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Thrasamund

dimanche 16 décembre 2018, par ljallamion

Thrasamund

Quatrième roi des Vandales d’Afrique de 496 à 523

Denier de Thrasamund.Fils du prince Gento , fils du roi Genséric, il succède à son frère Gunthamund et épousa Amalafrède , sœur de Théodoric le Grand, roi des Ostrogoths [1] d’Italie à Rome en 500. Il est décrit comme le plus célèbre Roi ayant régné sur les Vandales [2] depuis Genséric.

Thrasamund est très cultivé. Il protège les poètes de la cour et a même libéré le poète Dracontius , emprisonné par son frère lors de son règne.

Thrasamund est de foi arienne [3]. Il mena tout au long de son règne une politique de tolérance, assorti d’une stricte séparation des peuples Vandales ariens et des Africains ou Romains catholiques.

Il autorise les évêques à retrouver leurs sièges, les églises sont rouvertes et le culte pratiqué librement. Il cherche par la douceur à provoquer des apostasies [4] mais interdit le remplacement des évêques défunts.

Il rappelle un temps à sa cour l’évêque Fulgence de Ruspe , polémiste et théologien catholique. Malgré les persécutions de l’empereur byzantin Justin 1er contre les ariens, Thrasamund ne persécuta jamais les catholiques.

Thrasamund règne 27 ans sur l’Afrique du Nord où il maintient la paix, en ayant de bonnes relations avec l’empereur Anastase et le roi ostrogoth Théodoric le Grand. Sa première épouse étant morte sans lui donner d’héritier, il épouse la sœur de Théodoric, Amalafride.

Elle apporte à son mari une importante dot, comprenant notamment le promontoire de Lilybée [5] en Sicile, et emmène avec elle une escorte de 1 000 seigneurs goths [6] qui lui servent de garde ainsi que 5 000 hommes formant sa suite. Ce mariage fait de Thrasamund le plus grand de tous les rois vandales ayant régné à Carthage [7] depuis Genséric.

En 511, Thrasamund reçoit à sa cour Geisalic roi des Wisigoths [8] d’Espagne, chassé du trône par le dux ostrogoth Ibba, qui tente alors vainement d’obtenir l’aide des Vandales.

Il doit combattre des révoltes berbères qui ruinent les villes de Tébessa [9], Timgad [10] ou Lambèse [11] et des principautés indépendants qui se créent aux abords de son royaume comme celle de Mastiès , un chef local qui se fait proclamer imperator [12] dès 476/477 en Mauritanie [13] et règne pendant une quarantaine d’années.

Il a embelli Carthage avec plusieurs monuments et constructions. Les Vandales se sont fixés sur des domaines surtout en proconsulaire [14].

Son cousin, Hildéric, fils d’Hunéric, le fait assassiner avant de lui succéder et de tuer sa femme Amalafride

C’est durant le règne de ce Roi, que les tribus berbères, commandés par Cabaon , portèrent un coup dur à une armée vandale, aux environs de Tripoli, et saccagèrent la ville de Leptis Magna [15] en 523. À partir de cette date malgré la présence de quelques garnisons Vandales, la Tripolitaine [16] est pratiquement perdue, pour toujours, au même titre que furent les Aurès [17] durant le règne de Hunéric.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Audrey Becker-Piriou, « De Galla Placidia à Amalasonthe, des femmes dans la diplomatie romano-barbare en Occident ? », Revue Historique,‎ 2008

Notes

[1] Les Ostrogoths étaient une des deux fractions des Goths, peuple germanique venu des confins de la Baltique et établi au 4ème siècle en Ukraine et en Russie méridionale, au nord de la mer Noire, l’autre fraction étant celle des Wisigoths. Ils jouèrent un rôle considérable dans les événements de la fin de l’Empire romain.

[2] Les Vandales sont un peuple germanique oriental. Lors des Grandes invasions du 5ème siècle, leur migration les conduisit successivement en Gaule, Galice et Bétique en Espagne, Afrique du Nord puis dans les îles de Méditerranée occidentale Ils fondèrent également le « royaume vandale d’Afrique », ou « royaume de Carthage ». L’origine des Vandales est scandinave. Les Sillings seraient originaires du Nord du Jutland, les Hasdings du golfe d’Oslo qu’ils quittent pour le Jutland également : ils sont mentionnés pour la première fois par Tacite. Entre le 1er et le 3ème siècle, ils sont établis en Germanie orientale, dans une région située entre la Vistule et l’Oder, au bord de la mer Baltique.

