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L’histoire pour le plaisir

Oengus 1er

jeudi 10 juillet 2025, par lucien jallamion

Oengus 1er (mort en 761)

Roi des Pictes de 729 jusqu’à sa mort

Fils de Fergus. Son règne a pu être reconstitué grâce à diverses sources. Óengus devient le principal roi des Pictes [1] à l’issue d’une période de guerres civiles à la fin de la décennie 720. Pendant son règne le royaume voisin de Dál Riata [2] est asservi et le royaume de Strathclyde [3] attaqué avec moins de succès.

Il fut le plus puissant souverain en Écosse pendant 2 décennies, et impliqué dans des conflits en Irlande et en Angleterre. Des rois de la famille d’Óengus dominèrent le pays des Pictes jusqu’en 839 lorsqu’une désastreuse défaite face aux Vikings [4] ouvre une nouvelle période d’instabilité qui se termine par la prise du pouvoir parCináed mac Ailpín.


Selon les sources irlandaises, sa famille était liée avec les Eóganachta [5], clan royal du Munster [6], en Irlande. La tradition irlandaise reprise notamment dans le Livre de Leinster [7] et dans “le Livre Hui Maine” fait en effet de Conall Corc mac Lugaid roi des Eóganachta de Munster, l’époux de Mongfinn une fille du roi picte Uuradech (Feradach) Uecla 4ème prédécesseur de Drust mac Erp dit Drust 1er et crédité d’un règne de 2 ans à la fin du 4ème siècle. Cette branche des Eóganachta de “Magh Geirginn” descendrait du fils de Conall Corc, nommé Cairpre Cruithnechan et passe pour s’être établi dans le royaume picte de “Cirech” et avoir été le clan ancestral du roi Oengus 1er.


Rien n’est connu de la vie d’Oengus avant 728 lorsqu’il combat dans une guerre civile entre 4 rois pictes et que cette année-là il bat le roi Alpin deux fois et tue son fils. L’année suivante il bat Nechtan mac Der Ilei , qui fut roi suprême des Pictes jusqu’à son abdication en 724. Nechtan, homme pieux, un moment rétabli, meurt dans un monastère en 732. Un 4ème roi, Drust VII , périt dans une bataille perdue en 729.


En 731 Bridei le fils d’Oengus bat un certain Talorg mac Congus , sans doute un roi des Scots [8] du Kintyre [9], qui est exécuté par noyade en 734. Un deuxième concurrent Talorgan mac Drostan , le roi d’Atholl [10], est lui aussi noyé en 739. Bridei lui-même est capturé en 733, bien qu’il fût dans un lieu saint, par Dungal mac Selbaich l’impétueux, chef des Scots du Cenél Loairn [11] et ancien roi de Dal Riada. On ne sait pas si cet événement provoque l’invasion du Dál Riata par Oengus l’année suivante. Pendant la guerre Dungal est blessé et doit se réfugier en Irlande.

En 736 Oengus et son frère Talorgan dirigèrent une 2ème campagne contre les scots. Dúngal mac Selbaich et son frère furent pris par les Pictes. Talorgan défait la même année Muiredach mac Ainbcellaich un autre roi du Cenél Loairn lors de la bataille de Cnoc Coirpre près de Calathros. les rois scots sont battus, et il semble que le royaume de Dal Riada est conquis par Oengus. Son fils Bridei mourut peu après dans les circonstances inconnues.

Les Scots ne furent pas pacifiés, et Oengus dut lancer une 3ème guerre en 741 quand, selon les sources irlandaises, le Dál Riata fut martelé encore une fois. La Dal Riada restait sous le contrôle des Pictes jusqu’en 750, ou même les années 760. Il semble qu’il ne recouvra jamais entièrement son indépendance avant que les Vikings ne l’écrasent.


Pendant la 3ème campagne en Dal Riada, il semble que le roi Eadberht de Northumbrie fit la guerre contre les pictes, ses voisins du nord. Mais, lorsque ses guerriers partirent en campagne, son voisin du sud, le roi Aethelbald de Mercie, peut-être allié avec Oengus, ravagea les terres de Northumbrie [12]. En 744 Oengus tourna son attention vers les autres voisins méridionaux du royaume picte, le royaume de Strathclyde peuplé de Bretons insulaires, et lança une campagne sans grand succès. Une 2ème attaque contre les Bretons en 750, peut-être en alliance avec la Northumbrie, se solda par une lourde défaite et le mort de Talorgan, frère d’Oengus. Les Northumbriens eurent plus de succès et saisirent une partie des terres bretonnes. Lorsque, le roi Aethelbald de Mercie dut mener la guerre contre le roi de Wessex [13]. Il semble que les 4 coups : la défaite de 750, le mort de son frère, le succès des Northumbriens, et la révolte de Wessex entraînant la perte de soutien mercien, affaiblirent la réputation et le pouvoir d’Oengus. Une guerre civile picte eut lieu peu après, mais Oengus fut vainqueur.

