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L’histoire pour le plaisir

Jean ou John Law de Lauriston

mardi 23 juin 2015, par ljallamion

Jean ou John Law de Lauriston (1671-1729)

Banquier et économiste écossais

Portrait contemporain de John Law, par Alexis Simon Belle (National Portrait Gallery).Il fut l’inventeur du Système, puis ministre des Finances du royaume de France, qui lui doit l’introduction du billet de banque et d’une des premières bourses au monde. Son idée économique est que l’argent est un moyen d’échange et ne constitue pas une richesse en soi. La richesse nationale dépend du commerce. Pour la France, il est le père de la finance et de l’utilisation du papier-monnaie à la place du métal et des factures. Il est aussi un acteur central de l’histoire des bourses de valeurs pour avoir réalisé les premières grandes émissions de titres.

Fils de William Law of Brunton et de Jeanne Campbell. Il descend de James Law . Il fut fait marquis d’Effiat, de Charleval et de Toucy, comte de Tancarville le 30 juin 1718 et comte de Valençay. Il posséda les châteaux de Roissy-en-France disparut aujourd’hui, de Domfront [1], de Gonfreville-l’Orcher [2], de Guermantes [3] et de Gerponville.

Il était le fils d’un banquier d’Édimbourg très influent dans sa corporation, qui savait mener avec brio des opérations de change aussi complexes que risquées, ce qui sans doute fut à l’origine de la propre vocation de banquier et de preneur de risques de John Law.

Il est aussi joueur et possède d’étonnantes capacités de calcul mental. À dix-sept ans, il hérite de la fortune de son père. Le 9 avril 1694, lors d’un duel, il tue son adversaire, Edward Wilson, pour obtenir les faveurs d’Elizabeth Villiers, plus tard comtesse d’Orkney.

À vingt-trois ans, il est jugé coupable et condamné à mort, par pendaison. Du fait qu’il s’agit d’un homicide involontaire, la peine est commuée en amende, mais le frère de Wilson fait appel et Law est condamné à une peine de prison. Il échappe à cette nouvelle sentence en s’enfuyant à Amsterdam, où il se met à étudier la banque.

Il publie plusieurs essais théoriques sur la masse monétaire dans l’économie, mais ses écrits n’ont pas un grand retentissement. Pendant vingt ans, il va parcourir l’Europe pour proposer ses idées, mais elles sont partout rejetées.

À Venise, il étudie les jeux d’argent, et ses observations lui permettent d’accumuler méthodiquement une fortune considérable. Toujours à Venise, il s’initie aussi aux techniques bancaires les plus évoluées de l’époque. Il observa que les négociants vénitiens se séparaient facilement de leur monnaie d’or et d’argent pour prendre du papier, afin de faciliter leurs affaires et ainsi accroître leurs profits.

Il mûrit alors l’idée de créer une banque dans l’un des multiples royaumes européens qui n’en possédaient pas. Les banques commerciales qui fonctionnaient déjà à Amsterdam, à Nuremberg, à Stockholm et à Londres émettaient des billets à ordre en échange de dépôts en monnaie métallique, ce qui assurait la convertibilité des billets à tout moment, gage de sécurité pour les clients, mais interdisait à la banque de prêter à grande échelle.

Pour se différencier, il imagine de garantir ses billets par les revenus d’une certaine quantité de terres agricoles, constituant le capital de base. La convertibilité à tout moment ne serait pas garantie, contre des espèces sonnantes et trébuchantes, mais les clients auraient l’assurance que la valeur indiquée sur chaque billet émis correspondait bien à une richesse foncière existante. Ce système est une véritable révolution et un premier pas vers l’abandon de l’or et de l’argent comme unique moyen de paiement.

Son système, où une nouvelle monnaie, indépendante de l’or et de l’argent, pouvait prendre le relais, correspondait alors à un véritable besoin des économies européennes de disposer de beaucoup plus de moyens et de souplesse de paiement. L’Europe est alors à la veille de sa révolution industrielle. Or les arrivages de métaux précieux, notamment en provenance des Amériques, étaient de moins en moins abondants, la monnaie devenait rare et les économies s’ankylosaient. Un autre avantage de son système était de pouvoir régler l’émission de la nouvelle monnaie en fonction des besoins de l’économie et de l’État.

Il fait une série de propositions qui sont rejetées, d’abord au roi de Sicile, puis au duc de Savoie, ce qui l’incite à venir en France. Au cours de l’année 1708, il est reçut en audience par le contrôleur général des finances Nicolas Desmarets, qui « avait accueilli un grand projet de banque organisée par John Law, qui, en cas d’insuccès, avait offert cinq cent mille francs pour les pauvres. Mais Louis XIV n’avait pas voulu entendre seulement parler des plans de cet "aventurier huguenot" ».

