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L’histoire pour le plaisir

Lü Meng Ziming

mardi 8 mars 2022, par ljallamion

Lü Meng Ziming (178-219)

Général du Royaume du Wu ou Sun Wu durant la période des Trois Royaumes

Il participa victorieusement à la Bataille de la Falaise Rouge en 208 [1]. Critiqué par Sun Quan pour son manque de culture et manquant de savoir militaire, il se mit à les acquérir, et devint l’un des plus grands stratèges de la période après sa conquête planifiée de la province de Jin. Il aida le royaume de Wei [2] à repousser l’assaut de Guan Yu au château de Fan. Cette conquête assura au Wu [3] sa prospérité et sa survie en tant qu’état indépendant.

Il naquit à Runan. Vers 195, lui et sa famille fuirent les troubles et rejoignirent le Sud du Yangtse ou sa sœur était installée avec son mari Deng Dang.

Deng Dang devint un officier mineur du nouveau maître du Jiangdong [4], Sun Ce, qui conquit ce territoire à partir de 195 de notre ère, qu’il accompagna dans des campagnes de pacification, notamment contre les peuples des collines. À peine âgé de 20 ans, Lu Meng suivit Deng Dang contre l’avis de sa mère qui protesta contre le danger d’une telle opération, mais ce dernier argua que la réussite et carrière militaire pouvait sortir sa famille de la pauvreté.

Sur ce fait, un officier de Deng Dang l’offensa sur son âge, et en représailles, Lu Meng le tua. Voyant les conséquences d’un tel acte, il se cacha mais pour éviter d’éventuelles représailles, et se livra aux autorités. Sun Ce s’intéressant à lui, lui accorda son pardon et l’incorpora dans sa garde, faisant de lui l’un de ses intendants personnels. Deng Dang mourant en 199, Sun Ce lui permit même de reprendre la troupe que son beau-frère commandait et lui octroya le grade de premier major.

Sun Ce mourut des suites de ses blessures reçues lors de sa tentative d’assassinat en mai 200. Son jeune frère de 18 ans, Sun Quan, lui succéda. Ce dernier en inspection, passa en revue ses troupes pour décider des fusions à opérer dans les unités les plus petites.

Lu Meng, ne voulant perdre son commandement et dans l’espoir d’être remarqué, acheta à crédit de l’équipement pour sa troupe. Il équipa ses soldats de tuniques rouges et de jambières renforcées et les fit s’exercer pour démontrer leurs talents militaires. Le résultat est que Sun Quan en fut impressionné. Il mena des expéditions près de Danyang qui furent victorieuses, Sun Quan lui donna le grade de colonel, augmentant le nombre d’hommes sous son commandement, et lui conféra le titre de Magistrat.

Lu Meng gagna en renommée. Menant des raids contre les peuples des collines, il participa à la campagne de Sun Quan en 208 contre Huang Zu. Ce dernier est un général de Liu Biao, Administrateur de la province de Jing, ennemi du clan Sun. Huang Zu est responsable de la mort de Sun Jian, père de Sun Ce et Sun Quan. Sun Ce lui avait infligé une défaite cinglante en 200 mais ce dernier s’était replié sur Jiang Xia.

Sun Quan tenta dès 203 une conquête de cette commanderie [5] et, par la même occasion, de venger la mort de son père mais échoua, perdant l’un de ses officiers Ling Cao, tué par Gan Ning. Ce dernier ayant rejoint les rangs de Sun Quan en 208 et l’ayant renseigné sur Huang, une nouvelle campagne fut lancée et amena à la bataille de Jiangxia [6].

Lu Meng commande l’avant garde qui doit assener le coup de grâce à Huang Zu, tuant au passage le commandant des forces de Huang Zu, Chen Jiu . Huang Zu tentant de fuir fut tué et Lu Meng pour avoir participé activement à cette victoire fut récompensé d’une promotion et d’une somme d’argent très importante par Sun Quan. Cette même année il participa à la bataille de Chi Bi, où Cao Cao fut défait, marquant dès lors une limite nord/sud dans l’Empire.

