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L’histoire pour le plaisir

Philippe d’Orléans dit le Régent

mardi 17 mars 2015, par ljallamion

Philippe d’Orléans dit le Régent (1674-1723)

Duc de Chartres puis duc d’Orléans en 1701-Duc de Valois-Duc de Nemours-Duc de Montpensier-Régent du royaume de France

Le régent, Philippe d'Orléans, par Jean-Baptiste Santerre.Né à Saint-Cloud Petit-fils de Louis XIII, fils de Philippe de France dit Monsieur et de sa seconde épouse, la princesse palatine Élisabeth Charlotte de Bavière , il est aussi le neveu de Louis XIV.

Philippe d’Orléans est d’abord titré duc de Chartres. Il reçoit une éducation soignée, principalement tournée vers la fonction militaire et diplomatique, comme il sied à un petit-fils de France.

Il s’intéresse particulièrement à l’histoire, la géographie, la philosophie et aux sciences. Contrairement à son oncle et à son père, il monte mal, se montre mauvais danseur et n’aime pas la chasse. En revanche, il a la prodigieuse mémoire de son oncle, très tôt, il connaît sur le bout des doigts les mémoires et généalogies des grandes familles de la cour. Il a aussi une grande capacité de travail et de l’intelligence.

Néanmoins, avec la naissance des trois fils du Grand Dauphin, fils aîné de Louis XIV le duc de Bourgogne en 1682, le duc d’Anjou en 1683, le duc de Berry en 1686, il se retrouve sixième dans la ligne de succession au trône, ce qui ne lui laisse que bien peu d’espérances de régner et ne le place pas dans la meilleure situation pour faire un mariage avantageux. De plus, la France est en guerre avec la presque totalité de l’Europe, ce qui rend impossible un mariage étranger.

Aussi, dès 1688, Louis XIV fait allusion à Françoise Marie de Bourbon dite Mademoiselle de Blois , bâtarde légitimée. Ce mariage parachèverait la politique d’abaissement des branches cadettes de la maison de Bourbon voulue par le Roi Soleil, mais Monsieur et sa femme, la Princesse Palatine, jugent une telle union tout simplement scandaleuse, indigne et pour tout dire inimaginable. Le duc de Chartres est plus hésitant, d’autant que l’idée est soutenue par son précepteur, l’ abbé Dubois .

Au début de 1692, Louis XIV convoque son neveu et lui déclare qu’il ne peut mieux lui témoigner son affection qu’en lui donnant en mariage sa propre fille Françoise-Marie de Bourbon, ce à quoi le jeune homme ne sait répondre qu’en balbutiant un remerciement embarrassé. La Palatine, apprenant l’issue de l’entrevue, jette de hauts cris mais ne peut affronter le roi, d’autant qu’elle sait ne pouvoir compter sur le soutien de son mari qui ne se révolta que peu de temps avant sa mort, lançant à son frère que : « Sans tirer aucun profit de ce mariage, Chartres n’en gardera que la honte et le déshonneur ». Le mariage n’en a pas moins lieu, le 18 février 1692.

L’année précédente, Chartres avait commencé la carrière des armes aux Pays-Bas, aux côtés de Louis XIV. Très vite, il s’avère un bon officier, aimé de ses soldats, enchaînant les campagnes. En 1693, il se distingue par une brillante conduite à Mons [1], à Steinkerque [2] et à la Bataille de Neerwinden [3]. Il se montre également très critique vis-à-vis de la stratégie de l’armée de Flandre. Ses quelques initiatives, de portée certes modeste, s’avèrent en revanche des succès. À la cour, les comparaisons fusent avec le Grand Condé, ce qui lui attire la jalousie des autres princes du sang.

Désireux de calmer le jeu, Louis XIV rappelle tous les princes en 1697. Le duc de Chartres vit cette décision comme un camouflet personnel. On ne lui accorde aucun grand gouvernement, à la différence des bâtards, et on le prive de grand commandement.

