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L’histoire pour le plaisir

Jean Antoine Watteau

mercredi 30 mars 2022, par ljallamion

Jean Antoine Watteau (1684-1721)

Peintre français

Né à Valenciennes [1], deuxième des quatre fils de Jean-Philippe Watteau, maître couvreur, marchand de tuiles, et de Michelle Lardenois.

La famille de Jean-Antoine encourage tôt sa vocation artistique. Il commence son apprentissage de peintre à l’âge de 10 ans chez Jacques-Albert Gérin, peintre valenciennois, l’un des peintres renommés de la ville.

A la mort de Gérin, en 1702, Watteau s’installe à Paris dans le quartier Saint-Germain-des-Prés [2] où résident de nombreux artistes flamands. Sans protection, sans ressources, il est décidé à s’en procurer par le travail. Engagé d’abord par un peintre sans client, Métayer, qui ne peut le nourrir, il passe chez un fabricant de peintures, au pont Notre-Dame [3], qui l’emploie, avec quelques autres apprentis, à copier, en nombreux exemplaires, des images religieuses et des tableaux de genre, notamment une Vieille Liseuse de Gérard Dou , et un Saint Nicolas, très recherché par les dévots.

Claude Gillot graveur et décorateur de théâtre, ayant vu quelques dessins ou tableaux de Watteau, l’invita à venir demeurer chez lui et à poursuivre ses études. L’accord entre le maître et l’élève, d’humeur également vive, n’est pas de longue durée. Néanmoins, Watteau conservera toujours pour Gillot une grande reconnaissance. Son goût pour les personnages de théâtre et les fêtes galantes trouve probablement ses racines dans cet apprentissage.

C’est bien chez Gillot, en effet, qu’il prend le goût des scènes de théâtre, des fantaisies galantes, des arabesques à figurines, des mythologies et des singeries, et qu’il s’enhardit dans ses tendances naturelles à observer sans cesse les réalités environnantes et à jouir, en rêveur délicat, du spectacle de la vie mondaine ou rustique. Commençant comme peintre d’histoire, il va s’inscrire dans la querelle des Anciens et des Modernes [4] et marquer le triomphe de la couleur, la victoire des rubénistes [5] sur les poussinistes [6] représentés par Roger de Piles et Charles Le Brun

Vers 1707-1708 il entre chez Claude III Audran, graveur de renom, en fonction au palais du Luxembourg [7]. C’est dans ce palais qu’il découvre Rubens et en fait des copies. Il est reçu comme élève de l’Académie [8].

En 1709, il tente le prix de Rome [9] mais n’y obtient que la seconde place, ce qui lui ôte le privilège d’aller parfaire ses connaissances dans l’Académie de France à Rome [10]. Découragé, il se remet au travail.

Watteau se constitue une clientèle en peignant des sujets militaires. En 1717, l’Académie souhaitant le recevoir parmi ses membres, il présente comme morceau de réception Le pèlerinage à l’île de Cythère, une fête galante, genre créé pour lui dans la hiérarchie artistique académique.

Ses amis, parmi lesquels Nicolas Hénin , Gersaint, Antoine de la Roque, Pierre Maurice Haranger, Pierre Crozat et Jean de Jullienne , s’alarment de sa négligence concernant son avenir, sa situation financière et son état de santé précaire. Il souffre probablement de la tuberculose et part pour Londres en 1717-1720 pour tenter de se soigner et de consulter le docteur Richard Mead, un des médecins les plus réputés de l’époque et un admirateur de l’œuvre du peintre.

Il rencontre en Angleterre de nombreux artistes français qui s’inspirent de son œuvre pour réaliser des gravures très appréciées. L’influence de Watteau sur l’art anglais se retrouve en particulier chez Gainsborough.

De retour à Paris, son talent exceptionnel est désormais reconnu par des collectionneurs [11] et par des marchands comme Gersaint.

Son dernier chef-d’œuvre sera “L’Enseigne de Gersaint” peinte vers la fin de l’année 1720. Il sort de son cadre pastoral habituel pour se situer en plein Paris, au numéro 35 du pont Notre-Dame, adresse du nouvel établissement du marchand Gersaint auprès de qui Watteau insista en remerciement de l’hébergement consenti.

Son mal s’aggravant, Watteau passe les derniers mois de sa vie dans la propriété d’un ami de l’abbé Haranger, l’intendant des Menus-Plaisirs [12], Philipe Le Fevre à Nogent-sur-Marne [13] où il mourra à l’âge de 37 ans.

Gersaint est chargé de vendre les œuvres de Watteau : il en obtiendra 3000 livres, ce qui est important pour un peintre de l’époque.