En 1715, l’année de la mort de Louis XIV, Law revint en France pour offrir ses services en tant qu’économiste à Philippe d’Orléans. La situation financière du pays était dramatique. La dette de l’État français représentait dix années de recettes fiscales du Royaume, car l’ancien roi avait énormément dépensé dans les guerres et les constructions. Les ministres et les personnalités influentes ne proposaient que des solutions de replâtrage.

Le Régent se décida alors à suivre les audacieuses théories de Law, qui semblaient lui permettre de régler le problème de l’endettement et de relancer vigoureusement l’activité économique du pays. John Law est autorisé à créer en 1716 la Banque générale et à émettre du papier-monnaie contre de l’or.

Le Régent lui-même participe à la souscription des actions de la nouvelle banque. Il ne s’agissait pas d’une banque foncière, mais d’une banque ordinaire, sur le modèle hollandais, qui échangeait des dépôts de monnaie métallique contre des billets, sans frais de courtage, les bénéfices étant obtenus grâce au change et aux opérations d’escompte. Le succès fut rapidement au rendez-vous, car la monnaie émise était plus pratique pour les négociants. La banque commença à accroître le volume de ses émissions, imprimant plus de papier-monnaie qu’elle n’avait réellement d’or et d’argent en dépôt.

À ce niveau, la création monétaire était garantie par divers revenus que la banque pouvait s’assurer grâce à l’appui du Régent.

En 1717, pour se lancer lui-même dans le grand commerce avec l’outre-mer, John Law crée la Compagnie d’Occident [4], après avoir racheté la Compagnie du Mississippi [5], créée en 1713 par le financier Antoine Crozat et responsable de la mise en valeur de la grande Louisiane française. Une vaste opération de propagande en faveur de la colonisation est lancée. John Law fait valoir auprès du grand public qu’il a lui-même investi dans un immense domaine en Louisiane [6], juste pour donner confiance, car il n’a l’intention de développer rien que ce soit là-bas.

En 1718, la Banque générale devint Banque Royale, garantie par le roi. En 1719, la Compagnie d’Occident absorbe d’autres compagnies coloniales françaises, dont la Compagnie du Sénéga [7], la Compagnie de Chine [8] et la Compagnie française des Indes orientales [9], et devint la Compagnie perpétuelle des Indes [10]. La nouvelle compagnie dispose d’une souveraineté de fait sur le port de Lorient, qui connaît alors une activité commerciale sans précédent. Cette même année, la Compagnie renégocia pour le compte du Royaume la multitude de rentes dont il était redevable, qu’elle obtint aux meilleurs taux.

Elle offrit au Royaume de lui prêter 1 200 millions de livres, nécessaires à cette vaste opération de rachat, contre une annuité égale à 3 % du total. Quant aux règlements, ils se firent en billets de banques. Les nouvelles souscriptions furent très bien accueillies, alors que les nouveaux billets avaient une valeur supérieure à leur équivalent en monnaie métallique, ce qui engendra un début d’inflation, cachée par l’appréciation des billets papier. Seuls les plus importants possesseurs de ces billets commencèrent à avoir des craintes.

En août 1719, la compagnie obtint de l’État le privilège de percevoir les impôts indirects et celui de la fabrication de la monnaie. Cette même année John Law acquiert une parcelle du fief de la Grange Batelière [11], délimitée par les rues de Richelieu, Neuve des Petits Champs, Vivienne et Saint-Augustin, pour la somme de 258 980 livres.

En 1720, la Banque royale et la Compagnie perpétuelle des Indes fusionnèrent, et John Law en fut nommé Contrôleur général des finances le 5 janvier, puis surintendant général des Finances. Il prend pour secrétaire particulier l’économiste Jean-François Melon et nomme sous trésorier de la nouvelle société fusionnée Nicolas Dutot .

Ce mois-là, plus d’un milliard de livres de billets de banque furent émis, et le capital de la banque se monta à 322 millions de livres. Cependant, la fin du système Law était proche. Les ennemis de John Law, parmi eux, se trouvaient le duc de Bourbon et le prince de Conti , poussèrent à une spéculation à la hausse dans le but de faire s’effondrer le système. Le prix des actions passa de 500 à 20 000 livres.

Puis certains des plus gros possesseurs de billets commencèrent à demander à réaliser leurs avoirs en pièces d’or et d’argent, ce qui fit immédiatement s’écrouler la confiance dans le système. Dès le 24 mars, ce fut la banqueroute du système de Law. Les déposants se présentèrent en masse pour échanger le papier-monnaie contre des espèces métalliques, que la société ne possédait plus. Plus personne n’eut confiance. La banqueroute du système avait ruiné les déposants.

