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Hillel Hazaken ou Hillel Ha Zaken dit Hillel l’Ancien

mardi 27 août 2019, par ljallamion

 Hillel Hazaken ou Hillel Ha Zaken dit Hillel l’Ancien

Sage et dirigeant religieux

L'entrée de la tombe de Hillel l'Ancien, telle qu'elle était vers 1900. Il s'agit d'une photographie d'une image imprimée dans l'Encyclopédie juive, publiée par Funk & Wagnalls entre 1901 et 1906.Il vécut à Jérusalem au temps d’Hérode et de l’empereur Auguste. D’un point de vue historique, il est la première personnalité distincte de la tradition talmudique.

Hillel est considéré comme l’une des plus importantes figures de l’histoire juive, au tournant des Zougot [1] et des Tannaïm [2], les docteurs de la Mishna [3]. Il est le fondateur, d’après ,le Talmud [4] de l’une des deux grandes écoles d’interprétation rabbinique de la Torah [5], appelée Beit Hillel [6], ainsi que d’une dynastie de Sages, les Nessi’im, qui auraient été à la tête des Juifs vivant en terre d’Israël jusqu’au 5ème siècle.

Il est originaire de Babylonie [7]. Il descendait, selon l’Iggeret deRav Sherira Gaon [8], de la tribu de Benjamin [9] par son père, et de la famille de David par sa mère. Cependant, rien ne peut être établi avec certitude à ce sujet, et le nom de son père n’est jamais mentionné. Seul apparaît le nom de son frère, Shebna, riche marchand.

Cependant, Hillel ne voulut pas profiter de ses largesses, et gagna sa vie comme bûcheron, afin de pouvoir consacrer la moitié de la journée à l’étude de la Torah. L’émigration d’Hillel de Babylonie en Palestine [10] se situe dans les années 20/10 av. jc, durant le règne d’Hérode le Grand. Son prestige est tel que Flavius Josèphe mentionne encore la gloire de Hillel lorsqu’il évoque son arrière-petit-fils, Rabban Shimon ben Gamliel 1er.

Son école a pour principe qu’« on n’édicte pas de décret si la majorité ne peut le supporter », prônant non la complaisance mais la compréhension. Outre ses enseignements sur la Loi juive, dont dérive en grande partie la pratique actuelle du judaïsme.

C’est à 40 ans qu’Hillel se rend en terre d’Israël pour étudier auprès des deux maîtres de sa génération, Chemaya et Avtalion. Selon le Rav Adin Steinsaltz, Hillel avait commencé son étude de la Torah en Babylonie, où il était déjà considéré comme un érudit.

Cependant, l’accès aux études était à l’époque limité à ceux qui pouvaient en payer les droits d’entrée. Un jour, n’ayant pu se procurer le demi dinar nécessaire, il se résolut à écouter les leçons des maîtres sur le toit. Ceux-ci le retrouvèrent à moitié gelé le lendemain, et décidèrent de l’acquitter du droit d’entrée ad vitam.

Il passa donc 40 ans de sa vie à étudier, avant d’être élu Nassi [11] du Sanhédrin [12] à la suite d’un heureux concours de circonstances, une année, la veille de Pessah [13] tombe un Chabbat [14]. Situation inédite ! Lequel a-t-il préséance ? Faut-il déplacer la veille de Pessah et fausser ainsi le calendrier juif ?

Hillel se montre alors le seul de sa génération à détenir les connaissances et aptitudes suffisantes pour trancher la Loi.

Il fonda une école de pensée partisane d’un courant d’interprétation souple de la halakha [15]. Il fut aussi président du Sanhédrin pendant une vingtaine d’années, et fonda la dynastie des Nessi’im [16].