Il sait que son oncle désapprouve sa conduite. Depuis l’adolescence, il fréquente les milieux libertins et mène une vie dissolue, ce que réprouve le strict duc de Saint-Simon, son ami d’enfance, qui reste pourtant à ses côtés lors de cette période de disgrâce. Il reçoit, à la mort de son père en 1701, le titre de duc d’Orléans. Rappelé à l’armée lors des campagnes difficiles de la guerre de Succession d’Espagne [4], il prouve sa bravoure à Turin [5] en 1706.

En mars 1707, il est nommé pour commander les armées françaises en Espagne. Il accepte assez mal que le Duc de Berwick Jacques 1er Fitz-James ait précipité la bataille pour remporter un jour avant son arrivée, donc sans lui, une victoire. Philippe d’Orléans marche sur Saragosse qu’il prend, et fait de même avec Lérida. Il rentre à Versailles et revient en Espagne en février 1708 pour entamer le siège de Tortosa, siège appelé à l’échec selon les jaloux Prince de Condé et Prince de Conti. Le 11 juillet Tortosa capitule.

Condé et Conti envoient le marquis de Dangeau Philippe de Courcillon complimenter Madame, la mère de Philippe d’Orléans, persuadés que la nouvelle était fausse. Ils en sont pour leurs frais et doivent constater la victoire de leur rival dans les faveurs du roi.

Mais, l’ambition du duc d’Orléans le fait participer à des réunions où l’on évoque ce qui pourrait advenir, si Philippe V venait à quitter son trône. Un personnage agissant en son nom se fait repérer et la princesse des Ursins Marie-Anne de La Trémoille , intriguant contre la France de façon maladroite, réussit à convaincre la couronne d’Espagne qu’Orléans voulait le renverser. Ce dernier rentre en France et paraît à Versailles comme si de rien n’était. Louis XIV, avant de mourir, certifiera qu’une enquête avait été menée et que rien ne justifiait les soupçons de la cour d’Espagne.

Son ambition mal déguisée et son goût pour la chimie le font soupçonner d’avoir contribué aux morts du dauphin et de sa famille. Louis XIV lui témoigne froideur et défiance et lui impose, par son testament secret, la présence des légitimés dans le Conseil de régence. Ce testament sera cassé, de façon curieuse, par le Parlement. Ces soupçons d’empoisonnement semblent d’autant moins justifiés qu’au moment des faits, pour accéder à la couronne de France, Philippe d’Orléans aurait dû assassiner le nouveau Dauphin et futur Louis XV , mais également Philippe V d’Espagne, qui venait avant lui dans l’ordre de succession.

Le lendemain de la mort de Louis XIV, le 2 septembre 1715, conformément à l’usage, la lecture du testament royal est effectué lors d’une séance solennelle au Parlement de Paris [6], rassemblant toutes les Cours souveraines, les princes du sang et les ducs et pairs, qui devait proclamer la régence. Dans son testament, Louis XIV tente de limiter les pouvoirs du duc d’Orléans, et indique alors la composition du conseil de régence, véritable conseil de gouvernement.

Il confia ainsi au duc du Maine Louis-Auguste de Bourbon, un de ses bâtard légitimé, la garde et la tutelle du jeune Louis XV en le nommant régent du royaume, disposant également de la Maison militaire. Philippe d’Orléans, adulte de la famille royale le plus proche du roi, qui disposait alors de la charge, purement honorifique, de « président du conseil de régence », s’efforça de faire casser un testament qui le privait de prérogatives qu’il jugeait dues à sa naissance. Le Parlement le reconnaît donc comme seul régent, ce qui lui permet de réorganiser le Conseil à son gré et d’évincer le duc du Maine, bientôt exclu de la succession au trône que son père lui avait accordée.

Toutefois, le Régent doit, pour rallier le Parlement de Paris à sa cause, lui restituer le droit de remontrance [7] supprimé par Louis XIV, ce qui n’est pas sans conséquence au 18ème siècle.

