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Cleitos dit Le Noir (compagnon d’Alexandre)

mardi 15 octobre 2019

Cleitos dit Le Noir (compagnon d’Alexandre) (vers 375-328 av. jc)

Officier de Philippe II et d’Alexandre le Grand

Il est un proche compagnon d’Alexandre, mais périt de la propre main du souverain lors d’un banquet.   Fils de Dropidès, un noble macédonien [1], Cleitos est, au début de la conquête, un des officiers les plus proches d’Alexandre le Grand qu’il connaît depuis l’enfance étant le frère de Lanicé, sa nourrice. Il semble avoir bénéficié d’une haute considération déjà sous le règne de Philippe II. Il appartient à la garde royale des Compagnons au moment où l’armée macédonienne débarque en Asie Mineure en 334 av. jc.

Durant la bataille du Granique [2], il sauve la vie du roi ; un épisode dont le récit diffère fortement selon les sources antiques.

À la bataille de Gaugamèles [3], il commande l’escadron royal. À partir de 330, il dirige avec Héphaistion la cavalerie après la mise à mort de Philotas. Quand le satrape Artabaze se retire, le roi confie à Cleitos la Bactriane [4].

Malgré les honneurs conférés par Alexandre, une violente altercation oppose en 328 av. jc les deux amis durant un banquet organisé en Sogdiane [5], dans un palais situé sur la colline d’Afrasiab [6], dans l’actuelle Samarcande [7], en l’honneur des Dioscures [8], alors que les Macédoniens étaient censés ce jour-là vénérer Dionysos .

Pendant la beuverie, des convives affirment qu’Alexandre surpasse Castor et Pollux , et vont même jusqu’à railler Héraclès et ses travaux.

Cleitos, qui déjà n’approuve pas la politique d’union avec les barbares, ne peut tolérer ces outrages faits à la divinité et aux héros. Il affirme que la gloire d’Alexandre est d’abord l’œuvre collective des Macédoniens. En réponse à la colère de Cleitos, des invités cherchent à flatter le roi en dénigrant la mémoire de son père, Philippe II.

Cleitos rétorque alors que les exploits de Philippe méritent célébration tout en reprochant à Alexandre la mort d’Attale et de Parménion. Cleitos, manifestement ivre, se montre injurieux et rappelle au roi qu’il lui a sauvé la vie à la bataille du Granique. Cleitos est alors évacué de la salle de banquet par Ptolémée mais revient brusquement sur ses pas et reçoit alors un coup de javeline, ou de sarisse [9] selon Lucien de Samosate, de la part d’un Alexandre fou d’ivresse et de rage ; tout en atteignant son ami, il lui suggère d’aller rejoindre Philippe, Attale et Parménion dans l’au-delà.

Alexandre se rend immédiatement compte de l’horreur de son acte et tente de se tuer sur le corps de son ami, mais il en est empêché par ses gardes qui le transportent dans sa tente. Le roi se lamente en appelant de leurs noms Cleitos et Lanicé, la nourrice qui l’a élevé, et se prive de nourriture pendant 3 jours.

L’ivresse n’est pas la seule explication à cette fin tragique. Car Cleitos, qui appartient à une génération plus ancienne qu’Alexandre et ses proches compagnons, se fait le porte-parole des vétérans qui n’apprécient pas la politique d’assimilation menée par Alexandre envers les Perses, dont la proskynèse [10] devant le roi. Il témoigne également d’un sentiment de trahison du fait de l’exécution de Parménion et de son fils Philotas, considéré comme le plus fidèle général de Philippe II. Alexandre, tout en éprouvant une peine, semble-t-il, sincère, justifie le meurtre de Cleitos en l’imputant à la fureur de Dionysos, dont la colère, initiée par la destruction de Thèbes, a été entretenue par le fait qu’Alexandre a sacrifié ce jour-là aux Dioscures.

Alexandre consent à lui offrir de grandioses funérailles dignes de son rang, malgré l’avis contraire de son entourage. D’après Arrien, au sujet de ce meurtre, le philosophe Anaxarque exprime à Alexandre le principe selon lequel les actes du roi sont forcément justes.

Pour autant la mort de Cleitos a pu écorner le loyalisme d’une partie des Macédoniens à l’égard d’Alexandre, comme en témoigne la conjuration des Pages durement réprimée et l’exécution de Callisthène qui s’ensuit en 328 av.jc.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Émile Chambry, Émeline Marquis, Alain Billault et Dominique Goust (trad. Émile Chambry), Lucien de Samosate : Œuvres complètes, Éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2015, 1248 p. (ISBN 9782221109021)