[3] L’arianisme est un courant de pensée théologique des débuts du christianisme, due à Arius, théologien alexandrin au début du 4ème siècle, et dont le point central concerne les positions respectives des concepts de « Dieu le père » et « son fils Jésus ». La pensée de l’arianisme affirme que si Dieu est divin, son Fils, lui, est d’abord humain, mais un humain disposant d’une part de divinité. Le premier concile de Nicée, convoqué par Constantin en 325, rejeta l’arianisme. Il fut dès lors qualifié d’hérésie par les chrétiens trinitaires, mais les controverses sur la double nature, divine et humaine, du Christ (Dieu fait homme), se prolongèrent pendant plus d’un demi-siècle. Les empereurs succédant à Constantin revinrent à l’arianisme et c’est à cette foi que se convertirent la plupart des peuples germaniques qui rejoignirent l’empire en tant que peuples fédérés. Les wisigoths d’Hispanie restèrent ariens jusqu’à la fin du 6ème siècle et les Lombards jusqu’à la moitié du 7ème siècle.

[4] Abandon volontaire et public d’une religion, en particulier de la foi chrétienne. Pour un prêtre ou un religieux, abandon de l’état sacerdotal ou de la vie religieuse sans avoir obtenu les dispenses canoniques. Renonciation publique à une doctrine, à un parti.

[5] Lilybée ou Lilibeo en grec et en latin Lilybaeum était une importante base navale des Carthaginois en Sicile, c’est l’actuelle Marsala. Ce fut un emplacement stratégique lors des Guerres puniques. C’est la seule cité qui resta aux mains des Carthaginois après l’offensive du roi grec d’Épire Pyrrhus en 278 av. jc. C’est de là que démarra leur reconquête de la Sicile après la mort de celui-ci. Pendant la Première guerre punique, en 250 av. jc, la place forte et le port, tenus par les Carthaginois, firent l’objet d’un siège et d’un blocus par les Romains ; mais la ville était imprenable et le blocus du port ne fut pas efficace à cause de l’habileté d’un marin carthaginois, Hannibal le Rhodien. Après leur défaite navale de Drépane, en 249, les Romains durent renoncer au blocus de Lilybée, qui resta entre les mains des Carthaginois jusqu’à la fin de la guerre. Occupée au 5ème siècle par les Vandales puis par les Ostrogoths, la cité sera cédée vers l’an 500 par le roi ostrogoth Théodoric à sa sœur Amalafrida lors du mariage de celle-ci avec le roi vandale Thrasamund. Prise par le général Bélisaire en 535, elle devient la possession de l’Empire byzantin avant de tomber aux mains des Arabes, nouveaux maîtres de la Sicile, au 9ème siècle.

[6] Les Goths faisaient partie des peuples germaniques. Selon leurs propres traditions, ils seraient originaires de la Scandinavie. Ils provenaient peut-être de l’île de Gotland. Mais ils pourraient également être issus du Götaland en Suède méridionale ou bien du Nord de la Pologne actuelle. Au début de notre ère, ils s’installèrent dans la région de l’estuaire de la Vistule. Dans la seconde partie du 2ème siècle, une partie des Goths migrèrent vers le sud-est en direction de la mer Noire. Dès le 3ème siècle les Goths étaient fixés dans la région de l’Ukraine moderne et de la Biélorussie où ils furent probablement rejoints par d’autres groupes qui ont été plus ou moins intégrés dans la tribu. Les Goths formaient un seul peuple jusqu’à la fin du 3ème siècle. Après un premier affrontement avec l’Empire romain dans le sud-est de l’Europe au début du siècle, ils se séparèrent en deux groupes : les Greuthunges à l’Est et les Tervinges à l’Ouest qui deviendront par la suite les Ostrogoths ou « Goths brillants », à l’Est, et les Wisigoths ou « Goths sages » à l’Ouest.

