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L’histoire pour le plaisir

Alcibiade

samedi 17 septembre 2016

Alcibiade (450 av. jc-404 av. jc)

Homme d’État et orateur-Général athénien

Fils de Clinias , du dème de Scambonide [1] et de Dinomaque , fille de l’Alcméonide [2] Mégaclès , oncle de Périclès. Personnalité haute en couleurs qui a fasciné ses contemporains, il réunit une naissance aristocratique, un patrimoine important de grand propriétaire foncier, une intelligence reconnue et une beauté enviée.

Adopté par Périclès dont il est le neveu par sa mère, il est, dans la seconde moitié du 5ème siècle av.jc, l’une des personnalités politiques les plus importantes du monde grec.

Sa vie adulte se confond avec la guerre du Péloponnèse [3], conflit majeur qui oppose Athènes à Sparte de 431 à 404 et voit la ruine finale de l’empire athénien.

Au cours de ces années, Alcibiade combat alternativement dans l’armée athénienne, dans le camp spartiate et chez les satrapes [4] de Perse. Il devient dès l’Antiquité un personnage littéraire qui inspire encore aujourd’hui les écrivains. On l’a toujours vu comme disciple de Socrate, mais Isocrate le dément dans son “Éloge de Busiris”.

Tous les auteurs anciens s’accordent sur la nature exceptionnelle d’Alcibiade, doué de toutes les qualités. Il est disciple, ami et amant occasionnel de Socrate. Ils ont été compagnons d’armes, et Socrate lui sauve la vie lors du siège de Potidée [5]. Alcibiade défend à son tour le philosophe après la bataille de Délion [6] en 424. Des documents d’époque mentionnent la bisexualité d’Alcibiade en ces termes : Lorsqu’il était jeune, il détournait les maris de leurs épouses, et lorsqu’il était plus âgé, il détournait les femmes de leurs maris.

Alcibiade mène la vie de la jeunesse dorée d’Athènes, multipliant les frasques. Connu dès l’enfance pour son insolence, il aime les dépenses somptueuses et n’hésite pas à provoquer des scandales publics. Ses amours, nombreuses, lui valent souvent la réprobation publique et se mêlent à la politique, quand, par exemple, il fait un enfant à la femme du roi de Sparte, Agis II .

Il est élu stratège [7] pour l’année 420. Pourtant, il n’est pas réélu stratège en 418 ; la rivalité et le conflit qui opposent Nicias et Alcibiade se reflètent dans les divisions sociales des Athéniens, dont la population urbaine s’oppose à la pacifique population rurale ; c’est ainsi qu’Alcibiade est menacé d’ostracisme en 417 par le démagogue Hyperbolos qui rivalise avec Alcibiade pour prendre la tête de la faction rurale.

Plutarque rapporte comment Hyperbolos fut ostracisé en 417 grâce à une entente entre Nicias et Alcibiade, qui devaient être les protagonistes de l’ostracophorie [8] cette année-là ; au dernier moment leurs partisans à tous les deux prirent peur et s’unirent en votant contre le misérable politicien, pris à son propre piège. Cet ostracisme truqué marqua la fin de l’institution. Il faut attendre l’expédition de Sicile pour qu’Alcibiade devienne un personnage inévitable de la politique grecque.

La réputation d’Alcibiade grandit juste avant l’expédition, quand, en 416, il engage sept chars dans la course à Olympie, et remporte trois prix, dont le premier et le deuxième ; les fêtes qui suivent, alimentées par les nombreux cadeaux offerts par les différentes cités, trouvent leur apogée dans une procession fastueuse à travers la ville.

C’est auréolé de cette gloire qu’il propose à l’Assemblée une expédition en Sicile. Le but avancé était de répondre à l’appel de leur alliée Ségeste [9], menacée par sa voisine Sélinonte [10]. Pourtant, Thucydide n’y voit qu’un prétexte et admet que le véritable objectif athénien est de soumettre toute la Sicile. Cet assujettissement permettrait à Athènes de contrôler l’approvisionnement du Péloponnèse en blé sicilien et par là de faire pression sur Sparte, ainsi que d’ouvrir la voie à la constitution d’un empire occidental en Italie, à Carthage et en Libye.

