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Anna (femme d’Artabasde)

dimanche 5 septembre 2021, par ljallamion

Anna (femme d’Artabasde) (720-740)

Impératrice byzantine

L'Empire Byzantin en 717, lors de la montée sur le trône de Léon III.Épouse d’Artabasde, l’un des deux empereurs byzantins rivaux durant la guerre civile qui s’étendit de juin 741 à novembre 743. L’autre empereur était son frère Constantin V.

Fille de Léon III l’Isaurien et de sa femme Marie.

Au début des années 710, le trône de l’Empire Byzantin est instable. Justinien II fut renversé et exécuté en 711. Sa déposition a été suivie par le règne bref de Philippicos, d’Anastase II et de Théodose III. Tous les trois sont arrivés au pouvoir suite à des coups d’état menés par des factions de l’armée byzantine [1].

Dans ce contexte, deux commandants militaires se rapprochent pour former une alliance. D’après les chroniques de Théophane le Confesseur, Léon, stratège [2] du thème byzantin [3] des Anatoliques [4] et Artabasde, stratège du thème des Arméniaques [5] forgent une alliance en 715. Leur but est de renverser Théodose et de favoriser l’accession au trône de Léon. L’alliance est scellée par les fiançailles d’Anna avec Artabasde.

Les deux alliés déclenchent une révolte 2 ans plus tard et atteignent leurs buts respectifs. Le 25 mars 717, Léon est proclamé empereur dans la basilique Sainte-Sophie [6]. En tant que fille du nouvel empereur, Anna devient un des membres importants de la famille impériale.

Le mari d’Anna, Artabasde, ne tarde pas à profiter de l’ascension sociale de son beau-père. Il est bientôt nommé Curopalate [7] et Comte du thème d’Opsikion [8], tout en gardant son commandement d’origine.

La politique religieuse de l’empereur Léon III l’Isaurien divisent le christianisme chalcédonien [9] de l’époque en deux factions : les iconoclastes [10] et les iconodules [11]. Léon III favorise les premiers et lance une persécution contre les seconds, mais il décède le 18 juin 741.

Constantin V, son unique fils connu, lui succède sur le trône. Constantin est connu pour être un iconoclaste. Il bénéfice d’ailleurs du soutien de cette faction de la population au sein de l’Empire. Au contraire, Artabasde, le mari d’Anna, apporte son soutien aux iconodules afin de déclencher une révolte.

En juin 741/742, Constantin traverse l’Asie Mineure [12] avec son armée afin de mener une campagne militaire contre le califat omeyyade [13] dirigé par le calife Hisham ibn Abd al-Malik sur la frontière orientale. Artabasde attaque son beau-frère avec ses forces au cours de la traversée. Vaincu, Constantin doit aller chercher refuge à Amorium [14], tandis que le vainqueur avancé sur Constantinople [15] a été accepté comme empereur.

Artabasde est couronné empereur par le Patriarche Anastase de Constantinople. Anna prend le titre d’Augusta tandis que leur fils Nicéphore est nommé co-empereur. Artabasde se déclare lui-même "Protecteur des Saintes Icônes" tout en cherchant à sécuriser son propre trône.

La guerre civile entre Artabasde et Constantin dure environ 2 ans. Elle se termine par la défaite d’Artabase. Une première grande bataille a lieu près de Sardes [16] en Lydie [17] en Asie Mineure en mai 743.

Une armée dirigée par Nicétas , un autre fils d’Artabasde, est vaincue lors d’une seconde bataille en août. Constantin prend alors la direction de Constantinople et s’empare de la ville 3 mois plus tard. Artabasde est renversé le 2 novembre 743.

Théophane indique que Constantin fait incarcéré Artabasde, Nicéphore et Nicétas, puis les soumet à une humiliation publique dans l’hippodrome de Constantinople [18]. Tous les trois ont les yeux crevés puis sont exilés au monastère de Chora [19].

Anna et 7 autres de ses enfants, , sont alors forcés de mener une vie monastique. Son mari étant aveugle, Anna prend en charge la garde de leurs enfants jusqu’à leurs décès. Tous sont finalement enterrés au monastère de Chora. Le monastère devient alors un sanctuaire pour les martyres iconodules.