En décembre 1720, John Law, ruiné, est obligé de s’enfuir du royaume. Sous la protection officieuse du Régent, Law est contraint à se réfugier à Venise.

Son système a appauvri ou ruiné 10 % environ de la population française, principalement les riches actionnaires. Quelques autres par contre, bénéficiant de renseignements de première main, purent s’enrichir considérablement.

Cependant, son système, s’il a fait perdre confiance dans le papier-monnaie et dans l’État, a paradoxalement assaini la dette de celui-ci en la faisant prendre en charge par de nombreux épargnants, et sauvé l’économie de la France en un moment où le pays était paralysé par l’endettement généralisé et par la pénurie de liquidités.

Les agents économiques ont été en effet libérés de l’endettement chronique, et l’inflation a permis d’alléger les dettes privées d’au moins 50 %. Les grands perdants ont été les rentiers mais, a contrario, les petites gens ont vu leur situation générale s’améliorer.

Après la mort du Régent en décembre 1723, John Law se retrouve sans protecteur. Il est interdit de séjour en France mais une bonne partie de ses biens, placés sous séquestre, passa par la suite dans le giron de sa famille.

Entre temps, John Law tenta d’obtenir un poste d’appoint auprès du premier ministre britannique Robert Walpole qui l’envoya en mission officieuse en Bavière ou il tenta sans succès de s’établir à la cour du duc Maximilien Emmanuel .

En 1726, il arrive à Venise où il vit d’expédients et du jeu. En 1728, il y croise Montesquieu avec lequel il eut, dit-on, plusieurs entretiens.

Peu après le carnaval, John Law meurt le 21 mars 1729, d’une pneumonie. Il est inhumé dans la basilique San Marco, avant d’être déplacé par son petit-neveu Jacques Alexandre Law de Lauriston , marquis de Lauriston et maréchal de France, qui le fit déposer dans l’église San Moisè [12] où une plaque existe encore aujourd’hui dans l’allée centrale de l’église.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Nicolas Dutot, Histoire du Système de John Law – Publication intégrale du manuscrit inédit de Poitiers, établie et introduite par Antoin E. Murphy, Paris, INED, 2000

Notes

[1] Le château de Domfront est un château en ruine dans la ville de Domfront dans l’Orne. En 1574, le château de Domfront, qui sert de refuge au comte de Montgommery, est assiégé par les troupes royales du maréchal de Matignon et capitule le 27 mai. Le comte est décapité à Paris en 1574 sur les ordres de la Reine en raison de son appartenance au camp protestant. Sully ordonne de démanteler le château en 1608. La démolition est effectivement réalisée en 1610.

[2] Le château d’Orcher est situé sur la commune de Gonfreville-l’Orcher, dans le département de la Seine-Maritime. La famille Potier en est propriétaire de 1632 à 1719, année où le financier John Law de Lauriston l’acquiert. Il passe ensuite à Philippe de Vitry, puis à Thomas Planterose de Melmont en 1735. Il fait transformer le château au goût du 18ème siècle par François de la Motte, Jacques Lesueur et Courtel. Le grand donjon du nord-ouest et les deux tours nord sont supprimés avec les courtines. Le château est la propriété de la famille de Rochechouart au 19ème siècle, qui le font restaurer par l’architecte Philippon. Il appartient aujourd’hui à la famille d’Harcourt.

[3] Le Château de Guermantes, à Guermantes, est un château de Seine-et-Marne ; il inspira à Marcel Proust le nom d’un de ses personnages aristocratiques de la Recherche du temps perdu.

[4] La Compagnie d’Occident est une compagnie coloniale française, qui succède à la Compagnie de la Louisiane en 1718, le banquier Antoine Crozat jetant l’éponge face aux difficultés rencontrées face aux Indiens dans le bassin du Mississippi et s’effaçant devant un autre financier, d’origine écossaise John Law, qui se fera connaître l’année suivante avec la grande spéculation du système de Law.

[5] La compagnie du Mississippi est une compagnie coloniale française, et l’une des premières actions cotées à la Bourse de Paris, qui n’était encore qu’un rassemblement de négociants rue Quincampoix au 18ème siècle. En août 1717, l’homme d’affaires écossais John Law a pris le contrôle de la Mississippi Company fondée en 1684 et l’a rebaptisée la Compagnie d’Occident (ou Compagnie du Mississippi). Son objectif initial était de faire commerce avec les colonies françaises en Amérique du Nord, qui comprenait une grande partie du bassin de la rivière Mississippi et la colonie française de la Louisiane.

