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L’histoire pour le plaisir

Tigrane II le Grand

dimanche 31 juillet 2011, par ljallamion

Tigrane II le Grand (vers 140-55 av. jc)

Roi d’Arménie de 95 à 55 av. jc

Après la défaite des Arméniens face au roi parthe Mithridate II, en 105 av jc, il est retenu en otage à la cour de celui-ci. Il y restera jusqu’à la mort du roi d’Arménie, en 95. Il rachète alors sa liberté en cédant « soixante-dix vallées » en Atropatène aux Parthes.

Lorsqu’il prend le pouvoir, avec l’aide et sous vassalité parthe, la base de la puissance arménienne à venir est déjà en place, grâce aux actions des premiers rois artaxiades. Cependant, les montagnes arméniennes forment des barrières naturelles entre les différentes régions du pays, augmentant l’influence des nakharark locaux. Cette situation ne convient pas à Tigrane, à la volonté plus centralisatrice. Il se lance alors dans une œuvre de consolidation du pouvoir royal en Arménie même. Il dépose également Artanès, souverain du royaume arménien de Sophène.

Sous son règne, l’Arménie connaît son expansion maximale et devient pendant quelques années l’État le plus puissant de l’Orient romain. Très tôt, Tigrane tisse des liens avec Mithridate VI, roi du Pont. Ces liens se concrétisent par un premier accord portant sur l’invasion de la Cappadoce. L’invasion a lieu en 93, celle-ci revenant à Mithridate et Tigrane obtenant butin et prisonniers. Mais la Cappadoce est reprise un an plus tard par Sylla qui impose la restauration du roi client Ariobarzane 1er. L’accord est consolidé par le mariage de Tigrane avec Cléopâtre, fille de Mithridate VI, roi du Pont. Il est impliqué dans les guerres de son époque, contre les Parthes, les Séleucides et les Romains.

Durant la première guerre mithridatique de 89 à 85, il soutient Mithridate mais prend bien garde de ne pas s’impliquer directement dans le conflit. Après avoir consolidé son pouvoir, il s’allie à nouveau au souverain pontique. Les deux souverains s’accordent sur leur zone d’influence respective : l’Orient à Tigrane et l’Anatolie, voire des terres européennes, à Mithridate. Le but de ce dernier est en effet de créer un État hellénistique fort afin de remettre en cause l’hégémonie romaine. Cette première tentative, au départ fructueuse, se révèle être un échec.

Après la mort de Mithridate II de Parthie, en 88, Tigrane tire avantage de la faiblesse de l’empire parthe, à la suite d’incursions scythes et de divisions internes. Jusqu’en 85, rejetant la vassalité de l’Arménie, il récupère les soixante-dix vallées de sa liberté, pille le pays parthe, impose sa suzeraineté sur l’Atropatène, l’Adiabène, la Gordyène, l’Osroène et une partie de la haute Mésopotamie, et prend le titre de « roi des rois », réservé aux souverains parthes. À la même époque, il soumet l’Ibérie et l’Albanie du Caucase.

En 83, après une lutte sanglante entre Séleucides pour le trône de Syrie, les cités grecques de Syrie décident de faire de Tigrane le protecteur du royaume et lui offrent la couronne. Il conquiert donc ce pays, non sans mal, ainsi que la Phénicie et la Cilicie, et met ainsi fin à l’empire séleucide, bien que certaines cités isolées semblent avoir reconnu comme souverain légitime Séleucos VII, un enfant. Il soumet également au passage le royaume de Commagène. Ces conquêtes syriennes vont influencer le paganisme arménien, avec notamment l’introduction du culte de Baal.

À la suite de ces conquêtes, le territoire contrôlé par Tigrane va du Caucase et des Alpes pontiques jusqu’au nord de l’Irak et s’étend en Syrie, jusqu’à Ptolemaïs, et de la mer Caspienne à la mer Méditerranée. Afin de renforcer l’homogénéité et la centralisation de cet empire disparate, Tigrane va toutefois encourager le processus d’hellénisation déjà en cours en Arménie. Des transferts de population des cités grecques de Syrie sont effectués, en particulier au profit de Tigranakert, sa nouvelle capitale fondée vers 78. Le grec devient la langue de l’administration et de la cour, où sont invités des lettrés grecs. On retrouve parmi ceux-ci Métrodore de Scepsis, qui rédigera une Histoire de Tigrane. Il fut le premier souverain arménien à frapper monnaie. L’armée n’échappe pas au mouvement d’hellénisation, à côté des archers et des frondeurs, des hoplites font leur apparition au sein de l’infanterie, la cavalerie légère se voit complétée d’une cavalerie lourde de cataphractaires. Cette armée composée de soldats d’origines variées ne survit toutefois pas à la mort de Tigrane.

Tigrane, repu de conquêtes, aspire à la paix et voit d’un mauvais œil la reprise du conflit entre Rome et Mithridate VI à l’initiative de ce dernier en 74. Cependant après les victoires de Lucullus contre Mithridate, celui-ci se réfugie chez Tigrane qui refuse de le livrer aux Romains. Ceux-ci envahissent ses états, et Lucullus s’empare de sa toute neuve capitale, Tigranocerte le 6 octobre 69, à la suite de la trahison de certains gardes. Tigrane envoie alors 6 000 cavaliers chargés de sauver ses épouses et ses biens

Le fils de Tigrane, se rebelle alors contre son père, probablement à l’instigation de son grand-père maternel, Mithridate, et de sa mère, Cléopâtre. Cette rébellion échoue, et Tigrane le Jeune se réfugie à la cour du roi parthe Phraatès III, dont il deviendra le gendre. Armé par le souverain parthe, il lance une expédition en Arménie mais est aisément défait par son père et se réfugie auprès de Pompée. Tigrane a alors récupéré une bonne portion de son territoire.

En 66, Pompée entre en Arménie avec Tigrane le Jeune. Tigrane, alors âgé d’environ 75 ans, se rend, dépose son diadème aux pieds de Pompée et se prosterne devant lui. Cédant la Cappadoce et la Sophène dont Tigrane le jeune devient roi, il rachète les restes de son royaume pour 6 000 talents d’argent. Son fils est envoyé à Rome comme prisonnier. Désormais allié de Rome, il continue de régner sur l’Arménie jusqu’à sa mort en 55. Son fils Artavazde II lui succède.