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Samson de Dol dit Saint Samson de Dol

vendredi 27 mars 2020, par ljallamion

Samson de Dol dit Saint Samson de Dol (mort vers 565)

L'icône de saint Samson de Dol peinte pour l'Association orthodoxe Sainte-Anne (Bretagne).Un des nombreux saints bretons que les traditions font venir des pays celtiques d’outre-Manche. Il est l’un des sept saints fondateurs de Bretagne. La ville de Dol-de-Bretagne [1] est une étape du pèlerinage médiéval des sept saints de Bretagne continentale appelé Tro Breizh [2].

Il a fondé l’abbaye de Dol et il est le patron du diocèse dont celle-ci devint le chef-lieu à l’époque carolingienne. Sa souscription aux Actes du Concile de Paris vers 560 atteste de l’historicité de cet évêque. Une première Vie, écrite en latin , est la tête de série de l’hagiographie [3] bretonne.

Contrairement à beaucoup d’autres saints bretons du Haut Moyen Âge, saint Samson est un personnage historiquement attesté : il a signé les actes du 3e concile de Paris en 562, et le roi Childebert 1er lui a fait don du site où il a fondé l’abbaye de Pental [4].

Selon sa Vita, Amon et Anna, ses parents, avaient longtemps attendu d’avoir un enfant. Pour le consacrer à Dieu, ils l’envoyèrent au monastère de Llaniltud Fawr [5]. Il y fut l’élève de saint Ildut qui a aussi laissé son nom à Lanildut [6]. Selon des traditions plus tardives, Samson se serait fait remarquer par sa capacité à commander aux oiseaux destructeurs de récolte. Il convertit ses parents à la vie monastique et accéda à la tête du monastère d’Ynys Bŷr [7] à la suite de la mort accidentelle de l’abbé Piron ou Pyro.

Après un séjour en Irlande, il fut consacré évêque par saint Dubrice et émigra vers les Cornouailles [8] où il s’installa à Golant, dans une caverne dont il avait chassé un serpent.

Il franchit ensuite la Manche en direction de la Bretagne continentale où il s’établit d’abord à Plougasnou [9] dans un petit hameau qui porte encore le nom de Saint-Samson et non loin duquel il fonda le monastère de Lanmeur [10], puis il s’établit à Dol [11]. Il s’entremit alors dans une crise politique entre le roi franc Childebert 1er et le chef breton Judual qu’il contribua à rétablir dans ses droits sur la Domnonée [12]. La donation par le Mérovingien du monastère de Pentale [13] paracheva la mise en place par Samson, de part et d’autre de la Manche, d’un réseau monastique contrôlé par sa famille.

Au 9ème siècle, à la suite d’une querelle entre le pouvoir politique breton et les évêques francs placés à la tête des évêchés de Bretagne, Nominoë remplaça ceux-ci par des évêques bretons. La résistance des évêques francs soutenus par leur archevêque de Tours mena les rois bretons à soustraire à celui-ci l’obédience de ces évêchés au profit de Dol, érigé pour l’occasion en archevêché. Jusqu’à la fin du 12ème siècle, Dol a tenu la dignité archiépiscopale ayant autorité sur la plupart des autres évêchés bretons, malgré les contestations de l’archevêque de Tours et la résistance des évêques du sud de la péninsule. Le pape Grégoire VII et ses successeurs accordèrent provisoirement le pallium [14] et le titre d’archevêque à Dol.

Après quelques hésitations, Adrien IV finit par relever Hugues de Dol de l’obéissance à Tours et par lui donner pallium et titre d’archevêque. Dol, comme toute la Bretagne, étant tombé dans les mains d’Henri II Plantagenêt, les rois de France soutinrent avec véhémence la prééminence de Tours. Et, en 1199, Philippe-Auguste obtint du pape Innocent III qui reprit toutes les pièces depuis l’origine du différend, un jugement définitif et sans appel en faveur de Tours. Les évêques bretons durent s’y soumettre en 1201.

L’évêché de Dol avait comme relative particularité d’avoir un territoire très restreint autour du siège épiscopal et d’avoir juridiction sur de nombreuses enclaves réparties dans les autres diocèses bretons ainsi qu’en Normandie dans le Marais Vernier [15] dont quatre paroisses dépendirent de Dol jusqu’en 1791.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de JC. Poulin, Hagiographie et politique. La première Vie de saint Samson de Dol, Forschungen zur Westeuropäischen Geschichte München 1977, vol. 5

Notes

[1] Dol-de-Bretagne est une commune française située dans le département d’Ille-et-Vilaine, en Région Bretagne.

