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L’histoire pour le plaisir

Nominoë

mardi 30 décembre 2014, par ljallamion

Nominoë (vers 800-851)

Roi de Bretagne de 845 à 851

Statue de Nominoë sur le parvis de la cathédrale Saint-Samson de Dol-de-Bretagne.Il fut à l’origine de la naissance d’une Bretagne unifiée et indépendante, d’où le qualificatif de père de la Patrie

Les moines de l’Abbaye de Saint-Florent-le-Vieil [1] dont il avait incendié le monastère ont complaisamment reproduit, dans une prose rythmée nommée “Versiculi ou Versus de eversione monasterii Glonnensis”, une légende qui indique que Nominoë était fils d’un paysan enrichi par la découverte d’un trésor, indications reprises par les Francs d’Anjou, hypothèse totalement fantaisiste car à l’époque carolingienne seuls les laïcs issus de familles de la haute aristocratie avaient le quasi-monopole des charges publiques.

Une charte de 834 le qualifie de prince des Vénètes [2], mais c’est seulement en raison de sa fonction de comte de Vannes. Il semblerait qu’il soit originaire du Poher [3], la région de Carhaix [4]

Selon Arthur de La Borderie , Nominoë est comte de Vannes dès juillet 819. Toutefois le titulaire de ce comté carolingien Gui II de Vannes exerçait encore sa fonction de comte de Vannes dans un acte du 16 janvier 830 daté de la 17ème année de Louis le Pieux. Il semble donc que l’autorité de Nominoë se limitait à une partie du comté avant qu’il ne soit reconnu comme “gubernans in Brittanniam” à partir de 833, “missus in Brittanniam” à partir de 837 par Louis le Pieux.

Nominoë apparaît pour la première fois dans un acte exerçant une charge publique comme “magistro in Britanniam” lors d’une donation en faveur de l’Abbaye de Redon [5] le 9 février 833.

À la mort de l’Empereur Louis en 840, il soutient dans un premier temps Lothaire 1er avant de se rallier à Charles le Chauve qui lui reconnaît le titre de “missus dominicus ducatus”, lorsque Nominoë lui rend l’hommage au printemps 841. Puis il entre en rébellion ouverte contre l’administration franque.

Nominoë trouve à cette époque un allié local en la personne de Lambert II de Nantes, fils d’un précédent comte de Nantes lui aussi ancien partisan de Lothaire, mais non confirmé dans cette charge par Charles le Chauve.

À la suite des batailles de Messac [6] en 843 et de Ballon [7] en 845, le roi Charles doit reconnaître l’autorité de Nominoë sur la Bretagne. Au cours de l’été 846 Charles et Nominoë concluent un traité. Charles accorde au Breton le titre officiel de dux et le dispense de tribut en échange de la reconnaissance de sa suzeraineté personnelle sur la Bretagne. En 847/848 Nominoë, occupé à résister difficilement aux attaques des Vikings sur la Bretagne qui lui infligent 3 défaites, ne mène aucune expédition contre la Neustrie [8].

Le pouvoir carolingien disposait en Bretagne d’évêques acquis à son autorité à Quimper, Vannes, Dol-de-Bretagne et Saint-Pol-de-Léon. Cette situation était inacceptable pour Nominoë qui désirait affirmer son émancipation. Ne pouvant rien attendre du pouvoir franc ni de l’archevêque de Tours dont dépendait la Bretagne, Nominoë se tourne vers le Pape Léon IV et lui envoie en 848 une délégation menée par Conwoïon l’abbé de Redon.

Le Pape réserve aux Bretons un bon accueil, il donne quelques reliques à Conwoïon mais refuse de se prononcer sur la déposition des évêques. Il se contente de préconiser la tenue d’un synode de 12 évêques devant lesquels les prélats en cause doivent comparaître.

Comme il était impossible de réunir une telle assemblée en Bretagne, Nominoë se résout à un coup de force. En avril 849 il réunit à Coët Louh une assemblée de clercs et de laïcs, et les évêques Suzannus de Vannes , Félix de Quimper, Salacon de Dol et Liberalis de Léon sont condamnés pour simonie [9], déposés et remplacés par des évêques bretons.

Les incursions bretonnes s’étendent jusqu’aux abords de Bayeux. En 849 Nominoë est de nouveau en guerre contre Charles le Chauve qui rappelle Lambert II et lui confie de nouveau la marche de Bretagne.

En février 850 Nominoë reprend ses agressions et occupe Angers et ses alentours. Lambert II trahit une nouvelle fois son suzerain et s’allie avec le chef breton. Alors que vers le 15 août 850 Charles le Chauve s’avance vers la Vilaine, Nominoë et Lambert II s’emparent de Rennes et de Nantes et lancent ensuite des raids sur le Bessin [10] et le comté du Maine [11] où Le Mans qui est prise à son tour.

