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Manegold de Lautenbach

dimanche 22 janvier 2012, par lucien jallamion

Manegold de Lautenbach (vers 1030-1103)

moine-écrivain, théologien, philosophe et polémiste religieux du 11ème siècle

Il exerce son magistère en tant que professeur de philosophie et de théologie et parcourt la France et aussi les pays étrangers dont notamment l’Allemagne où il assiste à la Querelle des Investitures.

Il a engagé plusieurs controverses au cours de la Querelle des Investitures venant défendre la ligne réformatrice du pape Grégoire VII contre le Saint Empire romain germanique. Il a notamment attaqué Wolfhelm de Brauweiler et engagé une vive polémique contre Wenrich de Trèves. Par ses prises de positions courageuses il renforça le parti des grégoriens et enseigna en France et à l’étranger où sa renommée ne faisait que s’amplifier.

Il s’installa à Lautenbach sa ville natale et enseigna d’abord en Alsace. Il devient le premier penseur libre du Moyen Âge à préconiser la participation collective des citoyens à élire librement leur souverain, ce qui va lui occasionner de nombreux ennemis et notamment Henri IV. Il réplique à Gebhard de Salzbourg et réfute de manière très sévère les calomnies proférées en Allemagne par les partisans de Henri IV. Plus tard en 1094 il fut appelé par Burckard de Gueberschwihr pour diriger l’abbaye de Marbach et y introduisit la réforme de saint Yves, évêque de Chartres, son ami. Il est considéré comme l’un des plus prestigieux docteurs de la foi en France au milieu du 11ème siècle. Après 1060 ses filles et sa femme vont enseigner à leur tour après avoir été formées par leur père. Après le décès de sa femme, Manegold se rend en Allemagne où il prend ouvertement la défense du pape Grégoire VII contre l’empereur Henri IV, ce qui lui vaut d’être classé comme un dangereux ennemi.

En signe de représailles, Henri IV fait envahir l’Alsace en 1082 par ses troupes et ordonne la destruction de Lautenbach où Manegold a vécu pendant quelques années. L’église primitive fondée en 810 par Beatus, abbé de Honau est entièrement détruite par le feu. Manegold est obligé de se cacher dans la montagne en attendant que la colère de l’empereur s’apaise. En 1085 il est accueilli et trouve asile à l’abbaye de Rottenbuch qu’il connaît déjà pour y avoir séjourné. C’est là qu’en 1094, Burckard de Gueberschwihr le découvre et lui propose de prendre en main la direction de l’abbaye de Marbach qu’il vient de fonder 5 ans auparavant. Il accepte la proposition et emmène avec lui de nombreux disciples de Rottenbuch. Cette abbaye devint célèbre dans toute l’Europe et fut le siège des Augustins en Alsace. En 1098, il rencontre le pape Urbain II à Tours l’encourageant dans sa démarche.

C’est ainsi que l’empereur Henri IV apprenant sa présence à l’abbaye de Marbach le fait capturer et le fait enfermer. Il meurt le 24 mai 1103 des suites de privations et de souffrance.

Manegold de Lautenbach forma au cours de son existence de nombreux disciples, dont les plus illustres furent Théoger de Metz qui deviendra plus tard évêque de Metz. Il prodigua également la théologie à Guillaume de Champeaux qui deviendra évêque de Chalons entre 1113 et 1122 et à Gérard de Loudux.

Il est l’auteur de plusieurs manuscrits dont l’influence a été immense durant la période médiévale. Dans le “Liber ad Wolfelmum”, il démontre que la doctrine des philosophes païens et leur dialectique sont incompatibles avec la foi chrétienne. Adressant une lettre à Ghebard de Salzburg, il réfute les accusations propagées en Allemagne contre le pape Grégoire VII dont il prend la défense. À la demande de son ancien prieur de Lautenbach, il réfute les écrits de Wenric, l’écolâtre de Trèves dont les consignes trouvent un large écho dans toute la région de Salzbourg. Il rédige également un pamphlet qu’il envoie à un certain Wolfelmus de Cologne où il dénonce avec force « la perfidie du royaume teutonique. » Il s’en prend aussi aux évêques allemands qu’il qualifie de véritables imitateurs de la perfidie judaïque qui ne rougissent même pas en s’écriant « nous n’avons pas d’autres pontifes que César. » Il s’en prend violemment aux mœurs qui gangrènent le royaume et combat ceux qui s’en prennent aux réformes du pape et qui ne pensent qu’à s’amuser, à chasser, à manger et à boire. Il s’en prend surtout à Henri IV et lui reproche ses nombreux crimes, les scandales de sa vie privée, les troubles et les désordres dont il lui attribue la cause. Il s’en prend aussi à la simonie et au nicolaïsme. Ses prises de positions hostiles à Henri IV lui valent d’être qualifié d’ennemi du Saint Empire romain germanique. Parmi les ennemis de Manegold figure Otton de Hohenstauffen évêque de Strasbourg qui se range du côté de Henri IV. Il est excommunié par le pape Grégoire VII. Berthold de Constance un moine de l’abbaye de Sankt-Blasen* (sud de la Forêt-Noire) le qualifie de pseudo évêque ordonné par l’antipape Clément III.