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L’histoire pour le plaisir

Isaac Beeckman

jeudi 19 août 2021, par lucien jallamion

Isaac Beeckman (1588-1637)

Mathématicien-Physicien-Médecin et philosophe

Né à Middelbourg [1] dans les Provinces-Unies [2]. Il décrit en 1614 le rapport entre la longueur et la fréquence de vibration des cordes vibrantes.

Il était en relation avec Marin Mersenne, Pierre Gassendi et René Descartes. À travers ce dernier, il a eu de l’influence dans l’histoire des sciences.

Originaire de Hees, Hendrick, le trisaïeul d’Isaac Beeckman, s’installe dans le Brabant [3]. Son aîné, Gérard devient fabricant de chandelles à Tournout et son fils, Hendrick, vient au monde en 1520.

Réfugié à Londres et converti au protestantisme, Hendrick contracte un second mariage après la mort de sa première femme. Son fils Abraham quitte Londres vers 1585 pour la ville de Middelbourg. Il épouse le 10 janvier 1588 Suzanne van Rhee, elle-même issue d’une lignée de protestants exilés en Angleterre puis à Middelbourg. Abraham et son épouse s’établissent au marché aux bestiaux de cette ville. Isaac y naît, à 10 heures du soir un 10 décembre.

Isaac entre à l’école à 7 ans. Il compose des poésies dès l’âge de 11 ans, ainsi qu’une pièce de théâtre de 500 vers, jouée devant un public d’amis et de voisins. À 12 ans, il est pensionnaire d’Adolphe Blesius, recteur de l’école d’Arnemuiden [4]. En 1602, il suit son maître, nommé recteur à Veere ; il quitte cette école à la mort de Blesius en 1607.

De 1607 à 1610, Beeckman étudie la philosophie et la linguistique à Leyde [5]. Il a aussi pour maître Jan van den Brœcke, professeur spécialisé dans l’étude des sciences, chez qui il fait un stage de 3 mois en 1607 et Henricus Ainsworth dit Henry Ainsworth , d’Amsterdam [6], hébraïste de renom, qu’il rejoint en 1608. Son frère Jacob l’accompagne dans ces études. Il assiste également à quelques leçons de Rudolphe Snellius, qui lui enseigne la nouvelle logique non aristotélicienne.

En 1610, alors que Jacob poursuit ses études à l’université de Franeker [7], Isaac Beeckman s’installe chez son père. Ce dernier compte que son aîné reprendra son commerce de tuiles et deviendra comme lui un maître couvreur renommé. En 1611, après son apprentissage de “chandelier” et s’étant fixé à Zierikzee [8], Issac prête donc le serment civique nécessaire à l’exercice de ce métier. Mais il n’a pas renoncé à poursuivre ses humanités et il s’embarque en 1612 pour Saumur [9] en passant par Rouen [10].

À Saumur en 1612, il se lie d’amitié avec quelques élèves, De Fos et Antonius Aemilius , puis il revient en Hollande la même année en compagnie de Jacques Schooten et de Jean Bourgois. Il manque se faire assassiner par des brigands lors de son retour, puis visite Amsterdam et revient à Zierikzee vers novembre.

L’année suivante, il est autorisé à prêcher par l’église de Schoowen. En 1614 il revient à Leyde, et en 1615 il visite Anvers [11] et Bruxelles [12]. La même année, son ami Schooten épouse sa sœur Janneken. Il commande plusieurs articles de médecine, délaisse son affaire au profit d’un cousin l’année suivante. Il visite alors l’Angleterre et revient en 1617 à Middelbourg, où il épaule Philippe van Lansberge dans ses dernières expériences astronomiques.

Il loge alors chez son frère, à Veere, et continue ses études de médecine. Probablement vers cette époque, il rencontre Cateline de Cerf-van Exem, âgée de 16 ans, qu’il épousera ; puis il se déplace à Bréda [13] en mai 1618.

En août 1618, il s’embarque pour Caen [14] en compagnie de son oncle Jan Pieterz van Rhee ; il y est examiné et admis une semaine après son arrivée. Le 6 août 1618, il défend les propositions qu’il a fait imprimer, après quoi on lui remet le bonnet de médecin. En septembre de la même année, il revient en Hollande s’installer à Bréda. Il affirme dans son journal s’y être occupé d’amours. Selon Adrien Baillet , il y rencontre Descartes devant un placard proposant en flamand un défi mathématique. Le philosophe se présente à lui comme “poitevin”.

