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L’histoire pour le plaisir

Étienne de Garlande

samedi 22 août 2020, par ljallamion

Étienne de Garlande (vers 1070-1150)

Homme d’Église et homme politique français du 12ème siècle

Fils de Guillaume de Garlande. Il était le frère de Gilbert, dit Payen, sénéchal de France [1], Anseau 1er , sénéchal de France, Guillaume, sénéchal de France et Gilbert, dit le Jeune, bouteiller de France [2]. Il est d’abord le chapelain du roi Philippe 1er.

L’évêque de Beauvais, Anseau ou Ansel, meurt en novembre 1099. Par droit de régale, les revenus épiscopaux reviennent au roi en l’absence d’un titulaire et par droit de dépouille, les biens meubles du défunt reviennent aux officiers royaux. En 1100, pour arrêter cette perte de revenus, le chapitre de la cathédrale élit Étienne de Garlande évêque de Beauvais [3], à Soissons [4], alors siège de l’épiscopat, mais l’évêque de Chartres [5], Yves de Chartres, dénonce cette élection auprès des légats du pape [6] en le traitant d’homme illettré et dépravé, excommunié dans le passé pour adultère public par l’archevêque de Lyon [7] légat de l’Église romaine.

Il écrivit au pape Pascal II pour protester. Yves de Chartres enverra une seconde lettre au pape moins accusatrice. Le pape exigea une seconde élection qui vit Galon , abbé de Saint-Quentin élu par la partie réformatrice du chapitre de Beauvais. Le roi Philippe 1er et son fils s’opposèrent de consentir à l’élection et de remettre à l’élu les biens épiscopaux et le roi fit serment que, lui vivant, jamais Galon ne serait évêque de Beauvais. Le pape fit alors de Galon son légat en Pologne.

Le conflit entre l’évêque Yves de Chartres, Adèle de Blois et Hugues 1er du Puiset va permettre de trouver une solution au choix de l’évêque de Beauvais après la mort de l’évêque de Paris, Foulques, le 8 avril 1104. Yves de Chartres intervint pour faire nommer évêque de Paris, Galon. Le pape Pascal II accepta ce transfert d’évêché et consacra le nouvel élu en 1105. Un accord intervint entre le chapitre de la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais et le roi en 1104 rappelant que les chanoines doivent obéissance au pape, en tant que chef des apôtres mais le roi rappelle le service qu’ils lui doivent en tant que seigneur.

Une nouvelle élection eut lieu en 1104 pour l’évêché de Beauvais qui se fit en faveur de Godefroy de Pisseleu, sous-doyen de Tours.

En 1105, Étienne de Garlande devient après la résignation d’ Étienne de Senlis , l’archidiacre [8] de Notre-Dame de Paris puis chapelain de la chapelle royale et doyen de la collégiale Saint Aignan d’Orléans [9].

Le roi Philippe 1er le nomme en 1106 chancelier de France [10] et garde du sceau royal. Il conserve sa charge avec Louis VI qui lui donne en 1121 la charge de sénéchal de France après le décès de son frère Guillaume II.

En 1108, Guillaume de Champeaux quitte ses fonctions d’écolâtre [11] de Notre-Dame de Paris [12] et se retire près de l’oratoire Saint-Victor aux portes de Paris. Ses disciples et Pierre Abélard l’y rejoignent pour y suivre ses cours. Pierre Abélard rompt avec Guillaume de Champeaux, se retire à Melun [13] avant de tenter de devenir maître de l’école de la cathédrale de Paris.

Essuyant un refus, il obtient l’aide d’Étienne de Garlande pour fonder son école sur la Montagne Sainte-Geneviève [14]. En 1113, après le départ de Guillaume de Champeaux, élu évêque de Châlons [15], le roi Louis VI fonde l’abbaye Saint-Victor qui va rayonner grâce à son école et ses maîtres, dont Hugues de Saint-Victor entre 1118 et 1141. En 1113, Pierre Abélard quitte Paris pour suivre les cours de lectura sacra [16] d’Anselme de Laon. Il revient ensuite à Paris, mais ses malheurs de 1117-1118 vont l’amener à devenir moine à l’abbaye de Saint-Denis.

L’abbé Adam l’autorise à reprendre ses cours, mais ses écrits sont condamnés au concile de Soissons en 1121. En 1122, Étienne de Garlande et le comte Thibaut IV de Blois interviennent auprès du nouvel abbé de Saint-Denis, Suger, pour permettre à Pierre Abélard de reprendre ses enseignements à l’ermitage du Paraclet, près de Nogent-sur-Seine [17] où il a été rejoint par Héloïse après son expulsion d’Argenteuil.

