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L’histoire pour le plaisir

Richard Steele ou Sir Richard Steele

vendredi 6 novembre 2020, par ljallamion

Richard Steele ou Sir Richard Steele (1672-1729)

Ecrivain-Journaliste-Politicien irlandais

Cofondateur avec son ami Joseph Addison du magazine The Spectator [1]. Il naît à Dublin [2] de père anglais et de mère irlandaise sans doute au début de mars 1672. Il a 5 ans lorsqu’il perd son père, qui était avocat, puis sa mère l’année suivante.

Il est alors confié à sa tante maternelle, Lady Katherine Mildway, et à son oncle, Henry Gascoigne, qui est le secrétaire particulier de James Butler, premier duc d’Ormonde . Sa famille adoptive appartient à la petite noblesse protestante influente.

En 1684, Richard, qui a alors 14 ans, est envoyé à Londres, à l’école de Charterhouse [3] grâce à la protection du duc d’Ormonde, qui en est l’un des administrateurs. Là il rencontre pour la première fois Addison, et ils se lient d’une amitié qui ne finira presque avec leur vie.

À 17 ans, accompagné de cet ami, il va poursuivre ses études à l’Université d’Oxford [4], d’abord à Christ Church College [5], puis à Merton College [6], où il se fait remarquer par son goût pour la littérature.

Pourtant à 20 ans, il quitte Oxford sans diplôme, et décide de suivre la carrière militaire malgré le désaccord de sa famille. Il s’engage dans les gardes à cheval [7], puis dans les gardes à pied [8]. À l’occasion de la mort de Marie II , il compose un poème intitulé “Funeral Procession” [9], qu’il dédie à son colonel, le Baron John Cutts. Steele devient peu après son secrétaire, puis est nommé enseigne en 1697, et capitaine en 1700.

Mais la vie militaire lui déplait, tandis que son goût des lettres demeure. Il compose un petit manuel de morale intitulé Le héros chrétien en 1701, où il tente de persuader le lecteur d’utiliser la Bible comme guide spirituel, en mettant en opposition l’enseignement de Jésus-Christ et de Saint Paul avec le stoïcisme [10] païen des anciens Romains. Cet ouvrage lui attire les railleries de ses camarades tant les idées qu’il expose sont en contradiction avec la vie dissolue qu’il mène.

Cédant à son inclination pour la littérature, il compose quelques comédies. La première, “Funérailles ou Chagrin à la mode” [11] en 1701, est bien accueillie, tandis que la seconde, “L’Amant menteur” [12] en 1703, mettant en scène des personnages vertueux, donnés en modèle, est jugée trop sérieuse et connaît l’échec. Ce revers ne l’empêche pas de quitter l’armée, et de continuer à écrire pour le théâtre. Avec sa troisième pièce, Le Mari tendre* ( [13]) le 23 avril 1705, il renoue avec le succès, peut-être parce qu’Addison en a écrit le prologue, qui est fort apprécié par le public.

Poussé sans doute par son perpétuel besoin d’argent causé par ses dépenses compulsives et extravagantes, il se marie avec une veuve âgée, mais riche, Margareth Ford Stretch, qui meurt l’année suivante, lui laissant un revenu annuel de 850 £. À ses funérailles, il rencontre sa seconde femme, Mary Scurlack, qu’il désigne par chère Prue dans une série de plus 400 lettres charmantes qu’il lui adresse. Ils se marient l’année suivante, en 1707, formant un couple uni malgré des relations orageuses. Pourtant Mary songe à une séparation, lorsqu’elle meurt en 1718.

Par sa fréquentation des milieux littéraires et de théâtre, il se trouve engagé politiquement dans le parti whig [14]. En 1706, il est nommé gentilhomme attaché au prince consort Georges de Danemark , époux de la reine Anne. Après la mort du prince, il est nommé rédacteur en chef de la London Gazette [15]. La chute du gouvernement whig le 10 mars 1710 lui fera perdre ce poste.

Le 12 avril 1709, il lance le magazine satirique tri-hebdomadaire The Tatler [16], qu’il rédige sous le pseudonyme d’Isaac Bickerstaff, nom de plume créé et utilisé avant lui par Jonathan Swift. À partir du numéro 18, Addison participe régulièrement à la rédaction de ce journal. Ils forment alors un couple brillant de journalistes aux talents complémentaires, le style élégant du calme Addison parant l’imagination, l’esprit et la spontanéité de l’impulsif Steele.

Mais malgré le succès rencontré auprès des lecteurs, Steele en suspend la publication le 2 janvier 1711, après 271 numéros, ayant sans doute senti qu’après la chute du gouvernement de 1710, il fallait remplacer The Tatler par un journal moins ouvertement whig. C’est ce qu’il fait peu après en fondant, puis en dirigeant avec Addison, le quotidien The Spectator, dont le premier numéro sort le 1er mars 1711. Sa vogue dépasse rapidement celle du Tatler, et comme il s’adresse à une audience plus large, il va connaître un succès énorme, paraissant sans discontinuer jusqu’au 6 décembre 1712, date à laquelle Steele quitte Londres pour échapper à ses créanciers, puis du 18 juin au 28 décembre 1714.

