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Jeanne de Flandre ou Jeanne de Hainaut dite Jeanne de Constantinople

vendredi 10 septembre 2021, par ljallamion

 Jeanne de Flandre ou Jeanne de Hainaut dite Jeanne de Constantinople (1194/1200-1244)

Comtesse de Flandre et de Hainaut de 1205 à 1244

Elle gouverna la Flandre [1] et le Hainaut [2] dans la première moitié du 13ème siècle. Elle était la fille aînée de l’empereur Baudouin de Constantinople et de Marie de Champagne .

En 1202, le père de Jeanne, quitte ses terres pour participer à la quatrième croisade [3]. Après la prise de Constantinople [4], il est proclamé empereur par les croisés, le 9 mai 1204. Son épouse Marie de Champagne décide de faire un pèlerinage en Terre sainte avant de le rejoindre. Elle meurt en arrivant à Acre [5]. Puis Baudouin lui-même disparaît au cours de la bataille d’Andrinople [6] face aux Bulgares [7] de Jean Kalojan , le 14 avril 1205.

Après la disparition du comte et de son épouse, les comtés de Flandre et de Hainaut sont administrés par un conseil composé du chancelier de Flandre, du prévôt de Lille [8] et des châtelains de Lille et Saint-Omer [9]. L’éducation de Jeanne et de sa sœur cadette Marguerite est assumée par leur oncle paternel Philippe 1er , comte de Namur [10]. Mais, dès 1208, ce dernier délègue cette charge au roi de France Philippe-Auguste. Elles sont élevées à Paris, en compagnie du jeune Thibaud de Champagne.

Dès 1206, Philippe Auguste impose à Philippe de Namur de ne pas marier ses nièces sans son consentement. 2 ans plus tard, un accord est conclu aux termes duquel le roi de France s’engage à ne pas les marier avant leur majorité sans le consentement du comte de Namur, mais que ce dernier ne s’opposera pas au choix royal après leur majorité. Enfin, au cas où l’une ou l’autre des deux sœurs refuserait le candidat de Philippe Auguste, l’accord prévoit qu’elle serait remise au comte de Namur, et s’engagerait à servir le roi et à lui verser une compensation financière.

En 1211, Enguerrand III de Coucy propose à Philippe Auguste la somme de 50 000 livres pour épouser Jeanne, tandis que son frère Thomas épouserait Marguerite. La noblesse flamande est hostile à ce projet. Mathilde de Portugal, comtesse douairière et veuve de Philippe d’Alsace, propose alors de marier Jeanne à son neveu Ferdinand de Portugal dit Ferrand de Portugal, pour la même somme. Le mariage est célébré à Paris le 12 janvier 1212.

Ce dernier se tourne vite contre son suzerain français, provoquant une guerre qui se termine par la défaite de Bouvines [11] et l’emprisonnement du jeune comte.

Jeanne gouverne alors seule la Flandre et le Hainaut. Seule au pouvoir, Jeanne commence par ordonner la reconstruction des remparts de Lille, mais craignant une nouvelle offensive française, elle finit par se soumettre au roi de France. Elle tente alors de faire annuler son mariage par le pape, puisqu’il n’a pas été consommé.

En 1221, elle va notamment chercher à épouser Pierre Mauclerc , baillistre [12] de Bretagne, veuf d’Alix de Thouars. Mais Philippe Auguste s’y oppose.

En 1213, Marguerite, sœur cadette de Jeanne, a épousé Bouchard d’Avesnes (1170-1244) , Philippe Auguste, qui voit cette union d’un mauvais œil, fait savoir au pape, Innocent III, que Bouchard aurait reçu les ordres majeurs comme sous-diacre. En 1215, lors du quatrième concile du Latran [13], le souverain pontife accepte d’annuler le mariage pour ce motif. Mais Marguerite et Bouchard n’en tiennent aucun compte : ils se réfugient chez le duc de Luxembourg Waléran III de Limbourg , au château d’Houffalize [14] dans les Ardennes. C’est là que naissent leurs fils, Jean Ier d’Avesnes et Baudouin d’Avesnes . En 1219, lors d’une chevauchée en Flandre contre Jeanne, Bouchard est capturé. 2 ans plus tard, acceptant de renoncer au mariage et de se séparer de son épouse, il est libéré.

