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L’histoire pour le plaisir

Darius 1er le grand

dimanche 24 juillet 2011

Darius 1er le grand (vers 550-486 av.jc)

Roi de Perse de 522 à 486 av.jc

Fils de Hystaspès satrape de Parthie [1] et petit-fils de Arsamès, il appartenait à une branche collatérale de la famille royale des Achéménides. Après s’être imposé par la force à la mort de Cambyse en 522, il étendit la domination perse en Asie et en Europe.

Selon la coutume qui voulait que le nouveau roi épousât les femmes de son prédécesseur, mais également pour renforcer ses liens avec la branche régnante des Achéménides, Darius épousa 2 des filles de Cyrus II, Atossa, veuve de Cambyse II et de Bardiya, et Artystonè , une de ses petites-filles, Parmys , ainsi que Phaidimè, veuve de Bardiya mais également fille d’Otanès. Plus tard il épouse Phratagounè, fille de son frère Artanès.

La prise du pouvoir par Darius provoque immédiatement des révoltes en Élam [2], rapidement écrasée, et en Babylonie [3], plus difficilement maîtrisée. Alors qu’il se trouve à Babylone, la plupart des autres provinces se soulèvent : la Perse, l’Élam à nouveau, la Médie, l’Assyrie, l’Égypte, la Parthie, l’Arménie, la Margiane, la Sattagydie, et les Saces [4]. L’ordre est finalement rétabli dans l’empire à la fin de l’année 521, à l’exception de l’Arménie ; l’Élam se révoltera encore en 519, puis les Saces. Les chefs rebelles et leurs suites sont systématiquement suppliciés et exécutés.

Entre 499 et 494, il dut étouffer le soulèvement des cités grecques d’Ionie [5], aidées par Athènes. Décidé à porter la guerre en Grèce même, il envoya une expédition en mer Egée, qui fut repoussée par les Athéniens à Marathon en 490. Il fut le véritable organisateur de l’Empire perse, divisé en 20 satrapies, dont les responsables disposaient des pouvoirs civils et militaires. Mais ils étaient surveillés par des inspecteurs royaux. Darius démarre d’importants travaux de construction à Suse. Sur son impulsion, c’est toute la ville qui est remodelée, des nouvelles fortifications sont élevées, et on construit des terrasses, une apadana [6], un palais, des maisons, une porte monumentale.

Les chantiers s’étendaient sur 70 hectares, dont 12 hectares pour la seule terrasse des palais, comme à Persépolis sa nouvelle capitale, d’immenses terrasses furent construites pour accueillir les palais.

En Égypte,il fait remettre en état le canal des pharaons reliant la Mer Rouge à Bubastis [7], dans le delta du Nil, entrepris sous Nékao II . Un temple d’Hibis est construit en son nom dans l’oasis de Kharga [8], et celui de Nekheb [9] fut reconstruit. À Babylone, un palais fut construit pour Darius. À Jérusalem, alerté par le gouverneur qui s’inquiétait de la ferveur autour de la reconstruction du temple, il ordonna la poursuite des travaux, pour lesquels il fit un don.

Les conquêtes de Darius vont se porter vers l’ouest de l’empire ; elles apparaissent comme un effort de consolidation et de sécurisation des frontières héritées de Cyrus et Cambyse, plutôt que comme une volonté d’expansion.

Le premier territoire conquis, vers 519, est Samos [10], qui n’intègre cependant pas l’empire mais est confiée au tyran Syloson , obligé de Darius. C’est la première incursion des Perses dans la mer Égée. En 513, suite à une guerre civile à Cyrène [11], la plus grande partie de la Libye est soumise.

Également en 513, Darius prend en personne la tête d’une expédition vers la Scythie [12], dont l’objectif final reste incertain. La flotte se dirige vers le Danube, tandis qu’il soumet une partie de la Thrace [13] et les Gètes [14]. Rejoignant la flotte à l’embouchure du Danube, l’armée s’enfonce en territoire scythe, mais les populations locales, très diverses, résistent tout en refusant l’affrontement ouvert. Darius est finalement obligé de battre en retraite, le Danube marquant ainsi une frontière définitive de l’empire perse. Sur le chemin du retour, la conquête de la Thrace est achevée. Devant la menace, la Macédoine se soumet sans combat et devient un protectorat.

En 500, suite à l’appel à l’aide de tyrans de Naxos [15] chassés par leur peuple, le tyran de Milet [16], Aristagoras propose au satrape Artaphernès de prendre Naxos, et de là, les Cyclades [17] et l’Eubée [18]. L’expédition est approuvée par Darius, mais des dissensions dans le commandement la font échouer, et pour éviter le châtiment du Grand Roi, Aristagoras se rebelle, déclare l’Ionie indépendante et impose l’isonomie [19]. Il obtient le soutien d’Athènes, qui envoie 25 navires. La première attaque a lieu en 499 contre Sardes, qui est incendiée mais l’acropole reste imprenable ; les rebelles subissent une lourde défaite près d’Éphèse, et Athènes retire son soutien. Cependant, le soulèvement se propage dans toute la région, de Byzance à la Carie [20] et à Chypre. Après quelques premiers succès contre l’armée perse, le rapport de force s’inverse et les cités retombent aux mains des Perses l’une après l’autre. Aristagoras meurt dans un combat contre les Thraces. La flotte ionienne est finalement vaincue à Ladè [21] en 494, et Milet tombe. Les Perses se montrent impitoyables envers les vaincus.