Leur amitié se développe autour de problèmes que pose Beeckman et qui portent sur la gravitation, l’hydrostatique ou la chaînette. Descartes ne lui donne d’ailleurs pas de réponse sur cette courbe, sinon qu’elle est complexe. Ils projettent de composer un traité de mécanique et Beeckman donne à lire à Descartes ses notes, qui en retour lui offre un Compendium musicae [15]

En 1619, Beeckman revient à Middlebourg et commence sa correspondance avec Descartes. Il voyage à Dordrecht [16], et Veere, puis en compagnie de son père, il visite Gorcum [17], Rotterdam [18], Delft [19] et Brielle [20]. Il renonce à exercer la médecine.

L’année suivante, il prend des cours de chant sans grand succès, auprès de Avrard Verhaer puis retourne à Middlebourg et se marie, le 20 avril, avec Cateline de Cerf. Il se fixe par la suite à Rotterdam* auprès de son frère Jacob, devenu recteur de l’école érasmienne. Il enseigne la logique et dirige les disputes des étudiants. Il n’en poursuit pas moins parallèlement son métier de couvreur.

Parmi ses élèves, il retrouve en 1623 le fils de Simon Stevin professeur à Leyde et Saumur, qui lui laisse copier quelques manuscrits de son père. Il se lie avec Henri Reneri . En 1625, il devient co-recteur de l’école érasmienne ; il est chargé de procéder à l’unification des programmes des écoles latines.

Beeckman compte parmi les hommes les plus cultivés de son époque, en tant que physicien, médecin. Philosophe naturaliste, il propose une mathématisation des connaissances en sciences.

La curiosité de Beeckman l’entraîne à être beaucoup plus proche des artisans, techniciens et ingénieurs que ne sont en général les universitaires de cette période. En 1626, il fonde à Rotterdam un Collegium mechanicum [21]. En 1627, il est nommé recteur de la nouvelle école latine de Dordrecht. La population de cette ville, la seconde par importance en Hollande, est éblouie par son savoir, et lui prête des vertus extraordinaires. Mais, au courant de ces mêmes années, Beeckman perd la plupart des enfants que lui donne sa femme Cateline, son père, et sa mère et son frère Jacob.

En 1628 Descartes écrit “les Règles pour la direction de l’esprit” [22] et se brouille avec Beeckman, qu’il accuse avec violence et de façon injuste de s’être approprié les inventions du Compendium.

Parmi ses rencontres de 1629, figure un des élèves de Simon Stevin, le mathématicien lorrain Albert Girard. Beeckman sollicite son entretien au mois de juillet par l’entremise d’un ami commun, Philippe de La Canaye . Ce dernier, pour lui faire connaître l’ingénieur militaire des Nassau, leur donne à souper au camp de Bois-le-Duc [23].

La même année, son ami André Rivet fait rencontrer Beeckman et le père minime Marin Mersenne. L’été de la même année, il rencontre Pierre Gassendi, partisan comme lui de la physique atomique d’Épicure.

Dans les années qui suivent, il réalise quelques observations astronomiques avec Martin van den Hove ou Martinus Hortensius ou Ortensius et en 1631, après sa brouille avec le philosophe, il retrouve René Descartes, désormais fixé à Leyde. C’est par son intermédiaire que le professeur royal Jan Stampioen pose ses problèmes mathématiques au philosophe de la Haye.

En 1634, il donne à Descartes le livre de Galilée condamné l’année précédente par l’Inquisition.

En 1634, la peste sévit à Dordrecht. Beeckman songe à se retirer. Lui et sa femme font leur testament le 24 mars 1635. Mersenne lui envoie en 1636 les œuvres de Girard Desargues . Il fait partie des professeurs chargés d’examiner les méthodes de Laurens Real fondées sur la détermination des satellites de Jupiter afin de repérer en mer les longitudes.

Beeckman avait vu ses frères mourir de phtisie [24]. persuadé qu’il finirait de même, il prenait son poids quotidiennement. Myope, atteint depuis 1631 de cataracte, il meurt en effet lui-même de tuberculose, le 19 mai 1637 à 48 ans.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Klaas Van Berkel, Albert Van Helden et L. C. Palm, The history of science in the Netherlands : survey, themes and reference, Brill, 1999, 659 p. (ISBN 9-004-10006-7 et 978-9-004-10006-0)

Notes

[1] Middelbourg est une commune et une ville néerlandaise située dans l’ancienne île de Walcheren sur le canal de Walcheren.

[2] aujourd’hui dans les Pays-Bas

[3] Le Brabant est une région géographique à cheval sur la Belgique et les Pays-Bas. Il couvre une surface de 11 308 km². Le titre de duc de Brabant a été créé lorsque l’empereur Frédéric Barberousse éleva en 1183/1184 le landgraviat de Brabant en duché en faveur de Henri 1er de Brabant. En 1190, Henri 1er succède à son père Godefroid III de Louvain comme duc de Basse-Lotharingie (Lothier), mais sans autorité territoriale ou judiciaire en dehors de ses propres comtés. À partir de 1288, les ducs de Brabant deviennent aussi ducs de Limbourg.