Lu Meng jouit d’un prestige important et se montre extrêmement tolérant notamment avec Xi Su, un officier de la province de Yi, qui se rendit à Sun Quan avec sa troupe. Cette dernière lui fut allouée mais Lu Meng argua que Xi Su est un bon commandant et ses troupes lui furent rendues. Il fut un partisan de "l’hérédité militaire"* (principe selon lequel une troupe était hérité de père en fils). Il se montra généreux et tolérant, notamment avec Cai Yi qui insulta ses compétences et surtout le caractère erratique et brutal de Gan Ning. Cette bienveillance et son autorité furent reconnues par ses soldats. Sa personnalité sans prétention lui valut la confiance de nombreuses personnes.

Cao Cao défait, dut fuir après la désastreuse défaite de Chi Bi, de ses troupes face à la marine du grand commandant des forces du Wu, Zhou Yu. Ce dernier voyant le vide politique laissé par la disparition de Liu Biao en 208, et la récente défaite de Cao Cao qui avait affermi son pouvoir dans la province de Jing après sa mort pétitionna une campagne pour la conquête de la province. Sun Quan accepta et des 209, les forces de Zhou Yu entrèrent dans la province de Jing. Ils se rendirent maîtres de quelques places fortes mais Jiang Ling continuait de leur échapper. Cette ville, est défendue par Cao Ren, cousin de Cao Cao, commandant expérimenté qui a participé à tous les engagements de Cao Cao. Les premières escarmouches sont difficiles pour Zhou Yu.

Lu Meng, faisant partie des généraux de cette campagne conseilla à Zhou Yu menant le siège de Jiang Ling, d’envoyer Gan Ning en amont pour déjouer les manœuvres des défenseurs en prenant la base de Yiling [7], puis de lui apporter tout le soutien militaire possible quand ce dernier fut en difficulté, et ce malgré le peu de soutien des généraux qui considéraient que ce dernier était perdu. Jiangling [8] fut prise et Cao Ren fut forcé de se retirer et dut battre en retraite vers le nord. La commanderie de Nan et la moitié de la Province de Jing tombèrent dans l’escarcelle de Zhou Yu et de Sun Quan. Lu Meng pour sa participation obtint le grade de Lieutenant général ainsi que le titre de Magistrat de Xunyiang, comté stratégique sur le Yangtse à la frontière entre les provinces de Jing et de Yang.

Lu Meng malgré un prestige important, sa bravoure sur les champs de bataille, sa figure d’autorité et sa bienveillance est considéré comme inculte et illettré. En effet, d’une famille pauvre et privilégiant l’action à la théorie, il n’est guère un tacticien. De ce fait des remontrances lui sont faites par Lu Su , Guan Yu, général de Liu Bei, et même par Sun Quan.

Ce dernier l’incita à étudier avec son camarade d’arme Jiang Qin , ancien pirate lui également peu éduqué. Encouragé, il étudia durement les grands classiques littéraires et d’histoire militaire notamment l’art de la guerre.

Malgré cette érudition Lu Meng continua à passer pour un inculte de façon à trahir les pensées de ses ennemis, notamment Guan Yu.

La mort de Zhou Yu persuada Sun Quan qu’aucun autre stratège du gabarit de Gongjin ne pourrait l’égaler. Ayant besoin d’alliances et devant la menace d’une attaque de Cao Cao, Sun Quan décida contre l’avis de Lu Meng de transférer Jiang Ling sous forme de prêt, et la moitié de la province de Jing à Liu Bei qui avait acquis l’autre.

En 215, Sun Quan réclama la province de Jing qu’il avait "prêté" à Liu Bei. Ce dernier tardant à répondre positivement, Lu Meng est envoyé pour capturer toutes les villes, commanderies et comtés, ce dont il s’acquitte, ChangSha [9], Ling Ling et Guiyang [10] sont conquises, seul Jiang Ling reste hors d’atteinte.

