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Un siècle ou apparaît l’évolution de L’écriture des actes officieux

dimanche 28 octobre 2012, par ljallamion

Un siècle ou apparaît l’évolution de L’écriture des actes officieux

Cathédrale de Chartre. Photo Lucien Jallamion 1994

Les documents diplomatiques originaux ont toujours été écrits à longues lignes, sans alinéas ni interlignes, d’un seul côté du parchemin ou du papier. Quelques rares documents d’une teneur particulièrement longue ont été disposés sur deux colonnes, comme par exemple un vidimus de 1273 de la charte des coutumes de Montferrand.

Les alinéas ou l’inégal espacement des lignes sont plus rares encore. Dans les chartes anciennes, les souscriptions et la date se détachent seules de la teneur, elles y sont presque toujours réunies depuis le 12ème siècle. La ponctuation, qui ne comporte guère que deux signes, le point pour la fin des phrases, et le point surmonté d’une virgule retournée pour la ponctuation faible, y est fort irrégulièrement marquée, parfois seulement des lettres majuscules, auxquelles le scribe a donné plus d’importance qu’à d’autres, marquent le commencement des périodes ou de ce que nous pourrions appeler des paragraphes. Quelquefois aussi, dans certains documents, quelques noms propres, écrits en capitales, en onciales* ou en lettres espacées, se détachent de l’écriture uniforme du texte.

La règle de n’écrire la teneur d’un document original que d’un seul côté de la feuille, du côté de la chair lorsqu’il s’agissait de parchemin, paraît avoir été absolue au moyen âge. Cet usage d’écrire sur un seul côté de la feuille remonte certainement à l’antiquité, au temps ou les actes écrits sur papyrus devaient former des rouleaux ; il s’est maintenu lorsque le parchemin se fut substitué au papyrus, et lorsque, au lieu de rouler les documents, on eut pris l’habitude, générale au moyen âge, de les replier sur eux-mêmes plusieurs fois dans chaque sens, de façon à former de chaque acte une sorte de paquet aussi petit que possible. La partie visible du verso de la pièce ainsi pliée recevait des cotes, des titres ou des analyses.

A la fin du 11ème siècle apparaît la réglure au crayon. Pour exécuter cette réglure, souvent le scribe indiquait préalablement par des points, marqués probablement à la pointe du compas, le commencement et la fin de chaque ligne.

Parfois aussi depuis le 12ème siècle, la réglure a été faite en traçant des lignes légère à l’encre, et quelquefois, mais rarement, à l’encre rouge. Dans les actes soignés, on s’appliquait à ne tracer de lignes qu’aux endroits destinés à recevoir l’écriture, et presque toujours on en ménageait les marges.

Lorsqu’un acte était aboli ou annulé, ou simplement lorsqu’il était devenu inutile, on en barrait la teneur à l’encre par de grands traits qui se croisaient en X, ou encore on le lacérait de la même manière au canif. C’est là un procédé qui remonte à l’antiquité et qu’on exprimait par le mot cancellare, parce que l’écrit ainsi effacé était recouvert comme d’une espèce de treillis. La chose et le mot se sont conservés au moyen âge. C’est ainsi qu’on eut souvent soin, à partir du 13ème siècle, de spécifier dans les vidimus que l’acte vidimé* n’était pas cancellé*.

Les actes auxquels on a donné cette disposition ingénieuse sont devenus très nombreux dès le commencement du 12ème siècle, et le nombre s’en est encore accru au 13ème et 14ème. On a rédigé de la sorte des actes de toute espèce, des privilèges, des donations, des chartes de commune, des aveux, etc., mais de préférence les actes qui devaient être nécessairement dressés en autant d’originaux que de parties, tel que des accords, des conventions, des échanges, etc., et surtout les contrats dont on voulut garder un original au siège de la juridiction qui les avait dressés.

Mais on appelait fréquemment aussi ces actes au moyen âge chartae partitae ou divisae et en français chartes-parties. Au lieu de séparer les actes par un trait droit, on a souvent, depuis le 13ème siècle, découpé la devise en ligne brisée, de façon à former une suite de dents. Ce procédé, employé surtout en Angleterre, y a fait donner aux chartes-parties le nom de chartae indentatae, indenturae, et en français endentures. On a parfois aussi découpé la devise en lignes ondulées, d’où le nom de charta undulata que l’on rencontre parfois.