Il est considéré comme le peintre le plus important de la période de la Régence [14]. Il est souvent cité comme un des précurseurs du mouvement romantique [15]. D’autres le considèrent comme précurseur du mouvement impressionniste [16] par les décors en plein air et les couleurs dans ses tableaux. Il n’a jamais eu de commande de l’Eglise ou de la cour. La seule commande officielle était "un morceau de réception" [17] pour l’Académie Royale de Peinture et Sculpture [18].

Il est un des créateurs représentants du mouvement rocaille [19].

Inspiré par la commedia dell’arte [20], il aime représenter le théâtre dans ses tableaux, que ce soit à travers les rideaux lourds ou les thèmes. Malgré une carrière brève d’une quinzaine d’années, il a connu le succès de son vivant et a laissé une œuvre considérable, des milliers de dessins et plus de 200 tableaux que les princes d’Europe et les collectionneurs privés s’arrachaient.

Ses peintures les plus célèbres sont un Pierrot (anciennement intitulé Gilles) et ses deux Pèlerinages à l’île de Cythère.

Sans le savoir, il a contribué à créer le concept de l’artiste individualiste, fidèle à lui seul. Il introduit une nouvelle liberté dans la peinture en s’écartant des sujets traditionnels de la peinture officielle et académique pour inventer un nouveau genre, les fêtes galantes.

Un des thèmes dominants dans l’œuvre de Watteau est le théâtre. A côté des 2 théâtres officiels au début de la Régence [21], les théâtres de la foire faisaient concurrence. Les troupes trouvaient les moyens de se passer des contraintes qui leur étaient imposées. Défense de dialoguer ? Ils utilisent le pantomime ou le monologue. Défense de chanter ? Ils invitent le public de chanter à la place des acteurs. Défense de parler ? Les paroles viendraient des coulisses. Défense de jouer ? On se servait des marionnettes. Ces théâtres en plein air plaisaient beaucoup à Watteau qui les a peints à plusieurs reprises.

Une des principales sources de renseignements sur sa vie est la biographie rédigée par son ami le comte de Caylus.

Des peintres comme Nicolas Lancret et Jean-Baptiste Pater essaieront de reproduire ces thèmes, mais n’arriveront pas à capturer l’esprit et à rendre cette ambiguïté.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Philippe Sollers, Watteau et les femmes, Flammarion, Paris, 1992 ; texte repris dans Théorie des Exceptions, Paris, Gallimard, Folio essais no 28, 1985 : Histoire de la Biographie et oeuvre d’Antoine Watteau (1684-1721)

Notes

[1] Valenciennes est une commune française, historiquement capitale du comté du Hainaut français et aujourd’hui sous-préfecture du département du Nord. Elle est située au confluent de l’Escaut avec la Rhônelle. En 1285, la monnaie du Hainaut fut remplacée par la monnaie de France : l’écu. Valenciennes est une ville en pleine activité, forte de ses nombreuses corporations. À l’abri de son enceinte, un grand nombre de couvents se développe, à l’instar des Dominicains. Au 14ème siècle Albert de Bavière fait construire la tour de la Dodenne, où encore aujourd’hui la cloche sonne en l’honneur de Notre-Dame-du-Saint-Cordon. Au 15ème siècle, le Hainaut, rattaché au duché de Bourgogne, perd de son autonomie, mais Valenciennes jouit d’une grande renommée grâce aux artistes qu’elle protège en ses murs. L’économie de la ville repose essentiellement sur la draperie et le commerce, principalement du vin et des céréales des campagnes environnantes.

[2] Le quartier Saint-Germain-des-Prés est le 24e quartier administratif de Paris situé dans le 6e arrondissement. Une petite agglomération s’est formée peu à peu autour de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, consacrée vers 558 par l’évêque de Paris, Germain ; celle-ci est située comme son nom l’indique à l’extérieur de l’agglomération au Moyen Âge. Le bourg Saint-Germain s’est constitué au 12ème siècle et comptait alors environ 600 habitants. Il restera en dehors de l’enceinte de Philippe-Auguste. Il a ses limites particulières. Son domaine s’étend en rive gauche de la Seine, sur le territoire des actuels 6e et 7e arrondissements. Jusqu’au 12ème siècle, la paroisse de ce bourg est l’église Saint-Pierre, à l’emplacement de l’actuelle cathédrale Saint-Vladimir-le-Grand. Les bâtiments en pierre ont été construits vers l’an 1000, au temps de la splendeur et du rayonnement intellectuel intense de l’abbaye qui s’agrandit sans cesse. Le nom de la rue du Four (6e arrondissement) correspond à l’ancien four de l’abbaye. Vers 1180, c’est la première église Saint-Sulpice qui devient l’église paroissiale du bourg.

[3] Le pont Notre-Dame est un pont situé à Paris et traversant le grand bras de la Seine, reliant le quai de Gesvres au quai de la Corse sur l’île de la Cité.

