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Thomas D’Aquin

lundi 28 octobre 2019 (Date de rédaction antérieure : 24 mai 2012).

Thomas D’Aquin (1228-1274)

Philosophe et théologien

C’est dans le château de Roccasecca [1] près d’Aquino [2] appartenant à sa famille que naît Thomas.

Après avoir été élevé par les bénédictins du mont Cassin [3], il poursuit ses études à l’université de Naples [4], et à l’issu de celles-ci, prend la décision de rejoindre l’ordre dominicain [5] en 1244.

Riche, sa famille ne tolère pas qu’il puisse entrer dans un ordre mendiant et elle le fait emprisonner pendant plus d’une année à Roccasecca. Après cet emprisonnement, il poursuit ses études à Paris pendant 3 années puis accompagne encore à Cologne [6] l’un de ses maîtres, Albert Le Grand qui tente d’accorder la théologie à la philosophie. Il y est ordonné prêtre en 1250.

Thomas revient à Paris enseigner à l’université, de 1252 à 1259. Puis c’est à Rome qu’il enseigne. Il commence d’y rédiger ses premiers écrits théologiques. Après avoir obtenu un doctorat et prêché dans plusieurs villes d’Italie, il revient à la demande du roi et de l’université à Paris où il enseigne à nouveau de 1269 à 1272.

Il devient ensuite régent des études à Naples. C’est là, le 6 décembre 1273 qu’il a une vision qui provoque l’écriture de sa Somme théologique. Cet ouvrage qu’il dicte à des secrétaires, a recours à la dialectique comme à la scolastique, pour élaborer une explication de la foi qui s’accorde à la raison.

La pertinence de son œuvre qui comprend encore une Somme contre les Gentils, traité sur Dieu et la création, un Commentaire des sentences, d’autres traités de théologie, lui valent d’être surnommé après sa mort le « Docteur Angélique » et d’être canonisé en 1323.

Son œuvre a fondé, par sa rigueur et son autorité, la doctrine de l’Église catholique, apostolique, romaine. Mort sur la route du Concile de Lyon [7], le 7 mars 1274, âgé approximativement de 50 ans, au monastère cistercien [8] de Fossanova [9]. Il y reposera jusqu’à la translation de sa dépouille mortelle en 1369 à Toulouse [10], aux Jacobins [11].

En 1368. Pie V l’a proclamé Docteur de l’Église en 1567.

Thomas d’Aquin a mis la philosophie au service de la pensée théologique et particulièrement la philosophie d’Aristote, mais en la dépassant là où elle était historiquement conditionnée. La pensée de Saint Thomas reste l’œuvre maîtresse de la pensée théologique et on l’appelle le docteur commun. Avec un grand respect de la tradition et un grand courage intellectuel, il a cherché la clarté, la mise en ordre des idées, la réduction des problèmes particuliers aux premiers principes. Il a réussi à unir la raison et la Révélation, la nature et la grâce, le monde et l’Église. Développée par toute une école la pensée thomiste est vraiment majeure pour des questions centrales de la théologie.

"Comprendre Dieu est impossible à un intellect créé quel qu’il soit ; mais que notre esprit l’atteigne de quelque manière, c’est déjà une grande béatitude, selon St Augustin.

Pour en avoir l’évidence, il faut savoir que « comprendre » c’est connaître parfaitement, c’est-à-dire connaître un objet autant qu’il est connaissable. Aussi, lorsqu’une vérité est démontrable scientifiquement, celui qui ne la connaît qu’à la manière d’une opinion, pour une raison seulement plausible, ne la comprend pas. Par exemple, si quelqu’un sait par démonstration que la somme des trois angles d’un triangle est égale à deux droits, il comprend cette vérité ; mais si un autre la reçoit comme probable par le fait que des savants ou la plupart des hommes l’affirment ainsi, celui-là ne comprend pas ; car il ne parvient pas à cette manière parfaite de connaissance dont cette vérité est susceptible.