L’Assemblée vote alors l’envoi de soixante vaisseaux, commandés par Alcibiade, Nicias et Lamachos. Nicias s’oppose pourtant fermement à l’idée d’une expédition et réussit à faire revoter l’assemblée sur le sujet. Il plaide contre Alcibiade, son jeune âge et son intérêt personnel à une expédition, et souligne les risques pour la paix et la stabilité d’Athènes en général. Alcibiade répond et assume sa personnalité, le faste de son écurie et sa supériorité. Il défend l’impérialisme et affirme que les risques de l’expédition sont limités. Nicias reprend la parole et insiste sur les forces importantes des cités siciliennes. Le succès nécessiterait de mobiliser tout l’Empire et toutes les ressources financières d’Athènes. Erreur psychologique : l’effet est contraire à celui qu’il recherchait, et l’Assemblée vote finalement l’envoi de cent vaisseaux.

Pourtant, Alcibiade ne quitte pas Athènes l’esprit serein. Un scandale avait touché la cité peu de temps auparavant. Toutes les statues du dieu Hermès qui marquent les limites des propriétés publiques et privées, avaient été mutilés. La population s’était émue du sacrilège, de mauvais augure juste avant le départ de l’expédition, et la justice avait appelé à la dénonciation des coupables de la mutilation des Hermès, appelés hermocopides, et de tout autre sacrilège.

Alcibiade n’est pas mêlé aux hermocopides, mais le démocrate Androclès le dénonce pour un autre scandale, une parodie des mystères d’Éleusis [11], et réussit à mêler les deux affaires, pourtant distinctes. Alcibiade demande à être traduit en justice rapidement, afin de partir pour la Sicile avec la confiance de ses soldats, mais ses adversaires obtiennent qu’il quitte Athènes avec la flotte, et qu’on le juge à son retour.

Le grand départ a lieu vers juin 415. Une nouvelle dénonciation arrive en son absence. Alcibiade aurait eu le premier rôle, celui de hiérophante [12], dans cette parodie. Il est alors condamné à mort par contumace, ses biens sont confisqués, son nom est inscrit sur une stèle d’infamie et on prononce des imprécations officielles contre lui.

Le navire officiel, la Salaminienne, est envoyé en Sicile chercher Alcibiade et d’autres accusés ; sur le chemin du retour vers Athènes, près de Thourioi [13], le bateau d’Alcibiade fausse compagnie à son escorte : Alcibiade est désormais exilé.

Après avoir songé à Argos [14], Alcibiade choisit finalement pour terre d’exil, dans l’hiver 415-414, Sparte, où l’invite un de ses amis, Endios. Sparte est l’ennemi même d’Athènes, et il l’aide efficacement dans la guerre contre sa patrie : individualiste, Alcibiade, qui n’a pas réussi à mettre Athènes au service de ses ambitions, n’hésite pas à se retourner contre elle.

Il conseille d’abord aux Lacédémoniens d’envoyer en Sicile une armée de marins et d’hoplites [15] : c’est Gylippe qui la commande et anéantit l’armée athénienne, tuant Nicias et Démosthène qui avait été envoyé en renfort. Il suggère ensuite de fortifier une position sur le territoire même de l’Attique. Les Spartiates s’installent donc à Décélie [16] au printemps 413 et tirent un avantage important de cette situation jusqu’à la fin de la guerre en 404. En effet, tout en menaçant constamment Athènes, qui n’est qu’à 20 km, ils fragilisent sérieusement son économie : de nombreux domaines sont perdus ainsi que les revenus des mines du Laurion [17], l’argent envoyé par les alliés baisse et le ravitaillement devient difficile depuis l’Eubée [18].

Enfin, Alcibiade conseille aux Lacédémoniens d’attaquer Athènes au cœur de son empire, c’est-à-dire dans les riches cités d’Asie mineure et des îles proches ; certaines commencent déjà à s’émanciper de la tutelle athénienne. Il obtient le commandement d’une ambassade, part pour l’Ionie [19] et convainc de faire défection Chios [20], Érythrées [21], Clazomènes [22], Téos [23], Milet [24], et peut-être Éphèse [25]. Grâce à lui, un premier accord est signé entre Sparte et Tissapherne, satrape de Sardes [26] et de toute l’Ionie.