En 1126, il tente de transmettre son poste de sénéchal de France contre l’avis du roi à son neveu Amaury II de Montfort, héritier des Montlhéry. Le roi confisque le 3 août 1127 les charges d’Étienne de Garlande et les biens du neveu. Tous deux entrent alors en dissidence et se réfugient dans leur château fortifié de Livry-en-l’Aunoye [18].

Ils bénéficient du soutien du roi d’Angleterre et du comte de Champagne, ce qui pousse le roi Louis VI à assiéger les rebelles qui résistent au cours des mois d’avril et mai 1128. Les soldats finissent par prendre les lieux et détruisent le château. Étienne de Garlande est déchu de ses charges palatines et ses biens sont saisis.

La charge de sénéchal a été transmise en 1131 à Raoul 1er de Vermandois , cousin du roi. En l’absence du chancelier, le notaire Algrin signe les actes. Puis, avant mai 1128, Louis VI nomme Simon de Chécy, chapelain d’Orléans, chancelier. Il le reste jusqu’à sa mort au premier semestre 1132.

Après un nouvel intérim d’Algrin, Étienne de Garlande retrouve sa charge de chancelier et la conserve jusqu’à la mort du roi. On connaît des actes signés d’Étienne de Garlande chancelier en 1133 et 1134.

Il se retire à Orléans où il occupe la charge de doyen de l’église Sainte-Croix. La charge de chancelier est reprise par Algrin jusqu’à la fin de 1139. Suger, l’abbé de Saint-Denis est alors le plus proche conseiller du roi Louis VII.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Éric Bournazel, Louis VI le Gros, Éditions Fayard,‎ 2007

Notes

[1] Le sénéchal de France est un grand officier du royaume de France au Moyen Âge. Le Sénéchal, siniskalk, était littéralement le doyen des serviteurs, et à l’origine, celui chargé du ravitaillement du palais. Il était désigné comme dapifer (porteur de repas) en latin. Le grand sénéchal, plus ancienne dignité militaire en France, était subordonné au maire du palais. La charge de grand sénéchal a été créée par Lothaire en 978 en faveur de Geoffroy 1er, comte d’Anjou. Le grand sénéchal a alors le commandement de l’armée avec les mêmes prérogatives qu’aura plus tard le connétable. Le grand sénéchal était assisté par des sénéchaux de France. Avant cette date, le grand sénéchal avait les mêmes fonctions que celles de grand maître d’hôtel. À l’origine, cette charge était liée à la première maison d’Anjou. Le comte d’Anjou avait le droit de commander les armées du roi en son absence et de diriger les officiers de la maison du roi.

[2] Dans le royaume de France sous la dynastie capétienne, le bouteiller perd sa fonction de gestion des approvisionnements de la cour, rôle désormais dévolu à des échansons. Il est désormais chargé d’administrer le vignoble du domaine royal, fonction pour laquelle il perçoit une redevance sur certaines abbayes fondées par le roi. Le bouteiller est alors un des principaux officiers de la cour : il atteste très souvent les chartes royales. Aux 11ème et 12ème siècles, sous les règnes de Louis VI et Louis VII notamment, la famille de Senlis est traditionnellement attachée à cet office1, à tel point que son chef est souvent désigné sous le nom de « Bouteiller de Senlis ». À partir du 14ème siècle, le bouteiller porte le titre de Grand bouteiller de France, et la fonction devient purement honorifique.

[3] Depuis qu’il a été érigé au 3ème siècle, le diocèse de Beauvais a connu plusieurs évêques. À l’occasion du concordat de 1801, le diocèse fut supprimé le 21 novembre 1801 et regroupé avec celui d’Amiens, mais, reconstitué le 6 octobre 1822, le diocèse est depuis la réforme des circonscriptions françaises de 2002 appelé « diocèse de Beauvais, de Noyon et de Senlis ».

[4] Soissons [swa.ˈsɔ̃] est une commune française située dans le département de l’Aisne. Soissons est historiquement connue pour avoir été la première capitale de la France. La ville connaît la prospérité aux 12ème siècle et 13ème siècle qui ont laissé de nombreux édifices gothiques.