Nominoë meurt subitement au cours d’une expédition en profondeur dans la Beauce près de Vendôme le 7 mars 851 après avoir une nouvelle fois occupé le Maine et l’Anjou. Il est inhumé dans l’abbaye Saint-Sauveur de Redon.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Hervé Le Boterf, Nominoë et l’épopée des Rois de Bretagne, Paris, France-Empire,‎ 1981

Notes

[1] L’abbaye de Saint-Florent-le-Vieil ou abbaye de Saint-Florent du Mont-Glonne est une abbaye bénédictine située à Saint-Florent-le-Vieil, en France. En 849, Nominoë traverse la Loire et assiège le monastère qui est partiellement détruit. Il est par la suite reconstruit avec l’aide de Charles le Chauve et de Nominoë. L’arrivée des vikings au milieu du 9ème siècle s’avère funeste. Vers juin ou juillet 853, ils pillent et brûlent le monastère, et établissent leur port et camp fortifié sur l’Île Batailleuse.

[2] Les Vénètes sont un des peuples de Gaule celtique. Leur territoire occupait approximativement le royaume du Bro Waroch créé plus tard, au 5ème siècle, futur pays de Vannes et département du Morbihan. Le peuple des Vénètes, dont la capitale se situa probablement à Locmariaquer jusqu’au 1er siècle av. J.-jc, est notamment connu parce que cité par Jules César dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules en tant que peuple rebelle à l’empire romain.

[3] Le Poher est un pays traditionnel de Bretagne situé entre les monts d’Arrée et les montagnes Noires, aussi appelé « Haute-Cornouaille ». Ce fut une principauté apparue au haut Moyen Âge dans le centre-ouest de la Bretagne, en Cornouaille, et dont la capitale était la cité gallo-romaine de Vorgium, capitale des Osismes, devenue Carhaix après la chute de l’Empire romain.

[4] Carhaix-Plouguer est une commune française du département du Finistère, en région Bretagne. C’est une ville bretonne du Poher. Dès l’époque romaine, Vorgium (Carhaix) a été un véritable carrefour, les Annales de Lausanne en 818 dénomment même Carhaix (où Louis Le Pieux et son ost (= armée) aurait séjourné à cette date) Corophesium (= carrefour) en raison de sa position centrale dans l’ouest de la péninsule armoricaine : huit voies romaines sortaient de Carhaix allant, en tenant compte des embranchements, dans 12 directions différentes.

[5] L’abbaye Saint-Sauveur de Redon, fondée en 832 par Conwoïon et reconnue le 18 juin 834 par Nominoë, est une ancienne abbaye bénédictine de Bretagne à Redon, dans le département d’Ille-et-Vilaine, dépendante de l’ancien diocèse de Vannes.

[6] En 843, la bataille de Messac voit s’affronter, à Messac (Ille-et-Vilaine), les troupes franques de Renaud de Nantes contre les troupes bretonnes de Nominoë et de son allié Lambert II de Nantes, rallié aux Bretons de Nominoë et aux Vikings d’Hasting.

[7] La bataille de Ballon opposa les troupes franques de Charles le Chauve aux Bretons de Nominoë, et fut remportée par ce dernier le 22 novembre 845.

[8] Royaume franc qui couvrait le nord-ouest de la France actuelle, et avait pour capitale Soissons. Néanmoins, il semble que le terme de Neustrie ne soit apparu qu’un siècle après la création du royaume. La Neustrie avait été créée lors du partage qui suivit la mort de Clovis 1er, en 511, et revint à Clotaire 1er, qui, au terme de son long règne de 50 ans, avait réussi à reconstituer le royaume de son père. Elle fut le 2ème grand royaume franc né lors des partages successoraux mérovingiens à partir des territoires conquis sur Syagrius. Son aire géographique était limitée par la Loire au sud, l’océan Atlantique et la Basse-Bretagne à l’ouest, et la Champagne à l’est. Elle s’étendait jusqu’en Flandre au nord.

[9] Commerce de biens religieux ou de choses spirituelles, qui fut courant jusqu’à sa condamnation formelle par le concile de Trente.

[10] Le Bessin est un pays de la Normandie autrefois appelé Pagus Baiocensis (pays de Bayeux). Ses habitants gaulois étaient les Bajocasses ; ils sont aujourd’hui les Bessinois. Le pays du Bessin désigne aujourd’hui la région de Bayeux, dans le Calvados. Cependant, son assiette géographique dépasse les limites actuelles du Bessin proprement dit ; le Bessin est à l’origine le territoire compris entre l’Orne et la Vire.

[11] Le Maine est une région historique et culturelle française, correspondant à une ancienne province et dont la capitale est Le Mans. Le Maine fut aussi un comté puis un duché. Bien que la province ait disparu, le terme « Maine » est encore utilisé pour définir le territoire de la Sarthe et de la Mayenne. Le territoire du Maine correspond en effet à ces deux départements. Ils ont toutefois aussi reçu des territoires de l’Anjou et, dans le cas de la Sarthe, du Perche.