La date de sa mort est inconnue.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Lynda Garland (ed., 2006), Femmes byzantines : une variété d’expériences, de 800 à 1200. Ashgate Publishing, Ltd., (ISBN 0-7546-5737-X)

Notes

[1] L’Empire byzantin ou Empire romain d’Orient désigne l’État apparu vers le 4ème siècle dans la partie orientale de l’Empire romain, au moment où celui-ci se divise progressivement en deux. L’Empire byzantin se caractérise par sa longévité. Il puise ses origines dans la fondation même de Rome, et la datation de ses débuts change selon les critères choisis par chaque historien. La fondation de Constantinople, sa capitale, par Constantin 1er en 330, autant que la division d’un Empire romain de plus en plus difficile à gouverner et qui devient définitive en 395, sont parfois citées. Quoi qu’il en soit, plus dynamique qu’un monde romain occidental brisé par les invasions barbares, l’Empire d’Orient s’affirme progressivement comme une construction politique originale. Indubitablement romain, cet Empire est aussi chrétien et de langue principalement grecque. À la frontière entre l’Orient et l’Occident, mêlant des éléments provenant directement de l’Antiquité avec des aspects innovants dans un Moyen Âge parfois décrit comme grec, il devient le siège d’une culture originale qui déborde bien au-delà de ses frontières, lesquelles sont constamment assaillies par des peuples nouveaux. Tenant d’un universalisme romain, il parvient à s’étendre sous Justinien (empereur de 527 à 565), retrouvant une partie des antiques frontières impériales, avant de connaître une profonde rétractation. C’est à partir du 7ème siècle que de profonds bouleversements frappent l’Empire byzantin. Contraint de s’adapter à un monde nouveau dans lequel son autorité universelle est contestée, il rénove ses structures et parvient, au terme d’une crise iconoclaste, à connaître une nouvelle vague d’expansion qui atteint son apogée sous Basile II (qui règne de 976 à 1025). Les guerres civiles autant que l’apparition de nouvelles menaces forcent l’Empire à se transformer à nouveau sous l’impulsion des Comnènes avant d’être disloqué par la quatrième croisade lorsque les croisés s’emparent de Constantinople en 1204. S’il renaît en 1261, c’est sous une forme affaiblie qui ne peut résister aux envahisseurs ottomans et à la concurrence économique des républiques italiennes (Gênes et Venise). La chute de Constantinople en 1453 marque sa fin.

[2] Un stratège est un membre du pouvoir exécutif d’une cité grecque, qu’il soit élu ou coopté. Il est utilisé en grec pour désigner un militaire général. Dans le monde hellénistique et l’Empire Byzantin, le terme a également été utilisé pour décrire un gouverneur militaire. Dans la Grèce contemporaine (19ème siècle jusqu’à nos jours), le stratège est un général et a le rang d’officier le plus élevé.

[3] région

[4] Les Anatoliques ou le thème des Anatoliques sont un thème de l’Empire byzantin situé en Asie Mineure (Turquie actuelle). Après la division de l’Opsikion au milieu du 8ème siècle, il devient le plus important des thèmes de l’empire.

[5] Les Arméniaques ou le thème des Arméniaques sont un thème de l’Empire byzantin situé au nord-est de l’Asie Mineure (Turquie actuelle). Ce thème est l’un des quatre thèmes originels, créés vers la moitié du 7ème siècle.

[6] Ancienne église chrétienne de Constantinople du vie siècle, devenue une mosquée au 15ème siècle sous l’impulsion du sultan Mehmet II. Elle est édifiée sur la péninsule historique d’Istanbul. Depuis 1934, elle n’est plus un lieu de culte mais un musée jusqu’en 2020 ou le gouvernement Turc décréta sa remise en fonction en tant que mosquée

[7] maître du palais

[8] L’Opsikion est un thème de l’Empire byzantin situé dans le nord-ouest de l’Asie Mineure. Créé à partir de l’armée de service impériale, l’Opsikion est le plus grand et le plus prestigieux des premiers thèmes, et le plus proche de Constantinople. Impliqué dans plusieurs révoltes au cours du 8ème siècle, il est scindé en trois vers 750. Il subsiste alors en tant que thème de second ordre jusqu’au lendemain de la quatrième croisade.

[9] Le chalcédonisme est une doctrine christologique englobant les églises et les théologiens chrétiens qui acceptent la définition donnée au concile de Chalcédoine (451) concernant la liaison entre la nature divine et humaine de Jésus-Christ. Bien que la plupart des Églises chrétiennes modernes soient chalcédoniennes, entre le 5ème et 8ème siècle, l’ascendance du christianisme chalcédonien n’était pas toujours assurée. Les disputes dogmatiques soulevées lors du synode conduisirent au schisme chalcédonien et à la formation d’un corps d’Églises non-chalcédoniennes, connues sous le nom d’"Églises orthodoxes orientales" ou Églises des trois conciles. Les Églises chalcédoniennes restèrent unies à Rome, Constantinople et les trois autres patriarcats grecs de l’Est (Alexandrie, Antioche et Jérusalem), et furent organisées sous Justinien II au concile in Trullo sous le nom de Pentarchie.

