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Anastase de Constantinople

lundi 13 juillet 2015

Anastase de Constantinople

Patriarche de Constantinople du 22 janvier 730 à sa mort en janvier 754

Avant d’accéder au patriarcat, il est « syncelle » [1]de Germain 1er .

Le 7 janvier 730, l’empereur Léon III l’Isaurien réunit un silention [2] pour adopter un édit faisant de l’iconoclasme [3] la doctrine officielle. Germain 1er, opposé à cette doctrine, et considérant de plus que le sujet relève uniquement d’un concile œcuménique, refuse de s’y rendre, comme il refuse ensuite de contresigner l’édit. Il est déposé le 17 janvier et exilé de Constantinople, mais son « syncelle » Anastase l’a trahi et obtient ainsi de lui succéder.

Son investiture a lieu le 22 janvier. La papauté refuse de reconnaître la déposition de Germain 1er et l’avènement d’Anastase. Le pape Grégoire III, élevé au pontificat en mars 731, réunit un concile de 193 évêques italiens (y compris les archevêques de Ravenne et de Grado, cités byzantines) qui condamne aussi l’édit iconoclaste.

L’empereur Léon III meurt le 18 juin 741. Aussitôt Anastase couronne son fils sous le nom de Constantin V. Une semaine après, le nouvel empereur part pour l’Asie Mineure mener campagne contre les Arabes. Il se méfie de l’ambition de son beau-frère Artavasde, stratège de l’Opsikion [4] et des Arméniaques [5], époux de sa sœur aînée Anne. Les deux hommes doivent se rencontrer en Bithynie [6], mais leurs armées s’affrontent immédiatement. Constantin est battu et s’enfuit. Artavasde se rend à Constantinople où il annonce la mort de son beau-frère et convainc le magistros Théophane Monôtès, à qui Constantin a confié la capitale, de le laisser entrer. Ceux qui refusent de se rallier à Artavasde sont arrêtés. Le patriarche Anastase se soumet et couronne Artavasde empereur. Celui-ci, sans probablement condamner explicitement l’iconoclasme, permet le rétablissement du culte des images, ce qu’Anastase accepte également.

Mais pendant ce temps Constantin a gagné Amorium [7] et a obtenu le ralliement à sa cause des thèmes des Anatoliques [8] et des Thracésiens [9]. Après une guerre en Asie Mineure, dont il sort victorieux, il traverse le Bosphore en septembre 742 et commence un siège de la capitale qui dure plus d’un an de septembre 742 au 2 novembre 743. Il s’en empare finalement par usure et par une attaque surprise. Il fait preuve de mansuétude vis-à-vis des vaincus. Artavasde et ses deux fils sont aveuglés et enfermés dans le monastère Saint-Sauveur-in-Chora [10], certains de leurs partisans voient seulement leurs biens confisqués. Quant au patriarche Anastase, il est publiquement humilié [11], mais maintenu à son poste. Il doit donc présider cette fois au rétablissement de l’iconoclasme.

Anastase meurt en janvier 754, juste avant l’ouverture du concile de Hiéreia [12]. Son successeur Constantin II , choisi par l’empereur, n’est proclamé qu’à la fin du concile, le 8 août.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Venance Grumel, Traité d’études byzantines, « La Chronologie I. », Presses universitaires de France, Paris, 1958

Notes

[1] c’est-à-dire adjoint, de son prédécesseur

[2] assemblée des dignitaires de la cour

[3] L’iconoclasme est, au sens strict, la destruction délibérée d’images, c’est-à-dire de représentations religieuses de type figuratif (appartenant souvent à sa propre culture), généralement pour des motifs religieux ou politiques. Ce courant de pensée rejette la vénération adressée aux représentations du divin, dans les icônes en particulier. L’iconoclasme est opposé à l’iconodulie (ou iconodoulie).

[4] L’Opsikion est un thème de l’Empire byzantin situé dans le nord-ouest de l’Asie Mineure. Créé à partir de l’armée de service impériale, l’Opsikion est le plus grand et le plus prestigieux des premiers thèmes, et le plus proche de Constantinople. Impliqué dans plusieurs révoltes au cours du 8ème siècle, il est scindé en trois vers 750. Il subsiste alors en tant que thème de second ordre jusqu’au lendemain de la quatrième croisade.

[5] Les Arméniaques ou le thème des Arméniaques sont un thème de l’Empire byzantin situé au nord-est de l’Asie Mineure (Turquie actuelle).

[6] La Bithynie est une région historique de l’Asie Mineure située sur la côte nord, entre le détroit du Bosphore, la Propontide, le Pont Euxin, la Paphlagonie, et bornée au sud par la Galatie et la Phrygie. Les villes principales de Bithynie sont Nicomédie (actuelle Izmit) et Nicée, qui se disputent le titre de capitale selon l’époque, ainsi qu’Héraclée du Pont, Pruse (actuelle Bursa) et Chalcédoine. Elle est actuellement située en Turquie.

[7] Dans l’Antiquité, la ville d’Aura, devenue Amorium ou Amorion à l’époque romaine et byzantine, se trouvait sur l’emplacement du village turc actuel de Hisarköy, à 12 km d’Emirdağ sur la route de Davulga, dans la province d’Afyonkarahisar. Des fouilles archéologiques y sont toujours en cours, et font régulièrement l’objet de publications scientifiques.

[8] Les Anatoliques ou le thème des Anatoliques sont un thème de l’Empire byzantin situé en Asie Mineure (Turquie actuelle). Après la division de l’Opsikion au milieu du 8ème siècle, il devient le plus important des thèmes de l’empire.

[9] Le thème des Thracésiens est une province ou thème de l’Empire byzantin située à l’ouest de l’Asie mineure, dans l’actuelle Turquie, et comprenant les anciennes régions d’Ionie et de Lydie ainsi que des parties de la Phrygie et de la Carie.

[10] Saint-Sauveur-in-Chora est un des plus beaux exemples d’église byzantine. L’église est actuellement située dans le district stanbouliote occidental d’Edirne Kapı. En 1511, l’église fut convertie en mosquée par les Turcs Ottomans ; elle devint un musée en 1948. L’intérieur est couvert de fines mosaïques et de fresques. Son plan en croix grecque servit, jusqu’au 18ème siècle, de modèle à toutes les églises orthodoxes d’Istanbul.

[11] fouetté et promené sur un âne dans l’Hippodrome

[12] Le concile de Hiéreia est le premier concile iconoclaste, convoqué du 10 février au 8 août 754 dans le palais suburbain de Hiéreia sur la rive asiatique du Bosphore, par l’empereur Constantin V pour faire condamner la production et la vénération des images. Les actes du concile sont condamnés par la suite lors du premier rétablissement du culte des images au 2ème concile de Nicée en 787 : ils sont donc perdus et ne subsistent que par les citations qui en sont faites dans ce dernier concile. On sait ainsi que 338 évêques assistèrent au concile de 754, qui se voulait œcuménique mais auquel étaient absents les patriarches d’Antioche, d’Alexandrie et de Jérusalem (tous trois sous contrôle arabe), les représentants de Rome, tandis que le siège patriarcal était vacant depuis le décès d’Anastase quelques mois plus tôt. Les séances furent dirigées par les évêques Théodose d’Éphèse, Sisinios de Pergè et Basile de Pisidie. Le concile procéda à l’élection du patriarche de Constantinople Constantin de Syllaion sur proposition de Constantin V, le 8 août.