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Reine Pédauque

lundi 7 septembre 2020, par ljallamion

Reine Pédauque

Reine mythique

Elle trouverait son origine dans la ville de Toulouse à l’époque où elle était capitale du royaume wisigoth [1] de 413 à 508.

Le pied d’oie est une particularité que Pédauque partage avec de nombreuses personnalités historiques, également plus ou moins mythiques la reine de Saba [2], et de nombreuses Berthe comme la reine Bertrade de Laon, plus connue sous le nom de Berthe au grand pied ; d’autre part, des saintes, généralement d’origine royale ou noble, devenues bergères et fileuses, et marquées de ce signe, ou frappées par la lèpre, miraculeusement, pour échapper aux assiduités d’un prétendant.

La patte d’oie et la lèpre sont en effet étroitement liées : cette maladie entraînant des affections cutanées pouvant faire penser à la peau des pattes de palmipèdes. La patte d’oie était la marque distinctive des lépreux au Moyen Âge et, plus tard, des cagots [3] du sud de la France.

Les premiers textes anciens qui l’évoquent, à l’époque de la Renaissance, font état d’une fille de Marcellus, cinquième roi de Toulouse, nommée Austris.

Une légende dit que la reine Pédauque possédait une quenouille merveilleuse, qui ne s’épuisait jamais, lui permettant de filer sans cesse.

Selon l’historienne Renée Mussot-Goulard, Pédauque est une princesse wisigothe, de la dynastie des Balthes [4], fille d’Alaric 1er, sœur du roi des Wisigoths Wallia et de la princesse Pélagie (princesse wisigothe) . Elle est l’épouse de Théodoric 1er roi des Wisigoths, et lui donne deux fils Thorismond et Théodoric II, à leur tour rois des Wisigoths.

Il faut reconnaître dans le roi Marcellus des textes anciens, une allusion au dieu Mars qui est une constante des fondements de la royauté tervinge [5] et que l’on retrouve jusque dans les chants des guerriers. Il s’agirait donc d’une allusion au roi Alaric 1er, identifié à Mars. Même si tous les rois balthes seront qualifiés par les chroniqueurs contemporains, de Mars, comme Euric par Sidoine Apollinaire.

Sa réputation de reine aux pieds palmés serait une mauvaise interprétation de son nom. Elle était homéenne [6] de religion, donc hérétique pour les catholiques qui conteront son histoire, et le dessin du pied palmé étant un signe distinctif du Moyen Âge pour désigner les exclus ou les marginaux, cette particularité corporelle lui serait ajoutée à tort.

La première sainte gratifiée de cette marque est immédiatement dans la lignée de Berthe au grand pied, puisqu’il s’agit de sa propre fille sainte Isbergue, ou Ybergue, ou encore Gisèle, donc fille de Pépin le Bref et sœur de Charlemagne. Destinée à être mariée au fils du roi d’Angleterre, elle préféra suivre sa vocation religieuse et l’enseignement de saint Venant.

Une lèpre soudaine vint lui couvrir le corps, mettant fin aux projets matrimoniaux, mais dans sa colère le prince anglais fit décapiter Venant. Dans la commune d’Isbergues [7], on venait prier la sainte pour guérir les maladies de peau et des yeux, à la source que saint Venant aurait faite jaillir, et qui aurait guéri Isbergue.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Pierre Salies, La Reine Pédauque, Archistra 158, avril 1997.

Notes

[1] Les Wisigoths entrent en Gaule, ruinée par les invasions des années 407/409. En 416 les Wisigoths et leur roi Wallia continuent leur invasion en Espagne, où ils sont envoyés à la solde de Rome pour combattre d’autres Barbares. Lorsque la paix avec les Romains fut conclue par le fœdus de 418, Honorius accorda aux Wisigoths des terres dans la province Aquitaine seconde. La sédentarisation en Aquitaine a lieu après la mort de Wallia. Les Wisigoths pénétrèrent en Espagne dès 414, comme fédérés de l’Empire romain. Le royaume des Wisigoths eut d’abord Toulouse comme capitale. Lorsque Clovis battit les Wisigoths à la bataille de Vouillé en 507, ces derniers ne conservent que la Septimanie, correspondant au Languedoc et une partie de la Provence avec l’aide des Ostrogoths. Les Wisigoths installèrent alors leur capitale à Tolède pour toute la suite. En 575 ils conquièrent le royaume des Suèves situé dans le nord du Portugal et la Galice. En 711 le royaume est conquis par les musulmans.

[2] La reine de Saba est mentionnée dans des récits bibliques, coraniques et hébraïques comme ayant régné sur le royaume de Saba, qui s’étendrait du Yémen au nord de l’Éthiopie et en Érythrée.

[3] Un cagot, au féminin cagote, dans le sud-ouest de la France, était aussi appelé agote, sur le versant sud des Pyrénées, en Espagne. Il s’agissait de termes dépréciatifs qui désignaient des groupes d’habitants, exerçant des métiers du bois, ou du fer, frappés d’exclusion et de répulsion dans leurs villages surtout au Pays basque de part et d’autre du Piémont pyrénéen et en Gascogne, entre le 13ème siècle et les temps modernes. La réputation des cagots est associée à la peur de la lèpre.

[4] Les Balthes sont, avec les Amales, les deux grands lignages gothiques se disant issus du Dieu Gaut.

[5] Les Wisigoths ou Tervinges étaient un peuple germanique issu des Goths. Les Wisigoths sont ceux qui, migrant depuis la région de la mer Noire, s’installèrent vers 270-275 dans la province romaine abandonnée de Dacie (actuelle Roumanie), au sein de l’Empire romain, alors que les Ostrogoths s’installèrent, pour leur part, en Sarmatie (actuelle Ukraine). Les Wisigoths migrèrent à nouveau vers l’ouest dès 376 et vécurent au sein de l’Empire romain d’Occident, en Hispanie et en Aquitaine.

[6] L’homéisme est un courant du christianisme ancien qui se développe à partir du 4ème siècle dans le cadre de la crise arienne. Les homéens sont parfois appelés acaciens, du nom d’un de leurs chefs de file, Acace de Césarée.

[7] Pas-de-Calais