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Pierre IV d’Aragon dit le Cérémonieux

lundi 2 novembre 2020 (Date de rédaction antérieure : 3 août 2012).

Pierre IV d’Aragon dit le Cérémonieux (1319-1387)

Roi d’Aragon de 1336 à 1387

Fils de Alphonse IV contre lequel il se révolta et de Thérèse d’Entença . En 1338, il épousa Marie de Navarre , fille de Philippe III de Navarre.

Les premières années de son règne furent occupées par des querelles domestiques avec la reine doña Leonor, et ses frères les infants Ferdinand et Juan, terminées par la médiation de don Juan Manuel de Castille et de l’infant don Pedro, oncle du roi. Bientôt l’attention de celui-ci fut attirée par le péril de nouvelles invasions des Maures [1] ; pour repousser ces invasions, il prêta son aide au roi castillan Alphonse XI. Après la défaite des Maures à Salado [2], Pierre se proposa de réaliser un de ses vieux rêves politiques, le rattachement de Majorque [3] au royaume aragonais [4].

Profitant des vues de la France sur la ville de Montpellier [5], qui appartenait au roi de Majorque Jacques II, son vassal, au lieu de l’aider, il formula contre lui plusieurs griefs, Jacques accourut à Barcelone pour se défendre, mais Pierre, qui voulait donner une autre tournure aux choses, fit semblant de croire que Jacques conspirait contre lui et l’accusa de haute trahison. La guerre déclarée pour ce motif, il enleva Majorque et le Roussillon à son cousin Jacques II en 1344. En 1347, il épousa Leonor du Portugal, fille d’Alphonse IV de Portugal.

Mais, cependant, à l’intérieur, la lutte entre la noblesse et la couronne était toujours latente, et le plus simple prétexte pouvait la faire éclater de nouveau.

Ce prétexte, le roi l’offrit, en dépouillant son frère Jacques, procureur général du royaume, de ce titre et de ses droits de succession à la couronne, pour les transférer à sa fille, l’infante Constance.

La noblesse d’Aragon et celle de Valence [6] se révoltèrent, aidées par quelques villes et dirigées par Jacques, formant de nouveau l’alliance dite “l’Union”, qui avait déjà fait fléchir Pierre II et d’autres rois. Mais il écrasa la rébellion de la noblesse aragonaise à Epila [7] en 1348 et abolit le privilège de l’Union [8] avec lequel les nobles avaient conquis des droits abusifs pendant le règne d’Alphonse III.

Il battit les génois et mis la main sur la Sardaigne [9] en 1354 et soutint Henri de Trastamare contre Pierre le Cruel dans ce qui fut appelé la "Guerre des Deux Pierre" [10]. Pierre le Cruel mourut en 1369 et son rival Henri de Transtamare fut définitivement reconnu comme roi de Castille.

C’est dans ces conditions que fut conclu entre Aragon et Castille en 1375 le Traité d’Almazán [11]. Eleanor fille de Pierre IV d’Aragon épousa le fils d’Henri de Transtamare, Jean 1er de Castille.

Prince cultivé, il fonda l’université de Huesca [12] et protégea les hommes de lettres ; lui-même écrivit des vers en provençal. Il a été enterré au monastère

Durant son règne, Pierre IV eut de fréquents conflits avec l’inquisiteur [13] général d’Aragon, Nicolau Aymerich .

Il meurt à Barcelone en janvier 1387.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Armand de Fluvià (préf. Josep M. Salrach), Els primitius comtats i vescomptats de Catalunya : Cronologia de comtes i vescomtes, Barcelone, Enciclopèdia catalana, coll. « Biblioteca universitària » (no 11), avril 1989, 238 p. (ISBN 84-7739-076-2)

Notes

[1] Les Maures, ou anciennement Mores, sont originellement des populations berbères peuplant le Maghreb. Ce terme a changé de signification durant plusieurs périodes de l’histoire médiévale et contemporaine. À partir des conquêtes arabo-musulmanes du 7ème siècle, l’Empire arabe omeyyade, à l’aide du général berbère Tariq Ibn Zyad, conquiert l’Espagne, sous le nom d’Al Andalus. C’est le début de l’Espagne musulmane. À partir de cette époque, le terme « maure » va devenir un synonyme de « musulman », plus particulièrement de n’importe quel musulman vivant en Andalousie, qu’il soit d’origine berbère, arabe ou ibérique. Une population qui s’installera par la suite essentiellement au Maroc après la reconquête de l’Andalousie par l’armée espagnole.

[2] La bataille de Tarifa ou bataille du Salado se déroule le 30 octobre 1340 entre la coalition musulmane mérinido-nasrides et la coalition chrétienne castillano-portugaise avec l’aide d’un contingent aragonais. La coalition chrétienne est victorieuse à l’issue de cette bataille.

[3] Le royaume de Majorque désigne d’abord de façon provisoire un gouvernement assez longtemps précaire créée lors de la conquête par le roi Jacques 1er d’Aragon de l’île de Majorque en 1229 dans le cadre de la Reconquista. Mais c’est le testament du souverain conquérant en 1262 qui lui donne un véritable sens politique dans la succession monarchique, en l’accordant au cadet de sa lignée l’infant Jacques ou Jaume alors que l’aîné Jacques obtient la couronne d’Aragon. À la mort de Jacques 1er d’Aragon en 1276 naît le royaume de Majorque. Les années 1343 et 1344, dates de reconquête militaire et d’annexion aragonaise ou le traité de 1347, voire les acquisitions par le roi de France de Carlat et Montpellier en 1348-1349 atteste la réunion définitive à la couronne d’Aragon qui clôt la page de l’indépendance, souvent précaire et houleuse.