Mais Steele n’arrête pas là sa carrière journalistique. Il lance deux journaux politiques d’opposition au gouvernement tory [17], “The Guardian” du 12 mars au 1er octobre 1713, relayé par “The Englishman” du 6 octobre 1713 au 21 novembre 1715, ainsi que d’autres périodiques à durée de vie plus courte, tel The Lover du 25 février au 27 mai 1714.

Pendant cette période, il devient le principal journaliste du parti whig, attaquant dans The Guardian les tories, que défend avec ardeur Swift dans The Examiner. Déjà membre du Kit Kat Club whig, il est élu au Parlement en 1713 par la commune de Stockbridge [18]. Il écrit un pamphlet intitulé “The Crisis”, qui dénonce le soutien tiède du gouvernement tory en faveur d’un successeur protestant au trône, et qui met un comble à l’irritation des tories contre lui. Il est dénoncé à la Chambre comme tendant à exciter à la haine du gouvernement et au mépris du pouvoir royal. Bien qu’il se défende avec talent, la majorité ne veut rien entendre et l’exclut de la Chambre pour écrits séditieux en mars 1714.

L’avènement de George 1er, le 1er août 1714, ne lui fait pas obtenir ce que son combat pour la succession des Hanovre aurait pu lui faire espérer. Il est fait chevalier, devient inspecteur des écuries royales et prend la direction du théâtre de Drury Lane [19]. En 1719, il fonde un nouveau journal politique The Plebeian, connu pour avoir été témoin de la violente polémique et de la rupture entre Steele et Addison, au sujet du projet de loi présenté par Lord Sunderland, visant à limiter le nombre de représentants de la Chambre des lords. La mort d’Addison cette même année ne permettra pas la réconciliation des deux vieux amis. En 1723, sa fonction de directeur du théâtre de Drury Lane lui permet de monter sa dernière comédie The “Conscious Lovers”, inspirée par la pièce “L’Andrienne de Térence”.

Sa santé déclinante à cause de ses continuels excès le fait quitter Londres, et il se retire sur les propriétés de sa femme au Pays de Galles [20]. En 1726 un coup de sang le paralyse, et meut le 1er septembre 1729.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia Richard Steele/ Portail de la littérature britannique/ Catégories : Dramaturge irlandais/ Journaliste irlandais/ Député du Parlement de Grande-Bretagne/ Écrivain britannique du XVIIIe siècle

Notes

[1] The Spectator est un journal quotidien de 1711-1712, fondé en Grande-Bretagne par Joseph Addison et Richard Steele, qui avaient fait connaissance à Charterhouse School. Eustace Budgell, un cousin d’Addison, y contribua également. Richard Steele avait créé en 1709 un premier journal appelé le Tatler, qui a duré 2 ans auquel collabore aussi Joseph Addison. Chaque numéro du Spectator comprenait à peu près 2 500 mots. La première série comptait 555 numéros. L’ensemble fut réuni en sept volumes. Le journal recommença à paraître en 1714, sans Steele, au rythme de 3 parutions par semaine durant 6 mois. Ces textes forment le huitième volume de l’édition en livres. En dépit d’un modeste tirage d’environ 3 000 exemplaires, The Spectator connut un grand succès.

[2] Irlande

[3] Charterhouse School, originellement The Hospital of King James and Thomas Sutton in London Charterhouse, ou plus simplement Charterhouse, est une public school située entre Hurtmore et Godalming, dans le Surrey, en Angleterre. L’établissement fait partie des neuf écoles publiques les plus prestigieuses qui figurent dans le Public Schools Act de 1868. L’école fut fondée à Londres par Thomas Sutton en 1611 sur l’emplacement d’un ancien monastère de Chartreux, dans le bourg de Smithfield. Les élèves portent encore aujourd’hui le nom de Carthusians, qui signifie « chartreux ». Initialement réservée aux garçons, Charterhouse a accueilli des filles à partir des années 1970.

[4] L’université d’Oxford est la plus ancienne université britannique. Elle figure parmi les plus prestigieuses universités du Royaume-Uni et du monde. La date de sa fondation n’est pas connue précisément. Les traces les plus anciennes d’une activité d’enseignement à Oxford datent de 1116 environ avec l’arrivée de l’écolâtre Thibaud d’Étampes. L’université a en fait vraiment commencé à se développer à partir de 1167, lorsque Henri II interdit aux étudiants anglais de suivre les cours de l’université de Paris.