Or, nul intellect créé ne peut parvenir à cette manière parfaite de connaître l’essence divine telle qu’elle est connaissable, et en voici la preuve. Un objet quelconque est connaissable dans la mesure où il est un être en acte. Dieu, dont l’être est infini, ainsi qu’on l’a fait voir, est donc infiniment connaissable. Or, nul intellect créé ne peut connaître Dieu infiniment. En effet, un intellect créé connaît l’essence divine plus parfaitement ou moins selon qu’il est pénétré d’une plus grande ou d’une moindre lumière de gloire. Puisque la lumière de gloire, qui est créée, dans quelque intellect créé qu’elle soit reçue, ne peut jamais y être infinie, il est donc impossible qu’un intellect créé connaisse Dieu infiniment. Par suite, est impossible qu’il ait de Dieu une connaissance compréhensive." Saint Thomas s’inscrit dans le grand courant de la scolastique. La scolastique [12] commence avec Saint Anselme et fait recours à la logique et à la dialectique comme mode de connaissance philosophique et théologique. L’enseignement consiste d’abord en une lecture de la Bible suivie des commentaires du maître.

L’essor urbain des 11ème et 12ème siècles conduit à un accroissement des écoles et un développement de quaestiones [13], nouveaux problèmes théologiques suscités par l’actualité. On commence à confronter foi et raison ce qui choque les théologiens traditionalistes comme Saint Bernard. La quaestio donne naissance à la disputatio [14].

Abélard introduit systématiquement le procédé du doute en amenant des arguments dans un sens puis dans l’autre venant de l’Écriture ou des Pères avant de trancher et de répondre aux arguments. Un peu approximatif d’un point de vue théologique, il est condamné par le concile de Sens en 1140 à l’instigation de Saint Bernard.

Pierre Lombard mettra cette technique à profit avec ses sentences, exposé d’ensemble de la foi chrétienne, qui sera pendant des années l’ouvrage de base de l’enseignement théologique.

L’âge d’or de la scolastique, c’est la fin du 12ème et le 13ème siècle. On découvre et traduit les philosophes perses, arabes [15] et juifs [16] qui ont été en contact direct avec Aristote, puis on dispose des textes mêmes d’Aristote. Albert le grand et Thomas d’Aquin estiment avoir trouvé chez Aristote le système philosophique le plus adéquat pour la construction d’une théologie chrétienne. La controverse s’engage avec les tenants du courant traditionnel défendu par les dominicain Bonaventure et Duns Scot fidèles au néoplatonisme [17] de saint Augustin.

Thomas d’Aquin n’a pas écrit de traité spécial sur l’Église, parfois ces études relèvent maints détails intéressants ; d’autres fois, elles recueillent nombre de textes sur des points où Thomas n’a pas d’originalité. Pour lui, Il s’agit de communier au mystère de Dieu en sa divinité. L’Église, en sa réalité la plus profonde, qui est aussi ce par quoi elle connaît son extension la plus totale et ce qui demeurera d’elle éternellement, est communion divinisante avec Dieu. Mais, dans notre situation terrestre, charnelle et historique, ceci ne se réalise que par le Christ, Verbe incarné, et par ce qu’il nous a apporté : foi, sacrements, institutions. C’est pourquoi, bien qu’il n’y ait qu’une Église, il faut en parler en deux fois. On peut en effet, et même on doit distinguer en elle comme deux registres de bien commun de loi deux critères de hiérarchie.