[5] Le diocèse de Chartres est un diocèse de l’Église catholique romaine en France couvrant le département d’Eure-et-Loir (et desservant quatre communes situées dans le département de l’Eure), et rattaché à la province ecclésiastique de Tours. Un siège épiscopal aurait été fondé à Chartres dès le 3ème siècle

[6] Le légat apostolique, ou plus communément légat du pape, ou légat pontifical, est un représentant extraordinaire du pape chargé d’une mission spécifique, généralement diplomatique. Il se distingue en cela du nonce apostolique qui est un ambassadeur permanent du Saint Siège auprès des gouvernements étrangers.

[7] Cité capitale de la Gaule romaine depuis Auguste et à la croisée des chemins du monde romain, Lugdunum accueille dès le 2ème siècle les doctrines chrétiennes rapportées d’Asie mineure. Une petite communauté se structure autour d’un premier évêque saint Pothin vers 150. Chronologiquement l’évêché est le premier de la Gaule et par extension de la France actuelle et l’un des premiers de la partie occidentale de l’empire romain après Rome.

[8] Dans l’Église catholique, un archidiaconé est une circonscription religieuse, subdivision d’un diocèse. Placée sous l’autorité d’un archidiacre nommé par l’évêque pour le représenter. Dans l’ancien diocèse de Paris, on disait archidiaconat. C’est dans ce ressort que l’archidiacre effectuait ses visites archidiaconales dans les paroisses, accomplissant ainsi sa fonction de contrôle des curés par délégation de l’évêque.

[9] La collégiale Saint-Aignan est une église française située dans le centre de la ville d’Orléans (quartier Bourgogne), sur la rive nord de la Loire, dans le département du Loiret. En 1562, durant les guerres de religion la collégiale Saint-Aignan est pillée par les Huguenots, partisans du réformateur Jean Calvin, qui s’emparent d’une châsse en or pour en faire de la monnaie. Cinq ans plus tard, ils démantèlent une grande partie de la collégiale. En 1563, les reliques de saint Aignan sont jetées sur un bûcher par les huguenots alors maîtres de la ville, plus qu’à moitié acquise à leur cause ; l’édifice est incendié et brûle en partie. Quelques ossements du saint, calcinés, sont sauvés par un choriste du chapitre, Jehan Minereau, de Gien. Sans reliques d’un saint protecteur, l’église perd une grande partie de sa force et de sa crédibilité, et le musicien se serait donc trouvé dans une situation professionnelle précarisée. Une fois la paix rétablie en 1570, les chanoines érigent un mur à l’ouest des transepts, pour isoler la nef, trop endommagée et inutilisable. Puis, en 1619, Louis XIII finance la restauration du retable actuel. Le chapitre de chanoines disparaît à la Révolution française, en novembre 1790.

[10] Le chancelier de France est un important personnage de l’Ancien Régime, il est le second officier de la couronne, puis le premier, en 1627, avec la suppression du connétable et de l’amiral de France. La conservation d’une copie de tous les actes de gouvernement (édits, traités, capitulaires, dénombrements, etc.) est une des fonctions principales du chancelier. La France a sans doute, après le Vatican, la seconde plus vieille chancellerie du monde, puisqu’elle conserve encore 47 actes originaux datant des rois mérovingiens (481-751). La collection des plus anciens, toujours appelée Trésor des Chartes, constitue le fonds original des Archives nationales de France. Lacunaires jusqu’au 12ème siècle, ce n’est qu’à partir de sa réorganisation par frère Guérin, évêque de Senlis et garde des Sceaux de Philippe Auguste, que l’on conserve véritablement au palais du roi à Paris un exemplaire de tous les actes expédiés ou reçus par le roi. L’office de chancelier, ou cancellariat, dérive de celui de secrétaires et de notaires du roi, il est le chef de l’administration de la justice, et de tous les conseils du roi. Il est le dépositaire des sceaux de France, dont il use pour la distribution de la justice, dons, grâces, et offices. Il préside le conseil du roi, et expose les volontés du roi devant le parlement quand il va y tenir son lit de justice. Cet office ne peut être récusé, sauf démission et forfaiture. Le chancelier est le porte-parole et le représentant du roi, et à la mort de celui-ci, il est le seul personnage de la cour à ne pas porter le deuil pour marquer la pérennité de sa charge. Il est deuxième grand officier de la couronne dans l’ordre des préséances. Il y a toujours un chancelier chef de la justice et il devient de fait l’officier le plus important de la couronne.