Vers la fin de l’année 1223, Marguerite épouse alors Guillaume de Dampierre.

Un autre conflit va agiter le règne de Jeanne. En 1224, elle cherche à acquérir, pour son conseiller Arnoul d’Audernarde, la châtellenie de Bruges [15], que Philippe Auguste avait confié à Jean de Nesle, bailli [16] de Flandre, après la bataille de Bouvines. Elle conteste la somme trop élevée qui en est demandée.

Sa cause est jugée par deux chevaliers, ce dont elle fait appel au roi, lors d’une réunion de sa cour à Melun [17], considérant qu’elle ne peut être jugée que par ses pairs. Le roi finit par donner raison à Jean de Nesle, ce qui est un désaveu pour Jeanne.

En 1225, un ermite vivant près de Mortagne [18], dans la forêt entre Valenciennes [19] et Tournai [20], avoue être le comte Baudouin. Il revendique alors la restitution par Jeanne de ses droits de souveraineté sur les comtés de Flandre et de Hainaut.

Baudouin crée des chevaliers, scelle des actes, se comporte comme un véritable comte. Rapidement, il est soutenu par les nobles hennuyers, notamment Jean de Nesle et Robert de Dreux. Puis il reçoit le soutien de la majorité des villes de Flandre et de Hainaut, dont Lille et Valenciennes. Le roi Henri III d’Angleterre lui propose même de renouer une alliance contre le roi de France, et il reçoit le soutien des ducs de Brabant [21] et du Duché de Limbourg [22]. Jeanne envoie son conseiller Arnoul d’Audenarde, qui ne peut rencontrer l’ermite mais revient néanmoins convaincu qu’il est bien le véritable Baudouin. D’autres témoins sont plus sceptiques, mais ils sont accusés par le peuple d’êtres vendus à la comtesse.

Jeanne est contrainte de se réfugier à Mons [23], seule ville qui lui reste fidèle. Contre la promesse de 20 000 livres et la mise en caution de Douai [24] et de Lécluse [25], le roi Louis VIII accepte d’intervenir avec son armée pour rétablir Jeanne dans ses droits. Il négocie âprement son soutien : Jeanne s’engage à lui rembourser les frais de guerre, gageant cette promesse sur les villes de Douai et de Lécluse.

Avant de lancer les opérations militaires, Louis VIII envoie sa tante Sybille de Beaujeu, sœur de Baudouin, rencontrer l’ermite. Celle-ci conçoit des doutes sur son identité. Le 30 mai 1225, le roi rencontre alors le prétendu Baudoin à Péronne et l’interroge sur des détails de sa vie : il est incapable de se souvenir quand et où il a été fait chevalier, pas plus qu’il ne se souvient de sa nuit de noces. Les évêques d’Orléans et de Beauvais le reconnaissent comme un jongleur, qui avait déjà essayé de se faire passer pour le comte Louis de Blois , également disparu à la bataille d’Andrinople.

Convaincu qu’il s’agit d’un imposteur, Louis VIII lui donne 3 jours pour fuir. Le faux Baudouin se réfugie chez ses partisans à Valenciennes, mais la ville est rapidement reprise par les Français. Jeanne exige une capitulation sans conditions. Le faux Baudouin prétend alors se réfugier chez l’archevêque de Cologne [26], mais il fausse compagnie à ses derniers partisans et prend la fuite.

Rattrapé près de Besançon [27], il est livré à Jeanne. Malgré la promesse de ne pas le mettre à mort, la comtesse le fait exposer au pilori entre deux chiens, puis pendre aux portes de Lille. Il est probable que Bouchard d’Avesnes, l’époux de Marguerite de Constantinople écarté par Jeanne, ait été l’âme du complot.

