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Charlemagne

lundi 13 juillet 2015, par ljallamion (Date de rédaction antérieure : 25 septembre 2011).

Charlemagne (742- 814)

Roi des Francs de 768 à 814 et Empereur d’Occident de 800 à 814

Charlemagne Roi des Francs de 768 à 814 et Empereur d'Occident de 800 à 814

Fils aîné de Pépin le Bref et de Bertrade dite Berthe au grand pied, il a 26 ans quand il succède à son père. Excepté par sa taille (peut-être 1,90 m), il n’est pas encore Carolus Magnus qui lui a valu son surnom de Charles le Grand ou Charlemagne. Cependant, il se distingue déjà par son intelligence, la fermeté de son caractère, son sens de l’organisation. En cette année 768, il partage avec son frère Carloman l’héritage laissé par Pépin le Bref. Il a été élevé dans la ville de Noyon [1] et Carloman à Soissons.

La répartition des États que chacun gouverne a été bizarrement faite, juxtaposant dans les mêmes régions les pouvoirs des 2 héritiers. Or, dès la mort de Pépin le Bref, une révolte éclate dans L’Aquitaine, et Carloman refuse le soutien de Charles pour la réprimer. C’est la preuve du caractère impraticable d’un gouvernement à 2, mais aussi de la fragilité de la soumission des régions à l’autorité royale.

Le décès prématuré de Carloman en 771 résout la première difficulté, Charles prend possession de tous les territoires de son frère. Reconnu seul maître par les grands, il va s’appliquer à trouver une solution à la seconde, asseoir son plein pouvoir sur des bases solides tout en rétablissant l’unité du royaume franc. Qu’elle soit militaire, administrative, politique ou culturelle, l’œuvre immense de Charlemagne occupera sans relâche les 43 années de son règne. Sa première intervention à lieu en Italie. Didier, roi des Lombards, menace les États que Pépin le Bref avait donné à la papauté.

Charlemagne accourt à l’aide du pape. Il assiège et prend Pavie, fait prisonnier Didier, et se fait couronner roi des Lombards, à Monza [2] près de Milan le 5 juin 774. Il est sacré rex francorum et longobardorum. Défenseur des intérêts du pape. Il portera désormais le titre de roi des Francs et des Lombards.

Au nord, la Saxe échappe encore à la domination franque. Par terre ou par mer, en utilisant les flottilles frisonnes, la conquête est longue et meurtrière de 772 à 803. Peuple de pillards idolâtres, les Saxons se révoltent après chaque campagne, derrière leur chef Widukind. 4 000 de ses hommes sont mis à mort à Verden [3] et Charlemagne promulgua des lois impitoyables en 778. Après une période de soumission, les luttes reprennent, vaincus, les Saxons sont massivement déportés, isolés dans différents États du royaume, convertis de force, définitivement matés de 794 à 797.

A la même période, au sud, la situation est inquiétante. La menace permanente d’incursions sarrasines exige de nombreuses campagnes de 795 à 801. A la prière du gouverneur de Saragosse, et pour secourir les chrétiens espagnols, Charlemagne prend personnellement le commandement de 2 armées. La première occupe Pampelune, la seconde Barcelone et Gérone, mais quoique réunies devant Saragosse elles ne peuvent s’emparer de la ville. Il décide de repasser les Pyrénées avant l’hiver. Au défilé de Roncevaux, l’arrière-garde tombe dans une embuscade montée par des montagnards basques. Son neveu Roland, comte de la marche de Bretagne, et nombre de ses compagnons y perdent la vie le 15 août 778.Cet épisode inspirera la Chanson de Roland.

En Bavière, les velléités d’indépendance sont durement réprimées. Le duc Tassilon à la tête des rebelles fut capturé et enfermé à l’abbaye de Jumièges [4] en 788. Annexée au royaume, toute la Germanie en augmenta considérablement l’étendue mais aussi la difficulté d’en protéger les frontières.

A l’est, les raids répétés des Avars [5]redoutable peuple de nomades sillonnant les plaines de Pannonie [6], obligent à des ripostes musclées en 791 et 796. Elles aboutissent à la destruction de leur forteresse, le “ring”, et la prise d’un énorme butin qui servira à financer la politique intérieure de Charlemagne.