[4] La querelle des Anciens et des Modernes ou querelle des Classiques et des Modernes est une polémique née à l’Académie française et qui agite le monde littéraire et artistique de la fin du 17ème siècle.

[5] les coloristes qui privilégient la force de la sensation

[6] les dessinateurs qui privilégient la forme

[7] Le palais du Luxembourg, situé dans le 6ème arrondissement de Paris dans le nord du jardin du Luxembourg, est le siège du Sénat français, qui fut installé en 1799 dans le palais construit au début du 17ème siècle, à la suite de la régence de la reine Marie de Medicis. Le palais du Luxembourg doit son nom à l’hôtel bâti au milieu du 16ème siècle et qui appartenait à François de Piney, duc de Luxembourg. La régente Marie de Médicis, veuve de Henri IV, achète l’hôtel et le domaine dits « de Luxembourg » en 1612 et commande en 1615 la construction d’un palais à l’architecte Salomon de Brosse. Après avoir fait raser maisons et une partie du Petit Luxembourg, elle pose elle-même la première pierre le 2 avril 1615. Le marché de construction est retiré à Salomon de Brosse en 1624 et rétrocédé au maître maçon Marin de la Vallée le 26 juin 1624. Elle s’y installe en 1625 au premier étage de l’aile ouest, avant la fin des travaux. La partie ouest du palais Médicis était réservée à la reine mère et celle de gauche à son fils, le roi Louis XIII. Une série de toiles avait été commandée à Rubens pour chacun de ces appartements qui devaient former deux cycles, le cycle de la vie de Marie de Médicis, destinée à son logement, et un cycle de la vie d’Henri IV qui n’a pas été terminé. Elles sont aujourd’hui exposées au Louvre. Le chantier n’est pas achevé en 1631 lorsque Marie de Médicis doit le quitter, exilée sur ordre de son fils à la suite de la « journée des Dupes ». Marie de Médicis, à sa mort en 1642, lègue le domaine à son enfant préféré, son second fils Gaston duc d’Orléans, frère puîné du roi Louis XIII. Il passe par succession à sa veuve, Marguerite de Lorraine, puis à sa fille aînée la duchesse de Montpensier qui le vend à sa sœur cadette, la duchesse de Guise en 1660. Celle-ci en fait don au roi, son cousin en 1694. En 1715, le Luxembourg revient au régent Philippe d’Orléans, qui l’abandonne à sa fille aînée Marie Louise Élisabeth d’Orléans duchesse de Berry, puis à sa cadette Louise Élisabeth d’Orléans, reine douairière d’Espagne. Le 14 octobre 1750, la Galerie royale de peinture du Palais du Luxembourg est ouverte à l’initiative de Charles François Paul Le Normant de Tournehem, directeur des Bâtiments du Roi, à l’emplacement même de la galerie de Marie de Médicis, dans l’aile Est du palais du Luxembourg. Exposant une sélection des Tableaux du Roi à proximité du cycle de Rubens, il s’agit du premier musée d’art ouvert au public en France, qui préfigura la création du musée du Louvre en 1793. L’actuel musée du Luxembourg a hérité de cette tradition muséale. Par un édit du mois de décembre 1778, le roi Louis XVI accorde le domaine et le château à son frère Louis-Stanislas-Xavier, comte de Provence et futur Louis XVIII, à titre d’augmentation d’apanage. Après sa fuite en 1791, le palais du Luxembourg est déclaré « propriété nationale ».

[8] L’Académie royale de peinture et de sculpture est une ancienne institution d’État chargée en France, de 1648 à 1793, de réguler et d’enseigner la peinture et la sculpture en France durant l’Ancien Régime. L’acte créant l’Académie royale de peinture et de sculpture date du 20 janvier 1648, jour de la requête au Conseil du roi de Louis XIV (alors enfant) par l’amateur d’art Martin de Charmois, conseiller d’État originaire de Carcassonne où il possède un cabinet de curiosité remarquable. Cette institution est ainsi fondée sur mandat royal, sous la régence d’Anne d’Autriche, à l’instigation d’un groupe de peintres et de sculpteurs réunis par Charles Le Brun, qui avait pris la première initiative.

[9] Le prix de Rome, expression qui date du 19ème siècle, désigne couramment le concours des Académies royales de l’Ancien Régime et la pension à Rome puis, à partir de la Révolution française et de l’Empire, le concours et la bourse d’étude de l’Académie des beaux-arts permettant aux jeunes artistes de se former en Italie.

[10] L’Académie de France à Rome est une institution artistique française située dans la villa Médicis sur la colline du Pincio à Rome et destinée à l’accueil en résidence pour une période donnée, en son sein ou hors les murs, de jeunes artistes afin de développer leurs projets créatifs. L’Académie est souvent nommée « Villa Médicis » par métonymie, en référence au palais l’hébergeant depuis 1803.