En 493, Darius envoie son gendre Mardonios en Asie Mineure, d’où il intègre la Macédoine à l’empire, ainsi que les Bryges [22] et Thasos [23].

La conquête de la Grèce se prépare dès 491, pour laquelle toutes les cités d’Asie Mineure sont mises à contribution, le premier objectif semble être la capture des îles de la mer Égée. Naxos tombe en 490, puis Délos, Karystos, et l’Eubée. La domination perse sur la mer Égée est ainsi complète. La deuxième partie sera rapidement interrompue, les Perses débarquent dans la plaine de Marathon, où ils sont écrasés par les Grecs coalisés menés par les Athéniens, et doivent battre en retraite. Il eut Xerxès 1er comme successeur.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Imago Mundi/ Darius 1er/dictionnaire d’histoire universelle, le petit mourre édition Bordas 2004 p 337

Notes

[1] La Parthie est une région située au nord-est du plateau iranien, ancienne satrapie de l’empire des Achéménides, berceau de l’Empire parthe qui contrôle le plateau iranien et par intermittence la Mésopotamie entre 190 av.jc et 224 de notre ère. Les frontières de la Parthie sont la chaîne montagneuse du Kopet-Dag au nord, aujourd’hui la frontière entre Iran et Turkménistan, et le désert du Dasht-e Kavir au sud. À l’ouest se trouve la Médie, au nord-ouest l’Hyrcanie, au nord-est la Margiane et au sud-est l’Arie. Cette région est fertile et bien irriguée pendant l’antiquité, et compte aussi de grandes forêts à cette époque.

[2] L’Élam est un ancien pays occupant la partie sud-ouest du plateau Iranien, autour des actuelles provinces du Khuzistan et du Fars, qui correspondent à ses deux principales régions, celle de Suse et celle d’Anshan/Anzan. L’histoire de l’Élam est difficilement dissociable de celle de la Mésopotamie voisine, qui exerça une forte influence sur cette région. C’est au plus tard en 539av.jc que l’on doit considérer que les dernières principautés élamites sont elles aussi intégrées dans l’empire perse.

[3] Le royaume de Babylone s’est épanoui en Mésopotamie du sud du début du 2ème millénaire av.jc jusqu’en 539 av.jc, date de la prise de sa capitale par le roi Cyrus II de Perse.

[4] Les Sakas sont un peuple indo-européen qui vivait jusqu’en 380 après jc dans une région couvrant le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan, l’Afghanistan, le Pakistan et une partie de l’Iran, de l’Ukraine, des monts Altaï et de la Sibérie en Russie.

[5] L’Ionie est une région du monde grec antique située à l’ouest de l’Asie mineure, entre Phocée et Milet. Elle correspond à la région située dans un rayon de 170 km autour de la ville actuelle d’Izmir. Elle emprunte son nom à Ion, ancêtre légendaire des peuples de cette région. C’est en Ionie que se sont développées les premières formes de science de la philosophie en Occident, chez les penseurs appelés Présocratiques. Les côtes ioniennes présentent beaucoup d’avantages économiques : de bons abris naturels facilitant l’établissement de ports pour le commerce avec des communications aisées vers l’arrière-pays, un climat agréable, des vallées ouvertes pour la culture des céréales et l’élevage des chevaux, des plateaux pour l’élevage des moutons, des collines pour les arbres fruitiers et les oliviers. Dans l’Antiquité, elle fédérait douze cités grecques, du continent et des îles : Chios, Éphèse, Érythrée, Clazomènes, Colophon, Lébédos, Milet, Myonte, Phocée, Priène, Samos et Téos. Halicarnasse les rejoignit après. Brillant foyer de la civilisation hellénique aux 7ème et 6ème siècle av. jc, elle appartient à une ensemble plus vaste appelé « Grèce d’Asie » ou « Grèce de l’Est ».

[6] Une apadana était une salle du trône dans les palais des anciens rois persans.

[7] Tell Basta est le nom arabe de la ville antique de Per Bast que les Grecs nommeront Boubastis. L’actuelle ville de Zagazig se trouve juste au nord-ouest du site de Tell Basta.

[8] L’oasis d’al-Kharga est la plus au sud des cinq grandes oasis du Désert occidental, en Égypte. Située à environ 200 km de la vallée du Nil, elle s’étend sur 150 km mais sa largeur ne dépasse pas 30 km. Cette riche oasis comporte plusieurs sources et puits d’eau naturelle dont la température, qui atteint 43 °C, est réputée comme particulièrement efficace pour le traitement des rhumatismes et des allergies. Les Égyptiens ont occupé les oasis dès l’Ancien Empire, mais ce sont des époques perse, puis ptolémaïque et romaine que datent la plupart des vestiges antiques découverts à ce jour, en particulier le temple d’Hibis, édifié en grande partie sous Darius 1er.