Après la reprise des villes rebelles, Jeanne impose de lourdes amendes. Cela lui permet non seulement de rembourser ses dettes envers le roi de France dès l’année suivante, au lieu des 20 années prévues, mais aussi de payer la rançon de son époux Ferrand de Portugal

À l’issue de cette guerre civile, son époux Ferrand est libéré, Ferrand de Portugal meurt le 27 juillet 1233 à Noyon [28] de la maladie de la pierre dont il souffrait depuis sa détention.

En 1237, Jeanne épouse en secondes noces Thomas II de Savoie , fils du comte de Savoie Thomas 1er et de Béatrice Marguerite de Genève et surtout oncle de la reine Marguerite de Provence, épouse de Louis IX. Il est comte de Maurienne [29], seigneur puis comte de Piémont [30]. Pour ce mariage, Jeanne est contrainte de payer 30 000 livres au roi de France et de lui renouveler ses serments de fidélité. Avec son époux, ils vont notamment le soutenir contre la révolte menée par Hugues X de Lusignan.

À la mort de Jeanne le 5 décembre 1244, à l’abbaye de Marquette [31], sa sœur Marguerite lui succède, tandis que Thomas retourne en Savoie.

La comtesse Jeanne a mené une politique favorable au développement économique de ses comtés et octroyé de nombreuses chartes de franchises aux cités flamandes. Elle a joué un rôle important dans le développement des ordres mendiants [32], des béguines [33], les Victorines [34] et les communautés hospitalières dans ses comtés, sans pour autant négliger les ordres traditionnels. Sous son règne, les fondations féminines, rares auparavant, se sont multipliées, transformant la place des femmes dans la société et dans l’église.

Après son mariage avec Thomas de Savoie, elle complète cette politique par des exemptions fiscales, une réorganisation du système judiciaire, des mesures destinées à favoriser le commerce fluvial et les ports de mer, qui concernent les villes de Bergues, Bourbourg, Bruges, Damme, Furnes, Mude et Kaprijke.

Afin de favoriser le commerce fluvial, Jeanne a fait construire en 1237 des portes d’eau à Menin et Harelbeke, rendant la Lys navigable. Puis en 1242, avec Thomas de Savoie, elle autorise les échevins de Lille à créer trois écluses, étendant le réseau à la Deule. La dernière ne sera finalement pas construite, mais remplacée par un bassin à double porte au Quesnoy

En bonnes relations avec les Cisterciens, Jeanne a fondé l’abbaye féminine de Marquette-lez-Lille, et confirmé, soutenu ou aidé la fondation de plusieurs autres abbayes de moniales cisterciennes. Alors que jusqu’au 12ème siècle, les abbayes des deux comtés étaient exclusivement masculines, vingt monastères féminins sont fondés en Flandre, dont l’abbaye de La Byloke à Gand, et cinq en Hainaut au cours du 13ème siècle. Jeanne soutient également l’installation des ordres mendiants dans ses comtés.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Geneviève De Cant, Jeanne et Marguerite de Constantinople, Éditions Racine, Bruxelles, 1995.

Notes

[1] Le comté de Flandre a été un pagus carolingien, puis l’une des principautés du royaume de France, particulièrement impliquée dans les conflits franco-anglais, aux frontières et à l’influence durement disputées depuis sa création au 9ème siècle jusqu’en 1384, date de la mort du comte Louis de Male. Le comté, possédé par la Maison de Flandre de 863 jusqu’à la mort de la dernière comtesse, Marguerite de Constantinople, en 1280, puis par la Maison de Dampierre-Flandre, puis devenu l’une des possessions de la Maison capétienne de Bourgogne en 1385, devint alors l’un des principaux centres des États bourguignons. Après la Guerre de succession de Bourgogne il fut ensuite progressivement intégré aux Pays-Bas bourguignons et fut finalement détaché du royaume de France par le Traité de Madrid en 1526 en faveur des Habsbourg d’Espagne. Louis XIV en reconquit une partie sur les Espagnols. Le comté cessa d’exister en 1795 après la conquête des Pays-Bas autrichiens par les Français. Le territoire de ce comté correspond approximativement aux provinces belges actuelles de Flandre-Occidentale et de Flandre-Orientale, à l’ouest de la province de Hainaut (arrondissements de Tournai et Mouscron), plus la partie de la province d’Anvers située à l’ouest de l’Escaut, la Flandre zélandaise et la région historique de Flandre française (région de Lille, Dunkerque, Hazebrouck, Douai,…).