[2] Tour de Bretagne

[3] L’hagiographie est l’écriture de la vie et/ou de l’œuvre des saints. Pour un texte particulier, on ne parle que rarement d’« une hagiographie », mais plutôt d’un texte hagiographique ou tout simplement d’une vie de saint. Le texte hagiographique étant destiné à être lu, soit lors de l’office des moines soit en public dans le cadre de la prédication. Un texte hagiographique recouvre plusieurs genres littéraires ou artistiques parmi lesquels on compte en premier lieu la vita, c’est-à-dire le récit biographique de la vie du saint. Une fresque à épisode est également une hagiographie, de même qu’une simple notice résumant la vie du bienheureux. Par rapport à une biographie, l’hagiographie est un genre littéraire qui veut mettre en avant le caractère de sainteté du personnage dont on raconte la vie. L’écrivain, l’hagiographe n’a pas d’abord une démarche d’historien, surtout lorsque le genre hagiographique s’est déployé. Aussi les hagiographies anciennes sont parsemées de passages merveilleux à l’historicité douteuse. De plus, des typologies de saints existaient au Moyen Âge, ce qui a conduit les hagiographes à se conformer à ces modèles et à faire de nombreux emprunts à des récits antérieurs.

[4] sur l’actuelle commune de Saint-Samson-de-la-Roque, dans l’Eure

[5] aujourd’hui Llantwit Major près de Cardiff

[6] au nord-ouest de Brest

[7] aujourd’hui ’abbaye de Caldey’

[8] Les Cornouailles ou la Cornouailles est un comté d’Angleterre et une nation celtique situé à l’extrémité sud-ouest du pays. Sa capitale est Truro. Limité à l’est par le fleuve Tamar, il a une superficie de 3 563 km²

[9] Plougasnou est une commune française, située dans le département du Finistère, à environ 75 km à l’est de Brest.

[10] Lanmeur est une commune du département du Finistère. La paroisse de Lanmeur, enclavée dans l’évêché de Tréguier, faisait partie du doyenné de Lanmeur relevant de l’évêché de Dol et était sous les vocables de saint Mélar et saint Samson, lequel, alors qu’il vivait dans l’actuel hameau de Saint-Samson en Plougasnou, aurait fondé un monastère à Lanmeur, dénommé Kerfeunteun (« village de la fontaine » en breton), nom que porta par la suite pendant un temps la paroisse de Lanmeur. Saint Samson alla par la suite s’établir à Dol (aujourd’hui Dol-de-Bretagne en Ille-et-Vilaine), ce qui explique pourquoi Lanmeur et des paroisses avoisinantes dépendaient sous l’Ancien Régime de l’évêché de Dol. Le monastère de saint Samson aurait été détruit par les Normands dans le courant du 9ème siècle et c’est ensuite que l’église paroissiale actuelle aurait été construite.

[11] aujourd’hui Dol-de-Bretagne en Ille-et-Vilaine

[12] La Domnonée (lat. Dumnonia) désigne au 6ème siècle deux royaumes bordant les deux rivages occidentaux de la Manche. Située en Grande-Bretagne, alors appelée « Bretagne insulaire », ce royaume s’est étendu sur l’actuel comté de Devon (ce dernier nom étant l’évolution du mot Dumnonia), et antérieurement aussi sur le domaine des Durotriges autour de Dorchester dans le Dorset jusqu’en 614 et le Somerset jusqu’en 658. Les Cornouailles étaient peut-être aussi incluses car le roi Ine de Wessex n’atteint le Tamar qu’en 710. D’ailleurs, en anglais, on distingue la Dumnonée (Dumnonia), pays insulaire, de la Domnonée, pays continental

[13] Saint-Samson-de-la-Roque

[14] Le pallium est un ornement liturgique catholique dont le port, sur la chasuble, est réservé au pape, aux primats, aux archevêques métropolitains et à quelques rares évêques, pendant la célébration de la messe. Il vient du latin pallium qui signifie manteau.

[15] Le Marais-Vernier est une région naturelle du département de l’Eure en région Normandie. Issue d’un ancien méandre de la Seine, cette région constitue une dépression semi-circulaire de 4 500 hectares qui regroupe prairies humides, marais, roselières, canaux, mares, étangs, tourbières, courtils et bocages. Cette mosaïque de paysages dans un seul et unique ensemble représente une entité écologique exceptionnelle dans les plaines du Nord-Ouest de l’Europe.