Malgré ces revers, Athènes semble reprendre la main dans la région ; Sparte doute alors de la loyauté d’Alcibiade et son assassinat est commandité, peut-être par le roi Agis II, avec la femme duquel Alcibiade aurait eu une aventure. Alcibiade a vent du projet, abandonne Sparte et entre au service de Tissapherne.

Alcibiade change donc une nouvelle fois de camp. Il réussit même à prendre un véritable ascendant sur Tissapherne et prépare son retour à Athènes. Il le convainc d’adopter une politique d’entre-deux et de ne favoriser ni Sparte, ni Athènes. Tissapherne diminue les sommes qu’il donne aux Péloponnésiens, ne livre pas des bateaux qu’il devait fournir à Sparte et finalement se fâche avec des conseillers envoyés par Sparte.

Pourtant, Alcibiade cherche à rentrer à Athènes. En 411, il contacte les Athéniens de Samos [27] et leur annonce que Tissapherne est prêt à s’allier à Athènes, à la condition qu’elle abandonne son régime démocratique.

Ils acceptent et envoient à Athènes un certain Pisandre, qui suggère l’établissement “d’une politique plus sage”, c’est-à-dire le passage à l’oligarchie. Les Athéniens ne veulent ni renverser la démocratie ni rappeler Alcibiade mais envoient cependant Pisandre négocier auprès de Tissapherne ; mais les exigences de ce dernier sont inacceptables, et aucun accord n’est en vue ; l’oligarchie s’installe pourtant à Athènes. Cependant, Samos, qui avait lancé ce mouvement vers l’oligarchie, revient à la démocratie et rappelle Alcibiade, qui soutient désormais lui aussi la démocratie.

Il agit alors en chef mesuré. Il se rend à nouveau chez Tissapherne pour s’assurer qu’il n’aidera pas Sparte ; quand une délégation des Quatre-Cents [28], arrive à Samos, il calme les soldats qui veulent en découdre et partir pour Athènes renverser l’oligarchie. Rapidement, une démocratie modérée s’installe à nouveau à Athènes et on vote le retour d’Alcibiade. Il attend pourtant quatre ans avant de rentrer, voulant s’assurer que la situation y est stable et remporter quelques succès qui lui permettent de se présenter en sauveur.

La guerre s’est cette fois déplacée vers l’Hellespont [29]. Alcibiade joue un rôle décisif dans les victoires navales d’Abydos [30] et de Cyzique [31] en 410. Il ne néglige pas de renforcer les revenus athéniens, bien entamés par la prise de Décélie et la perte de l’Eubée : il soumet Cyzique, Chalcédoine [32] et Sélymbria [33], et leur impose de verser tribut. Quand Athènes et Tissapherne signent un accord à propos de Chalcédoine, ce dernier exige que ce soit Alcibiade qui jure. Enfin, en 409, il prend possession de Byzance, et entre triomphalement au Pirée pendant que Chrysogonos vainqueur à Delphes [34] l’accompagne.

En 407, il est de nouveau élu stratège et rentre à Athènes. L’accueil est triomphal, ses biens lui sont rendus et on rétracte les malédictions qui avaient été prononcées contre lui. Il rétablit la procession par terre vers Éleusis à l’occasion des mystères, qui avait été supprimée à cause de la proximité du fort de Décélie, offrant ainsi un succès symbolique à Athènes. Il part en octobre pour l’Ionie ; il laisse sa flotte à Notion, près d’Éphèse, sous le commandement de son pilote Antiochos, pour aller aider son collègue Thrasybule qui assiège Phocée [35].

Malgré l’ordre de ne pas attaquer, Antiochos pénètre dans le port d’Éphèse où se tient la flotte péloponnésienne commandée par Lysandre, qui reçoit le soutien financier du fils du roi de Perse, Cyrus le Jeune. La défaite de Notion [36] entraîne la destitution d’Alcibiade et des autres stratèges. Il décide de s’enfuir dans quelques fortins qu’il possède en Thrace [37].