[2] Le comté de Hainaut ou Hainau est un ancien comté qui relevait du Saint Empire romain germanique, qui se trouvait en bordure du royaume de France. Le traité de Meerssen en 870 attribue le comté de Hainaut à Charles le Chauve, qui en fait en 877 un fief héréditaire de la couronne de France. Il en confia probablement le gouvernement à un certain Enguerrand, probablement originaire de Flandre. La prise de possession de la Lotharingie par Louis le Jeune en 880 dut mettre fin à cet interim.

[3] La quatrième croisade est une campagne militaire qui fut lancée de Venise en 1202. Levée à l’origine en vue de reconquérir les lieux saints sous domination musulmane, elle aboutit en fait à la prise et au pillage de la ville chrétienne de Constantinople par les croisés, et à la fondation de l’Empire latin de Constantinople qui dura de 1204 à 1261.

[4] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[5] La quatrième croisade est une campagne militaire qui fut lancée de Venise en 1202. Levée à l’origine en vue de reconquérir les lieux saints sous domination musulmane, elle aboutit en fait à la prise et au pillage de la ville chrétienne de Constantinople par les croisés, et à la fondation de l’Empire latin de Constantinople qui dura de 1204 à 1261.

[6] La bataille d’Andrinople eut lieu les 13 et 14 avril 1205 entre les troupes bulgares menées par le tsar Kaloyan, et celles de Baudouin 1er ainsi que ses alliés vénitiens, ces derniers conduits par le doge Enrico Dandolo. La victoire revint aux Bulgares grâce à une embuscade menée avec l’aide de leurs alliés coumans. Cette bataille nous est principalement connue grâce aux Chroniques de Geoffroi de Villehardouin.

[7] Le Premier Empire bulgare désigne un État médiéval chrétien et multiethnique qui succéda au 9ème siècle, à la suite de la conversion au christianisme du Khan Boris, au Khanat bulgare du Danube, fondé dans le bassin du bas Danube. Le Premier Empire bulgare disparut en 1018, son territoire au sud du Danube étant réintégré dans l’Empire byzantin. À son apogée, il s’étendait de l’actuelle Budapest à la mer Noire, et du Dniepr à l’Adriatique. Après sa disparition, un Second Empire bulgare renaquit en 1187.

[8] Lille est une ville du nord de la France, préfecture du département du Nord. Le comté de Flandre, dont Lille devient l’une des capitales avec Gand, Bruges et Saint-Omer, est constitué progressivement à partir de 866 par Baudouin 1er de Flandre. En 1066, lorsque le comte Baudouin V de Flandre établit la grande charte de dotation de la collégiale Saint-pierre, Lille est déjà une petite ville avec remparts, accolée à son château fort, le château de la Motte-Madame, et qui commence à se développer autour du faubourg marchand de la paroisse Saint-Étienne, situé au sud du castrum. À l’est, le village de Fins possède, lui aussi, une église, l’église Saint-Maurice. Il sera intégré à Lille au cours du siècle suivant. La ville se développe grâce à son emplacement privilégié de traversée de la Deûle, au blé qu’on récoltait alentour en abondance et à ses relations avec les autres villes du prospère Comté de Flandre. Une foire au drap est ainsi fondée au 12ème siècle. En 1127 et 1128, Lille connaît ses premiers sièges par les armées du Roi de France, Louis VI de France, lors des affrontements entre Guillaume Cliton, fils du duc de Normandie, et Thierry d’Alsace, comte d’Alsace, pour la succession du comté de Flandre. En juin 1213, c’est Philippe Auguste qui fait le siège de Lille et remporte la ville en trois jours. Elle est reprise par Ferrand de Portugal en septembre de la même année, puis par Philippe Auguste qui incendie la ville, avant de remporter, l’année suivante, la bataille de Bouvines. À partir de 1214, Jeanne de Constantinople, comtesse de Flandre et de Hainaut, s’emploie à reconstruire la ville et ses fortifications. Elle fonde notamment l’hôpital Saint-Sauveur et l’hospice Comtesse. Lille est réunie une première fois au domaine royal en 1304. Entre 1297 et 1304, Lille a connu trois sièges, par les armées de Philippe le Bel d’abord, lors des affrontements qui l’opposent à Guy de Dampierre, par Jean 1er de Namur ensuite, lors des évènements qui font suite aux matines de Bruges et à la bataille de Courtrai en 1302, puis de nouveau par Philippe le Bel après la bataille de Mons-en-Pévèle. En 1369, Lille est cédée par le Roi Charles V de France, avec Douai et Orchies, à Philippe II de Bourgogne lorsqu’il épouse la fille de Louis II de Flandre, Marguerite III de Flandre. S’ouvre alors une période de prospérité au cours de laquelle Lille devient une des trois capitales des possessions du duc de Bourgogne, avec Dijon et Bruxelles. Elle devient aussi un pôle administratif de premier plan et accueille la Cour des comptes de l’État bourguignon en 1385. Le premier chapitre de l’ordre de la toison d’or est constitué à Lille en 1431. En 1477, à la mort de Charles le Téméraire, Marie de Bourgogne épouse Maximilien 1er du Saint Empire et apporte la ville aux Habsbourg. Lille rejoint ainsi le Saint-Empire romain germanique et partage le destin des Pays-Bas pendant plus de 150 ans.

