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Justinien II dit Rhinotmetus

mercredi 4 avril 2018 (Date de rédaction antérieure : 26 septembre 2011).

Justinien II dit Rhinotmetus (668-711)

Empereur byzantin de 685 à 695, puis de 705 à 711

Fils de Constantin IV et dernier représentant de la dynastie héraclide [1]. Il conforte la position de l’empire en remportant plusieurs batailles contre les Sarrasins [2]. Il adopta une politique ferme dans les Balkans et ordonna des déplacements massifs des populations slaves vers les provinces d’Asie Mineure [3].

Sa politique fiscale d’augmentation massive des impôts le rend impopulaire à son peuple, au point que de nombreux sujets Slaves d’Arménie passèrent à l’ennemi. Il ordonna alors le massacre de toutes les familles slaves de Bithynie [4].

En 691, il convoqua un synode de 75 évêques orientaux pour régler les affaires laissées en suspens par les conciles œcuméniques. Ce synode, connu sous le nom de Quinisexte [5], doit s’occuper de questions d’une importance insignifiante, obligation pour les ermites de se couper les cheveux, pénitence de 6 ans infligée aux diseurs de bonne aventure, interdiction faite aux femmes de danser, interdiction de porter les cheveux bouclés.

Il envoya à Rome une adresse au pape Serge 1er, lui ordonnant de souscrire aux canons approuvés par ce synode. Comme plusieurs de ces canons étaient contraires aux usages romains, le pape refusa, provoquant sa colère, qui ordonna alors à l’exarque [6] de Ravenne, Zacharias, de procéder à l’arrestation du pape.

L’échec de cette tentative d’arrestation accroît sa colère, plus impopulaire que jamais, tant pour ses défaites militaires que du fait des tortures que ses collecteurs d’impôt infligeaient à l’aristocratie.

En 695, il fut renversé par une révolution menée par Léonce II. On lui coupa le nez, puis il fut exilé à Cherson [7], en Crimée. Ses ministres furent traînés dans les rues de Constantinople et brûlés vifs sur le Forum du Bœuf.

Il parvient à s’échapper de Crimée en 698 et trouva asile chez les Khazars [8], qui resteront par la suite un allié fidèle de l’empire, et épousa la sœur du khan [9] Ibuzir, baptisée sous le nom de Théodora, qui lui donne un fils, Tibère.

Au printemps 705, il retourna à Constantinople avec le soutien de l’armée bulgare. Il parvient à pénétrer dans la ville par un ancien égout et à faire prisonnier Tibère III qui avait succédé à Léonce. S’ensuit l’exécution des 2 usurpateurs et de tous ceux à qui Justinien reprochait la trahison ou qu’il soupçonnait de complot.

En 711, la Crimée se révolta et se choisit pour chef Philippicos. Celui-ci obtient l’allégeance de la flotte envoyée par Justinien II qui fut finalement arrêté et exécuté le 4 novembre, tandis que son fils Tibère, âgé de 6 ans, fut égorgé.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Imago Mundi/ Justinien II

Notes

[1] Les Héraclides sont une dynastie d’empereurs byzantins fondée en 610, lorsque Héraclius renverse l’empereur Phocas. Son dernier représentant, Justinien II, est détrôné et exécuté en 711.

[2] Sarrasins ou Sarrazins est l’un des noms donnés durant l’époque médiévale en Europe aux peuples de confession musulmane. On les appelle aussi Arabes, Ismaélites ou Agaréniens. D’autres termes sont employés également comme Maures, qui renvoient aux Berbères de l’Afrique du Nord après la conquête musulmane. Le terme de Sarrasin se cristallise finalement sur l’opposition avec l’ennemi dans le contexte des Croisades menées par l’Occident chrétien en Terre sainte.

[3] L’Anatolie ou Asie Mineure est la péninsule située à l’extrémité occidentale de l’Asie. Dans le sens géographique strict, elle regroupe les terres situées à l’ouest d’une ligne Çoruh-Oronte, entre la Méditerranée, la mer de Marmara et la mer Noire, mais aujourd’hui elle désigne couramment toute la partie asiatique de la Turquie

[4] La Bithynie est un ancien royaume au nord-ouest de l’Asie Mineure, actuellement situé en Turquie. Située au bord du Pont-Euxin, elle était limitée par la Paphlagonie à l’est, la Galatie et la Phrygie au sud, la Propontide et la Mysie à l’ouest. Les Bithyniens sont, selon Hérodote et Xénophon, d’origine thrace. Ils forment d’abord un État indépendant avant d’être annexés par Crésus, qui ajoute leur territoire à la Lydie. Ils passent ensuite sous domination perse, où la Bithynie est incluse dans la satrapie de Phrygie. Mais dès avant Alexandre le Grand, la Bithynie retrouve son indépendance. Nicomède 1er est le premier à se proclamer roi. Durant son long règne de 278 à 243av jc, le royaume connaît la prospérité et jouit d’une position respectée parmi les petits royaumes d’Asie Mineure. Cependant, le dernier roi, Nicomède IV, échoue à contenir le roi Mithridate VI du Pont. Restauré sur le trône par l’Empire romain, il lègue par testament son royaume à Rome en 74 av jc. La Bithynie devient alors province romaine. Sous Auguste elle devient province sénatoriale en 27av jc puis province impériale en 135.