Alcibiade se trouve alors près de l’Hellespont où les armées ennemies s’apprêtent à se rencontrer à nouveau. Alors que la flotte spartiate de Lysandre est stationnée à Lampsaque [38], sur la rive sud, les navires athéniens mouillent à Aigos Potamos [39] sur la rive nord. Alcibiade vient à la rencontre des stratèges athéniens, critique leur position et suggère un plan d’attaque ; il n’est pas écouté et la défaite d’Aigos Potamos [40] marque la ruine finale d’Athènes dans la guerre du Péloponnèse.

Dès lors, Alcibiade est à nouveau en danger, même dans sa retraite thrace. Il est frappé d’exil par les Trente [41], et ne peut pas se réfugier à Sparte. Il s’abrite finalement chez le satrape perse Pharnabaze en Bithynie [42]. Son séjour est court : quelques semaines après son arrivée, il s’enfuit vers l’est et trouve la mort dans un village de Phrygie [43], Mélissé.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Luc Brisson (trad. du français), Définitions, Éditions Gallimard,‎ 2008 (1re éd. 2006)

Notes

[1] Scambonide est un dème du nord de l’Athènes antique. Callias, archonte éponyme athénien du 5ème siècle av. jc, Alcibiade et son oncle Axiochos, hommes politiques athéniens, y sont nés. Après l’isonomie, la réforme de Clisthène, Scambonide appartient à la tribu Léontide.

[2] Les Alcméonides étaient l’une des familles eupatrides (nobles) d’Athènes. Les Alcméonides prétendaient descendre de Nélée, fils de Poséidon et roi mythique de Pylos, et avoir été chassés de leur royaume par l’invasion des Doriens.

[3] La guerre du Péloponnèse désigne le conflit qui oppose la ligue de Délos, menée par Athènes, et la ligue du Péloponnèse, sous l’hégémonie de Sparte. La guerre du Péloponnèse est la première guerre d’une série de conflits pour l’hégémonie d’une cité sur l’ensemble du monde grec. Ce conflit met fin à la pentecontaetie et s’étend de 431 à 404 en trois périodes généralement admises : la période archidamique de 431 à 421, la guerre indirecte de 421 à 412, et la guerre de Décélie de 412 à 404. La guerre du Péloponnèse se termine par la victoire de Sparte et l’effondrement de l’impérialisme athénien. Cette victoire lui coûte cependant la perte de sa puissance au 4ème siècle av. jc.

[4] Un satrape est le gouverneur d’une satrapie, c’est-à-dire une division administrative de l’Empire perse.

[5] La bataille de Potidée ou siège de Potidée opposa Athènes à Corinthe et Potidée (colonie corinthienne) en 432 av. jc vers Potidée, dans l’actuelle Grèce. Elle fut l’un des événements débouchant sur la guerre du Péloponnèse.

[6] La bataille de Délion a lieu pendant la guerre du Péloponnèse au début de l’hiver (novembre) 424 av. jc à proximité de la petite ville béotienne de Délion située non loin de la frontière avec l’Attique et dans laquelle se trouve un sanctuaire dédié à Apollon.

[7] Un stratège est un membre du pouvoir exécutif d’une cité grecque, qu’il soit élu ou coopté. Il est utilisé en grec pour désigner un militaire général. Dans le monde hellénistique et l’Empire Byzantin, le terme a également été utilisé pour décrire un gouverneur militaire. Dans la Grèce contemporaine (19ème siècle jusqu’à nos jours), le stratège est un général et a le rang d’officier le plus élevé.

[8] L’ostracisme était un vote par lequel l’Ecclésia (l’assemblée des citoyens) prononçait le bannissement de l’un de ses citoyens, dont le nom était inscrit sur un tesson de céramique. Durant la période de bannissement, l’Ecclésia conservait ces tessons, ostraca, où figuraient les noms des exilés. Athènes et quelques autres cités, au 5ème siècle av. jc, ont instauré une institution qui permettait de bannir pendant dix ans un citoyen, sans que celui-ci perdît ses biens. C’était une mesure d’éloignement politique, un simple vote de défiance à l’égard d’un citoyen influent soupçonné d’aspirer au pouvoir personnel : ce n’était pas une peine judiciaire, cette sanction n’étant pas une condamnation pénale : elle ne s’accompagnait pas de peine pécuniaire, et les droits civiques étaient conservés. Cette importante institution apparaît donc marquée d’un esprit d’humanité tant dans la procédure suivie que dans la peine prononcée

[9] Ségeste est une ancienne cité élyme, aujourd’hui un important site archéologique, situé à l’ouest de la Sicile, en Italie. Il se trouve sur le mont Bàrbaro, sur la commune de Calatafimi-Segesta, à une dizaine de kilomètres de Alcamo et de Castellammare del Golfo.