L’écriture des documents diplomatiques a naturellement subi les même transformations générales que celles des manuscrits proprement dits.

Toutefois, dans la plupart des documents, elles s’en distingue par certaines particularités, dont la plus caractéristique est l’allongement des hasts et des queues de lettres. Comme elle est spéciale aux diplômes et aux chartes, elle a reçu le nom d’écriture diplomatique.

Habituellement la première ligne des diplômes et des chartes ou parfois une partie de la première ligne, est en caractères particuliers, différents de ceux du reste de la teneur. On y a employé communément, depuis l’époque mérovingienne, une écriture allongée, à jambages grêles, souvent fort serrée et conséquemment difficile à lire. Tout en se modifiant avec le temps, l’écriture allongée est restée en usage, dans certaines chancelleries, jusqu’au 13ème siècle. Mais, au 11ème et au 12ème, on se servit aussi de capitale, d’onciale ou de caractères de fantaisie, parfois enchevêtrés ou enlacés les uns dans les autres. Depuis le 13ème siècle, on employa simplement des caractères plus gros que ceux de la teneur, et souvent aussi, même dans des actes écrits en cursive*, de gros caractères gothiques plus ou moins élégants. Ajoutons que cette règle n’est pas absolue, dans un grand nombre de chartes, l’écriture de la première ligne est la même que celle du reste de l’acte. On trouve encore parfois des écritures différentes de celles de la teneur au bas de l’acte, dans certaines souscriptions et dans la date, qui était quelquefois d’une autre main que la teneur. Les écritures cursives et minuscules ont seules été employées depuis l’antiquité pour les documents diplomatiques. La capitale et l’onciale ne s’y rencontre pas, sauf toutefois, dans la première ligne, dans les souscriptions, dans les devises des chartes-parties et parfois aussi dans certains noms propres de la teneur que l’on a voulu mettre particulièrement en relief. L’ancienne cursive romaine de chancellerie, dont quelques fragments de rescrits impériaux nous ont conservé des spécimens, a donné naissance à d’autres écritures diplomatiques qui sont diversement développées, en France, en Italie et en Espagne, et qui ont été peu à peu remplacées dans toute la chrétienté, entre le 9ème et le 12ème siècle, par la minuscule romane, L’écriture usitée en France et dont les plus anciens spécimens connus remontent au 6ème siècle, fut elle aussi une transformation de l’ancienne écriture romaine de chancellerie. Sous sa forme cursive elle a été employée, pendant la période mérovingienne, à écrire les actes authentiques.

On lui donne communément le nom de cursive mérovingienne parce que la plupart des documents où on la rencontre sont des diplômes royaux. C’est une écriture dont les caractères sont très serrés et chevauchent même parfois les uns sur les autres ; ils sont de plus surchargés de ligatures compliquées et de traits parasites. Elle a persisté, sans grandes modifications, jusque sous Charlemagne, époque où son développement fut brusquement interrompu par une réforme calligraphique, qui substitua à la cursive une autre forme d’écriture, dont les caractères sont indépendants les uns des autres, de formes plus arrêtées et de contours plus arrondis.

Cette nouvelle écriture est la minuscule carolingienne ou caroline, qui, devenue célèbre sous le nom d’écriture française, devait se répandre dans le monde entier, au moyen âge d’abord, en remplaçant du 10ème au 12ème siècle dans toute la chrétienté les écritures nationales, et une seconde fois à la Renaissance, en se substituant aux formes gothiques, sous l’influence des humanistes, pour devenir l’écriture dite humanistique et plus tard le caractère romain de la typographie d’où dérive celui qui est encore en usage.

Dès le commencement du 13ème siècle avait reparu dans les actes non solennels une écriture cursive ou plutôt courante qui n’est autre chose qu’une minuscule négligée, dans laquelle les lettres d’un même mot sont écrites sans lever la plume. D’abord raide et droite ou penchée à gauche, formée de caractères serrés, elle ne tarde pas à s’espacer tout en réunissant les lettres par des ligatures, puis elle se resserre et devient plus anguleuse à la fin du même siècle et au commencement du suivant. Vers le même temps la combinaison de cette cursive avec la minuscule forme une nouvelle écriture diplomatique très uniforme, très répandue, et qui sert à écrire jusqu’aux actes les plus solennels.