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Guillelmus de Campellis dit Guillaume de Champeaux

dimanche 13 novembre 2016 (Date de rédaction antérieure : 28 février 2012).

Guillelmus de Campellis dit Guillaume de Champeaux (vers 1070-1121)

Philosophe et théologien

Né à Champeaux à Chalons en Champagne [1], il fut professeur à Paris, puis évêque de Chalons en Champagne de 1113 à 1121.

Après avoir étudié avec Anselme de Laon, Manegold et Roscellinus dit Roscelin, il enseigna la rhétorique, la dialectique et la théologie à l’école de la cathédrale Notre-Dame de Paris dès 1098 et dont il fut fait chanoine à partir de 1103. Il fut le maître de Pierre Abélard, contre qui il s’opposa jusqu’à lui interdire d’enseigner à Paris.

En 1107, il participa au Concile de Troyes, présidé par Pascal II. En 1108 il se retirât de l’enseignement universitaire avec Gilduin, Godefroi de Saint-Victor , Robert, Gontier, Thomas et plusieurs autres disciples près d’une chapelle dédiée à saint Victor, qui deviendra l’Abbaye Saint-Victor de Paris [2]. Mais il reprit bientôt ses conférences, poussés par ses anciens étudiants et l’évêque Hildebert du Mans.

Il fut sacré évêque de Chalons en Champagne en 1113, lors du séjour de Louis VI, son protecteur, dans cette ville, confiant à son plus cher disciple, Gilduin, l’administration de l’abbaye.

Le 15 août 1115 il ordonna prêtre le futur saint Bernard, ce dernier restant 3 mois à Chalons en Champagne auprès de lui. Il montra d’abord de la sympathie pour les cisterciens [3], mais il considéra bientôt comme un excès de zèle et d’austérité les pratiques de Bernard, lui préférant ensuite les clunisiens [4].

Comme évêque de Chalons, il passa à la postérité comme rédacteur de la grande charte champenoise [5], par cette charte, il confirma les possessions agricoles et vinicoles de l’abbaye Saint Pierre aux Monts [6], à Chalons. Cette abbaye eut désormais les mains libres pour planter et cultiver la vigne dans différents lieux de la Champagne. C’est ainsi que le vignoble champenois se développa et prospéra. Cette « grande charte champenoise » est considérée comme l’acte fondateur du vignoble de Champagne.

Il prit part à la dispute concernant les investitures comme partisan du Pape Calixte II, qu’il représenta plusieurs fois, par exemple en tant que légat [7] à la conférence de Mouzon [8] dans les Ardennes, où il joua un rôle important comme intermédiaire entre la papauté et Henri V en 1119.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du livre de Iwakuma, Yuko. Pierre Abélard et Guillaume de Champeaux dans les premières années du XIIe siècle : une étude préliminaire, in Joël Biard (éd.), Langage, sciences, philosophie au XIIe siècle, Paris : Vrin 1999

Notes

[1] Châlons-en-Champagne anciennement Châlons-sur-Marne, est une commune française, préfecture du département de la Marne. Siège des intendants de Champagne sous l’Ancien Régime, elle est devenue la préfecture par la volonté des révolutionnaires d’effacer l’importance historique de Reims, ville des sacres. Capitale politique et religieuse, dominée par l’évêque-comte et les chanoines du chapitre Saint-Étienne, peuplée de clercs et d’officiers de plus en plus nombreux au fur et à mesure que progressait le 16ème siècle, Châlons fut aussi une capitale économique grâce à la draperie et la tannerie.

[2] Saint-Victor est une ancienne abbaye de chanoines réguliers (augustins), fondée au 12ème siècle par Guillaume de Champeaux, archidiacre et directeur (écolâtre) de l’école cathédrale de Notre-dame de Paris. En quelques dizaines d’années Saint-Victor était devenue l’un des centres les plus importants de la vie intellectuelle de l’Occident médiéval, surtout dans le domaine de la théologie et de la philosophie. Son rayonnement perça au travers de maîtres aussi illustres que Hugues, Adam, André, Richard ou Thomas Gallus, explorant de nombreux champs de la connaissance. Supprimée en 1790, l’abbaye fut démolie en 1811 et remplacée par la faculté des sciences et par la halle aux vins, aujourd’hui sites de l’institut de physique du globe et de l’université Jussieu.

[3] L’ordre cistercien (Ordo cisterciensis, o.cist.), également connu sous le nom d’ordre de Cîteaux ou de saint ordre de Cîteaux (Sacer ordo cisterciensis, s.o.c.), est un ordre monastique chrétien réformé dont l’origine remonte à la fondation de l’abbaye de Cîteaux par Robert de Molesme en 1098.

[4] L’ordre de Cluny (ou ordre clunisien) fut un ordre monastique de Église catholique créé au 10ème siècle et supprimé à la fin du 18ème siècle. Cet ordre suivait la règle de saint Benoît.

[5] La « grande charte champenoise » est un acte émanant de Guillaume de Champeaux évêque de Châlons-en-Champagne, en 1114, et adressé à Bertrand, abbé de Saint Pierre aux Monts. Il a été souscrit par Rainaud, chancelier de l’église Saint-Étienne, avec le seing des archidiacres Odon et Elbert, du doyen Odon, du trésorier Roger, du chantre Warnier, des prêtres Pierre, Agéric, André, Henri et Milon, des diacres Ursion, Dodon, Jean, Raoul, Roger et Warnier, des sou-diacres Widon, Hugues, Étienne, Odon et Anscher, et des acolytes Hymar, Albert et Étienne. Par cet acte, il confirme les possessions agricoles et viticoles de l’abbaye de Saint Pierre aux Monts, à Châlons. Presque tous les domaines cités dans cet acte font actuellement partie de la Champagne viticole, depuis Vitry le François jusqu’au Soissonnais, en passant par Hautvillers, la Montagne de Reims et la Côte des Blancs. Dans ces domaines, les moines ont planté et cultivé la vigne, donnant ainsi naissance au prestigieux vignoble de Champagne. En particulier, c’est à l’abbaye Saint Pierre d’Hautvillers que, quelques siècles plus tard, est inventée la méthode de champagnisation.

[6] L’abbaye Saint Pierre aux Monts était un monastère d’hommes de l’ordre de Saint-Benoît, fondé, à l’est de Châlons sur ce qui est l’emplacement de l’actuelle Cité Administrative, selon certaines sources au 5ème siècle et selon d’autres en 660 par l’évêque Landebert. En 1027 le roi Robert le Pieux confirme l’établissement de l’abbaye et la nouvelle église est consacrée en 1034 par Roger 1er évêque de Châlons.

[7] Le légat apostolique ou plus communément légat du pape, ou légat pontifical, est un représentant extraordinaire du pape chargé d’une mission spécifique, généralement diplomatique. Il se distingue en cela du nonce apostolique qui est un ambassadeur permanent du Saint Siège auprès des gouvernements étrangers.

[8] Mouzon est une commune française située dans le département des Ardennes. Jusqu’au 12ème siècle ce Castrum est le second siège des évêques et est le lieu de synodes mais surtout de rencontres : entre Robert II et Henri II en 1023, entre Calixte II et Henri V en 1119, entre Philippe Auguste et Frédéric Barberousse en 1187. L’abbaye sainte Vanne de Verdun avait obtenu de l’empereur Henri II de frapper monnaie à Mouzon, l’archevêque Ebles la rattachait à la monnaie de Reims. La charte de Beaumont en Argonne de 11827 marque un nouvel essor de la ville.