[10] Sélinonte ou Sélinous est une ancienne cité grecque située sur la côte sud de la Sicile. Aujourd’hui site archéologique, elle est désormais sur le territoire de la commune de Castelvetrano, province de Trapani, à l’ouest de l’embouchure du Belice. Sélinonte est traversée, à l’ouest par le fleuve Modione, l’antique Selinos, et à l’est par le Gorgo de Cottone. Fondée au 7ème siècle av. jc par des colons mégariens, la cité compte 30 000 habitants à son apogée et jouit d’une influence commerciale et culturelle sur tout l’Ouest sicilien.

[11] Dans la religion grecque antique, les Mystères d’Éleusis faisaient partie d’un culte à mystères, de nature ésotérique, effectué dans le temple de Déméter à Éleusis (à 20 km à l’ouest d’Athènes). Au cours de leur évolution, les mystères d’Éleusis se sont ouverts d’abord à tous les Grecs, puis à tout homme ou femme, libre ou esclave, parlant grec. L’initiation comportait plusieurs degrés. Ces mystères étaient traditionnellement consacrés non seulement à Déméter et à sa fille Perséphone, mais aussi à Pluton, c’est-à-dire aux divinités de la terre et des morts, ainsi qu’à Dionysos sous son nom favori d’Iacchos auquel il a été assimilé

[12] c’est-à-dire de prêtre

[13] Thourioi, Thurii ou Thurium était une ville de la Grande Grèce sur le Golfe de Tarente, près du site antique de Sybaris. La fondation de la ville remontait à 452 av. jc, et était l’œuvre d’exilés de Sybaris et de leurs descendants qui souhaitaient repeupler le site de l’antique Sybaris.

[14] Argos est une ville d’Argolide dans le Péloponnèse, située près de Nauplie. Située au pied de deux acropoles remontant à l’antiquité Argos fut définitivement éclipsée par Sparte à partir du 6ème siècle av. jc. Elle ne participa pas aux guerres médiques. La rivalité avec Sparte explique qu’Argos ait adopté systématiquement un parti anti-laconien pendant la guerre du Péloponnèse, soit en restant neutre, soit en s’alliant à Athènes. La bataille de Mantinée, en 418 av. jc, finit par convaincre Argos de s’allier avec Sparte. Elle rompit cependant son traité au début de la guerre de Corinthe, en 395 av. jc. Pyrrhus s’attaqua à Argos en 272 avant notre ère, au cours de sa guerre contre le Macédonien Antigone II Gonatas. Il y fut tué, en recevant une tuile lancée depuis un toit par une vieille femme.

[15] L’hoplite est un fantassin lourdement armé, par opposition au gymnète et au peltaste, armés plus légèrement.

[16] Décélie est un dème de l’Attique appartenant au territoire de la tribu Hippotontis. Il est situé près du mont Parnès, sur la route allant de Béotie à l’Eubée, à environ 22 km au nord-est d’Athènes. Décélie sert de base aux Spartiates pour lancer des raids sur l’Attique dans toute la dernière partie de la Guerre du Péloponnèse de 412 à 404.

[17] Le Laurion est un massif minier de Grèce, situé au sud de l’Attique, et formant grossièrement un triangle délimité au nord-ouest par le golfe d’Aghios Nikolaos, au nord-est par la baie de Daskalio, et au sud par le cap Sounion. D’une surface d’environ 210 km², la région de Laurion est reliée au reste de l’Attique, notamment les plaines de Keratea et d’Anaphlystos, par le col de Métropési. Elle a donné son nom à une commune grecque de l’Attique, près d’Athènes, cité côtière sur la mer Égée. Les mines d’argent du Laurion ont été exploitées essentiellement dans l’Antiquité, même si elles l’ont été à nouveau à la fin du 19ème siècle et au 20ème siècle par la Compagnie française des mines du Laurion. L’exploitation intense de ces mines a notablement contribué à la puissance d’Athènes à l’époque classique.