Hillel renouvela l’interprétation de la Loi en publiant sept règles herméneutiques reprises plus tard par Rabban Yohanan ben Zakkaï lorsqu’il transféra le Sanhédrin à Yavné [17] après la destruction du temple en 70.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Mireille Hadas-Lebel, Hillel, Un Sage au temps de Jésus, Albin-Michel 1999, 2005

Notes

[1] La période des zougot s’étend, au temps du Second Temple de Jérusalem, sur cinq générations de Sages, l’un en fonction de président du Sanhédrin, l’autre en qualité de vice-président avec pour titre av Beth Din. Dans l’historiographie rabbinique traditionnelle, la période des Zougot se situe entre la période des Hommes de la Grande Assemblée, dont la plupart des membres sont anonymes, et celle des Tannaïm, dont les enseignements sont consignés dans la Mishna, la Tossefta ou les baraïtot. Cependant, les enseignements des Zougot étant eux-mêmes consignés dans la Mishna (dans les Pirke Avot pour la plupart), ils sont eux-mêmes des Tannaïm.

[2] Les tannaïm sont, au sens large, les Sages dont les opinions sont rapportées dans la Mishna et, au sens restreint ceux qui l’ont codifiée. Leur ère, appelée indifféremment tannaïtique ou mishnaïque, s’étend donc, selon la définition, de la période du Second Temple, ou des débuts de l’ère commune, date à laquelle la Mishna est clôturée dans l’académie de Juda Hanassi. Elle comprend (ou fait suite à) l’ère des Zougot (les « paires ») et de la Grande Assemblée, et précède la période des Amoraïm (docteurs du Talmud).

[3] La Mishna est le premier recueil de la loi juive orale et par conséquent de la littérature rabbinique. Compilée vers le début du 3ème siècle de l’ère chrétienne par Juda Hanassi, elle est, hormis quelques versets araméens, écrite dans un hébreu qui lui est propre, et recense les opinions, polémiques et éventuelles résolutions légales des Tannaïm (« Répétiteurs ») sur les prescriptions de la Torah, organisées thématiquement en six ordres subdivisés en 63 traités

[4] Le Talmud est l’un des textes fondamentaux du judaïsme rabbinique et la base de sa Halakha (« Loi »). Rédigé dans un mélange d’hébreu et de judéo-araméen et composé de la Mishna et de la Guemara, il compile les discussions rabbiniques sur les divers sujets de la Loi juive telle qu’exposée dans la Bible hébraïque et son versant oral, abordant entre autres le droit civil et matrimonial mais traitant au détour de ces questions de points d’éthique, de mythes, de médecine, de génie et autres. Divisé en six ordres (shisha sedarim, abrégé Sha"s), il existe deux versions du Talmud, dites Talmud de Jérusalem et Talmud de Babylone.

[5] La Torah ou Thora est, selon la tradition du judaïsme, l’enseignement divin transmis par Dieu à Moïse sur le mont Sinaï et retransmis au travers de ses cinq livres ainsi que l’ensemble des enseignements qui en découlent. Elle est composée de cinq livres désignés en hébreu par un des premiers mots du texte et traditionnellement en français : la Genèse (Berēshīṯ : Commencement), l’Exode (Shemōṯ : Noms), le Lévitique (Wayyiqrā : Et il appela), les Nombres (Bamiḏbar : Dans le désert) et le Deutéronome (Devarim : Paroles). Elle contient, selon la tradition juive, 613 commandements

[6] Maison de Hillel

[7] La Babylonie était une satrapie centrale de l’Empire perse, abritant d’importantes villes comme la capitale de l’empire, Babylone, depuis le 6ème siècle av. .jc. C’est dans sa capitale qu’a eu lieu le premier partage de l’empire d’Alexandre après sa mort en 323. Elle est une région située dans le sud-est de l’Asie Mineure. Selon Strabon, la Babylonie a pour bornes la Susiane à l’est, la péninsule arabique à l’ouest et la Mésopotamie au nord. La Babylonie est traversée par l’Euphrate du nord au sud, jusqu’au Golfe Persique, ce qui correspond au sud de l’Irak actuel. La capitale de cette satrapie est Babylone.