[9] El Kab est le nom arabe de la ville antique de Nekheb. Les Grecs, qui avaient identifié Nekhbet à leur déesse des accouchements Eileithyia, donnèrent à cette ville le nom de Eileithyias polis ou Eileithyiapolis. Elle se situait entre le Nil et le désert, à l’embouchure du ouâdi Hilal (ou wadi Hellal), à 90 km au sud de Thèbes, sur la rive droite du fleuve en face de Hiérakonpolis.

[10] Samos est une île grecque de la mer Égée, proche de l’Asie Mineure et située à 70 kilomètres au Sud-ouest de Smyrne, aujourd’hui Izmir en Turquie.

[11] Cyrène, l’ancienne ville grecque en actuelle Libye, est la plus ancienne et la plus importante des 5 colonies grecques dans la région et lui donne son nom de Cyrénaïque, qui est encore utilisé aujourd’hui. Ancien évêché, elle se situe dans la vallée de Djebel Akhdar.

[12] La Scythie est le territoire habité par les Scythes du 8ème siècle av. jc au 2ème siècle ap. jc. Boccace et Geoffrey Chaucer y situèrent le royaume des Amazones. Sa localisation et son étendue ont varié au cours des siècles.

[13] La Thrace désigne une région de la péninsule balkanique partagée entre la Grèce, la Bulgarie et la Turquie ; elle doit son nom aux Thraces, la peuplade qui occupait la région dans l’Antiquité. Au 21ème siècle, la Thrace fait partie, à l’ouest, de la Grèce, Thrace occidentale, au nord, de la Bulgarie et, à l’est, de la Turquie, Thrace orientale.

[14] Les Gètes, d’après le nom qui leur a été donné par les Grecs, sont des tribus thraces ayant peuplé le Bas-Danube.

[15] Naxos est une île grecque de la mer Égée appartenant aux Cyclades. C’est la plus grande et la plus haute île de l’archipel. Elle est située pratiquement au cœur de l’Égée, à approximativement 140 km de la Grèce continentale et de la Turquie continentale. La plus grande ville et port principal est Náxos, aussi appelée Chóra

[16] Milet est une ancienne cité grecque ionienne. Le site archéologique est situé à quelques kilomètres au nord de l’agglomération de Balat, qui a été une des capitales du beylicat de Menteşe.

[17] Les Cyclades sont les îles grecques de la mer Égée méridionale, qui forment un nome de la région de l’Egée Méridionale. L’archipel comprend environ 250 îles, îlots et îlots rochers. Seules 241 îles sont habitées. On les appelle Cyclades car elles forment un cercle autour de l’île sacrée de Délos.

[18] L’Eubée est la deuxième plus grande île de la mer Égée, située en face de l’Attique et de la Béotie, dont elle est séparée par le détroit de l’Euripe.

[19] L’isonomie est l’égalité citoyenne ou politique apparue lors de la marche d’Athènes vers la démocratie. Elle est au cœur de ce régime politique à venir. On l’interprète aujourd’hui souvent1 comme égalité de droit ou égalité devant la loi. L’isonomie est l’œuvre essentielle de Clisthène qui la met en place par les réformes de 508 et 507 av. jc. Ces réformes consistent principalement à créer de nouvelles circonscriptions populaires et une assemblée, la boulè, dotée de pouvoirs qui d’abord contrebalancent, puis surmonteront et remplaceront, ceux des aristocrates.

[20] La Carie est une ancienne province du sud-ouest de l’Asie mineure, située entre la Lycie à l’Est, la Phrygie au Nord, la Lydie à l’Ouest et la mer Égée au Sud. À l’origine, c’est une colonie phénicienne, prise ensuite par les Doriens qui fondent les cités de Cnide et d’Halicarnasse. Sous la domination des Perses, elle devient une satrapie, rapidement gouvernée par des satrapes locaux qui se comportent comme des monarques autonomes, comme Mausole ou sa femme Artémise II. Sous l’Empire romain, la Carie devient une province romaine d’Asie.

[21] Ladé était un îlot 2,5 km à l’ouest de l’antique cité grecque de Milet en Ionie, de nos jours en Turquie, et sur lequel était aménagé son port. Orienté Sud-Ouest - Nord-Est, l’îlot était long d’environ trois km pour une largeur de 900 m.

[22] Les Phrygiens avaient selon Hérodote au début le nom de Briges ou Bryges et auraient séjourné en Macédoine et en Albanie, puis ils seraient passés en Thrace, avant de migrer, via l’Hellespont, un peu avant la guerre de Troie dans cette ville en Asie Mineure.

[23] Thasos ou Thásos ou Thassos, est une île montagneuse de l’archipel grec, à 8 km de la Thrace continentale et à l’Ouest de l’île de Samothrace, où s’établit une colonie de Paros en 680 av. jc.