[5] Christ Church, en latin Ædes Christi (c’est-à-dire la maison ou l’église du Christ) est l’un des collèges les plus grands et plus riches de l’université d’Oxford au Royaume-Uni. Il a été bâti en 1525 par le cardinal Wolsey, puis en 1532 par Henri VIII après la disgrâce de Wolsey. Sa chapelle est la cathédrale Christ Church, siège de l’évêché d’Oxford. Treize premiers ministres britanniques ont fait leurs études à Christ Church, soit autant que le nombre total de l’ensemble des autres collèges d’Oxford.

[6] Merton College est l’un des colleges constituant l’université d’Oxford au Royaume-Uni. Il est notamment connu pour les célèbres professeurs qui y ont enseigné, depuis Duns Scot au tournant au 13ème et 14ème siècle. Merton a été fondé en 1264 par Walter de Merton, évêque de Rochester. C’est l’un des collèges les plus anciens d’Oxford. Au 17ème siècle pendant la Première Révolution anglaise, Merton est le seul collège à se ranger au côté du parlement.

[7] Life Guards

[8] Coldstream Guards

[9] Marche funèbre

[10] Le stoïcisme est un courant philosophique occidental issu de l’école du Portique fondée en 301 av.jc à Athènes, par Zénon de Cition. Le stoïcisme a par la suite traversé les siècles, subi des transformations notamment avec Chrysippe de Soles en Grèce et à Rome avec Cicéron, Sénèque, Épictète, Marc Aurèle, puis exercé diverses influences, allant de la période classique en Europe en particulier au 17ème siècle, chez René Descartes jusqu’à nos jours. Un des points qui distingue le stoïcisme des autres courants philosophiques issus de l’époque hellénistique est sa psychologie qui est à la base des thérapies cognitivo-comportementales modernes

[11] Funeral or Grief à la mode

[12] Lying Lover

[13] The Tender Husband

[14] Le parti Whig est un parti politique apparu au 17ème siècle en Angleterre qui, à compter de la fin du 17ème siècle, militait en faveur d’un parlement fort en s’opposant à l’absolutisme royal. Il s’opposait au parti Tory de l’époque.

[15] , périodique officiel du gouvernement

[16] Tatler (en français : « le babillard ») est un journal satirique anglais fondé en 1709 et disparu en 1711. Lancé par Richard Steele pour faire écho aux discussions politiques et littéraires tenues dans les cafés londoniens, il compte 271 numéros, et eut comme contributeurs le dramaturge Joseph Addison et l’écrivain Jonathan Swift. Dès 1707, Richard Steele était rédacteur en chef de la London Gazette, journal officiel du parti Whig, premier d’une série de journaux auxquelles il fut amené à collaborer, avant de créer deux ans après sa propre publication. Publié trois fois par semaine, le journal Tatler sort sous première version du 12 avril 1709 au 2 janvier 17112. Richard Steele sous le nom de plume d’« Isaac Bickerstaff », personnage fictif créé un an plus tôt par l’écrivain Jonathan Swift, autre collaborateur du journal. Soucieux d’être à l’écoute de toutes les petites nouvelles et rumeurs, il poste un journaliste dans chacun des cafés londoniens, parmi lesquels le White’s, le Will’s, le Grecian Coffee House et le Saint-James’s Coffee House. Addison et Steele ont instauré au sein du journal un nouveau style d’écriture appelé equitone, consistant à respecter une même perspective et un même ton tout au long du journal, en tendant à un effort d’objectivité. En mars 1711, Richard Steele et Joseph Addison, liquident le Tatler puis fondent un nouveau journal, The Spectator

[17] Le terme Tories désigne les partisans d’une philosophie politique traditionaliste anglo-saxonne. Au Royaume-Uni, les Tories constituaient l’un des deux groupes parlementaires britanniques à partir du 17ème siècle, ancêtres du Parti conservateur. Réputés proches de la dynastie Stuart, ils étaient favorables à un pouvoir royal fort et défendaient les intérêts de l’aristocratie foncière. Inspirant la méfiance de la Maison de Hanovre, qui les suspectait de collusion avec la dynastie précédente, les rois du 18ème siècle leur préféraient les Whigs.

[18] Hampshire

[19] Le théâtre de Drury Lane ou théâtre royal de Drury Lane est un théâtre du West End de Londres situé dans le quartier de Covent Garden (Cité de Westminster). Sa façade se trouve dans Catherine Street, tandis que l’arrière donne sur Drury Lane. Le bâtiment actuel est le dernier d’une série de quatre théâtres construits et reconstruits au même endroit depuis 1663, ce qui en fait le théâtre le plus ancien de Londres.

[20] Le pays de Galles est une nation constitutive du Royaume-Uni située dans l’Ouest de l’île de Grande-Bretagne. Il partage une frontière avec l’Angleterre à l’est et est bordé par la mer d’Irlande au nord et à l’ouest et le canal de Bristol au sud.