Mais, en 756 il tente une nouvelle fois la conquête du Royaume des Bretons du Strathclyde, avec l’alliance de la Northumbrie. Les événements qui suivirent sont obscurs. Les alliés vinrent à Dumbarton [14], chef-lieu du royaume de Strathclyde, les Bretons décidèrent de se rendre, une paix fut signée, et les alliés partirent. Une semaine après, pendant que les guerriers northumbriens revenaient chez eux, ils subirent une attaque, et souffrirent une grande défaite. Le roi Eadberht échappa avec peu de monde. On ne sait pas quel ennemi infligea cette défaite car l’annaliste se tut.

Oengus meurt en 761, dans la soixantaine. Son frère Bridei lui succède. Selon les poètes irlandais auteurs du Livre de Leinster, qui virent en Oengus un roi guerrier, il fut bon roi. Ses voisins le virent autrement.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de J.P.M. Calise, Pictish Sourcebook, Documents of Medieval Legend and Dark Age History, Londres, Greenwood Press, 2002 (ISBN 0313322953)

Notes

[1] Les Pictes étaient un peuple établi principalement dans les Lowlands de l’Écosse. Les migrations Pictes s’installent entre les différentes vagues de migrations goïdeliques (gaëliques) et gallo-britonniques. Leurs ancêtres seraient venus du continent à la fin de la préhistoire, peut-être au cours du 1er millénaire avant jc. Leur première mention est due à l’orateur breton Eumenius, en 297, ce dernier les cite aux côtés des Hibernii (les Irlandais) comme ennemis des Bretons.

[2] Le Dal Riada était un royaume scot situé sur la côte nord-est de l’Irlande et la côte ouest de l’Écosse.

[3] Le Strathclyde est l’un des royaumes celtes brittoniques qui résista aux Anglo-Saxons, aux Pictes, aux Scots et aux Vikings durant le haut Moyen Âge avant d’être réuni au royaume des Pictes et des Scots vers le milieu du 11ème siècle.

[4] Les Vikings sont des explorateurs, commerçants, pillards mais aussi pirates scandinaves au cours d’une période s’étendant du 8 au 11ème siècle, communément nommée « âge des Vikings ». En français, le terme est également employé, par extension, pour désigner les peuples germaniques de Scandinavie à partir de l’âge du fer romain au 2ème siècle

[5] Les Eóganachta (ou Eoghanachta), fondés, selon la tradition, par Éogan Mór, roi de Munster, fils aîné du semi-mythique roi du 3ème siècle Oilill Ollum, était une dynastie irlandaise, centrée autour de Cashel, qui domina le sud de l’Irlande du 5ème siècle au 14ème siècle.

[6] Situé dans le sud-ouest de l’île, le Munster, est l’une des quatre provinces d’Irlande. Il comprend six comtés. Au début du Moyen Âge, la plus grande partie de la province actuelle faisait partie du Royaume de Munster, dirigé par Eóganachta, qui succeda aux Dáirine et Corcu Loígde à partir du 7ème siècle. Les trois couronnes du drapeau de Munster ressemblent à celles du drapeau de Dublin et du blason de sudédois, elles représentent les trois royaumes issus de la séparation de la province au 12ème siècle : Thomond (nord), Desmond (sud), et Ormond (est). Ces derniers royaumes furent eux-mêmes absorbés par renonciation et restitution dans le Pairage d’Irlande comme comtés. Ces noms n’existent plus qu’indirectement aujourd’hui, en particulier pour le comté de Thomond.

[7] Le Livre de Leinster, anciennement connu sous le nom de Livre de Noughaval (Lebor na Nuachongbála), est un manuscrit irlandais médiéval compilé vers 1160 et conservé aujourd’hui au Trinity College de Dublin. Il est l’une des sources les plus importantes en matière de littérature irlandaise médiévale, de généalogie et de mythologie celtique irlandaise, contenant entre autres le Lebor Gabála Érenn (le Livre des invasions d’Irlande), la version la plus complète du Táin Bó Cúailnge (la Razzia des vaches de Cooley), le Metrical Dindshenchas et une traduction/adaptation en irlandais du De excidio Troiae Historia. Ce livre semble l’œuvre d’un seul copiste/compilateur, Áed Ua Crimthainn. D’après les annales conservées dans ce manuscrit, on peut dire qu’il fut composé entre 1151 et 1201, l’essentiel de l’œuvre datant des années 1160, dans une période troublée, entre réformes ecclésiastiques et désordres politiques.