[11] L’écolâtre était, au Moyen Âge, le maître de l’école monastique ou de l’école cathédrale. La fonction était importante et nombreux furent les écolâtres qui devinrent écrivains de renom, théologiens, ou évêques. Chrodegang, évêque de Metz au 8ème siècle, forma les prêtres de sa cathédrale à vivre en communauté, et écrivit pour eux une règle appelée Regula vitae communis inspirée de celle de saint Benoît. Il y introduit dans la communauté la fonction d’écolâtre : un des chanoines est spécialement chargé d’instruire les jeunes clercs de la cathédrale. Charlemagne demanda l’ouverture de l’école cathédrale aux non-clercs. Au fil des temps l’écolâtre devient également l’inspecteur des maîtres d’écoles du diocèse. Plus tard, le concile du Latran III officialisa la coutume en 1179 en spécifiant que l’enseignement sera gratuit. Cependant, avec l’émergence et l’influence croissante des universités au 13ème siècle, les écoles cathédrales perdront progressivement leur importance et le rôle de l’écolâtre disparaîtra.

[12] La cathédrale Notre-Dame de Paris, communément appelée Notre-Dame, est l’un des monuments les plus emblématiques de Paris et de la France. Elle est située sur l’île de la Cité et est un lieu de culte catholique, siège de l’archidiocèse de Paris, dédiée à la Vierge Marie. Commencée sous l’impulsion de l’évêque Maurice de Sully, sa construction s’étend sur plus de 2 siècles, de 1163 au milieu du 14ème siècle.

[13] Le vice-comté puis comté de Melun appartint avec sa capitale Melun dès le 13ème siècle à la famille qui en hérita du nom. La maison de Melun reçut également par mariage le comté de Tancarville vers le milieu du 14ème siècle avant de s’éteindre en 1415. Vers les années 1050, Melun est encore une vicomté. Le comté de Melun a été confié par Hugues Capet à son fidèle Bouchard, comte de Vendôme. De ce fait, institutionnellement, il fallait procéder à la nomination d’un vicomte pour représenter le titulaire du comté empêché d’exercer du fait de son cumul de charges. L’extinction de la lignée des comtes de Vendôme ne change pas la règle. Le lignage vicomtal se perpétue. Il va donner lieu à une très buissonnante et prestigieuse lignée aristocratique, qui s’élèvera au rang comtal.

[14] La montagne Sainte-Geneviève est une colline de la Rive gauche de Paris (située sur les rives gauches de la Seine et de la Bièvre, non loin de leur confluence). Elle occupe une grande partie du 5ème arrondissement et du Quartier latin. C’est sur le sommet de cette colline que Clovis et son épouse Clotilde firent édifier le monastère des Saints-Apôtres où Geneviève avait coutume de monter prier en empruntant un chemin devenu la rue de la Montagne Sainte-Geneviève. Le monastère fut ensuite appelé abbaye Sainte-Geneviève et abrita par la suite les tombeaux respectifs de Clovis, de Clotilde et de la sainte. Au sommet de la montagne Sainte-Geneviève s’élève le Panthéon.

[15] Érigé au 4ème siècle, il est un des diocèses historiques de l’ancienne province de Champagne. Supprimé en 1801, il est rétabli en 1822. Il est suffragant de l’archidiocèse métropolitain de Reims. En tant que titulaire de l’une des anciennes pairies de France, l’évêque-comte de Châlons portait l’anneau du Roi au cours de la cérémonie du sacre du roi de France.

[16] l’Écriture sacré

[17] Nogent-sur-Seine est une commune française située dans le département de l’Aube. Connue depuis l’époque gallo-romaine, Nogent-sur-Seine fut rattachée en tant que commune au comté de Champagne au 12ème siècle. En 1222, l’abbaye royale de Saint-Denis y détient la suzeraineté des lieux et les seigneurs leur devaient hommage, confirmé en 1473 par un arrêt du parlement de Paris contre le duc de Nemours.

[18] Livry-Gargan (anciennement Livry-en-Aulnoye) est une commune située dans le département de la Seine-Saint-Denis. Au 12ème siècle, Livry était sous régime féodal, mais contrairement à certains villages de la région, le terroir n’était pas morcelé en plusieurs fiefs. Guillaume de Garlande, chancelier de France, et seigneur de Livry et de Garlande-en-Brie, y construisit un manoir. Quelques habitations de serfs se regroupèrent alors autour du château. Le seigneur était très apprécié du peuple, grâce aux donations qu’il fit en 1111 au monastère de Saint-Martin-des-Champs.