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Rabban Gamliel de Yavné dit Gamaliel II

mardi 10 janvier 2023, par ljallamion

Rabban Gamliel de Yavné dit Gamaliel II (mort vers 138/140)

Rabbin judéen

Il vécu à la charnière des deux premiers siècles de l’ère commune. Nommé vers 80 à la tête de l’assemblée de Yavné qui a succédé au Sanhédrin [1] de Jérusalem [2],

Fils de Shimon ben Gamliel et petit-fils de Gamliel l’Ancien. Son grand-père était un membre du Sanhédrin et son père fut l’un des meneurs de la Grande Révolte contre Rome [3]. Il fut exécuté en tant que tel mais le principal dirigeant spirituel de l’époque, Yohanan ben Zakkaï, aurait obtenu le pardon pour sa famille auprès de Vespasien.

La famille de Gamliel devient importante à partir de la période de Yavné. Elle semble être indépendante des partis d’Hillel ou de Shammaï, même si des traditions plus tardives font de Gamliel 1er le petit-fils d’Hillel. Bien qu’il n’appartienne pas à l’école de Hillel, Gamliel est choisi par Yohanan ben Zakkaï pour lui succéder à la direction de l’académie de Yavné environ 10 ans après la chute du Temple vers 80/85.

Il semble être le premier à recevoir le titre de nasi [4]. Il préside l’académie que Yohanan ben Zakkaï semble avoir transformée en assemblée ou synode, dans le but de la substituer au Sanhédrin disparu dans la tourmente de la révolte de 66/74. Son élection par les rabbins est confirmée par le gouverneur romain de Syrie [5], bien que son père, Simon ben Gamaliel ait été l’un des chefs de la révolte.

L’autorité et la légitimité nouvelles du nasi, est spirituelle plus que politique. Comme son prédécesseur Yohanan ben Zakkaï, Gamaliel a eu aussi pour tâche de fixer le calendrier, de proclamer les jours fastes, les jours de fêtes et les jours de jeûne, à laquelle s’est ajoutée celle de nommer les juges et de prononcer éventuellement des anathèmes à l’égard de ceux des Judéens jugés comme déviants ou apostats.

À l’époque de Rabban Gamaliel :

- les notzrim [6] sont considérés comme une secte hérétique.

- la Pessa’h [7] peut être fêtée sans offrir le traditionnel sacrifice de l’agneau pascal du fait de la destruction du second temple de Jérusalem et un nouveau texte, la Haggada [8], explique et accompagne le rituel du soir de la Pâque. L’étude devient l’activité la plus importante de la vie juive.

À la fin du règne de l’empereur romain Domitien, il séjourne à Rome à la tête d’une délégation de l’académie de Yabneh, peut-être pour prévenir une action contre les Judéens de la part de cet empereur.

C’est un dirigeant controversé, qui n’hésite pas à anathématiser son beau-frère, Rabbi Eliezer ben Hyrcanus, lorsque celui-ci, certain de son droit, refuse de se plier à l’avis de la majorité qu’il estime faux, ni à humilier Rabbi Yehoshoua ben Hanania lors d’une discussion sur la fixation du calendrier. Il est alors déposé par les sages de Yavné.

Dans ce conflit, Rabbi Akiva représente la voie de la modération. Les membres de l’académie envisagent d’élire Rabbi Akiva pour remplacer Gamaliel, mais finalement ils choisissent Éléazar ben Azariah dans des conditions énigmatiques et dramatiques. Selon le Talmud [9], ce qui aurait pesé dans la décision des sages serait les origines prosélytes de Rabbi Akiva. Gamaliel est ensuite renommé à la charge de nasi, probablement après l’échec de la révolte de Bar Kokhba en 135 [10].

Une fois réintégré, il n’hésite pas, en représailles, à interdire de rapporter un quelconque enseignement au nom de Rabbi Meïr ou Rabbi Nathan qui ont instigué la révolte. Cet interdit fut peu respecté. Il lutte contre les Juifs chrétiens et lance un anathème contre Rabbi Yehoshoua ben Hanania , pour une hypothétique sympathie à l’égard du message de Jésus de Nazareth.