Notes

[1] Le royaume de Macédoine est un État antique situé au nord de la Grèce correspondant aujourd’hui principalement à la Macédoine grecque. Il est centré sur la partie nord-est de la péninsule grecque, bordé par l’Épire à l’ouest, la Péonie au nord, la Thrace à l’est et la Thessalie au sud. Royaume périphérique de la Grèce aux époques archaïque et classique, il devient l’État dominant du monde grec durant l’époque hellénistique. L’existence du royaume est attestée au tout début du 7ème siècle av. jc avec à sa tête la dynastie des Argéades. Il connaît un formidable essor sous le règne de Philippe II qui étend sa domination sur la Grèce continentale en évinçant Athènes et la ligue chalcidienne pour ensuite fonder la Ligue de Corinthe. Son fils Alexandre le Grand est à l’origine de la conquête de l’immense empire perse et de l’expansion de l’hellénisme en Asie à la fin du 4ème siècle av. jc. Après sa mort, la Macédoine passe brièvement sous la tutelle des Antipatrides dans le contexte des guerres des diadoques. En 277, la royauté échoit à Antigone II Gonatas qui installe la dynastie des Antigonides qui règne jusqu’en 168, date à laquelle la Macédoine est conquise par les Romains. En 146 la Macédoine devient une province romaine.

[2] La bataille du Granique oppose en mai 334 av. jc pour la première fois l’armée macédonienne à l’armée perse sur les rives du fleuve Granique, actuel Biga Çayı en Turquie. Alexandre le Grand remporte une victoire contre les satrapes perses qui lui ouvre les portes de l’Asie Mineure. Cet affrontement est la première d’une série de trois victoires des Macédoniens contre les Perses.

[3] La bataille de Gaugamèles s’est déroulée le 1er octobre 331 av. jc dans la plaine de Gaugamèles, dans le Nord de l’Irak actuel. Elle est l’affrontement décisif entre l’armée d’Alexandre le Grand et celle de Darios III. Par cette bataille, considérée comme l’une des plus importantes de l’Antiquité par les forces impliquées, le royaume de Macédoine a vaincu définitivement l’empire perse achéménide.

[4] La Bactriane ou Bactrie est une région à cheval sur les États actuels d’Afghanistan, du Pakistan, de la Chine, du Tadjikistan, de l’Ouzbékistan et aussi un peu du Turkménistan, située entre les montagnes de l’Hindū-Kūsh et la rivière Amou-Daria. Elle était beaucoup plus grande autrefois. Elle avait pour bornes : au sud les Paropamisades et l’Inde ; au nord, la Sogdiane ; à l’est, la Scythie extra Imaum ; à l’ouest, l’Hyrcanie, et contenait, entre autres contrées, la Margiane, la Guriane, la Bubacène, le pays des Tochares et des Marucéens.

[5] La Sogdiane ou Sogdie est une région historique recouvrant en partie l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et l’Afghanistan et englobant les villes historiques de Samarcande et Boukhara et la vallée irriguée de Zeravchan (ancienne Polytimetus). Elle se situe au nord de la Bactriane, à l’est de Khwarezm et au sud-est de Kangju entre l’Oxus (Amou-Daria) et le Jaxartes (Syr-Daria). La Sogdiane fut la 18ème province de l’Empire perse achéménide

[6] Afrassiab ou Afrāsiab est un site archéologique situé près de Samarcande en Ouzbékistan. Afrassiab se trouve sur la route de la soie, aux frontières de la Perse achéménide. Traditionnellement fondée pendant le 8ème 7ème siècle av. jc, la cité d’Afrassiab a des emplacements confirmés archéologiquement comme datant de 500 av. jc jusqu’au 13ème siècle.

[7] Samarcande ou parfois Samarkand est une ville d’Ouzbékistan, capitale de la province de Samarcande. Elle fut une des plus grandes cités d’Asie centrale. Lors de ces différentes occupations, Samarcande a abrité des communautés religieuses diversifiées et est devenue le foyer de plusieurs religions tel que le Bouddhisme, le Zoroastrisme, l’Hindouisme, le Manichéisme, le Judaïsme et l’Église de l’Orient. Les armées des Omeyyades sous Qutayba ben Muslim conquièrent la ville vers 710. Après la conquête de la Sogdiane, l’Islam devient la religion dominante à Samarcande où beaucoup d’habitants se convertissent. Selon la légende, durant le règne des Abbassides, le secret de la fabrication du papier est obtenu de deux Hans, prisonniers faits lors de la Bataille de Talas en 751. Cette invention permit la fondation de la première papeterie de Samarcande et se diffusa dans le reste du monde islamique et plus tard en Europe

[8] Dans la mythologie grecque, Castor et Pollux, appelés Dioscures sont les fils de Léda. Chacun né d’un œuf différent, ils sont respectivement, pour Castor, frère de Clytemnestre et fils de Tyndare, roi de Sparte, et pour Pollux, frère d’Hélène et fils de Zeus.

[9] La sarisse ou sarissa est une longue lance de 6 m de long environ, allongée jusqu’à 7,6 m dès le premier quart du 3ème siècle av. jc. Cette arme, mise au point sous le règne de Philippe II au milieu du 4ème siècle av. jc, est utilisée par les phalangites (ou sarissophores : « porteurs de sarisses ») macédoniens durant les conquêtes d’Alexandre le Grand et les guerres des diadoques. Elle reste en usage dans les armées des royaumes hellénistiques.

[10] prosternation