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Artaxerxès II Mnémon

mercredi 1er août 2018, par lucien jallamion (Date de rédaction antérieure : 31 juillet 2011).

Artaxerxès II Mnémon

Roi de Perse de 404 à 358 av.jc

Fils aîné de Darius II et de sa demi-sœur Parysatis. Cette dernière semble intriguer pour que son fils cadet, Cyrus le Jeune, accède au trône mais Darius II impose Artaxerxès et éloigne Cyrus en faisant de lui le satrape [1] de Lydie [2], Phrygie [3] et Cappadoce [4].

Il lui est attesté comme épouse sa sœur Amestris avec qui il a peut-être eu 2 fils, Darius et Arsamès. Puis Stateira, fille d’Hydarnes III d’Arménie,

Selon Plutarque, Cyrus fomente un complot contre son frère dès 404, à la mort de Darius, alors qu’Artaxerxès va être sacré par les prêtres à Pasargadès [5]. Artaxerxès épargne Cyrus suite aux suppliques de Parysatis qui, toute sa vie, conservera une forte influence sur son fils aîné.

Cyrus se prépare alors à la révolte et engage de nombreux mercenaires grecs, sans doute plus de 10 000, dirigés par le Spartiate Cléarque. La défaite et la mort de Cyrus à Counaxa [6] en 401, et le massacre des chefs grecs par le satrape Tissapherne, sauve le trône d’Artaxerxès II tandis que les mercenaires restants regagnent difficilement la Grèce, dirigés par Xénophon.

Le règne d’Artaxerxès II est celui du lent déclin de l’empire achéménide [7]. Il perd l’Égypte en 404 et la côte syro phénicienne est confrontée à un dynaste de Chypre, Évagoras, qui réussit provisoirement à faire l’unité de l’île. Il faut plus de 10 ans pour le réduire en 381 et encore doit-on lui laisser la possession de Salamine [8].

La fin du règne d’Artaxerxès II se passe dans le chaos puisque l’aîné de ses fils, Darius, est exécuté après un complot contre lui. Le nouveau prince héritier devient Ariaspes qui était très populaire auprès de la cour. Cependant les conspirateurs, qui comprenaient Artaxerxès III, le troisième fils du roi et l’un des commandants de la garde royale nommé Tiribaze, accusent Ariaspes de trahison ce qui pousse ce dernier au suicide. Les espoirs du roi s’orientent alors sur son 4ème fils, Arsamès qui est lui aussi assassiné. Quant à Tissapherne, qui l’aida contre son frère Cyrus le Jeune, il épousa une des filles d’Artaxerxès II et s’attaque ensuite aux villes d’Ionie [9]. Il entre en guerre avec Sparte mais il est battu, sur les bords du Pactole en 395 par le roi Agésilas II. C’est le prétexte qu’attendait la reine Parysatis pour venger son fils Cyrus le Jeune. Elle accuse Tissapherne de trahison et il est exécuté à Colosses [10], en Phrygie, en 395.

Avec la Grèce, Artaxerxès réussit à se poser en arbitre entre Sparte et Athènes, en partie grâce aux énormes sommes d’argent corrupteur déversées sur les cités grecques. En 386 est signée la paix du roi, ou paix d’Antalcidas [11], qui assure à la Perse le contrôle des villes d’Asie Mineure [12]. En 365 Artaxerxès est confronté à une révolte générale des satrapes d’Asie Mineure, pourtant déjà largement autonomes comme Mausole en Carie [13]. En fait la mort de Cyrus a affermi le trône du Grand Roi, selon l’expression de l’époque, mais l’intrusion de ce dernier dans les affaires de la Grèce est la conséquence des incessantes rivalités internes aux cités grecques non celle de sa puissance propre. Durant tout son règne l’immense état est menacé de dislocation et s’il échappe à cette situation c’est avant tout par la division de ses adversaires.

Au cours de son long règne il fut aussi un grand constructeur. Beaucoup de richesses ont été consacrés à des projets de construction. Il a restauré le palais de Darius 1er, à Suse [14] et aussi des fortifications, dont une imposante redoute, à l’angle sud de l’enceinte et a donné au palais d’Ecbatane [15] une nouvelle apadana [16] et des sculptures. Il ne semble pas avoir beaucoup construit à Persépolis [17].