[18] L’Eubée est la deuxième plus grande île de la mer Égée, située en face de l’Attique et de la Béotie, dont elle est séparée par le détroit de l’Euripe.

[19] L’Ionie est une région du monde grec antique située à l’ouest de l’Asie mineure, entre Phocée et Milet. Elle correspond à la région située dans un rayon de 170 km autour de la ville actuelle d’Izmir. Elle emprunte son nom à Ion, ancêtre légendaire des peuples de cette région. C’est en Ionie que se sont développées les premières formes de science de la philosophie en Occident, chez les penseurs appelés Présocratiques. Les côtes ioniennes présentent beaucoup d’avantages économiques : de bons abris naturels facilitant l’établissement de ports pour le commerce avec des communications aisées vers l’arrière-pays, un climat agréable, des vallées ouvertes pour la culture des céréales et l’élevage des chevaux, des plateaux pour l’élevage des moutons, des collines pour les arbres fruitiers et les oliviers. Dans l’Antiquité, elle fédérait douze cités grecques, du continent et des îles : Chios, Éphèse, Érythrée, Clazomènes, Colophon, Lébédos, Milet, Myonte, Phocée, Priène, Samos et Téos. Halicarnasse les rejoignit après. Brillant foyer de la civilisation hellénique aux 7ème et 6ème siècle av. jc, elle appartient à une ensemble plus vaste appelé « Grèce d’Asie » ou « Grèce de l’Est ».

[20] Chios ou Chio est une île et municipalité grecque de la mer Égée, proche de la Turquie dont elle est séparée par un détroit de 8 kilomètres seulement.

[21] Érythrées est une ville d’Ionie située à 22 km au nord-est du port de Cyssus (dont le nom moderne est Çeşme), sur une petite péninsule qui s’étend dans la baie d’Érythrée, en face de Chios. Les ruines de ce comptoir maritime sont proches de la moderne Ritri. La cité était réputée pour son excellent vin, ses chèvres et son bois. Érythrées a été le berceau de deux prophétesses, des Sibylles, dont l’une, Sibylla, est mentionnée par Strabon comme vivant au début de l’histoire de la ville, et l’autre, Athénaïs, vivait à l’époque d’Alexandre le Grand. Les Sibylles érythréennes présidaient l’oracle apollinien.

[22] Clazomènes est une cité grecque d’Ionie, qui correspond de nos jours à l’île-ville d’Urla (Vourla en grec) en Turquie, près d’Izmir, sur le golfe de Smyrne. Clazomènes était à l’origine située sur le continent, mais sans doute au début du 5ème siècle, lors de la révolte des cités ioniennes contre l’envahisseur perse, elle fut déplacée sur une île au large de la côte, que le roi de Macédoine Alexandre le Grand relia au continent par un pont-jetée, dont les vestiges sont encore visibles aujourd’hui. Elle est fondée à l’époque des invasions doriennes par des colons originaires de Phlionte et de Cléonaï et fait partie de la Dodécapole ionienne. Ce sont des colons de Clazomènes qui fondent Abdère en Thrace. C’est l’une des premières cités qui bat monnaie.

[23] Téos est une ville de l’Antiquité située sur la côte de l’Ionie au nord d’Éphèse et à environ 40 kilomètres au sud-ouest de l’actuelle İzmir, près de port de Sığacık en Turquie.

[24] Milet est une ancienne cité grecque ionienne. Le site archéologique est situé sur la côte sud-ouest de la Turquie, à quelques kilomètres au nord de l’agglomération de Balat, qui a été une des capitales du beylicat de Menteşe au 14ème siècle. Le site de Milet est actuellement à plus de cinq kilomètres à l’intérieur des terres à cause du comblement de la baie par les alluvions apportés par le Méandre.