Il tente de séduire les Français par une politique nouvelle. La paix est rétablie. Il soutient les jansénistes [8], abandonne la cause des Stuarts, tente de rétablir les finances et l’économie avec les audaces de Law . En entamant sa régence, il adresse, le 4 octobre 1715, une Lettre à Mrs les intendans commissaires départis dans les provinces, dans laquelle il déclare que sa préoccupation majeure est le poids excessif des différentes taxes et annonce son intention d’établir un système d’imposition plus juste et plus égalitaire.

Sur le plan de l’organisation du gouvernement, le Régent entame la politique de polysynodie [9], sans doute sous l’influence de son ami Saint-Simon, le remplacement des ministres par des conseils rassemblant des grands seigneurs et des techniciens. Mais il s’impose aux parlements et aux légitimés en septembre 1718, prend les armes contre l’Espagne dans une alliance avec Londres et Vienne en janvier 1719.

La personnalité de l’abbé Dubois, son ancien précepteur, devenu archevêque, cardinal et ministre, s’impose de plus en plus auprès de Philippe, le fonctionnement de la polysynodie devenant de plus en plus difficile.

Le régent réside au Palais-Royal qui devient, de 1715 à 1723, le cœur de la vie politique et artistique, supplantant Versailles. Sur le plan personnel, le régent n’a rien changé à sa vie frivole.

Cependant quand les calamités fondent sur le royaume, incendies, peste de Marseille, effondrement du système de Law, le pays souffre et gémit, on accuse l’irréligion du Régent. La sagacité et la finesse du cardinal Dubois dans les affaires, l’énergie intermittente du Régent et l’absence de toute opposition organisée font que la monarchie reste debout. Louis XV est sacré le 25 octobre 1722 et confirme le cardinal Dubois comme principal ministre, mais celui-ci meurt le 10 août 1723.

Philippe d’Orléans lui demande alors la place de principal ministre que Louis XV, qui a pour lui la plus vive affection, lui accorde sans hésiter. C’est la première fois dans l’histoire de la monarchie qu’un petit-fils de France est investi de telles fonctions. Le duc d’Orléans se plonge dans les affaires avec ardeur. Mais il n’est pas en bonne santé, ayant beaucoup grossi et étant sujet à de fréquentes somnolences. Il meurt peu de temps après, le 2 décembre 1723.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Laurent Lemarchand, Paris ou Versailles ? La monarchie ’, Paris : absolue entre deux capitales, 1715-1723, Paris : Comité des travaux historiques et scientifiques, 2014.

Notes

[1] Mons est une ville francophone de Belgique située en Région wallonne. Ancienne capitale des comtes de Hainaut, chef-lieu de la province de Hainaut, ville principale de l’arrondissement de Mons, elle est le siège d’une des cinq cours d’appel du pays.

[2] La bataille de Steinkerque eut lieu le 3 août 1692 et se solda par une victoire française sur la Ligue d’Augsbourg.

[3] La bataille de Neerwinden ou de Landen eut lieu dans le cadre de la guerre de la Ligue d’Augsbourg le 29 juillet 1693 entre l’armée française sous le commandement du maréchal de Luxembourg et les forces alliées sous les ordres de Guillaume d’Orange.

[4] La guerre de succession d’Espagne est un conflit qui a opposé plusieurs puissances européennes de 1701 à 1714, dont l’enjeu était la succession au trône d’Espagne à la suite de la mort sans descendance du dernier Habsbourg espagnol Charles II et, à travers lui, la domination en Europe. Dernière grande guerre de Louis XIV, elle permit à la France d’installer un monarque français à Madrid : Philippe V, mais avec un pouvoir réduit, et le renoncement, pour lui et pour sa descendance, au trône de France, même dans le cas où les autres princes du sang français disparaîtraient. Ces conditions ne permettaient pas une union aussi étroite que celle qui était espérée par Louis XIV. La guerre de succession donna néanmoins naissance à la dynastie des Bourbons d’Espagne, qui règne toujours aujourd’hui.