[9] Saint-Omer est une commune française, sous-préfecture du département du Pas-de-Calais. Saint-Omer apparaît dans les écritures de chroniqueurs au cours du 7ème siècle sous le nom de Sithiu (Sithieu ou Sitdiu), autour de l’abbaye Saint-Bertin fondée sous l’impulsion d’Audomar (Audomarus, Odemaars ou Omer), moine de Luxeuil, évêque de Noyon-Tournai puis de Thérouanne en 637, fondateur de l’église de Saint-Bertin autour de laquelle la ville a été bâtie.

[10] Le comté de Namur est un ancien comté qui relevait du Saint Empire romain germanique, qui se trouvait entre l’évêché de Liège, le duché de Brabant et le comté de Hainaut. Il comprenait les villes de Namur, Charleroi, Givet, Bouvignes, Mariembourg et Fleurus.

[11] La bataille de Bouvines est une bataille qui se déroula le dimanche 27 juillet 1214 près de Bouvines, dans le comté de Flandre (aujourd’hui dans le département du Nord), en France, et opposant les troupes royales françaises de Philippe Auguste, renforcées par quelques milices communales et soutenues par Frédéric II de Hohenstaufen, à une coalition constituée de princes et seigneurs français, menée par Jean sans Terre, duc d’Aquitaine, de Normandie et roi d’Angleterre, et soutenue par l’empereur du Saint Empire Otton IV. La victoire est emportée par le roi de France et marque le début du déclin de la prédominance seigneuriale.

[12] terme employé pour désigner la fonction de Pierre de Dreux. Ce dernier n est en effet que gardien du duché de Bretagne au nom de sa femme Alix de Bretagne.

[13] Le quatrième concile œcuménique du Latran (souvent nommé Latran IV) est le douzième concile œcuménique de l’Église catholique. Il s’est tenu au Latran en 1215 sur l’initiative du pape Innocent III. Le concile Latran IV marque l’apogée de la chrétienté médiévale et de la papauté après l’effort de renouveau inauguré, 150 ans plus tôt, par les réformateurs du 11ème siècle (en particulier par Grégoire VII). Pendant les trois semaines que dure le concile, du 11 au 30 novembre 1215, de nombreuses décisions sont prises qui renforcent l’emprise du Saint-siège sur la chrétienté occidentale.

[14] Houffalize est une ville francophone de Belgique située en Région wallonne dans la province de Luxembourg.