[8] Les Scots sont un peuple celte originaire de l’est de l’Irlande qui commença à s’établir dans l’île de Bretagne entre les rivières Clyde et Solway aux 3ème et 4ème siècles de l’ère chrétienne. L’Écosse actuelle leur doit son nom (Scotland). Les premiers Scots affrontèrent les Britto-romains lors de raids qui se transformèrent en établissements durables, profitant sans doute d’un dépeuplement précoce des régions où ils effectuaient leur piraterie. Peu avant 500, ces Scots s’établirent sur les côtes du Devon et du pays de Galles, mais ils n’y établirent pas d’ensembles politiques durables. On leur doit toutefois l’introduction de l’écriture oghamique sur l’île. Plus au nord, les Scots devinrent dans un premier temps les voisins immédiats et les rivaux occidentaux des Pictes, les anciens habitants de la Calédonie. Cette région, qui n’avait jamais été conquise par Rome, passa progressivement sous leur contrôle du 6ème au 9ème siècle. Dès le 6ème siècle, les Scots durent cependant résister aux Anglo-Saxons, établis durablement au sud du Forth avant 500, contrairement aux Bretons, les Scots nouèrent de nombreux contacts avec ces nouveaux venus, surtout à l’est avec le royaume septentrional de Northumbrie. Au 7ème siècle, les Scots chrétiens jouèrent en particulier un rôle important dans l’évangélisation des Anglo-Saxons, rôle qui fut ensuite éclipsé par Rome.

[9] Le Kintyre est une péninsule du sud-ouest de l’Écosse, dans le Council area d’Argyll and Bute. Cette région s’étend sur une longueur de près de cinquante kilomètres, de Tarbert au nord jusqu’au Mull of Kintyre au sud.

[10] Le Mormaer du comte d’Atholl renvoie à l’autorité comtale médiévale sur la province d’Atholl (Ath Fodhla), dans les Highlands, actuellement dans le nord du Perthshire. Atholl est un comté particulier parce qu’on connaît un roi d’Atholl de la période Picte : Talorgan mac Drostan. Les deux seuls autres royaumes Pictes connus grâce à des sources contemporaines sont Fortriú et Circinn. Un document du début du 13ème siècle connu sous le nom : de Situ Albanie rapporte l’affirmation qu’Atholl était un ancien royaume picte. Au 11ème siècle, Crínán de Dunkeld aurait obtenu la fonction de mormaer. Les liens avec la royauté continuèrent avec Máel Muire d’Atholl, qui était le fils du roi Donnchad 1er, et le jeune frère de Máel Coluim III mac Donnchada.

[11] Le Cenél Loáirn contrôlait les régions du nord de Argyll autour du Firth of Lorn auquel il aurait donné son nom. La région était divisée en trois parties : Le Lorn supérieur et le Lorn moyen séparé par le Loch Etive et enfin le pays du bas Lorn à l’ouest du Loch Awe et au nord des Loch Melfort et Loch Awe. Le Cenél Loairn incluait sans doute également le Morvern et Ardnamurchan et peut être aussi l’île de Bute. La principale place forte du royaume était implantée à Dun Ollaigh, près du port d’Oban. La capitale religieuse devait être située à Lismore qui sera plus tard le siège de l’évêché médiéval d’Argyll.

[12] La Northumbrie est un royaume médiéval situé dans le nord de l’actuelle Angleterre et constituait l’un des principaux royaumes de l’Heptarchie. Sa notoriété est surtout liée à son rôle dans la propagation du christianisme nicéen dans l’île et à la constitution d’un centre culturel d’importance européenne avec l’archevêché d’York. Le nom de Northumbria désigne à l’origine les terres envahies par les Angles au 6ème siècle situées au nord de la rivière Humber. La Northumbrie en tant que royaume se constitue au début du 7ème siècle par l’union de deux autres entités Angles : celle de Bernicie (Bernicia) au nord et celle de Deirie (Deira) au sud.

[13] Le Wessex est l’un des royaumes fondés par les Anglo-Saxons en Angleterre durant le Haut Moyen Âge. Il s’étend sur une partie du sud-ouest de la Grande-Bretagne, entre la Domnonée à l’ouest, la Mercie au nord et les royaumes de Kent, de Sussex et d’Essex à l’est. Au IXe siècle, le Wessex est le dernier royaume anglo-saxon à résister aux invasions vikings.

[14] Le château de Dumbarton, « la forteresse des Bretons » possède la plus longue histoire attestée de tous les forts de Grande-Bretagne. Perché sur un culot volcanique en basalte, connu sous le nom de Dumbarton Rock, haut de 73 m3, il surplombe la ville écossaise de Dumbarton.