Gamaliel est un personnage important du mouvement des rabbins. Les écrits juifs ont surtout retenu qu’il a œuvré à la conservation des traditions anciennes et qu’il a pris certaines décisions en matière de calendrier liturgique et de halakha [11]. C’est lui par exemple qui est à l’origine de la récitation trois fois par jour de la prière des dix-huit bénédictions [12] édictée par Shim’on haPaqoli et de l’amélioration ou la composition de la Bénédiction des hérétiques [13] composée par Samuel ha-Katan.

Un des fils de Gamaliel, Shimon ben Gamliel II préside à son tour le Sanhédrin, qui s’est reconstitué en Galilée [14] après la défaite de la Révolte de Bar Kokhba et l’expulsion des Juifs d’une grande partie de la Judée en 135.

À ses funérailles, Gamaliel avait donné comme directive que son corps devait être enveloppé dans le linceul le plus simple possible. Par là, il voulait faire échec à l’extravagance qui était devenue la règle de l’ordonnance des obsèques, et son but fut atteint ; son exemple est devenu la règle.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du 6ème siècle avant notre ère au 3ème siècle de notre ère, Paris, PUF, 2012

Notes

[1] Le Sanhédrin est l’assemblée législative traditionnelle du peuple juif ainsi que son tribunal suprême qui siège normalement à Jérusalem. Son nom n’est pas d’origine hébraïque mais dérive du grec sunédrion, signifiant « assemblée siégeante ». Composé de 71 sages experts en Loi Juive, il doit comporter 23 membres pour décider en matière judiciaire ; il est alors nommé petit sanhédrin et siège dans les principales villes.

[2] Ville du Proche-Orient que les Israéliens ont érigée en capitale, que les Palestiniens souhaiteraient comme capitale et qui tient une place centrale dans les religions juive, chrétienne et musulmane. La ville s’étend sur 125,1 km². En 130, l’empereur romain Hadrien change le nom de Jérusalem en « AElia Capitolina », (Aelius, nom de famille d’Hadrien ; Capitolina, en hommage au dieu de Rome, Jupiter capitolin) et il refonde la ville. Devenue païenne, elle est la seule agglomération de la Palestine à être interdite aux Juifs jusqu’en 638. Durant plusieurs siècles, elle est simplement appelée Aelia, jusqu’en 325 où Constantin lui redonne son nom. Après la conquête musulmane du calife Omar en 638, elle devient Iliya en arabe, ou Bayt al-Maqdis (« Maison du Sanctuaire »), équivalent du terme hébreu Beit ha-Mikdash (« Maison sainte »), tous deux désignant le Temple de Jérusalem, ou le lieu du voyage et d’ascension de Mahomet, al-Aqsa, où se situait auparavant le temple juif

[3] La première guerre judéo-romaine, qui s’est déroulée entre 66 et 73., parfois appelée la Grande Révolte, fut la première des trois révoltes des juifs de la province de Judée contre l’Empire romain, telle que relatée principalement par Flavius Josèphe. Elle commença en 66, à la suite des tensions religieuses croissantes entre Grecs et Juifs. Elle s’acheva lorsque les légions romaines de Titus assiégèrent, pillèrent puis détruisirent Jérusalem et le temple d’Hérode en 70 (en 68 selon les sages du Talmud) puis les places fortes des Juifs (principalement Gamla en 67 et Massada en 73).