[8] une histoire exhaustive de la composition du Talmud du 10ème siècle

[9] La tribu de Benjamin est une des douze tribus d’Israël. Son nom vient de Benjamin. C’est notamment de cette tribu qu’est issu Saül, premier roi d’Israël, auquel succèdera le roi David. Le territoire de cette tribu est situé entre la Tribu d’Éphraïm au Nord, la Tribu de Juda au Sud, la Tribu de Dan à l’Ouest, et le Jourdain à l’Est. Ses villes principales étaient Jérusalem, Jéricho, Béthel et Gibeon. Par la suite, la tribu de Benjamin fait partie des tribus qui constituent le royaume de Juda après le schisme avec les tribus du nord.

[10] Palestine est un nom attesté depuis Hérodote qui désigna la région historique et géographique du Proche-Orient située entre la mer Méditerranée et le désert à l’est du Jourdain et au nord du Sinaï. La zone n’est pas clairement définie. Elle est centrée sur les régions de la Galilée, de la Samarie et de la Judée. Ses limites sont au nord la Phénicie et le mont Liban et au sud la Philistie et l’Idumée.

[11] Nassi est un terme hébreu signifiant approximativement « Prince ». Dans l’Antiquité, c’était le titre donné au dirigeant du Sanhédrin. Ce titre a été créé en 191 av.jc lorsque le Sanhédrin a perdu confiance dans la capacité des prêtres de rang élevé de servir de dirigeants. Dans l’utilisation moderne, Nassi signifie aussi « Président ». C’est le terme utilisé en hébreu moderne pour désigner n’importe quel chef d’État démocratiquement élu.

[12] Le Sanhédrin est l’assemblée législative traditionnelle du peuple juif ainsi que son tribunal suprême qui siège normalement à Jérusalem. Son nom n’est pas d’origine hébraïque mais dérive du grec sunédrion, signifiant « assemblée siégeante ». Composé de 71 sages experts en Loi Juive, il doit comporter 23 membres pour décider en matière judiciaire ; il est alors nommé petit sanhédrin et siège dans les principales villes.

[13] la fête nationale des Juifs

[14] Le shabbat ou chabbat est le jour de repos assigné au septième jour de la semaine juive, le samedi, qui commence dès la tombée de la nuit du vendredi soir. Élément fondamental de la religion, il est observé par beaucoup de Juifs. Au-delà des notions de permis et d’interdit, le chabbat est surtout considéré comme un jour hors du temps et des contingences matérielles, un jour durant lequel toutes les activités extérieures doivent être réduites pour se concentrer sur sa famille et son foyer. Il y est surtout question d’activités dans son cercle familial, de moments pour se ressourcer, de repas en famille… Il commence le vendredi, 18 minutes avant le coucher du soleil et se termine le samedi après l’apparition de 3 étoiles moyennes (approximativement 40 minutes après le coucher du soleil)

[15] ensemble des règles de la vie ordinaire, religieuses et juridiques, en opposition à Shammaï, partisan d’une pratique plus rigoureuse

[16] qui fut la seule véritable autorité reconnue par le peuple après le déclin de la royauté et avant la dissolution du Sanhédrin par Rome, vers le 5ème siècle.

[17] Yavné ou Yabné est une ville du District centre d’Israël. Après la destruction du second Temple de Jérusalem par les Romains en l’an 70, Yohanan ben Zakkaï obtint de ceux-ci que le Sanhédrin soit déplacé à Yavné (que les Romains appelaient Iamnia). Plusieurs yeshivot se développèrent dans la ville connue comme l’école de Yavné. On voit là l’origine du judaïsme rabbinique. Les Croisés construisirent un château à Yavné en 1141. La Seigneurie d’Ibelin s’y installa, au cœur du Royaume de Jérusalem avant d’être conquise par Saladin en 1186.