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Jean III de Grailly dit le Captal de Buch

lundi 4 mai 2020 (Date de rédaction antérieure : 3 août 2012).

Jean III de Grailly dit le Captal de Buch

Joan de Buch, miniature. Bruges Garter Book, 1430/1440, (British Library)Il est l’un des principaux capitaines de la guerre de Cent Ans [1]. Fils de Jean II de Grailly et de Blanche de Foix. Son grand-grand-père Jean 1er le noble de Grailly (ou Grilly) , est allé en Angleterre et à 3 occasions fut nommé sénéchal [2] de Gascogne [3] par Henri III et Edouard 1er, qui lui donna les Conté de Benauges [4] et de Castillon [5].

À l’instar de ses ancêtres, il épousa avec ardeur la querelle anglaise contre la maison de France. En 1355 il dirige une délégation de Gascons pour demander à Edouard III l’envoi d’un membre de sa famille pour régir la Gascogne. Édouard III lui confie le comté de Bigorre [6] et lui confère l’ordre de la Jarretière [7].

Lieutenant du Prince Noir, il partage avec Jean Chandos les lauriers de la bataille de Poitiers en 1356 [8]. L’année suivante, il participe aux croisades en Allemagne orientale avec son cousin Gaston Phébus.

En 1364, Du Guesclin le bat à Cocherel [9]. Après lui avoir fait promettre d’abandonner la cause anglaise, Charles V lui rend la liberté et, pour se l’attacher, lui donne la seigneurie de Nemours [10].

Mais le captal ne tarde pas à regagner le parti qui fit la fortune de ses ancêtres. En 1366 il rejoint le roi anglais et conduit une partie des troupes en Navarre*, et en 1370 il évita la prise de la ville de Lalinde.

Cette attitude lui vaut d’être nommé en 1371, par Édouard III, connétable [11] d’Aquitaine [12]. En 1372, près de Soubise [13], il tombe de nouveau aux mains des Français qui, cette fois, le gardent à la prison du Temple [14], où il mourut en 1377.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Jean-Paul Casse : Fortunes d’immigrés en Aquitaine : les Grailly-Foix (1255-1789)

Notes

[1] La guerre de Cent Ans est un conflit entrecoupé de trêves plus ou moins longues, opposant, de 1337 à 1453, la dynastie des Plantagenêt à celle des Valois et, à travers elles, le royaume d’Angleterre et celui de France.

[2] Un sénéchal est un officier au service d’un roi, prince ou seigneur temporel. Le mot sénéchal est d’origine francique et est issu du germanique commun sini-skalk, qui signifie « doyen des serviteurs, chef des serviteurs ». Il peut être aussi, comme dans le Saint Empire romain germanique, au service d’une abbaye, souvent immédiate, où cette fonction devient un titre honorifique héréditaire par la suite.

[3] La Gascogne est une ancienne province située sur le territoire actuel des départements français des Landes, du Gers, des Hautes-Pyrénées et, pour partie, d’autres départements des régions de Nouvelle-Aquitaine et d’Occitanie. Successivement appelée Aquitaine, Novempopulanie, Vasconie puis Gascogne, elle a disparu en tant qu’entité politique propre en 1063 lors du rattachement au Duché d’Aquitaine ; toutefois le nom de Gascogne est resté usité jusqu’à la révolution française.

[4] La vicomté de Benauges (parfois orthographié Benauge), est un fief de l’Entre-deux-Mers créé au 11ème siècle pour les seigneurs alliés au duc de Gascogne et érigé en comté au 15ème siècle. La vicomté de Benauges fut une province relevant du duché d’Aquitaine, le duc étant aussi roi d’Angleterre durant 3 siècles. Le château de Benauge se trouve à Arbis en Gironde. Vers 1278, Edouard 1er donna Benauge à Jean 1er de Grailly, dont les descendants Grailly-captals de Buch puis Foix-Grailly héritèrent.

[5] Depuis le mariage d’Aliénor d’Aquitaine et de Henri II Plantagenet, Castillon passe sous domination française en 1223, puis revient sous l’autorité des rois d’Angleterre en 1259. À la suite des révoltes des barons de Guyenne contre Simon de Montfort, l’ancienne famille de Castillon perd sa vicomté. La seigneurie passe à la fin du 14ème siècle aux comtes de Foix, en la personne de Jean de Grailly, captal de Buch.

[6] Le comté de Bigorre était un comté du royaume de France situé dans le duché de Gascogne. Il est apparu au 9ème siècle et a été rattaché au domaine royal en 1302, il a ensuite été détaché de celui-ci en 1425 puis une nouvelle fois rattaché en 1607.

[7] Le très noble ordre de la Jarretière est le plus élevé des ordres de chevalerie britanniques, fondé le 23 avril 1348 le jour de la Saint Georges, en pleine guerre de Cent Ans, par le roi Édouard III. Cet ordre de chevalerie, le plus ancien qui subsiste encore au 21ème siècle, rassemblait autour du souverain 25 chevaliers, membres à part entière. Les hommes sont appelés « chevaliers compagnons ». Des femmes ont été associées à l’ordre, mais n’ont jamais été membres avant le règne d’Édouard VII. Elles sont alors nommées « dames de la Jarretière ».