[25] Éphèse est l’une des plus anciennes et plus importantes cités grecques d’Asie Mineure, la première de l’Ionie. Bien que ses vestiges soient situés près de 7 kilomètres à l’intérieur des terres, près des villes de Selçuk et Kuşadası dans l’Ouest de l’actuelle Turquie, Éphèse était dans l’Antiquité, et encore à l’époque byzantine, l’un des ports les plus actifs de la mer Égée ; il est situé près de l’embouchure du grand fleuve anatolien Caystre. L’Artémision, le grand sanctuaire dédié à Artémis, la déesse tutélaire de la cité, qui comptait parmi les Sept merveilles du monde et auquel Éphèse devait une grande part de sa renommée, était ainsi à l’origine situé sur le rivage.

[26] Sardes est une ancienne ville d’Asie Mineure, capitale de la Lydie, sur la rivière Pactole, dans la vallée de l’Hermos.

[27] Samos est une île grecque de la mer Égée, proche de l’Asie Mineure et située à 70 kilomètres au Sud-ouest de Smyrne, aujourd’hui Izmir en Turquie. Elle forme un dème (municipalité) et un district régional de la périphérie d’Égée-Septentrionale. Son chef-lieu est la ville de Vathy ; les deux autres villes sont Chora et Pythagorion (Tigani).

[28] le gouvernement oligarchique d’Athènes

[29] Les anciens grecs désignaient le détroit sous le nom d’Hellēspontos qui fut latinisé en Hellespont. Le détroit des Dardanelles est un passage maritime reliant la mer Égée à la mer de Marmara. Originellement, le terme de Dardanelles et d’Hellespont désignait les régions situées de part et d’autre du détroit. Par extension, le mot désigne aujourd’hui le détroit lui-même. La possession de ce détroit, comme de celui du Bosphore, permet le contrôle des liaisons maritimes entre la mer Méditerranée et la mer Noire. Le détroit est long de 61 km, mais large de seulement 1,2 à 6 km, avec une profondeur maximale de 82 m pour une moyenne de 55 m.

[30] La bataille d’Abydos est une bataille qui a eu lieu en 411 av.jc, au cours de la guerre du Péloponnèse, et qui a vu la victoire de la flotte athénienne sur la flotte spartiate, qui était partie porter secours à une flottille alliée piégée par les Athéniens dans le détroit des Dardanelles. La bataille fut acharnée pendant plusieurs heures avant que l’arrivée de 18 navires athéniens commandés par Alcibiade ne fassent pencher la balance de leur côté. Les Spartiates durent battre en retraite sur leur base navale d’Abydos mais subirent de lourdes pertes.

[31] La bataille de Cyzique est une bataille qui a eu lieu en 410 av.jc, au cours de la guerre du Péloponnèse, près de Cyzique. Dans la bataille, une flotte athénienne commandée par Alcibiade, Thrasybule, et Théramène a complètement détruit une flotte commandée par le spartiate Mindarus. La victoire d’Athènes a permis de récupérer le contrôle sur un certain nombre de villes de l’Hellespont au cours de l’année suivante. À la suite de leur défaite, les Spartiates ont fait une offre de paix, qui fut rejetée par les Athéniens.

[32] Chalcédoine est une cité grecque de Bithynie (actuellement en Turquie), située sur la mer Propontide, à l’entrée orientale du Bosphore, face à Byzance et au sud de Chrysopolis (Scutari, actuellement Üsküdar). Elle s’appelle aujourd’hui Kadıköy et est devenue une banlieue (résidentielle et plutôt aisée) d’Istanbul, dans le prolongement d’Üsküdar.

[33] Silivri (ou Selymbria) est une ville située sur la péninsule de Thrace, le long de la mer de Marmara en Turquie, à 67 kilomètres à l’ouest d’Istanbul. C’est la capitale du district de Selymbria. La ville de Selymbria eut tout au long de l’histoire une certaine importance due à son rôle de carrefour commercial et à son port naturel. Au départ, la ville était une colonie de la cité de Mégare fondée sur les collines environnantes de Thrace.

[34] Au pied du mont Parnasse en Phocide, Delphes est le site d’un sanctuaire panhellénique où parlait l’oracle d’Apollon à travers sa prophétesse, la Pythie ; il abritait également l’Omphalos ou « nombril du monde ». Investi d’une signification sacrée, Delphes fut du 6ème siècle av. jc au 4ème siècle av. jc le véritable centre et le symbole de l’unité du monde grec.

