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L’histoire pour le plaisir

Astralabe

jeudi 23 juin 2022, par ljallamion

Astralabe (1116-1171)

Chanoine nantais devenu abbé clunisien

Fils des célèbres amants Héloïse et Abélard, il a peut-être participé à l’assassinat de Geoffroy Plantagenêt le vieux.

Astralabe naît hors mariage à l’automne 1116 chez sa tante paternelle Denyse, à laquelle Abélard a confié la garde de sa maîtresse enceinte. Son grand père paternel est le seigneur du Pallet [1], Bérenger, homme de cour attaché au comte Mathias 1er de Nantes .

Quatre ans plus tôt, c’est en compagnie du duc et roi Fergent que ce grand père a pris l’habit de moine à l’abbaye de Redon [2], tandis que, parallèlement, sa grand mère paternelle, Lucie, se retirait en compagnie de la duchesse et reine Ermengarde à Fontevraud [3].

Quand Astralabe naît, dans les circonstances rocambolesques qui ont donné matière au mythe d’Héloïse et Abelard, son père est déjà parvenu à une gloire qui dépasse les frontières et en fait la vedette des intellectuels de son temps. Sa mère est déjà célèbre pour être l’unique femme ayant osé suivre l’enseignement des arts libéraux [4].

Quand ses parents retournent à Paris régulariser leur situation par le mariage, l’enfant est confié, non sans déchirements, à Denyse.

Élevé en Bretagne dans une famille aristocratique, Astralabe devenu adolescent poursuit à l’école cathédrale [5] de Nantes [6] le cursus des arts libéraux puis des études supérieures. C’est probablement là qu’il reçoit de son père sexagénaire, redevenu écolâtre [7] à l’abbaye Saint Geneviève du Mont [8] depuis 1136, des félicitations sous la forme versifiée d’une sorte de nouvelle Ethique à Nicomaque [9] plus pratique de 1040 strophes, le Chant pour Astrolabe

Breton, Astralabe n’obtient pas de canonicat en France, malgré la démarche entreprise en 1144, 2 ans après la mort de son père, par sa mère, devenue abbesse du Paraclet [10], auprès de Pierre le Vénérable, devenu le supérieur de celle-ci. En revanche, il en obtient un du chapitre cathédral de Nantes, qui le dote de la prébende versée à son oncle paternel Porchaire par l’abbaye de Buzay [11] quand ce dernier s’y retire, en 1144.

Quelques années plus tard, soit dans les suites d’un coup d’État lié à la disparition prématurée à Nantes de l’usurpateur Geoffroy Plantagenêt le vieux, il est exilé, vraisemblablement par Bernard d’Escoublac, secrétaire de Bernard de Clairvaux, à Cherlieu [12]. Cette filiale de Cluny se trouve à quelque 70 lieues du Paraclet où sa mère a dressé le tombeau de son père, mais en Empire, de l’autre côté de la frontière.

L’implication dans le coup d’état de ce jeune chanoine aristocrate, dont la famille est du parti adverse des Plantagenêt, n’est pas documentée et, dans l’imprécision des dates, reste une hypothèse. Les clercs meurtriers échappaient à la justice seigneuriale et se voyaient en général simplement exilés.

De sa nouvelle maison, Astralabe est missionné à la fin de l’année 1162 par cette abbaye pour devenir le 4ème abbé de la filiale de Hauterive [13] en Transjurane [14]. C’est là qu’il meurt le 5 août 1171 à l’âge de 54 ans.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du livre de J. M.A. Rubingh-Bosscher, Peter Abelard. Carmen ad Astralabium. [archive] A Critical Édition, chez l’auteur, Groningue, 1987.

Notes

[1] Le Pallet est une commune de l’Ouest de la France, située dans le département de la Loire-Atlantique, en région Pays de la Loire. Située au sein du Vignoble nantais, la vitrine économique de cette commune rurale est la viticulture bien que depuis quelques années des zones d’activités se soient implantées dans ce lieu, maintenant considéré comme la périphérie de la ville de Nantes.

[2] L’abbaye Saint-Sauveur de Redon, fondée en 832 par Conwoïon et reconnue le 18 juin 834 par Nominoë, est une ancienne abbaye bénédictine de Bretagne à Redon, dans le département d’Ille-et-Vilaine, dépendante de l’ancien diocèse de Vannes.

[3] L’abbaye de Fontevraud est une ancienne abbaye d’inspiration bénédictine, siège de l’ordre de Fontevraud, fondée en 1101 par Robert d’Arbrissel et située à Fontevraud, près de Saumur en Anjou. Érigée dés sa fondation en monastère double dans l’esprit de la réforme grégorienne, l’abbaye de Fontevraud va s’attirer la protection des comtes d’Anjou puis de la dynastie des Plantagenêts qui en feront leur nécropole.

[4] Les sept arts libéraux désignent une grande part de la matière de l’enseignement concernant les lettres latines et les sciences des écoles de second niveau de l’Antiquité, qui se poursuit sous diverses formes au Moyen Âge. Ce corpus d’enseignement est notamment généralisé en Europe occidentale médiévale par l’œuvre d’Alcuin, maître précepteur de la famille de Charlemagne et savant écolâtre responsable des réformes scolaires supérieures de l’Empire carolingien, durant la période dite de la Renaissance carolingienne.