[15] Bruges est une ville de Belgique située en Région flamande, chef-lieu et plus grande ville de la province de Flandre-Occidentale. Bruges apparaît au 10ème siècle en tant que place forte du comté de Flandre. En 1134, un raz-de-marée a pour conséquence bénéfique d’ouvrir un bras de mer, le Zwin, donnant un accès direct à la mer pour la ville, ce qui entraîne un développement urbain spectaculaire entre le 12ème et le 15ème siècle, avec le creusement de nombreux canaux. Forte de son indépendance communale symbolisée par son beffroi, Bruges devient une plaque tournante portuaire, commerciale et financière centrale dans l’Europe du Moyen Âge, reliant les pays de la mer du Nord et de la Baltique à la Méditerranée. Les riches marchands brugeois traitaient avec ceux de toute l’Europe.

[16] Le bailli était, dans l’Ancien Régime français, un officier de judicature représentant de l’autorité du roi ou du prince dans le bailliage, chargé de faire appliquer la justice et de contrôler l’administration en son nom. Il s’agissait de l’équivalent de nos actuels préfets. La juridiction dont est responsable un bailli s’appelle un bailliage. En France méridionale, le terme généralement utilisé était sénéchal et la circonscription la sénéchaussée. En Provence, les couples de mots « bayle », « baillie » et « viguier », « viguerie » étaient répandus. Les bailliages ont été établis au 12ème siècle sur le domaine royal, notamment par Philippe Auguste. Il était à l’origine porté par des commissaires royaux qui rendaient la justice, percevaient les impôts et recevaient, au nom de la couronne, les plaintes du peuple contre les seigneurs. Leur juridiction, régularisée avec les Capétiens fut d’abord très étendue ; mais l’abus qu’ils firent de leur puissance obligea les rois à la réduire. Vers le 16ème siècle, le rôle du « bailli » était devenu simplement honorifique, le lieutenant général du bailliage et d’autres officiers se répartissant son pouvoir. Néanmoins, leur office était noble et d’épée ; Charles IX, en 1560, les déclara officiers de robe courte.

[17] Melun est une commune française située dans le département de Seine-et-Marne. Quand Pierre Abélard est chassé de Paris en 1102, c’est à Melun qu’il vient poursuivre son enseignement. Le roi de France Philippe 1er demeure au château de Melun, il y mourra le 30 juillet 1108. Son fils Louis VI le Gros, et son petit-fils Louis VII le Jeune, y résident également. Sous le règne de ce dernier la ville croît rapidement, et en 1178 une charte est accordée aux habitants, les protégeant des exactions des officiers royaux, donnant au commerce et à l’industrie plus de sécurité. La cité est également un centre intellectuel renommé, grâce aux écoles de Saint-Père et d’Abélard. Les trois quartiers de la ville sont fortifiés au début du 13ème siècle : Saint-Aspais au nord, l’île Saint-Étienne au centre et Saint-Ambroise au sud. Le mur est percé de sept portes à tourelles (trois sur la rive sud, quatre sur la rive droite). L’île est protégée par deux portes dans l’axe de la Grande rue (actuelle rue Saint-Étienne). Situé au cœur des terres céréalières de la Brie et du Gâtinais, Melun est le port d’où partent les chargements en blé vers Paris. De nombreux moulins sont alors implantés sur la Seine et sur l’Almont

[18] Mortagne-du-Nord est une commune française située dans le département du Nord

[19] La Marche de Valenciennes ou le margraviat de Valenciennes était une marche qui a été créée en 957, lorsque l’empereur Otton 1er le Grand détachait la zone autour de Valenciennes du Hainaut (Henegouw) et elle est confiée à Amaury, gendre d’Isaac de Cambrai. Le domaine est situé sur l’Escaut, lequel était la frontière entre le Saint Empire romain germanique et la France. En 1071, après la Bataille de Cassel, la marche est unie avec Mons et Chièvres sous le nom de comté de Hainaut, se référant au Hainaut (Henegouw) qui existe jusque à 957.

[20] Tournai est une ville francophone de Belgique située en Région wallonne et en Flandre romane , chef-lieu d’arrondissement en province de Hainaut et siège de l’évêché de Tournai.