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Carsten Binder : Plutarchs Vita des Artaxerxes. Ein historischer Kommentar, Berlin 2008.

Notes

[1] Un satrape est le gouverneur d’une satrapie, c’est-à-dire une division administrative de l’Empire perse.

[2] La Lydie est un ancien pays d’Asie Mineure, situé sur la mer Égée et dont la capitale était Sardes. Elle était connue par Homère sous le nom de Méonie. La Lydie est évoquée dans les légendes d’Héraclès et Omphale, ou de Tantale et Pélops. La Lydie était une région occidentale de l’Asie Mineure, bordée au nord par la Mysie, au sud par la Carie et à l’est par la Phrygie. Comprenant les vallées de l’Hermos et du Méandre, la Lydie était située sur le parcours des grandes routes commerciales, et disposait de nombreuses ressources minières propres.

[3] La Phrygie est un ancien pays d’Asie Mineure, situé entre la Lydie et la Cappadoce, sur la partie occidentale du plateau anatolien. Les Phrygiens sont un peuple indo-européen venu de Thrace ou de la région du Danube. Ils ont occupé vers 1200 av.jc la partie centrale et occidentale de l’Asie Mineure, profitant de l’effondrement de l’Empire hittite.

[4] La Cappadoce est une région historique d’Asie Mineure située dans l’actuelle Turquie. Elle se situe à l’est de la Turquie centrale, autour de la ville de Nevşehir. La notion de « Cappadoce » est à la fois historique et géographique. Les contours en sont donc flous et varient considérablement selon les époques et les points de vue.

[5] Pasargades est une cité antique bâtie à 1 900 mètres d’altitude dans le Zagros et à 87 km de Persépolis, dans l’actuelle province du Fars en Iran. Ce fut la première capitale historique de l’Empire Perse.

[6] Counaxa ou Cunaxa, était au 5ème siècle av. jc un village de Perse, situé sur la rive gauche de l’Euphrate à 60 ou 90 km au nord de Babylone. Il était dominé, selon Xénophon, par un tell. On n’en connaît pas l’emplacement précis, qu’il faut rechercher dans la banlieue ouest de Bagdad, au sud-est de Falloudja. En 401 av. jc, elle fut le théâtre d’une bataille entre Artaxerxès II Mnèmon et son frère, Cyrus le Jeune, au cours de laquelle ce dernier fut vaincu et tué. Ses mercenaires grecs effectuèrent alors la fameuse retraite des Dix Mille, contée dans l’Anabase de Xénophon.

[7] L’Empire achéménide est le premier des Empires perses à régner sur une grande partie du Moyen-Orient. Il s’étend alors au nord et à l’ouest en Asie Mineure, en Thrace et sur la plupart des régions côtières du Pont Euxin ; à l’est jusqu’en Afghanistan et sur une partie du Pakistan actuels, et au sud et au sud-ouest sur l’actuel Irak, sur la Syrie, l’Égypte, le nord de l’Arabie saoudite, la Jordanie, Israël et la Palestine, le Liban et jusqu’au nord de la Libye.

[8] Salamine de Chypre est une ancienne cité-État de l’Île de Chypre. Pnytagoas combattra aux côtés d’Alexandre le Grand lors du siège de Tyr en récompense Alexandre laissera à Chypre une grande autonomie. Au décès de ce dernier, Chypre devient un champ de bataille entre Ptolémée 1er de l’Egypte et Démétrios 1er Poliorcète qui cherche à récupérer l’île. En 306 av jc, Demetrius gagne sur la flotte navale de l’Égypte mais Ptolémée gagnera en 294 av jc. Salamine restera sous la totale domination égyptienne pendant 2 siècles. En effet, Salamine perd ses pouvoirs politiques ainsi que ses rois remplacés par des gouverneurs égyptiens