[35] Phocée est une ancienne cité grecque d’Asie Mineure sur la côte de la mer Égée, dans le golfe de Smyrne (aujourd’hui İzmir, en Turquie). Son nom est repris dans celui de l’actuelle ville de Foça. Elle a été fondée entre le 10ème et le 8ème siècle av. jc par des Grecs venus de Grèce continentale.

[36] La bataille de Notion est une bataille navale de la guerre du Péloponnèse qui eut lieu au printemps 407 av. jc. Notion, ou Notium, est une ville d’Asie mineure proche d’Éphèse. Elle vit la défaite des troupes athéniennes commandées par Alcibiade face aux forces spartiates, soutenues par les Perses.

[37] La Thrace désigne une région de la péninsule balkanique partagée entre la Grèce, la Bulgarie et la Turquie ; elle doit son nom aux Thraces, la peuplade qui occupait la région dans l’Antiquité. Au 21ème siècle, la Thrace fait partie, à l’ouest, de la Grèce, Thrace occidentale, au nord, de la Bulgarie et, à l’est, de la Turquie, Thrace orientale.

[38] Lampsaque, d’abord connue comme Pityussa est une ancienne cité grecque d’Asie mineure, située sur la rive sud de l’Hellespont, en Troade. Elle est proche de l’actuelle Lapseki.

[39] Aigos Potamos était une cité antique située à son embouchure, où la rivière se jetait dans l’Hellespont (Dardanelles), à quelques kilomètres au nord de la cité antique de Sestos. Le lieu est célèbre pour la bataille qui se déroula près de l’embouchure en 405 av.jc entre Sparte et Athènes. La flotte athénienne y fut alors détruite par les Spartiates commandés par Lysandre, ce qui mit un terme à la guerre du Péloponnèse.

[40] La bataille d’Aigos Potamos est une bataille navale ayant eu lieu en 405 av. jc entre les flottes d’Athènes et de Sparte et qui a été le dernier engagement majeur de la guerre du Péloponnèse. À l’issue de cette bataille, la flotte spartiate, sous le commandement de Lysandre, détruisit complètement son homologue athénienne. Cela mit un terme effectif à la guerre, Athènes ne pouvant pas importer du grain ou communiquer avec le reste de son empire sans le contrôle de la mer.

[41] Les Trente aussi appelés Trente tyrans sont un gouvernement oligarchique composé de trente magistrats appelés tyrans, qui succède à la démocratie athénienne à la fin de la guerre du Péloponnèse, pendant moins d’un an, en 404 av. jc. Cette constitution est imposée aux Athéniens par le général spartiate Lysandre après la reddition d’Athènes négociée par l’un des futurs Trente tyrans, Théramène, en 404.

[42] La Bithynie est un ancien royaume au nord-ouest de l’Asie Mineure, actuellement situé en Turquie. Située au bord du Pont-Euxin, elle était limitée par la Paphlagonie à l’est, la Galatie et la Phrygie au sud, la Propontide et la Mysie à l’ouest. Les Bithyniens sont, selon Hérodote et Xénophon, d’origine thrace. Ils forment d’abord un État indépendant avant d’être annexés par Crésus, qui ajoute leur territoire à la Lydie. Ils passent ensuite sous domination perse, où la Bithynie est incluse dans la satrapie de Phrygie. Mais dès avant Alexandre le Grand, la Bithynie retrouve son indépendance. Nicomède 1er est le premier à se proclamer roi. Durant son long règne de 278 à 243av jc, le royaume connaît la prospérité et jouit d’une position respectée parmi les petits royaumes d’Asie Mineure. Cependant, le dernier roi, Nicomède IV, échoue à contenir le roi Mithridate VI du Pont. Restauré sur le trône par l’Empire romain, il lègue par testament son royaume à Rome en 74 av jc. La Bithynie devient alors province romaine. Sous Auguste elle devient province sénatoriale en 27av jc puis province impériale en 135.

[43] La Phrygie est un ancien pays d’Asie Mineure, situé entre la Lydie et la Cappadoce, sur la partie occidentale du plateau anatolien. Les Phrygiens sont un peuple indo-européen venu de Thrace ou de la région du Danube. Ils ont occupé vers 1200 av.jc la partie centrale et occidentale de l’Asie Mineure, profitant de l’effondrement de l’Empire hittite.