Devant cette menace Liu Bei concéda à partager la province. La partie occidentale fut rétrocédée à Sun Quan qui voulut conserver l’alliance Sun/Liu face à Cao Cao. En 217, Lu Meng participe à la désastreuse campagne d’Hefei [11], visant à prendre la Forteresse d’Hefei. Campagne où Sun Quan manque de perdre la vie.

Lu Meng défend Ru Xu avec Jiang Qin contre une attaque ennemie et parvient à la mettre en déroute. Il est promu au grade de Général pour ces faits. Cette même année Lu Su, grand commandant des forces du Wu, mourut et Lu Meng lui succéda.

Se positionnant face à Guan Yu, il rassure ce dernier de l’alliance Sun/Liu, mais en secret, élabore des stratégies pour une attaque surprise de la province, attendant une opportunité. Cette dernière arrive en 219, quand Guan Yu ouvre un second front, voulant soulager Liu Bei en guerre contre Cao Cao à l’ouest.

Étant malade mais utilisant la situation à son avantage, Lu Meng se fait démobiliser et pétitionne comme remplaçant Lu Xun, jeune officier considéré comme inexpérimenté dans le domaine militaire ce qui rassure Guan Yu qui poursuit son attaque. Pendant ce temps, Lu Meng et ses forces déguisés en marchands s’infiltrent dans la province, la sécurisant et coupant une éventuelle ligne de ravitaillement de la province de Yi. Guan Yu isolé au nord de la province fut capturé et tué par les forces du Wu.

Honoré par Sun Quan pour cette grande victoire, Lu Meng, lorsqu’il attaqua la province de Jing, était déjà très malade. Il aggrava sa condition et ce malgré une brève récupération, mourut quelques mois après sa dernière campagne en 219. Sun Quan dépensa énormément pour ses funérailles et il le reconnut comme le second stratège après Zhou Yu. Il donna également beaucoup de titres à ces trois fils.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Rafe de Crespigny, Generals of the South, Canberra, The Australian National University, 1990

Notes

[1] La bataille de la Falaise rouge, ou bataille de Chi Bi, est une bataille de l’époque des Trois Royaumes de la Chine, qui s’est déroulée au cours de l’hiver 208. Le site de la bataille se trouve à 36 kilomètres au nord-ouest de Puqi, sur la rive sud du Yangzi, en un lieu baptisé « passe de pierre », car, à cet endroit, le fleuve est bordé par une imposante falaise. C’est un lieu de mémoire pour les Chinois. La roche porte toujours les deux caractères chinois (1,5 mètre de hauteur sur 1 mètre de large), que Zhou Yu, le stratège et Maréchal du royaume de Wu, y a fait peindre après la bataille, pour célébrer la victoire. La bataille de la Falaise rouge opposa les armées alliées des royaumes de Wu et de Shu, sous le commandement de Zhou Yu et de Zhuge Liang, à celle, bien supérieure en nombre, de Cao Cao, seigneur du Wei.

[2] Le royaume de Wei, également appelé Cao Wei, est un des royaumes qui régnaient sur la Chine pendant la période des Trois Royaumes. Avec sa capitale à Luoyàng, ce royaume fut établi par Cao Pi en 220, à partir des bases posées par son père Cao Cao. Cette dénomination apparaît en 213, lorsque les exploitations féodales de Cao Cao prennent le nom de Wei ; les historiens ajoutent souvent le préfixe Cao (du nom de famille de Cao Cao) afin de distinguer ce royaume des autres États que l’histoire de la Chine a également connus sous le nom de Wei, par exemple les précédents États de Wei durant la période des royaumes combattants, et plus tard l’État de la dynastie Wei du Nord. En 220, lorsque Cao Pi déposséda le dernier empereur de la dynastie Han, Wei est devenu le nom de la nouvelle dynastie qu’il fonda. Cette dynastie fut saisie et contrôlée par la famille Sima en 249, jusqu’à ce qu’elle fût renversée et soit devenue une partie de la dynastie Jin en 265.