[9] L’Ionie est une région du monde grec antique située à l’ouest de l’Asie mineure, entre Phocée et Milet. Elle correspond à la région située dans un rayon de 170 km autour de la ville actuelle d’Izmir. Elle emprunte son nom à Ion, ancêtre légendaire des peuples de cette région. C’est en Ionie que se sont développées les premières formes de science de la philosophie en Occident, chez les penseurs appelés Présocratiques. Les côtes ioniennes présentent beaucoup d’avantages économiques : de bons abris naturels facilitant l’établissement de ports pour le commerce avec des communications aisées vers l’arrière-pays, un climat agréable, des vallées ouvertes pour la culture des céréales et l’élevage des chevaux, des plateaux pour l’élevage des moutons, des collines pour les arbres fruitiers et les oliviers. Dans l’Antiquité, elle fédérait douze cités grecques, du continent et des îles : Chios, Éphèse, Érythrée, Clazomènes, Colophon, Lébédos, Milet, Myonte, Phocée, Priène, Samos et Téos. Halicarnasse les rejoignit après. Brillant foyer de la civilisation hellénique aux 7ème et 6ème siècle av. jc, elle appartient à une ensemble plus vaste appelé « Grèce d’Asie » ou « Grèce de l’Est ».

[10] Les Colosses ou Colossae était une ville antique de Phrygie, connue depuis le temps de Xénophon, qui a écrit au 4ème siècle av. jc de Colosses qu’elle était l’une des villes les plus importantes de Phrygie. Les Colosses sont célèbres du début du christianisme par l’Épître aux Colossiens et ont été détruites par un tremblement de terre sous l’empereur Néron. Les Colosses sont situées à proximité de la ville byzantine (et contemporaine) de Honaz (Chônai), fondée par les réfugiés de la ville des Colosses au 8ème siècle.

[11] La Paix d’Antalcidas, ou Paix du Roi, est conclue en 386 av. jc entre le roi de Perse Artaxerxès II et la cité de Sparte représenté par le général Antalcidas. Ce traité marque la fin de la Guerre de Corinthe. Elle est ensuite acceptée par Athènes, Thèbes, Corinthe et l’ensemble des cités grecques qui proclamèrent leur autonomie. Sparte devient la cité garante de la paix.

[12] L’Anatolie ou Asie Mineure est la péninsule située à l’extrémité occidentale de l’Asie. Dans le sens géographique strict, elle regroupe les terres situées à l’ouest d’une ligne Çoruh-Oronte, entre la Méditerranée, la mer de Marmara et la mer Noire, mais aujourd’hui elle désigne couramment toute la partie asiatique de la Turquie

[13] La Carie est une ancienne province du sud-ouest de l’Asie mineure, située entre la Lycie à l’Est, la Phrygie au Nord, la Lydie à l’Ouest et la mer Égée au Sud. À l’origine, c’est une colonie phénicienne, prise ensuite par les Doriens qui fondent les cités de Cnide et d’Halicarnasse. Sous la domination des Perses, elle devient une satrapie, rapidement gouvernée par des satrapes locaux qui se comportent comme des monarques autonomes, comme Mausole ou sa femme Artémise II. Sous l’Empire romain, la Carie devient une province romaine d’Asie.

[14] Suse ou Chouchan dans la Bible est une ancienne cité de l’Iran située dans le sud-ouest de ce pays à environ 140 km à l’est du fleuve Tigre. Habitée dès la fin du 5ème millénaire av. jc, elle fut durant la haute Antiquité une des principales villes de la civilisation élamite, puis aux 5ème/5ème siècle av. jc la capitale de l’Empire perse achéménide, et resta peuplée jusqu’au 15ème siècle de notre ère au moins. La petite ville iranienne de Shush qui se trouve à proximité, a pris sa continuité depuis le milieu du 20ème siècle.

[15] Ecbatane (ou Hangmatana / Hagmatāna, « La ville des rassemblements ») est une ville de l’Antiquité, identifiée sur le site de l’actuelle Hamadan (ou Hanadhân) au pied du mont Oronte (Elvend), au sud-ouest de la mer Caspienne et au nord-est de Babylone.

[16] salle du trône

[17] Persépolis, était une capitale de l’empire perse achéménide. Le site se trouve dans la plaine de Marvdasht, au pied de la montagne Kuh-e Rahmat, à environ 70 km au nord-est de la ville de Shiraz, province de Fars, Iran.