[4] « prince », souvent traduit par président ou patriarche

[5] La Syrie est l’une des provinces les plus importantes de l’Empire romain, tant par sa richesse que sur le plan militaire. Étendue de la Méditerranée à l’Euphrate, elle constitue un riche creuset de civilisations, composées entre autres de Juifs, de Phéniciens, ou de Nabatéens, hellénisés pour la plupart d’entre eux. La Syrie est conquise par Pompée en 64 av. jc. En 63 av. jc, après avoir vaincu le roi Mithridate VI, il transforme le royaume de Syrie en province romaine, mettant ainsi fin à la dynastie séleucide. L’acquisition du territoire n’est cependant pas sa mission originelle. Le gouvernement de cette riche région constitue rapidement un enjeu majeur à Rome. Crassus, qui l’a obtenu, y trouve la mort en tentant une expédition militaire contre les Parthes en 53 av. jc, à Carrhes. Sous Auguste, la province est placée sous l’autorité d’un légat d’Auguste propréteur de rang consulaire, résidant à Antioche, la capitale. Les frontières de la province connaissent à plusieurs reprises des modifications. Le royaume de Judée, devenu province de Judée, est renommé Syrie-Palestine durant le règne de l’empereur Hadrien, mais n’appartient pas à la province de Syrie proprement dite. Les frontières varient aussi avec l’Arabie nabatéenne. La Syrie englobe l’Iturée et le territoire de Palmyre. Si les conquêtes de Trajan sont éphémères, la frontière sur l’Euphrate est durablement déplacée jusqu’à Doura Europos, lors de la guerre parthique de Lucius Verus, entre 161 et 166. À partir de la seconde moitié du 2ème siècle, le sénat romain comprend un nombre important de Syriens, comme Claudius Pompeianus ou Avidius Cassius sous Marc Aurèle. Dans la première moitié du 3ème siècle, des Syriens accèdent au pouvoir impérial, avec la dynastie des Sévère

[6] Nazaréens

[7] Pâque juive

[8] La Haggada(h) de Pessah (récit de la Pâque) est un rituel de cérémonie pour le Seder de la Pâque juive, qui tire son nom de l’élément principal, la narration de l’exode hors d’Égypte. Elle contient dans sa forme actuelle un ensemble de versets et leur midrash, des psaumes de louanges, des dits de Sages, des bénédictions, des prières et des poèmes liturgiques conçus tout spécialement pour célébrer annuellement la délivrance miraculeuse après que le rite principal prescrit par la Bible, l’offrande pascale, a été rendu caduc par la destruction du Temple.

[9] Le Talmud est l’un des textes fondamentaux du judaïsme rabbinique et la base de sa Halakha (« Loi »). Rédigé dans un mélange d’hébreu et de judéo-araméen et composé de la Mishna et de la Guemara, il compile les discussions rabbiniques sur les divers sujets de la Loi juive telle qu’exposée dans la Bible hébraïque et son versant oral, abordant entre autres le droit civil et matrimonial mais traitant au détour de ces questions de points d’éthique, de mythes, de médecine, de génie et autres. Divisé en six ordres (shisha sedarim, abrégé Sha"s), il existe deux versions du Talmud, dites Talmud de Jérusalem et Talmud de Babylone.

[10] La révolte de Bar Kokhba (132/135) ou seconde guerre judéo-romaine, est la seconde insurrection des juifs de la province de Judée contre l’Empire romain, et la dernière des guerres judéo-romaines. Certaines sources la mentionnent comme la troisième révolte, en comptant les émeutes de 115-117, connues sous le nom de guerre de Quietus, écrasées par le général Lusius Quietus qui a réprimé ces révoltes en Adiabène, à Édesse et en Assyrie, puis en Syrie et en Judée

[11] ensemble des règles de la vie ordinaire, religieuses et juridiques, en opposition à Shammaï, partisan d’une pratique plus rigoureuse

[12] Shemoneh-’esreh

[13] Birkat ha-Minim

[14] La Galilée est souvent citée dans l’Ancien Testament, et sa partie septentrionale évoquée comme "la Galilée des Gentils" dans le Nouveau Testament. Elle est décrite par Flavius Josèphe qui évoque son histoire, son peuplement sa géographie, et lui donne deux parties : la Galilée supérieure, en grande partie peuplée de Gentils, et la Galilée inférieure, en grande partie peuplée de Juifs. Son nom de Galilée pourrait venir d’un peuplement celte, comme plus au nord la Galatie. Elle recouvrait avant la Captivité les territoires des tribus d’Issacar, de Zabulon, de Nephthali et d’Asher. Comme les Galiléens étaient de bons cultivateurs, plantant des figuiers, des oliviers, des noyers, des palmiers, des habiles artisans et de bons pêcheurs, la Galilée était prospère avec 400 villes, certaines très peuplées.