Sur les côtes, les coups de main des Normands fragilisent les frontières maritimes et forcent Charlemagne à se constituer une flotte plus efficace. A l’intérieur, dans ce qui constitue la France et le noyau solide du royaume, seules la Bretagne celtique et l’Aquitaine résistent encore. Malgré plusieurs campagnes, il doit se contenter de la soumission temporaire des chefs bretons. En revanche, il réussit à maintenir dans l’obéissance les Aquitains. Pour ménager leurs tendances autonomistes, il fait de cette province un royaume particulier, sous l’autorité de son fils Louis, en 781.

Au nord, au sud, à l’est et à l’ouest, les frontières du royaume franc sont progressivement protégées par les territoires conquis et la création de marches, sorte d’États tampons organisés militairement pour résister aux envahisseurs. Aussi fermement qu’il conduit sa politique de conquête territoriale et d’intense colonisation franque, il entreprend la réorganisation de ses États. Cette complète refonte, qui s’appuie sur le clergé et l’aristocratie, est fondée sur le serment de fidélité appliqué à tous les échelons de la société, préfiguration du système féodal. Les sujets ou vassaux sont regroupés en royaumes, duchés, comtés, diocèses. Les comtes, nommés et révocables par le souverain, sont les rouages essentiels dans la machinerie administrative. Ils gèrent les immenses domaines royaux, lèvent les tributs, réunissent les assemblées juridiques, les plaids, fournissent les contingents militaires, participent aux assemblées annuelles des dignitaires au palais du roi.

Également nommés, les évêques n’ont pas seulement un rôle religieux. Ce sont des auxiliaires du pouvoir, assurant la transmission et l’exécution des ordonnances ou décrets royaux dit capitulaires, des commissaires chargés d’inspecter les régions, les missi dominici. En s’appuyant encore sur l’Église, et à l’instigation du moine Alcuin, Charlemagne réalise sa grande œuvre de politique scolaire et culturelle. Tout l’effort d’éducation du peuple, et par là d’unification, passe par l’instauration d’écoles paroissiales, épiscopales ou monastiques. Ces dernières instruisent les clercs, réforment l’écriture avec la création de la “caroline” et se révéleront bientôt de brillants foyers de culture, formant les futures élites de savants et de lettrés.

La ferveur religieuse qui dicte les actes de Charlemagne favorise aussi ce qu’on appelle la “renaissance carolingienne”, souvent inspirée du modèle byzantin et antique. Renouveau en architecture, palais d’Aix-la-Chapelle, plus de 500 églises et monastères, en arts décoratifs, mosaïques, fresques, enluminures des livres saints, en orfèvrerie liturgique, en musique (Chant grégorien) L’essor culturel doublé d’un véritable élan économique et de l’institution d’une monnaie unique achève de construire la cohésion et la stabilité de l’État.

Reste le couronnement impérial de Charlemagne. S’il n’est pas hostile à l’idée, c’est son entourage qui pousse le roi des Francs et des Lombards à accéder à la dignité d’empereur. Tout au long de son règne, l’action quasi sacerdotale de Charlemagne n’a fait que consolider son alliance avec le Saint-Siège. Aussi, quand le pape Léon III est accusé d’immoralité et privé de pouvoir, il le prend sous sa protection et se rend à Rome pour arbitrer le différend devant le concile le 23 décembre 800. Le 25 il est couronné empereur d’Occident par le pape Léon III qui, en ce jour de Noël, couronne Charles empereur des Romains. Alcium déclara : “Le pape a élu celui qui passe pour être un chef à l’ombre duquel le peuple chrétien repose en paix et qui, de toutes parts, inspire la terreur aux nations païennes, un guide dont la dévotion ne cesse, par la fermeté évangélique, de fortifier la foi catholique contre les sectateurs de l’hérésie”. Alors qu’il est en prière dans la basilique Saint-Pierre. Une assemblée de Francs et de Romains l’acclament : “A Charles Auguste, couronné par Dieu, grand et pacifique empereur des Romains, vie et victoire !” L’Empire chrétien d’Occident était né mais ne sera reconnu par Byzance par l’empereur d’Orient en 812 seulement.