[10] L’iconoclasme est, au sens strict, la destruction délibérée de symboles ou représentations religieuses appartenant à sa propre culture, généralement pour des motifs religieux ou politiques. Ce courant de pensée rejette l’adoration vouée aux représentations du divin, dans les icônes en particulier. L’iconoclasme est opposé à l’iconodulie. L’iconoclasme ou Querelle des Images est un mouvement hostile au culte des icônes, les images saintes, adorées dans l’Empire romain d’Orient. Il se manifesta aux 8ème et 9ème siècles par des destructions massives d’iconostases et la persécution de leurs adorateurs, les iconophiles ou iconodules. Il caractérise également la Réforme protestante.

[11] L’iconodulie ou iconodoulie, est un courant de pensée qui est en faveur des images religieuses ou icônes et de leur vénération, en opposition au courant iconoclaste.

[12] L’Anatolie ou Asie Mineure est la péninsule située à l’extrémité occidentale de l’Asie. Dans le sens géographique strict, elle regroupe les terres situées à l’ouest d’une ligne Çoruh-Oronte, entre la Méditerranée, la mer de Marmara et la mer Noire, mais aujourd’hui elle désigne couramment toute la partie asiatique de la Turquie

[13] Les Omeyyades, ou Umayyades sont une dynastie arabe de califes qui gouvernent le monde musulman de 661 à 750. Ils tiennent leur nom de leur ancêtre Umayya ibn Abd Shams, grand-oncle de Mahomet. Ils sont originaires de la tribu de Quraych, qui domine La Mecque au temps de Mahomet. À la suite de la guerre civile ayant opposé principalement Muʿāwiyah ibn ʾAbī Sufyān, gouverneur de Syrie, au calife ʿAlī ibn ʾAbī Ṭalib, et après l’assassinat de ce dernier, Muʿāwiyah fonde le Califat omeyyade en prenant Damas comme capitale, faisant de la Syrie la base d’un Califat qui fait suite au Califat bien guidé et qui devient, au fil des conquêtes, le plus grand État musulman de l’Histoire.

[14] Dans l’Antiquité, la ville d’Aura, devenue Amorium ou Amorion à l’époque romaine et byzantine, se trouvait sur l’emplacement du village turc actuel de Hisarköy, à 12 km d’Emirdağ sur la route de Davulga, dans la province d’Afyonkarahisar.

[15] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[16] Sardes est une ancienne ville d’Asie mineure, capitale de la Lydie, sur la rivière Pactole, dans la vallée de l’Hermos.

[17] La Lydie est un ancien pays d’Asie Mineure, situé sur la mer Égée et dont la capitale était Sardes. Elle était connue par Homère sous le nom de Méonie. La Lydie est évoquée dans les légendes d’Héraclès et Omphale, ou de Tantale et Pélops. La Lydie était une région occidentale de l’Asie Mineure, bordée au nord par la Mysie, au sud par la Carie et à l’est par la Phrygie. Comprenant les vallées de l’Hermos et du Méandre, la Lydie était située sur le parcours des grandes routes commerciales, et disposait de nombreuses ressources minières propres.

[18] L’hippodrome de Constantinople est l’arène hippique monumentale de la capitale de l’Empire byzantin, dans laquelle se déroulaient des courses de chars et d’autres manifestations. Sa construction est commencée par l’empereur Septime Sévère dans la ville qui s’appelait encore Byzance, pour être achevée par Constantin 1er pour sa nouvelle capitale, Constantinople. L’hippodrome a été ensuite utilisé jusqu’à la fin du 12ème siècle, avant d’être partiellement incendié par les Croisés en 1203. Aujourd’hui, les vestiges de l’hippodrome sont visibles sur la place du Sultan-Ahmet à İstanbul.

[19] Saint-Sauveur-in-Chora (musée de la Chora », « église de la Chora » ou « mosquée de la Chora » ) est un des plus beaux exemples d’église byzantine. L’église est actuellement située dans le district stanbouliote occidental d’Edirne Kapı. En 1511, l’église fut convertie en mosquée par les Turcs Ottomans. Elle devint un musée en 1948, puis est reconvertie en mosquée le 21 août 2020 par décret présidentiel du chef d’État turc Recep Tayyip Erdoğan.