[8] La bataille de Poitiers a été livrée au cours de la guerre de Cent Ans le 19 septembre 1356 à Nouaillé-Maupertuis, près de Poitiers en Aquitaine. Le roi de France Jean II le Bon cherche à intercepter l’armée anglaise conduite par Édouard de Woodstock, prince de Galles, qui est en train de mener une chevauchée dévastatrice. Par une tactique irréfléchie, Jean II conduit ses troupes, quoique numériquement très supérieures, au désastre et se fait prendre, ainsi que son fils Philippe et de nombreux membres éminents de la chevalerie française

[9] La bataille de Cocherel a lieu le jeudi 16 mai 1364 entre Charles V de France dont l’armée est commandée par Bertrand Du Guesclin, et Charles II de Navarre dont les troupes sont sous les ordres du captal de Buch Jean de Grailly ainsi que des archers anglais sous Blancbourg et Jean Jouel et des compagnies de routiers commandées par Arnaud-Amanieu d’Albret du côté anglais et Arnaud de Cervolle dit l’Archiprêtre du côté français.

[10] Nemours est une commune française située dans le département de Seine-et-Marne. La ville est connue pour son château-musée du 12ème siècle, ainsi que pour le musée départemental de Préhistoire d’Île-de-France. La ville devint domaine royal quand elle fut acquise par Philippe III le Hardi en 1274. Elle fut érigée en duché-pairie par Charles VI lors d’un échange de terres en 1404 avec Charles III le Noble, roi de Navarre. Le duché de Nemours restait toutefois un domaine royal du roi de France, et était grevé d’un droit de réversion. Ainsi devait-il être rendu à la couronne au décès de Charles III en 1425. Blanche 1ère de Navarre, fille de Charles III de Navarre, tenta de s’opposer à cette réversion en voulant en rendre hommage au roi.

[11] Tirant son nom de son origine de “comte de l’étable”, le connétable a, au Moyen Âge, la charge de l’écurie et de l’organisation des voyages du roi. Au 14ème siècle, sa fonction évolue vers le commandement de l’armée en temps de guerre et le conseil militaire du roi en temps de paix. Du Guesclin, Clisson, Bourbon… font partie des grands connétables de France. Supprimée en 1627, la charge de connétable est rétablie par Napoléon 1er en 1804 pour son frère Louis.

[12] Le duché d’Aquitaine est constitué en 675, à la mort de Childéric II. Il se reconstitue au 9ème siècle, comme héritier du royaume d’Aquitaine attribué à Pépin 1er d’Aquitaine (mort en 838). Il fut ensuite l’objet de luttes entre les comtes d’Auvergne, de Toulouse et de Poitiers. Le duc d’Aquitaine était l’un des six pairs laïcs primitifs. L’Aquitaine a regroupé au fil des temps différents territoires. Pendant le règne d’Aliénor d’Aquitaine, Poitiers était la résidence habituelle des ducs.

[13] Soubise est une commune du sud-ouest de la France, située dans le département de la Charente-Maritime. Pendant la Guerre de Cent Ans, en septembre 1346, le Comte de Derby s’empare de la place. En 1372, une escadre française d’une douzaine de barges commandée par le prétendant Owen de Galles, avec les 40 navires et 8 galères de la flotte franco-castillane d’Henri de Transtamare, commandée par Guispucoa Ruiz Diaz de Rojas, bloquèrent les ports anglo-gascons du Poitou et du Saintonge. Une colonne franco-normande d’environ 300 hommes d’armes, commandés par Renaud VI de Pons et Thibaut de Pont, débarqua et mit le siège devant le château de Soubise. Les Anglo-gascons envoyèrent immédiatement les renforts de 200 hommes d’armes commandés par leur meilleur capitaine, Jean de Grailly, captal de Buch, et prélevés sur les garnisons anglaises de Niort, de Lusignan, d’Angoulême et de Saintes. Le 22 août au soir, ils attaquèrent les assiégeants français par surprise, les capturèrent et s’installèrent à leur place, sans avoir remarqué la présence des 13 barges françaises ancrées devant Soubise. En pleine nuit, 400 hommes d’armes français et gallois sortirent sans bruit des barges, se formèrent en deux colonnes, se munirent de torches, et attaquèrent le camp anglo-gascon par surprise, en plaçant à la sortie du bourg les deux frères de Montmort avec leurs guerriers normands pour barrer leur fuite. 200 Anglo-gascons furent tués ou prisonniers, le Captal de Buch capturé, tandis que la garnison bloquée dans le fort se rendit le lendemain

[14] La tour du Temple et son enclos constituaient la maison du Temple, ancienne forteresse parisienne située dans le nord du Marais, au sein du 3e arrondissement de Paris, qui fut détruite en 1808. Construite par les Templiers à partir de 1240, pendant le règne de saint Louis, elle devint par la suite une prison. Elle doit sa célébrité au fait qu’elle servit de geôle à Louis XVI et à la famille royale de 1792 à 1795 et que le dauphin Louis-Charles de France âgé de 10 ans y est mort.