Rouen ou de “marchiones”, marquis, titre de celui qui défendait la Seine contre les incursions vikings.

Il restaure la paix et la sécurité en Normandie. Il s’appuie sur l’archevêque de Rouen pour relancer l’Église séculière et rétablir la vie monastique. Les moines de Saint-Ouen de Rouen osent revenir avec leurs reliques. La normalisation sur le plan religieux reste toutefois à ses prémices.

L’installation de Rollon à Rouen n’inaugure pas la colonisation scandinave dans l’actuelle Normandie. Elle la renforce. En effet, des Danois s’étaient déjà installés à l’embouchure de la Seine, sans compter la colonisation régulière et indépendante sur les côtes du Cotentin.

Il partage la terre entre ses chevaliers et des étrangers. Les colons s’établissent près des côtes et en Basse Seine. Mais le pays est loin d’avoir été déserté par la population locale. Celle-ci avait fui les affrontements, mais une fois la paix rétablie et les nouveaux seigneurs installés, la vie reprit son cours normal.

Après le traité de Saint-Clair-sur-Epte, il poursuit ses expéditions de pillage ou ses tentatives plus ou moins réussies d’extension territoriale. Il fait également preuve de sévérité à l’égard des hommes du roi.

Lors de la déposition momentanée de Charles le Simple, les Normands de Rouen lui restent fidèles. Conformément aux clauses du traité, aucune flotte scandinave ne remonte la Seine pour piller le royaume franc. Mais en 923, Rollon et ses hommes trahirent leur serment de 911. Ragenold, chef des Vikings de la Loire, convainc ses compatriotes de Rouen de mener une entreprise de pillage jusqu’à Beauvais, ce qu’ils firent.

La réaction ne se fit pas attendre, dès 924 le comte Herbert II de Vermandois et du roi Raoul, menèrent une expédition punitive sur le comté de Normandie. Rollon réagit à cet affront en poussant son armée cette fois-ci bien au-delà de l’Oise. Pour trouver une issue favorable, la diplomatie prit à ce moment-là toute son importance, et ce furent les ambassadeurs normands qui eurent le dernier mot, puisque le roi fut contraint de payer un tribut aux Normands. Rollon reçut également en réparation les régions du Bessin et de l’Hiémois.

La répression franque ne s’arrêta pas pour autant. Arnoul 1er de Flandre s’empara de Bresles [3], et dirigea l’ensemble de ses forces sur la forteresse normande d’Eu [4]. Rollon y envoya des renforts. Les Francs eurent raison de la forteresse, qui tomba sous leur contrôle, et finit par être brûlée avec ses occupants. C’est grâce à l’intervention de Hugues le Grand que les hostilités cessèrent. Les Normands acceptèrent les termes de l’accord et rendirent les terres qu’ils venaient fraîchement de conquérir. Les fils de Baudouin II le Chauve, Arnoul 1er de Flandre et Adolphe de Boulogne, reprirent leurs possessions. Raoul de Gouy et Helgaud de Ponthieu en firent autant. Cette défaite normande ne fut pas cuisante puisque le comté de Normandie ne fut amputé d’aucune concession territoriale. Rollon meurt vers 926. En 927, son fils Guillaume Longue-Épée, prête serment de fidélité pour les Normands.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Histoire de la Normandie/Rollon et la naissance de la Normandie/ Le petit mourre dictionnaire d’histoire universelle édition Bordas 2004 p 1115

Notes

[1] Traité signé en 911, par lequel le roi Charles le Simple octroie la Normandie au chef scandinave Rollon, qui devient ainsi le premier duc de Normandie. En échange, ce dernier rend hommage au roi et se fait baptiser chrétien.

[2] Royaume franc qui couvrait le nord-ouest de la France actuelle, et avait pour capitale Soissons. Néanmoins, il semble que le terme de Neustrie ne soit apparu qu’un siècle après la création du royaume. La Neustrie avait été créée lors du partage qui suivit la mort de Clovis 1er, en 511, et revint à Clotaire 1er, qui, au terme de son long règne de 50 ans, avait réussi à reconstituer le royaume de son père. Elle fut le 2ème grand royaume franc né lors des partages successoraux mérovingiens à partir des territoires conquis sur Syagrius. Son aire géographique était limitée par la Loire au sud, l’océan Atlantique et la Basse-Bretagne à l’ouest, et la Champagne à l’est. Elle s’étendait jusqu’en Flandre au nord.

[3] Bresles est une commune française située dans le département de l’Oise en région Picardie.

[4] Il ne reste rien du château d’origine, qui vit les fiançailles puis le mariage de Guillaume le Conquérant avec sa cousine Mathilde de Flandre en 1050. La forteresse fut entièrement détruite en 1475, sur ordre de Louis XI.