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Blossius AEmilius Dracontius dit Dracontius

lundi 16 novembre 2020, par ljallamion

Blossius AEmilius Dracontius dit Dracontius

Poète latin chrétien de la fin du 5ème siècle

Dracontius est né à Carthage

 [1]

. D’origine sénatoriale, il y exerça la profession de rhéteur [2] et d’avocat. Il écrivit vers 484 un panégyrique dédié à un monarque non-vandale, sans doute l’empereur romain d’Orient Zénon. Cela lui valut plus tard d’être incarcéré, ainsi que sa famille, par le roi des Vandales d’Afrique [3] Gunthamund pour haute trahison. Dracontius ne fut vraisemblablement libéré qu’à l’avènement du successeur de Gunthamund, Thrasamund, à qui il dédia une apologie.

Il a produit au cours de sa carrière un recueil de 10 poèmes en hexamètres [4], “les Romulea”, dédié au grammairien Felicianus. L’une des pièces de ce recueil, “Orestis tragoedia”, nous est parvenue. Nous disposons encore de deux autres poèmes plus tardifs, imités du style didactique d’ Ausone  : “De mensibus et De rosis nascentibus”. Ils ont été imprimés au 16ème siècle par l’humaniste italien Bernardino Corio . “Aegritudo Perdicae” a par contre été attribué à tort à Dracontius.

Mais la plupart des poèmes de Dracontius que nous connaissons ont été visiblement composés pendant sa détention : ainsi la complainte “Satisfactio” adressée à Gunthamund, composée en distiques élégiaques et largement inspirée “des Tristia d’Ovide”, ou du chef d’œuvre de Dracontius : “De laudibus Dei”. Ce recueil de trois livres en hexamètres rend grâce à Dieu de sa providence, et exhorte discrètement Gunthamund à l’imitation du Christ. Si le style de ce recueil est caractéristique, le poète s’en tient pour la métrique à ses modèles : Virgile, Properce et Juvenal .

Dracontius a exercé une influence visible sur les poète latins d’Afrique. Ses œuvres ont été publiées dans le Royaume wisigoth [5] par Eugène III de Tolède .

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Roswitha Simons, Dracontius und der Mythos. Christliche Weltsicht und pagane Kultur in der ausgehenden Spätantike (Beiträge zur Altertumskunde, Bd. 186), Munich et Leipzig (2005). (ISBN 978-3-598-77738-7)

Notes

[1] Carthage est une ville tunisienne située au nord-est de la capitale Tunis. L’ancienne cité punique, détruite puis reconstruite par les Romains qui en font la capitale de la province d’Afrique proconsulaire, est aujourd’hui l’une des municipalités les plus huppées du Grand Tunis, résidence officielle du président de la République, regroupant de nombreuses résidences d’ambassadeurs ou de richissimes fortunes tunisiennes et expatriées. La ville possède encore de nombreux sites archéologiques, romains pour la plupart avec quelques éléments puniques,

[2] La rhétorique est à la fois la science et l’art de l’action du discours sur les esprits. Le mot provient du latin rhetorica.

[3] Le royaume vandale est un royaume ayant existé en Afrique du Nord de 429 à 534. Il disparaît après la reconquête byzantine de la région, et plus précisément lors de l’abdication du dernier roi vandale d’Afrique du Nord, Gélimer, en mars 534. Il est créé dans le contexte de la sédentarisation, dans la région la plus éloignée atteinte par les colonnes de peuples des Grandes invasions, entreprise par les Vandales et les Alains qui leur sont soumis, l’aristocratie dominante devenant peu à peu celle des Vandales. De 429 à 439, les Vandales conquièrent une partie des territoires situés sur la côte nord-africaine et s’établissent durablement dans l’actuelle Algérie orientale, avec comme capitale l’actuelle Béjaïa, puis définitivement à Carthage dans l’actuelle Tunisie. Ils contraignent Rome à établir un traité (fœdus) avec eux par deux fois, en 435 et 442, et constituent un original royaume, parfois nommé « royaume de Carthage », du nom de la riche cité romaine d’Afrique du Nord qu’ils prennent en 439 et qui devient la capitale de leur royaume. La chute du royaume se joue durant les années 533 et 534.

[4] L’hexamètre dactylique est un mètre surtout utilisé en grec ancien et en latin. De nombreux poètes y ont eu recours dans différentes langues actuelles. La Renaissance a connu une très importante floraison de vers mesurés « à l’antique » en français, qui a produit de nombreux hexamètres.

[5] Le royaume wisigoth est un royaume germanique du haut Moyen Âge issu des grandes invasions et ayant existé de 418 à 720. Il a d’abord Toulouse comme capitale (il englobe la partie de la France actuelle située entre la Loire et les Pyrénées). Après leur défaite face aux Francs menés par Clovis à la bataille de Vouillé en 507, les Wisigoths d’Alaric II perdent Toulouse en 508 et transfèrent leur capitale à Tolède ; au nord des Pyrénées ils ne conservent que la Septimanie (correspondant au Languedoc) et une partie de la Provence avec l’aide des Ostrogoths d’Italie. Après l’an 575 ils conquièrent le royaume des Suèves situé en Galice et le nord du Portugal. En 711, le royaume est conquis par les musulmans.