L’Église est foncièrement et principalement union avec Dieu en sa divinité : dans le ciel, gloire et vision ; ici-bas, grâce et foi. Mais la grâce est le germe de la gloire, et la foi de la vision, en sorte qu’il y a unité de principe d’existence entre les anges et les comprehensores ou l’Église du ciel d’une part, les fidèles ou l’Église de la terre d’autre part. Tel est le sens fort que Thomas donne à la formule ecclesia = congregatio (coetus, collectio, universitas, societas, collegium) fidelium, formule fréquente à toutes les époques mais dont il fait sa définition de l’Église. Cette Église englobe tous ceux qui croient dans le Christ, soit à venir, soit venu : thème de l’ecclesia ab Abel ou de l’ecclesia universalis. Ainsi l’Église est-elle vue comme l’ensemble ou l’unité surnaturelle des esprits vivifiés par la grâce de Dieu, bref comme opus ou effectus gratiae. Et comme, étant relatif au Christ comme à sa mesure, son souverain et son principe, cet opus gratiae mérite pour autant le nom de corpus Christi, Thomas conçoit aussi le Corps mystique d’abord simplement comme societas sanctorum, sans y inclure, à ce niveau, la note de visibilité ou de structure hiérarchique. Mais il faut avouer que Thomas n’a guère détaillé cet aspect.

Mais Thomas lui-même tenait ses distances à l’égard de la hiérocratie [18] d’un Innocent IV à la fin du pontificat duquel il écrivait.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Encyclopédie Larousse/ personnage/ saint Thomas d’Aquin/146643

Notes

[1] Roccasecca est une commune italienne de la province de Frosinone dans la région Latium en Italie.

[2] Aquino (Aquin en français) est une commune italienne de la province de Frosinone dans le Latium.Latium.

[3] L’abbaye territoriale du Mont-Cassin est une église particulière de l’Église catholique en Italie. Fondée par Benoît de Nursie en 529, elle est le berceau de l’ordre des Bénédictins. Elle sert de retraite à des souverains et à des pontifes tels que le prince franc Carloman, frère de Pépin le Bref, le roi lombard Ratchis (avec sa famille), et saint Grégoire. Renfermant d’immenses richesses, dont une précieuse bibliothèque, cette dernière est en partie placée sous la protection de Rome, avec une galerie de précieux tableaux.

[4] Naples (en italien Napoli /ˈnapoli/, en napolitain Nàpuli) est une ville d’Italie, chef-lieu de la région de Campanie. Elle est la troisième ville d’Italie. Sous le nom de Parthénope, elle fut fondée durant l’Antiquité par la cité voisine de Cumes. Elle s’étend ensuite rapidement jusqu’à devenir un des principaux centres commerciaux, culturels, philosophiques et politiques de la Grande-Grèce puis de l’Empire romain. Après avoir été brièvement dépendante de l’Empire byzantin, elle devient autonome au sein du duché de Naples. Dès le 13ème siècle et pour ensuite plus de 600 ans, elle devient la capitale du Royaume de Naples puis successivement du Royaume des Deux-Siciles.

[5] L’ordre des Prêcheurs ou des Frères Prêcheurs, plus connu sous le nom d’ordre dominicain, est un ordre catholique né sous l’impulsion de saint Dominique en 1215. Il appartient, comme l’ordre des Frères mineurs ou franciscains, à la catégorie des ordres mendiants. Suivant la règle de saint Augustin, ainsi que ses propres Constitutions, en partie inspirées de celles des prémontrés, il s’est donné pour mission l’apostolat et la contemplation. Les dominicains sont des religieux mais pas des moines : ils ont la particularité de ne prononcer qu’un seul vœu, celui d’obéissance, dans les mains du maître de l’ordre (ou de son représentant), les vœux de pauvreté et de chasteté étant implicitement inclus. Ils ne font, par contre, pas vœu de stabilité comme les moines. Ils vivent dans des couvents et non dans des monastères. Leur vocation étant de prêcher, leurs couvents sont souvent situés dans de grandes villes.