[21] Le Brabant est une région géographique à cheval sur la Belgique et les Pays-Bas. Il couvre une surface de 11 308 km². Le titre de duc de Brabant a été créé lorsque l’empereur Frédéric Barberousse éleva en 1183/1184 le landgraviat de Brabant en duché en faveur de Henri 1er de Brabant. En 1190, Henri 1er succède à son père Godefroid III de Louvain comme duc de Basse-Lotharingie (Lothier), mais sans autorité territoriale ou judiciaire en dehors de ses propres comtés. À partir de 1288, les ducs de Brabant deviennent aussi ducs de Limbourg.

[22] Le duché de Limbourg est fondé en 1101, succédant ainsi au Comté de Limbourg. Les comtes de Louvain, de leur côté conservèrent le duché et s’intitulèrent duc de Brabant. De cette période vint une opposition farouche entre les ducs de Brabant et les ducs de Limbourg, qui perdura jusqu’en 1191. Par mariage les ducs de Limbourg furent brièvement comtes de Luxembourg et comte de Berg. La dernière comtesse de Limbourg de la maison de Waléran fut Ermengarde, morte sans enfant en 1283. Son époux Renaud 1er de Gueldre obtint de l’empereur Rodolphe de Habsbourg, le droit de conserver le duché à titre viager, mais son cousin Adolphe V de Berg le lui contesta. N’ayant pas les moyens de faire valoir ses droits par les armes, il vendit ses droits à Jean 1er le Victorieux, duc de Brabant, qui occupa le duché après la bataille de Worringen en 1288. Il fut généralement désigné, avec le Comté de Dalhem également sous domination brabançonne, sous le nom de pays d’Outremeuse (territoires situés au-delà de la Meuse, en rive droite, par rapport au Brabant).

[23] Mons est une ville francophone de Belgique située en Région wallonne. Ancienne capitale des comtes de Hainaut, chef-lieu de la province de Hainaut, ville principale de l’arrondissement de Mons, elle est le siège d’une des cinq cours d’appel du pays.

[24] Douai est une commune française du département du Nord, située dans le sud de la Flandre romane. Le comte Arnoul 1er de Flandre érige vers 950 le premier lieu de culte, la collégiale Saint-Amé. Après la conquête normande de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant, la ville de Bridgwater en Angleterre était nommée du prince Walter (Gautier, ou Walscin) Douai. La ville reçut sa première charte avant 1188 et fut dirigée par un conseil d’échevins jusqu’en 1789.

[25] Lécluse est une commune française située dans le département du Nord, Les fortifications du village et du château fort furent améliorées au début du 12ème siècle par Robert 1er le Frison Comte de Flandre. À la fin du 16ème siècle le château était décrit comme ayant une stature très imposante. Il protégeait l’axe Douai - Bapaume.

[26] Le diocèse de Cologne, en Allemagne, fut fondé au 4ème siècle et devint archidiocèse métropolitain de rite romain au 8ème siècle. Au 13ème siècle, l’archevêque de Cologne prend le rang prestigieux de Prince Électeur du Saint Empire, le territoire de l’archevêché se muant en Électorat de Cologne.

[27] En 1032, comme tout le Comté de Bourgogne, Besançon est donc rattachée au Saint-Empire romain germanique. L’archevêque de Besançon, Hugues de Salins, grâce à l’appui de l’empereur, devient le seigneur de la ville, qui prospère sous son impulsion. Après la mort de celui-ci en 1066, une lutte pour sa succession plonge Besançon dans une longue période de crise. Aussi, pendant tout le Moyen Âge, Besançon restera une ville directement soumise à l’autorité impériale et indépendante du Comté de Bourgogne, dont Dole est la capitale. Au cours des 12ème et 13ème siècles, les Bisontins luttent contre l’autorité des archevêques et obtiennent finalement leurs libertés communales en 1290. Tout en restant soumise à l’Empereur, Besançon se gouverne par elle-même, grâce à un conseil de 28 notables élus au suffrage universel masculin à plusieurs degrés et à un conseil de quatorze gouverneurs désignés par les notables. Besançon restera ainsi une « ville libre » pendant près de 400 ans. Les ducs de Bourgogne, devenus maîtres de la Franche-Comté, sont les « protecteurs » de la ville libre impériale que reste toujours Besançon. C’est pour la cité une période de prospérité.