Le prestige de cette dignité nouvelle ne changea guère la politique de Charlemagne, ni l’organisation de l’État. Vieillissant et le plus souvent retiré dans son palais, il préside au règlement de sa succession et c’est le 6 février 806 que Charlemagne prévoit, en respectant la pratique franque le partage du pouvoir monarchique entre ses fils, Charles décédé en 811, Pépin décédé en 810, et louis.

Le 11 septembre 813 il fait couronner empereur son fils Louis roi des Aquitains depuis 781, seul héritier des 19 enfants que Charlemagne a eus avec ses 9 épouses successives. Le sacre a lieu à Aix-la-Chapelle.

Louis le Pieux se trouve seul héritier d’un empire immense, s’étendant de l’Èbre à l’Elbe, de la mer du Nord à l’Adriatique. Charlemagne lui avait imposé lui-même la couronne impériale quelques mois avant de mourir dans sa capitale d’Aix-la-Chapelle le 28 janvier 814 à 9 heures du matin emporté par une pleurésie à l’âge de 72 ans. Il sera enterré à Aix-la-Chapelle

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article du petit mourre dictionnaire d’histoire universelle édition Bordas 2004 p 230/Encyclopédie universelle d’histoire Imago Mundi/ Charles Ier, dit Charlemagne

Notes

[1] À l’époque mérovingienne, l’évêché de Noyon bénéficie de sa proximité avec Soissons, qui fut l’une des capitales du royaume franc et des palais voisins.

[2] C’est la troisième ville de Lombardie et le plus important centre administratif, économique et industriel de la région Brianza. Elle se situe à une quinzaine de kilomètres au nord-est de Milan

[3] Verden ou Verden an der Aller, est une ville d’Allemagne située en Basse-Saxe. En 782, soit dix ans après l’attaque du grand temple des Externsteine (en 772 près de Paderborn et Horn), dans le cadre de la conquête de la Saxe, Charlemagne, sur les conseils du moine Eginhard qui pensait que le cœur de la résistance saxonne était religieux, fit rassembler 4500 Godis, prêtres et nobles païens à Verden an der Aller et leur donna comme alternative le baptême chrétien ou la décapitation.

[4] L’abbaye Saint-Pierre de Jumièges (Seine-Maritime) fut fondée par saint Philibert, fils d’un comte franc de Gascogne vers 6541 sur un domaine du fisc royal à Jumièges.

[5] Les Avars ou Avares sont un peuple de cavaliers nomades dirigés par un Khâgan, parfois identifiés aux Ruanruan qui menaçaient la Chine au 3ème siècle. Ils seraient originaires de Mongolie, connu par les Chinois sous le nom de Ruanruan. Au 5ème siècle, leur khan Chö-louen fonde un empire nomade de la Corée à l’Irtych. En 546, leurs vassaux Tölech se révoltent. Bumin, chef des Tujue, réprime la rébellion et réclame en récompense la main d’une princesse ruanruan, ce qui lui est refusée. Vexé, il se décide à la révolte et envoie une ambassade en Chine auprès des Wei. Il s’allie avec eux et épouse une princesse Tabghatch en 551. En 552, le dernier khan ruanruan, encerclé se donne la mort. L’empire Avar s’effondre et est remplacé en Mongolie par celui des Köktürks, les survivants se réfugient à la frontière de la Chine où les Qi du Nord, successeurs des Wei, les établissent comme fédérés. Ceux qui se dirigent vers l’Europe sont connus sous le nom d’Avars, ils migrent vers l’ouest tout en poussant devant eux de petites peuplades turco-mongoles. Ils occupèrent la plaine hongroise au 7ème siècle. Puis, ils furent intégrés à l’empire.

[6] La Pannonie est une ancienne région de l’Europe centrale, limitée au Nord par le Danube et située à l’emplacement de l’actuelle Hongrie, et partiellement de la Croatie et de la Serbie. Les habitants originaux sont les Pannoniens, qui sont envahis par les Celtes et les Boïens au 4ème siècle av. jc.