[5] Le concile in Trullo ou Quinisexte se réunit de 691 à 692 dans le prolongement des 2ème et 3ème conciles œcuméniques de Constantinople, réunis en 553 puis en 680/681. Convoqué à l’initiative du seul empereur Justinien II, sans l’approbation de Rome, c’est en réalité un synode qui ne rassemble que des évêques orientaux. Le « concile » s’ouvre à l’automne 691 dans une salle à coupole du palais impérial, d’où le nom de in Trullo. Il rassemble 220 évêques, dans leur grande majorité (183) issus du patriarcat de Constantinople. Les patriarches d’Alexandrie, d’Antioche et de Jérusalem semblent avoir été présents. Le pape, bien que nommé dans les listes des signataires, n’est pas présent ; Basile, évêque de Gortyne, appartenant à l’ancienne Illyrie (de rite latin), se proclame légat pontifical, sans évidence de preuve. Justinien II réunit ce concile pour mettre fin à la décadence des mœurs qui afflige, selon lui, l’Empire, en réformant le droit canonique. Face à la situation qui fait que certains prêtres se sont mariés (après leur ordination, ce qui est contraire aux règles canoniques), deux positions coexistent : celle de l’Église d’Orient, et celle de l’Église romaine. Il est ainsi décidé par l’Église d’Orient (dans le canon 3) que ceux qui n’auront pas voulu reconnaître leur faute seront déposés de leur charge, ceux qui auront rompu avec cette union et s’en seront repentis (ou dont la seconde épouse sera décédée) seront également déposés, mais continueront à garder la préséance due à leur rang. L’Église romaine garde, quant à elle, une position stricte à ce sujet. Le canon 6 confirme l’interdiction pour les prêtres et les diacres de contracter mariage après leur ordination. Le pape Serge 1er refusa d’entériner l’ensemble de ces canons. Justinien II ordonna alors d’appréhender le pape Serge et de le faire comparaître devant le tribunal impérial, comme on avait procédé avec Martin 1er en 653, qui y mourut martyr. Les milices de Rome et de Ravenne s’opposèrent violemment à l’enlèvement du pape, et Justinien II fut renversé peu après, ce qui laissa l’humiliation impériale impunie. Mais ce « concile » allait accentuer les divergences ecclésiologiques entre l’Église romaine et les Églises orientales.

[6] L’exarchat est une organisation de certains territoires périphériques de l’empire byzantin, mise en place au 6ème siècle pour faire face à la menace d’envahisseurs. L’exarchat est dirigé par un exarque qui concentre les pouvoirs civils et militaires. Cette organisation visait à réagir de façon optimale aux dangers menaçant l’empire dans ses régions périphériques, sans avoir à attendre les ordres venus de Constantinople. Ils bénéficiaient d’un plus grand degré d’indépendance que les autres gouverneurs provinciaux. Seuls deux exarchats furent constitués, à Ravenne contre l’invasion des Lombards, et à Carthage. Les autres provinces de l’empire byzantin reçurent progressivement une organisation semblable, mais sous le nom de « thèmes ». Les exarques civils étaient de véritables vice-rois, à qui l’on confiait le gouvernement de plusieurs provinces

[7] Chersonèse ou Cherson était une cité de Chersonèse Taurique. Le site de Chersonèse est aujourd’hui renfermé dans les limites de la ville de Sébastopol, en Crimée (Ukraine). Il se trouve au bord de la mer Noire, à 2 km à l’ouest du centre-ville.

[8] Les Khazars étaient un peuple semi-nomade turc d’Asie centrale ; leur existence est attestée entre le 6ème et le 13ème siècle. Au 7ème siècle les Khazars s’établirent en Ciscaucasie aux abords de la mer Caspienne où ils fondèrent leur Khaganat ; une partie d’entre eux se convertirent alors au judaïsme qui devint religion d’État. À leur apogée, les Khazars, ainsi que leurs vassaux, contrôlaient un vaste territoire qui pourrait correspondre à ce que sont aujourd’hui le sud de la Russie, le Kazakhstan occidental, l’Ukraine orientale, la Crimée, l’est des Carpates, ainsi que plusieurs autres régions de Transcaucasie telles l’Azerbaïdjan et la Géorgie. Les Khazars remportèrent plusieurs séries de succès militaires sur les Sassanides. Ils luttèrent aussi victorieusement contre le Califat, établi en deçà de la Ciscaucasie, empêchant ainsi toute invasion arabo-islamique du sud de la Russie. Ils s’allièrent à l’Empire byzantin contre les Sassanides et la Rus’ de Kiev. Lorsque le Khaganat devint une des principales puissances régionales, les Byzantins rompirent leur alliance et se rallièrent aux Rus’ et Petchenègues contre les Khazars. Vers la fin du 10ème siècle, l’Empire Khazar s’éteignit progressivement et devint l’un des sujets de la Rus’ de Kiev. S’ensuivirent des déplacements de populations rythmées par les invasions successives des Rus’, des Coumans et probablement de la Horde d’Or mongole. Les Khazars disparurent alors de l’histoire n’étant plus mentionnés dans aucun récit historique.

[9] Khagan ou Grand Khan est un titre équivalent à celui d’empereur dans les langues mongole, toungouses et turque. Le titre est porté par celui qui dirige un khaganat (empire, plus grand qu’un khanat, lui-même comparable à un royaume). Khagan peut également être traduit par Khan des Khans, expression signifiant roi des rois. Le Khagan, comme tous les khans, se fait élire par le Qurultay, en général, parmi les descendants des précédents khans. Les Avars, les Protobulgares, les Khazars, entre autres, appelaient leurs chefs de ce nom.