[5] Une école cathédrale ou école épiscopale est une institution d’enseignement datant du Moyen Âge. Les écoles cathédrales doivent leur nom à leurs liens avec une église cathédrale d’un diocèse particulier de l’Église catholique, leur vocation étant à l’origine la formation supérieure des candidats du diocèse à l’état clérical. Elles sont complémentaires aux écoles paroissiales ou à l’enseignement dispensé dans les couvents, qui est plus élémentaire. Elles ont, peu à peu, accepté des étudiants laïcs. Ces écoles ont été à la base de la renaissance culturelle et philosophique du 12ème siècle et ont précédé la fondation des universités au 13ème siècle. Certaines de ces écoles médiévales, radicalement transformées, ont survécu jusqu’aujourd’hui.

[6] Le diocèse de Nantes est une circonscription territoriale de l’Église catholique correspondant au département de la Loire-Atlantique. Le diocèse de Nantes faisait partie de l’Archidiocèse de Tours jusqu’en 2002. C’est un des neuf évêchés de la Bretagne historique (symbolisés par les 9 bandes du drapeau breton Gwen ha du) ; son territoire constituait le Pays nantais, lui-même correspondant approximativement à l’actuel département de la Loire-Atlantique.

[7] L’écolâtre était, au Moyen Âge, le maître de l’école monastique ou de l’école cathédrale. La fonction était importante et nombreux furent les écolâtres qui devinrent écrivains de renom, théologiens, ou évêques. Chrodegang, évêque de Metz au 8ème siècle, forma les prêtres de sa cathédrale à vivre en communauté, et écrivit pour eux une règle appelée Regula vitae communis inspirée de celle de saint Benoît. Il y introduit dans la communauté la fonction d’écolâtre : un des chanoines est spécialement chargé d’instruire les jeunes clercs de la cathédrale. Charlemagne demanda l’ouverture de l’école cathédrale aux non-clercs. Au fil des temps l’écolâtre devient également l’inspecteur des maîtres d’écoles du diocèse. Plus tard, le concile du Latran III officialisa la coutume en 1179 en spécifiant que l’enseignement sera gratuit. Cependant, avec l’émergence et l’influence croissante des universités au 13ème siècle, les écoles cathédrales perdront progressivement leur importance et le rôle de l’écolâtre disparaîtra.

[8] L’abbaye Sainte-Geneviève de Paris était une ancienne abbaye parisienne dont plusieurs bâtiments ont été conservés pour constituer l’actuel lycée Henri-IV. Située à proximité de l’église Saint-Étienne-du-Mont et du Panthéon, ses bâtiments et jardins s’étendaient entre la rue de l’Estrapade, la place du Panthéon et la place Sainte-Geneviève. Elle fut fondée en 502 par Clovis et son épouse Clotilde sur le mons Lucotitius où se trouvait déjà un cimetière, sous le nom de monastère des Saints-Apôtres

[9] L’Éthique à Nicomaque est un ouvrage d’Aristote qui traite de l’éthique, de la politique et de l’économie. Il est, avec l’Éthique à Eudème et la Grande Morale (Magna Moralia, d’authenticité douteuse), l’un des trois principaux livres exposant la philosophie morale d’Aristote.

[10] L’abbaye du Paraclet, appelée habituellement Le Paraclet ou encore Paraclet de Nogent, est une abbaye féminine bénédictine prestigieuse fondée par Abélard et Héloïse au 12ème siècle en Champagne à l’écart de Quincey, village aujourd’hui rattaché à la commune de Ferreux-Quincey, dans le diocèse de Troyes, dans l’Aube. Chef du premier ordre spécifiquement féminin, le Paraclet a illustré un modèle monastique basé sur l’érudition, la musique vocale savante et le petit nombre de professes comme de filiales, préfigurant ainsi Saint-Cyr. Un temps promu au sein de l’Église en concurrence de l’abbaye mixte de Fontevraud et en opposition aux ordres mendiants, tel celui des Clarisses, il a représenté une tentative de reconnaissance des capacités intellectuelles des femmes au-delà de l’échec du béguinage.

[11] L’ancienne abbaye cistercienne de Buzay, située sur la commune française de Rouans en Loire-Atlantique, fut fondée en 1135 par Bernard de Clairvaux. La tour de Buzay en est l’unique vestige.

[12] L’abbaye de Cherlieu était une abbaye cistercienne. Il n’en reste que des ruines, situées au hameau de Cherlieu, dans la commune de Montigny-lès-Cherlieu, département de Haute-Saône. La création de l’abbaye est attestée par une charte d’Anséric, archevêque de Besançon, envers Germain, prieur de Cherlieu en 1127. Les premiers bienfaiteurs seront les nobles de Jussey, et Renaud III, comte de Bourgogne, alors même que le prieur et ses compagnons, miséreux, sont contraints à manger des feuilles de chêne.

[13] L’abbaye d’Hauterive, est une abbaye cistercienne fondée en 1138 par Guillaume, seigneur de Glâne, à Hauterive, aujourd’hui en Suisse dans le district de la Sarine du canton de Fribourg. C’est la plus ancienne abbaye cistercienne de Suisse romande qui soit encore vivante

[14] Le Royaume de Haute-Bourgogne (ou royaume de Bourgogne transjurane) était un État féodal qui a existé au 10ème siècle (transjuran signifiant à l’est des Monts du Jura). Issue de la partition de la Bourgogne impériale lors du traité de Prüm, (elle même issue de la division du royaume de Bourgogne (Burgondie) à la suite du traité de Verdun de 843), son territoire s’étendait dans les actuelles Suisse et Franche-Comté.