[4] Arnemuiden est un village appartenant à la commune néerlandaise de Middelbourg, situé dans la province de la Zélande. Il est situé sur Walcheren, théâtre de la première bataille de la Guerre de Cent Ans, le 23 septembre 1338.

[5] L’université de Leyde est la plus ancienne des universités néerlandaises. Située à Leyde, elle est très réputée et a été fréquentée par plusieurs membres de la famille royale des Pays-Bas.

[6] Amsterdam est la capitale des Pays-Bas, bien que le gouvernement ainsi que la plupart des institutions nationales siègent à La Haye. Petit village de pêcheurs au 12ème siècle, la ville connaît une très forte croissance au Moyen Âge au point de devenir l’un des principaux ports du monde durant le siècle d’or néerlandais. Le quartier de De Wallen est la partie la plus ancienne de la ville, qui se développe autour d’un réseau concentrique de canaux semi-circulaires reliés par des canaux perpendiculaires, formant une « toile d’araignée ». Au centre de la vieille ville se trouve, sur la place du Dam, le palais royal d’Amsterdam, construit au 17ème siècle, symbole de l’importance de la ville. Guillaume 1er en fait sa résidence en 1815.

[7] L’Université de Franeker est une ancienne université des Provinces-Unies. Elle fut fondée à Franeker en 1585 et fermée en 1811.

[8] Zierikzee est une ville des Pays-Bas située sur l’île de Schouwen-Duiveland, au nord de l’Escaut oriental.

[9] où se trouve l’académie protestante de Philippe Duplessis-Mornay

[10] Entre 911 et 1204, elle fut la capitale du duché de Normandie. Terre de pouvoirs, elle accueillit l’Échiquier puis le Parlement de Normandie. À partir du 13ème siècle, la ville connaît un essor économique remarquable, notamment grâce au développement des manufactures de textile et au commerce fluvial. Revendiquée aussi bien par les Français que par les Anglais durant la guerre de Cent Ans, c’est sur son sol que Jeanne d’Arc a été provisoirement incarcérée, jugée puis brûlée vive le 30 mai 1431. Au début du 16ème siècle, Rouen est devenue le principal port français de commerce avec le Brésil, principalement pour les colorants de draperies. En 1500, dix imprimeries étaient installées en ville, seize ans après la première installation.

[11] Anvers est une ville belge dans la Région flamande, chef-lieu de la province d’Anvers et de l’arrondissement administratif du même nom, située au cœur de la Dorsale européenne. Sa véritable expansion ne remonterait selon l’historiographie classique qu’aux alentours de l’an 900, lorsque les habitants agrandissent le légendaire Aanwerp, terrain surélevé de la primitive jetée qui donne son nom à Anvers. En 970, une fois l’ordre ottonien imposé, Anvers n’est encore qu’un poste frontière de l’Empire germanique, on y construit des fortifications en bois, remplacées plus tard au 12ème siècle par un château fort en pierre (le Steen). L’extension de la ville se poursuit d’abord vers le sud, comme le prouve l’installation de l’ordre des Prémontrés, attiré par les milieux urbanisé ou péri-urbanisé avec la construction suite à des dons seigneuriaux, sous l’égide de saint Norbert, de l’abbaye Saint-Michel. Par la suite, les chanoines de la petite église se déplacent vers le nord et fondent une nouvelle paroisse, avec au centre l’église Notre-Dame, ancêtre de la cathédrale actuelle. Dans les décennies qui suivent, la ville continue à se développer en vagues concentriques créant une succession de remparts que l’on devine encore dans sa topographie.

[12] Le Comté de Bruxelles, également appelé Comté de Uccle ou Comté de Uccle-Bruxelles, était un comté du Pagus de Brabant. Le Pagus de Brabant est mentionné pour la première fois dans le Traité de Meerssen (870) dans lequel il est mentionné que le Pagus est divisé en 4 comtés. Le comté de Bruxelles se situe environ entre la Senne et la Dyle. Vers l’an mil, il est uni au comté de Louvain probablement à la suite du mariage de Gerberge de Basse-Lotharingie et Lambert I de Louvain. C’est vers 1085-1086, que les comtes de Louvain transforment les 2 comtés en un landgraviat. Le landgraviat de Brabant fut érigé en duché en 1183-1184.