[3] Le royaume de Wu, connu également sous le nom Sun Wu, est l’un des royaumes de la période des Trois Royaumes en lutte pour le contrôle de la Chine après la chute de la dynastie Han. Il était situé au sud du Yangzi Jiang dans la région des actuelles villes de Nankin, Shanghai et Suzhou, à l’emplacement de l’ancien État de Wu de la Période des Printemps et Automnes. La capitale principale du royaume était Jianye, près de l’actuelle ville de Nankin (Nanjing), mais parfois la capitale fut déplacée à Wuchang, actuelle Ezhou, Hubei. Plus puissant que le royaume du Shu mais plus faible que celui du Wei, le royaume de Wu fut celui qui vécut le plus longtemps des Trois Royaumes de Chine. Il exista pendant 51 ans, de sa fondation en 229 à sa conquête en 280 par le premier empereur de la dynastie Jin, Sima Yan.

[4] Le Jiangdong, est le nom d’une région située au sud-est de la Chine. Plus précisément situé au sud-est du Yangzi, au sud de l’actuelle province du Jiangsu et au nord de celle du Zhejiang. Historiquement, le terme Jiangdong était une désignation alternative pour le royaume de Wu durant l’époque des Trois Royaumes. Les deux termes font référence au sud de la Chine, mais Jiangdong souligne l’aspect géographique alors que Wu met plutôt l’accent sur la tradition pré dynastie Han de la région. Le stratège Sun Tzu y était né, ainsi que Sun Jian et plusieurs membres de la famille Sun. Il fut le point de départ du royaume de Wu. Sun Ce en fit la conquête, battant notamment les seigneurs de guerre Liu Yao, Yan Baihu et Wang Lang, qui occupaient le territoire.

[5] Une commanderie, ou préfecture suivant les traductions, est une ancienne division administrative chinoise utilisée depuis la période de la dynastie Zhou (vers 1046 av. jc-256 av. jc) jusqu’au début de la dynastie Tang (618-907).

[6] La Bataille de Jiangxia eu lieu au printemps de l’an 208 durant la fin de la dynastie Han en Chine antique. Plus précisément à Xiakou (aujourd’hui Wuhan, Hubei), dans l’ancien district de Jiangxia, à l’est de la province de Jing. Les deux forces qui s’opposèrent furent celle du seigneur de guerre Sun Quan à l’attaque et celle de Huang Zu, grand administrateur de Jiangxia et lieutenant de Liu Biao, à la défense.

[7] La bataille de Yiling en 208 entre Zhou Yu sous les ordres de Sun Quan et Cao Ren sous les ordres de Cao Cao durant le prélude à l’époque des Trois Royaumes est une partie intégrante de la campagne de la Falaise rouge. Elle eut lieu immédiatement après l’engagement principal à Wulin, situé près de l’actuel Honghu dans la bataille de la Falaise rouge. La bataille de Yiling est également le prélude de la bataille de Jiangling qui a lieu immédiatement après.

[8] Le xian de Jiangling est un district administratif de la province du Hubei en Chine. Il est placé sous la juridiction de la ville préfecture de Jingzhou. Il est situé au Sud-Est du District de Shashi. Le xian de Jiangling fut autrefois, sous le système féodal chinois, le territoire du vicomte Cen Wenben.

[9] Changsha est la capitale de la province chinoise du Hunan. Elle est située à l’est du Hunan, au bord de la rivière Xiang dont la longue île sablonneuse lui a donné son nom.

[10] Guiyang est la capitale de la province du Guizhou en Chine. On y parle le dialecte de Guiyang du mandarin du sud-ouest.

[11] Hefei est une ville du centre de la province de l’Anhui en Chine. On y parle le mandarin. La préfecture de Hefei s’étend sur 7 048 km²