[11] le comte de Caylus, Antoine le la Rocque

[12] L’administration de l’Argenterie, Menus-Plaisirs et affaires de la chambre étaient, sous la monarchie française, le service de la maison du Roi, responsable des « plaisirs du roi », de l’organisation des cérémonies et spectacles de la cour.

[13] Nogent-sur-Marne est une commune française située dans le département du Val-de-Marne. La commune est limitrophe du 12e arrondissement de Paris, par le bois de Vincennes. Elle se situe à 5 km de la porte de Vincennes et à 10 km du centre de Paris.

[14] La Régence, dans l’histoire du royaume de France, est la période de régence instaurée à la mort de Louis XIV à cause du trop jeune âge de son héritier désigné, Louis XV, qui n’a que 5 ans et 9 mois. Cette période est remarquable par son progressisme, mais la crédibilité de l’État est affaiblie. La Régence se termine officiellement à la majorité de Louis XV (13 ans et 1 jour) en février 1723, mais une « régence politique » se poursuit. Cette période est marquée par la prise du pouvoir par Philippe, duc d’Orléans, prince du sang, au détriment de Louis-Auguste, duc du Maine fils légitimé du feu roi, ce qui entraîne une certaine agitation de Cour ; par l’entente et le partage du pouvoir absolu entre régent, haute noblesse et parlementaires ; par le système innovant, mais finalement décevant de la polysynodie ; et enfin par le « système de Law », sa réussite à assainir les finances de l’État, mais son effondrement final. On peut aussi noter l’audace maritime mais trop peu soutenue, l’action du cardinal Dubois, ainsi que les débuts du futur cardinal de Fleury.

[15] Le romantisme est un mouvement culturel apparu à la fin du 18ème siècle en Allemagne et en Angleterre et se diffusant à toute l’Europe au cours du 19ème siècle, jusqu’aux années 1850. Il s’exprime dans la littérature, la peinture, la sculpture, la musique, la politique et la danse et se caractérise par une volonté de l’artiste d’explorer toutes les possibilités de l’art afin d’exprimer ses états d’âme : il est ainsi une réaction du sentiment contre la raison, exaltant le mystère et le fantastique et cherchant l’évasion et le ravissement dans le rêve, le morbide et le sublime, l’exotisme et le passé, l’idéal ou le cauchemar d’une sensibilité passionnée et mélancolique. Ses valeurs esthétiques et morales, ses idées et thématiques nouvelles ne tardent pas à influencer d’autres domaines, en particulier la peinture et la musique.

[16] L’impressionnisme est un mouvement pictural apparu en France dans les années 1860 en opposition à l’art académique et visant à représenter le caractère éphémère de la lumière et ses effets sur les couleurs et les formes. Le groupe des impressionnistes se forme autour d’Édouard Manet, chef de file de l’avant-garde artistique dans les années 1860, qui ne participe cependant à aucune exposition impressionniste. Après plusieurs scandales et refus au Salon, la grande exposition annuelle d’artistes agréés par l’Académie des Beaux-Arts, de jeunes artistes décident de s’associer pour organiser des expositions indépendantes. Cette idée se concrétise en 1874, dans une exposition qui réunit trente artistes dont Paul Cézanne, Edgar Degas, Claude Monet, Berthe Morisot, Camille Pissarro, Auguste Renoir et Alfred Sisley.

[17] son chef-d’oeuvre, Le Pèlerinage à Cythère

[18] L’Académie royale de peinture et de sculpture est une ancienne institution d’État chargée en France, de 1648 à 1793, de réguler et d’enseigner la peinture et la sculpture en France durant l’Ancien Régime. L’acte créant l’Académie royale de peinture et de sculpture date du 20 janvier 1648, jour de la requête au Conseil du roi de Louis XIV (alors enfant) par l’amateur d’art Martin de Charmois, conseiller d’État originaire de Carcassonne où il possède un cabinet de curiosité remarquable. Cette institution est ainsi fondée sur mandat royal, sous la régence d’Anne d’Autriche, à l’instigation d’un groupe de peintres et de sculpteurs réunis par Charles Le Brun, qui avait pris la première initiative.

[19] Le style rocaille, ou rococo, est un style de décoration en vogue sous la Régence, puis sous le règne de Louis XV. Il est caractérisé par la fantaisie des lignes contournées rappelant les volutes des coquillages avec leurs enroulements. Il trouve son expression dans l’architecture, le mobilier et la peinture.

[20] La commedia dell’arte est un genre de théâtre populaire italien, né au 16ème siècle, où des acteurs masqués improvisent des comédies marquées par la naïveté, la ruse et l’ingéniosité. Ce genre est apparu avec les premières troupes de comédie avec masques, en 1528.

[21] l’Opéra et la Comédie-Française