[13] Bréda est une ville et commune néerlandaise située au sud du pays, dans le Brabant Septentrional, à la confluence de l’Aa et de la Mark. En 1565 a été signé à Bréda un Compromis qui est l’acte d’association des provinces insurgées contre les Espagnols. Durant la guerre de Quatre-Vingts Ans, Bréda a changé de mains plusieurs fois. En 1577, Guillaume d’Orange, baron de Bréda, et les hollandais reprirent en main la ville après un siège de deux mois et le paiement de leur solde aux soldats allemands au service du roi d’Espagne. En 1581, grâce à une complicité intérieure, les espagnols commandés par Claude de Berlaymont, pénétrèrent dans la ville et s’en emparèrent après une sévère bataille suivie d’une mise à sac. Le 4 mars 1590, une action audacieuse a permis aux troupes anglo-hollandaises de reprendre le contrôle de la cité. 70 soldats hollandais ont réussi à s’introduire dans la ville, cachés dans une embarcation et ont mis en fuite les 600 soldats de la garnison, capturant la ville sans subir une seule perte.

[14] Caen est une commune française du Nord-Ouest4 de la France en Normandie. Préfecture du département du Calvados. En 1417, la ville de Caen oppose à nouveau une résistance héroïque à l’envahisseur anglais qui massacre 2 000 bourgeois, pille et traite les survivants en rebelles à « leur » roi. La région de Caen sera le lieu d’une très vive résistance à l’occupant anglais qui y procédera à un grand nombre d’exécutions de résistants entre 1418 et 1450. La fondation, en 1432, de l’université de Caen fait partie des mesures du duc de Bedford, régent de Normandie, afin de tenter de se concilier la population caennaise. La fin de l’année 1434 voit un soulèvement commandé par Jean de Chantepie. Caen est reprise par les Français le 1er juillet 1450. La Normandie redevenue française, Charles VII la récompensera de sa « fidélité et loyauté » en confirmant tous ses privilèges et libertés en 1458 (confirmation de la Charte aux Normands).

[15] Première œuvre de Descartes, à l’origine non destinée à l’impression, c’est un mémoire sans doute commencé après le 10 novembre 1618, terminé le 31 décembre de la même année et adressé à Isaac Beeckman dont Descartes vient de faire la connaissance et avec qui il s’est lié d’amitié, à la condition qu’il le garde pour lui.

[16] Dordrecht est une commune de la province de Hollande-Méridionale et une ville néerlandaise. C’est la ville la plus vieille de Hollande, région regroupant les actuelles provinces de Hollande-Septentrionale et de Hollande-Méridionale. Dordrecht fait partie de la conurbation de la Randstad

[17] Gorinchem est une ville et commune néerlandaise, en province de Hollande-Méridionale, également connue sous le nom de Gorkum ou Gorcum. La ville se situe sur un croisement de diverses routes fluviales, routières, ferroviaires et militaires. Le centre historique de Gorinchem est une ancienne ville fortifiée.

[18] Rotterdam est une commune néerlandaise, située dans la province de Hollande-Méridionale. Fondée au 12ème siècle, Rotterdam s’est organisée autour de la digue de la rivière Rotte (qui donne son nom à la ville) et les premiers ports de pêcheurs : le vieux port, Oude Haven et les quais de Haringvliet. Elle reçoit son statut de ville en 1340. Le commerce y fleurit pendant plusieurs siècles, tandis que le port s’étend et que le commerce avec les Indes occidentales et orientales s’accroît.

[19] Delft est une ville et commune de la province néerlandaise de Hollande-Méridionale. Elle est située entre La Haye et Rotterdam et sur le canal du Rhin à la Schie et la Schie.

[20] Brielle est une commune et une ville des Pays-Bas de la province de Hollande-Méridionale. Située sur l’île de Voorne-Putten, la ville a donné son nom au lac de Brielle, le Brielse Meer.

[21] un groupe d’échange sur des sujets techniques

[22] Les Règles pour la direction de l’esprit (Regulae ad directionem ingenii, vers 1628 - 1629) est une œuvre inachevée de Descartes. L’ouvrage contient des règles pour diriger son esprit. Parmi les 21 règles énoncées, seules les 18 premières sont commentées par Descartes.

[23] Le siège de Bois-le-Duc eut lieu d’avril au 14 septembre 1629 pendant la guerre de Quatre-Vingts Ans. L’armée des Provinces-Unies commandée par Frédéric-Henri d’Orange-Nassau assiège et prend la ville de Bois-le-Duc fidèle au roi d’Espagne.

[24] La phtisie ou phthisie est un terme médical historique désignant, au sens large, tout état ou processus évoluant vers l’émaciation (grande maigreur) et la consomption (affaiblissement et maigreur extrêmes). Dans un sens étroit, le terme signifie phtisie pulmonaire, qui sera interprétée au cours du 19ème siècle comme étant la tuberculose pulmonaire.