[4] Le royaume d’Aragon est une entité politique du nord-est de la péninsule Ibérique, née en 1035 de l’union des comtés d’Aragon, du Sobrarbe et de la Ribagorce et disparue en 1707 avec son intégration au sein du royaume d’Espagne par les décrets de Nueva Planta.

[5] Montpellier est une commune française, préfecture du département de l’Hérault. La renommée de son université de médecine, la deuxième plus ancienne d’Europe après celle de Salerne en Campanie, est déjà immense à la fin du 13ème siècle, grâce à la valeur cosmopolite de la ville qui accueillait des savants de toutes les confessions. Jacques 1er ayant résolu de partager ses États entre ses deux fils Pierre et Jacques, la seigneurie de Montpellier devint possession de Jaume II, roi de Majorque et comte de Roussillon, en 1276. La ville restera sous tutelle du royaume de Majorque jusqu’en 1349, date à laquelle Jacques III de Majorque, ruiné, la vendit à Philippe VI de Valois pour la somme de 120 000 écus d’or. En 1289, les écoles de médecine et de droit de Montpellier, en activité depuis le 12ème siècle et réputées comme centres d’érudition ouverts aux pensées juive et arabe, se virent accorder le statut officiel d’universités par le pape Nicolas IV. C’était une consécration pour les centres d’enseignement et de savoir de la ville : désormais les diplômes montpelliérains étaient reconnus dans toute la chrétienté. La période de grande prospérité de la ville s’acheva au cours de la seconde moitié du 14ème siècle : la grande peste toucha de plein fouet la ville comme le reste de l’Europe, décimant à plusieurs reprises environ un tiers de la population.

[6] Valence ou Valencia en espagnol est une ville d’Espagne, située dans l’est du pays sur la côte méditerranéenne. Fondée en 138 av. jc par le consul romain Decimus Junius Brutus Callaicus sous le nom de Valentia Edetanorum, Valence devient, au Moyen Âge, la capitale du royaume de Valence.

[7] Épila est une commune d’Espagne, dans la province de Saragosse, communauté autonome d’Aragon. Elle appartient à la comarque de Valdejalón

[8] qui accordent à l’aristocratie le droit d’insurrection face aux abus du souverain

[9] Le Regnum Sardiniæ et Corsicæ (royaume de Sardaigne et de Corse) est créé le 4 avril 1297 par le pape Boniface VIII afin de résoudre les conflits entre les maisons d’Anjou et d’Aragon au sujet du royaume de Sicile, conflits déclenchés par les fameuses Vêpres siciliennes. C’est donc un royaume de compensation, attribué à Jacques II le Juste d’Aragon. La Sardaigne reste toutefois soumise à de puissants seigneurs portant le titre de judex, elles-mêmes sous l’influence des cités de Pise et de Gênes. En 1323, Jacques II forme une alliance avec le juge d’Arborée, d’origine catalane, et la ville de Sassari, et contrôle les judicats de Cagliari et de Gallura, éliminant de l’île les Pisans. Le contrôle royal n’est toutefois définitif qu’au début du 15ème siècle, quand Martin le Jeune, roi de Sicile et procureur de Sardaigne pour le compte de son père le roi d’Aragon Martin le Vieux, défait les derniers juges d’Arborée, dont Éléonore d’Arborée, célèbre pour sa novatrice charte appelée Carta de Logu, et achète les droits sur le Royaume. La Corse n’est pas conquise et les rois d’Aragon cessent d’y prétendre en 1479, après que la mention et Corsicæ est retirée de l’appellation officielle du royaume. La Sardaigne, rattachée à la couronne d’Aragon, passe avec cette dernière, dans la monarchie espagnole au 16ème siècle.

[10] Ce qu’on appelle guerre des Deux Pierre (1356-1369), avec Pierre 1er de Castille et Pierre IV d’Aragon, est un aspect d’un conflit plus vaste (la première guerre civile de Castille) qui a pour enjeu la couronne de Castille, revendiquée par le bâtard Henri de Trastamare, et l’équilibre géopolitique de l’époque, dans le conflit qui oppose le roi de France et le roi d’Angleterre. Deux périodes : un premier conflit entre la couronne d’Aragon et la couronne de Castille de 1356 à 1361, conclu par la paix de Terrer, et un second conflit de 1366 à 1369, où Pierre IV d’Aragon se trouve dans le camp des Français et d’Henri de Trastamare.

[11] Almazan est une ville d’Espagne à 27km au sud-ouest de Soria, sur le Duero. Les Hospitaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem y ont établi une commanderie au 13ème siècle implantée autour de l’église Saint-Jean d’Acre d’Almazán dont la donation remonte au siècle précédent et il y avait également une commanderie du même ordre à Soria. Un traité de paix entre Pierre IV, roi d’Aragon, et Henri de Trastamare, roi de Castille, y fut signé en 1375.

[12] Huesca est une ville du Nord de l’Espagne, capitale de la province du même nom, dans la communauté autonome d’Aragon et la comarque de Hoya de Huesca. La ville est conquise en 1096 par Pierre 1er d’Aragon qui en fait sa capitale.

[13] L’Inquisition médiévale est un tribunal ecclésiastique d’exception chargé de lutter contre les hérésies. Elle est introduite devant les tribunaux ecclésiastiques par le pape Innocent III en 1199 et atteint son apogée lors de la répression du catharisme, à la suite de quoi son activité décline, concurrencée par les juridictions nationales.