[5] La bataille de Turin mit un terme au siège entrepris par les Français depuis le 14 mai 1706, et remit en cause la campagne d’invasion de la Savoie et du Piémont par les armées de Louis XIV. Le prince Eugène de Savoie-Carignan et le duc Victor-Amédée II de Savoie parvinrent à libérer la ville en infligeant à l’assiégeant des pertes telles que les Français durent se retirer du Piémont.

[6] Le parlement de Paris est une institution française de l’Ancien Régime. Il fait partie des cours souveraines, rebaptisées cours supérieures à partir de 1661 (début du règne personnel de Louis XIV). Issu de la Curia regis médiévale, le parlement apparaît au milieu du xiiie siècle et prend progressivement son autonomie pour juger le contentieux sous forme d’un organe spécialisé aux sessions régulières, la curia in parlamento, que saint Louis établit dans l’île de la Cité, à côté du palais de la Cité, et qui reçoit sa première réglementation générale avec une ordonnance de Philippe III le Hardi en 1278. À partir du 15ème siècle, treize autres parlements furent érigés à partir d’institutions locales parfois beaucoup plus prestigieuses, comme l’échiquier de Normandie, ou beaucoup plus anciennes, comme les États de Provence, ou mêmes créés ex nihilo ; néanmoins, celui de Paris, cour de justice du Roi, ultime suzerain, et donc d’ultime recours, devint ainsi prééminent. On le mentionnait souvent simplement comme « le Parlement ».

[7] Le droit de remontrance est, durant l’Ancien Régime, le droit du Parlement de contester un édit royal avant son enregistrement s’il estime que l’édit est contraire aux intérêts du peuple ou aux principes de la monarchie. Pour imposer sa volonté au parlement, le roi peut en premier lieu émettre une lettre de jussion qui ordonne expressément au parlement d’enregistrer. Si l’assemblée s’obstine encore par des « remontrances itératives », le roi peut forcer l’enregistrement par la tenue d’un lit de justice. Les Rois de France du17 et 18ème siècle vont tenter, tour à tour, de supprimer ce droit afin d’asseoir leur autorité.

[8] Le jansénisme est un mouvement religieux, puis politique, qui se développe aux 17ème et 18ème siècles, principalement en France, en réaction à certaines évolutions de l’Église catholique, et à l’absolutisme royal. Les jansénistes se distinguent aussi par leur rigorisme spirituel et leur hostilité envers la compagnie de Jésus et sa casuistique, comme envers un pouvoir trop puissant du Saint-Siège. Dès la fin du 17ème siècle, ce courant spirituel se double d’un aspect politique, les opposants à l’absolutisme royal étant largement identifiés aux jansénistes. Le jansénisme naît au cœur de la réforme catholique. Il doit son nom à l’évêque d’Ypres, Cornélius Jansen, auteur de son texte fondateur l’Augustinus, publié en 1640. Cette œuvre est l’aboutissement de débats sur la grâce remontants à plusieurs dizaines d’années, coïncidant avec l’hostilité grandissante d’une partie du clergé catholique envers la compagnie de Jésus ; il prétend établir la position réelle de Saint Augustin sur le sujet, qui serait opposée à celle des jésuites, ceux-ci donnant une importance trop grande à la liberté humaine.

[9] La polysynodie est un système de gouvernement par conseil instauré en France de 1715 à 1718 par Philippe d’Orléans au début de sa régence. Chaque domaine, et question sujette à un domaine, est discuté par le conseil particulier subordonné au Conseil de régence. En réaction au règne précédent, le système visait à associer la noblesse au gouvernement de la France. Par exemple, une guerre potentielle est discutée par le Conseil de la guerre, qui rassemble des membres de la haute noblesse ainsi que des notables. Ensemble, ils doivent discuter des faits, des solutions possibles, pour finalement apporter au Régent et à son Conseil de Régence un bilan et la marche à suivre.