[6] La Louisiane ou Louisiane française était un territoire de la Nouvelle-France, espace contrôlé par les Français en Amérique du Nord, du 17ème au 18ème siècle. Elle fut baptisée en l’honneur du roi Louis XIV par l’explorateur Cavelier de La Salle. Immense espace allant des Grands Lacs au golfe du Mexique, elle était divisée en deux secteurs appelés « Haute-Louisiane » (au nord de la rivière Arkansas, appelée parfois le « Pays des Illinois ») et « Basse-Louisiane » (au sud). Le fleuve Mississippi constituait l’épine dorsale de la colonie. Aujourd’hui, l’État américain de la Louisiane ne représente qu’une partie du territoire contrôlé par les Français il y a trois cents ans.

[7] La compagnie du Sénégal, créée en 1673 à la demande de Louis XIV, est l’une des nombreuses compagnies coloniales françaises et la seconde des compagnies européennes fondées au 17ème siècle à viser directement la traite négrière, un an après la Royal African Company, fondée en 1672 par le duc d’York Jacques II, cousin de Louis XIV, qui devient roi d’Angleterre en 1685. L’un de ses premiers directeurs est le célèbre amiral Jean-Baptiste du Casse. Elle remplace la compagnie des Indes occidentales, fondée neuf ans plus tôt par Colbert mais jugée trop centrée sur le développement du tabac et perçue par les planteurs comme un frein à l’essor du sucre à la Guadeloupe et la Martinique, une culture basée sur la consommation rapide d’esclaves jeunes, forcés à travailler au fouet.

[8] La Compagnie de Chine est une compagnie coloniale française fondée en 1660 par Mazarin pour envoyer des missionnaires vers l’Extrême-Orient tout en faisant du commerce. Elle s’appuie sur le savoir-faire des membres de la Compagnie du Saint-Sacrement et sur celui d’Alexandre de Rhodes qui a vécu pendant trente et un ans en Asie. C’est une compagnie pour le commerce avec la Chine, le Tonkin et la Cochinchine, qui a pour actionnaire des personnalités de toute la haute société de l’époque : Mazarin, Nicolas Fouquet, plusieurs nobles et officiers de la couronne et des financiers pour la plupart membres ou proches de la Compagnie du Saint-Sacrement, qui comprenait des capucins, des lazaristes et des dévots et tentait d’accroître la population chrétienne en Asie. La Compagnie de Chine précède la création de la grande Compagnie française des Indes orientales en 1664, qui reprend sa vocation commerciale mais pas sa vocation religieuse et d’autres compagnies européennes fondées au 17ème siècle.

[9] La Compagnie des Indes orientales – plus précisément Compagnie française pour le commerce des Indes orientales – est une entreprise coloniale française crée par Colbert en 1664 dont l’objet était de « naviguer et négocier depuis le cap de Bonne-Espérance presque dans toutes les Indes et mers orientales », avec monopole du commerce lointain pour cinquante ans. Plus que sa rivale anglaise, elle forme une véritable puissance dans l’océan indien entre 1720 et 17401, puis devient centrale dans les grandes spéculations boursières sous Louis XVI. Sa création avait pour but de donner à la France un outil de commerce international avec l’Asie et de concurrencer les puissantes Compagnies européennes fondées au 17ème siècle, comme la Compagnie anglaise des Indes orientales et surtout la Compagnie hollandaise des Indes orientales. Cependant, la guerre d’usure avec les Hollandais puis le choc frontal avec les Anglais en Inde conduira à sa perte, après seulement un siècle d’existence.

[10] La Compagnie perpétuelle des Indes est une compagnie commerciale française fondée en 1719 par la réunion de plusieurs autres, dont la Compagnie des Indes orientales créée par Jean-Baptiste Colbert en 1664. Elle fut active jusqu’en 1769.

[11] La ferme de la Grange-Batelière était une ferme fortifiée construite en 1243. Elle était située à l’emplacement actuel du 9 Rue Drouot dans le 9e arrondissement de Paris, donc un peu au nord de l’enceinte de Charles V. Appelée à l’origine Granchia Batilliaca ou Grange Bataillée, elle prend son nom en 1410. Fief parisien mouvant appartenant à l’archevêché de Paris, il a été cédée aux sires Laval puis en 1410 à Jean de Malestroit, évêque de Saint-Brieuc. Des lots sont détachés à compter de 1575 où sont construits des hôtels particuliers et des villas. Au 18ème siècle, c’est le bâtiment principal qui est transformé en hôtel particulier. Elle est détruite en 1847.

[12] L’église San Moisè ou San Moisè Profeta est une église de Venise, située dans le sestiere San Marco, à l’entrée du Grand Canal. Elle est consacrée à « saint Moïse » (« San Moisè »), le prophète de l’Ancien Testament. Elle doit également son nom à Moisè Venier, qui finança sa reconstruction au ixe siècle. Plusieurs fois restructuré, l’édifice fut entièrement rebâti au 17ème siècle.