[7] Carthage est une ville tunisienne située au nord-est de la capitale Tunis. L’ancienne cité punique, détruite puis reconstruite par les Romains qui en font la capitale de la province d’Afrique proconsulaire, est aujourd’hui l’une des municipalités les plus huppées du Grand Tunis, résidence officielle du président de la République, regroupant de nombreuses résidences d’ambassadeurs ou de richissimes fortunes tunisiennes et expatriées. La ville possède encore de nombreux sites archéologiques, romains pour la plupart avec quelques éléments puniques,

[8] Les Wisigoths entrent en Gaule, ruinée par les invasions des années 407/409. En 416 les Wisigoths et leur roi Wallia continuent leur invasion en Espagne, où ils sont envoyés à la solde de Rome pour combattre d’autres Barbares. Lorsque la paix avec les Romains fut conclue par le fœdus de 418, Honorius accorda aux Wisigoths des terres dans la province Aquitaine seconde. La sédentarisation en Aquitaine a lieu après la mort de Wallia. Les Wisigoths pénétrèrent en Espagne dès 414, comme fédérés de l’Empire romain. Le royaume des Wisigoths eut d’abord Toulouse comme capitale. Lorsque Clovis battit les Wisigoths à la bataille de Vouillé en 507, ces derniers ne conservent que la Septimanie, correspondant au Languedoc et une partie de la Provence avec l’aide des Ostrogoths. Les Wisigoths installèrent alors leur capitale à Tolède pour toute la suite. En 575 ils conquièrent le royaume des Suèves situé dans le nord du Portugal et la Galice. En 711 le royaume est conquis par les musulmans.

[9] Tébessa ou Tbessa est une commune d’Algérie, chef-lieu d’une wilaya, située à l’est du pays, entre le massif de l’Aurès et la frontière algéro-tunisienne. La ville remonte à l’époque romaine, où elle portait le nom de Theveste

[10] Timgad ou Thamugadi est une cité antique située sur le territoire de la commune éponyme de Timgad, dans la wilaya de Batna dans les Aurès, au nord-est de l’Algérie. Elle fut fondée par l’empereur romain Trajan en 100 et dotée du statut de colonie. Il s’agit de la dernière colonie de déduction en Afrique romaine. Bâtie avec ses temples, ses thermes, son forum et son grand théâtre, la ville, initialement d’une superficie de 12 hectares, finit par en occuper plus d’une cinquantaine.

[11] Lambèse, officiellement Lambèse-Tazoult, est une ville militaire d’Afrique romaine se situant au nord-est de l’Algérie sur le territoire de la commune de Tazoult dans la région des Aurès, à 10 km à l’est de Batna, sur la route de Timgad et de Khenchela.

[12] empereur

[13] La Maurétanie désigne le territoire des Maures dans l’Antiquité. Il s’étendait sur le Nord-ouest et central de l’actuelle Algérie, et une partie du nord Marocain. Sous Rome, le territoire fut divisé en provinces :
- Maurétanie Césarienne, qui correspond à l’Algérie centrale et occidentale. La capitale était Caesarea (actuelle Cherchel ou Cherchell).
- Maurétanie Sitifienne , créée par Dioclétien pour la partie orientale de la Maurétanie Césarienne avec Sitifis (actuelle Sétif en Algérie) comme capitale.
- Maurétanie Tingitane, qui correspond à peu près au Nord du Maroc actuel. Les villes principales sont Volubilis, Sala, Lixus, Banasa, Ceuta, Melilla et Tingis (actuelle Tanger) qui en était le chef-lieu. Elle fut attachée administrativement à la province d’Espagne (la Bétique) Le nom a donné aujourd’hui Mauritanie, qui est un État d’Afrique de l’ouest, situé au sud du Sahara, adhérant à la Ligue arabe.

[14] L’Afrique ou Afrique proconsulaire, est une ancienne province romaine qui correspond à l’actuelle Tunisie, plus une partie de l’Algérie et de la Libye actuelle.

[15] Leptis Magna ou Lepcis Magna, était une des villes importantes de la république de Carthage. Sous Dioclétien, en 303, lors de la partition de l’Afrique Proconsulaire, elle devient la capitale de la nouvelle province, la Tripolitaine. Ses ruines sont situées près de la ville actuelle de Khoms, à environ 120 km à l’est de Tripoli, sur l’embouchure de l’oued Lebda en Libye.

[16] La Tripolitaine est une région historique de la Libye dont le nom, qui signifie « trois villes » en grec ancien, vient de Oea, Leptis Magna et Sabratha, les trois villes les plus importantes de la région depuis l’Antiquité. La Tripolitaine a ensuite donné son nom à Tripoli, appellation moderne d’Oea.

[17] L’Aurès est une région d’Algérie située à l’est de ce pays, caractérisée à la fois par sa riche histoire, son relief principalement montagneux et par son peuplement traditionnel (le groupe berbérophone des Chaouis). Cette région, dont le nom remonte à l’Antiquité, faisait partie, avant la conquête romaine du territoire de l’ancienne Numidie.