[28] Noyon est une commune française située dans le département de l’Oise. Jusqu’à la guerre de Cent Ans, le comté ecclésiastique de Noyon a un rôle stratégique entre le domaine royal (l’Île-de-France), les terres des comtes de Vermandois et des seigneurs de Boves-Coucy[réf. souhaitée]. La ville bénéficie d’institutions communales dès 1108 : la charte lui est concédée par l’évêque Baudry et confirmée plus tard par le roi

[29] Le comté de Maurienne est un comté issu de la partition de la Sapaudie et du comté de Vienne aux 10 et 11ème siècles. Le territoire du comté de Maurienne s’étend le long de la vallée de l’Arc, mais aussi sur les vallées intra-alpines qui comprenait alors le val de Suse et de Briançon.

[30] Au cours du Moyen Âge, se constitue autour de Turin la principauté de Piémont, gouvernée par une branche de la maison de Savoie, la lignée de Savoie-Achaïe. En 1418, à la mort de Louis de Savoie-Achaïe, la principauté du Piémont revient au duc de Savoie, qui a la faveur de l’empereur en tant que membre du parti gibelin. À partir de 1494, le Piémont est embrasé par les guerres d’Italie : dans la première moitié du 16ème siècle, le pays devient un théâtre d’opérations d’armées étrangères, ce qui bloque la vie culturelle. En 1563, le duc de Savoie et prince de Piémont décide de faire de Turin sa principale capitale, au détriment de Chambéry.

[31] L’abbaye du repos Notre-Dame est une abbaye de l’Ordre de Cîteaux fondée en 1226 par Jeanne de Constantinople et son mari Ferrand de Flandre près du pont de Marque. Au décès de Ferrand de Flandre en 1233, Jeanne lui fit construire un mausolée avant de l’y rejoindre à sa mort. Autrefois l’abbaye était dans le diocèse de Tournai, et de la dépendance de Clairvaux.

[32] Un Ordre mendiant est un Ordre religieux qui dépend de la charité publique pour vivre. En principe, il ne possède ni individuellement ni collectivement de propriété. Les religieux ont fait le choix d’une pauvreté radicale pour témoigner de l’Evangile. Apparus avec le développement des villes et des Universités, ces ordres vivent dans des couvents établis en milieu urbain et se différencient des ordres monastiques en ce qu’ils joignent vie contemplative et vie apostolique.

[33] Une béguine est une femme, le plus souvent célibataire ou veuve, appartenant à une communauté religieuse laïque sous une règle monastique, mais sans former de vœux perpétuels. Le mouvement béguinal, apparu à Liège à la fin du 12ème siècle avant de s’étendre rapidement en Europe du Nord-Ouest, le long de l’axe rhénan, constitue le premier type de vie religieuse féminine non cloîtrée. Les béguines vivent dans de petites maisons individuelles souvent regroupées autour d’une chapelle pour former un ensemble appelé « béguinage ». Proches des ordres mendiants, leur indépendance les rend suspectes aux autorités ecclésiales et elles sont bientôt persécutées - notamment avec l’exécution de Marguerite Porete - puis condamnées au concile de Vienne pour « fausse piété » avant d’être intégrées aux tiers-ordres mendiants au 15ème siècle.

[34] Les Victorins sont une des plus illustres congrégations du 12ème siècle, dans une orientation urbaine et intellectuelle. Grâce à Hugues et son enseignement complet, l’école prend une dimension universaliste que les Victorins défendent contre ceux qui veulent « déchirer et lacérer ce corps d’ensemble et qui, par un jugement pervers, choisissent arbitrairement ce qui leur plaît ». Saint-Victor devient un lieu de retraite prisé par Bernard de Clairvaux ou Thomas Becket (1118-1170) et les évêques de Paris y avaient un appartement. Le cloître devenant une école publique de théologie et des arts libéraux, sorte de monastère-université que fréquente le philosophe Abélard ou Pierre Lombard auteur des célèbres Sentences commentées jusqu’à Luther.