[6] La ville doit son nom de Cologne à l’impératrice romaine Agrippine, épouse de l’empereur Claude, qui éleva son lieu de naissance au rang de colonie en l’an 50, sous le nom de Colonia Claudia Ara Agrippinensium. Les Romains y tenaient une garnison et des axes routiers convergeaient vers un pont de bateaux sur lequel transitait un important commerce avec toutes les régions de la Germanie. En raison de son importance stratégique sur le limes du Rhin et de la présence de l’armée et de la clientèle germanique, l’endroit attira de nombreux marchands et devint un foyer d’artisanat et de commerce. Centre militaire, la ville fut la résidence de l’empereur gaulois Postume de 260 à 268, et le lieu de l’usurpation éphémère de Silvanus en 355. Les Romains introduisirent le christianisme à Cologne, qui devint siège épiscopal à partir du 4ème siècle. Des Francs se sont regroupés au cours de la seconde moitié du 5ème siècle pour fonder un royaume à Cologne, qui est intégré dans le royaume franc de Clovis. À partir du 7ème siècle, ils sont désignés sous le nom de Francs ripuaires.

[7] Le deuxième concile de Lyon est le 14ème concile œcuménique catholique convoqué le 31 mars 1272, qui s’est tenu à Lyon en 1274. Il a été présidé par le pape Grégoire X, réunissant environ 500 évêques, 60 abbés et plus de 1000 prélats. La première session s’est ouverte 7 mai 1274, avec 5 sessions additionnelles les 18 mai, 7 juin, 6 juillet, 16 juillet et 17 juillet. Jacques 1er d’Aragon, l’ambassadeur de l’empereur Michel Paléologue et des membres du clergé grec et les ambassadeurs d’Abaqa Khan de l’empire Ilkhanide étaient présents.

[8] L’ordre cistercien est un ordre monastique de droit pontifical. C’est une branche réformée des bénédictins dont l’origine remonte à la fondation de l’abbaye de Cîteaux par Robert de Molesme en 1098. L’ordre cistercien joue un rôle de premier plan dans l’histoire religieuse du 12ème siècle.

[9] L’Abbaye de Fossanova, sise dans la région du Latium (commune de Priverno), en Italie, est une ancienne abbaye bénédictine fondée au 9ème siècle, et devenue plus tard cistercienne.

[10] Toulouse est une commune du Sud-Ouest de la France. Capitale pendant près de 100 ans du royaume wisigoth, une des capitales du royaume d’Aquitaine et capitale historique du Languedoc

[11] L’ensemble conventuel des Jacobins de Toulouse, situé dans le centre de la ville, à mi-chemin entre le Capitole et la Garonne, juste en face du lycée Pierre de Fermat, est constitué d’une église dite « église des Jacobins », d’un cloître, d’une salle capitulaire, d’un réfectoire et d’une chapelle, la chapelle Saint Antonin. Il a été construit par l’ordre des frères prêcheurs, un ordre mendiant dont le premier couvent de la branche masculine a été fondé en 1215 à Toulouse par Dominique de Guzmán, futur saint Dominique, afin de promouvoir la prédication de l’Évangile et lutter contre l’hérésie cathare.

[12] La scolastique est la philosophie développée et enseignée au Moyen Âge dans les universités : elle vise à concilier l’apport de la philosophie grecque (particulièrement l’enseignement d’Aristote et des péripatéticiens) avec la théologie chrétienne héritée des Pères de l’Église et d’Anselme. De ce fait, on peut dire qu’elle est un courant de la philosophie médiévale.

[13] de questions

[14] argumentation et recherche de conclusion

[15] Avicenne, Averroës

[16] Maïmonide

[17] Le néoplatonisme est une doctrine philosophique, élaborée à Rome à partir de 232 par Ammonios Saccas et surtout par Plotin, dont le dernier représentant est Damascios, en 544. Le néoplatonisme ou platonisme de l’Antiquité tardive tentait de concilier la philosophie de Platon avec certains courants de la spiritualité orientale.

[18] La hiérocratie désigne tout pouvoir fondé sur des moyens religieux.